vignette|Le Gayatri Mantra écrit en devanagari. vignette|Récitation du mantra Gayatri. Durée : . vignette|Une représentation peinte du Gāyatrī mantra par le peintre indien Ravi Varmâ, réalisée vers 1900. Le Gāyatrī ( gāyatrī) mantra, aussi appelé Sāvitrī Mantra, provient du Rig-Véda, . Il est considéré comme le plus sacré du Veda, les textes ancestraux de l'hindouisme. Selon la tradition, c’est le Rishi Vishvamitra qui l’a composé dans sa forme actuelle. C'est en fait une invocation au soleil, qui peut se faire dans une rivière, lors du lever et du coucher de cette étoile ; c'est aussi une métaphore pour invoquer l'Existence qui illumine nos consciences quotidiennement.

De nombreuses interprétations et traductions ont été proposées, tant par des mystiques et religieux hindous ou bouddhistes, que par des indianistes occidentaux.

Il est composé de vingt-quatre syllabes. Il est mentionné dans plusieurs textes védiques et bouddhiques anciens.

À l’époque védique, seuls les brahmanes étaient autorisés à réciter le mantra qui était considéré comme un moyen permettant d’atteindre l’illumination.

Il tient une place importante dans le rituel de passage upanayana, étant codifié différemment selon les castes.

Son statut de mantra sacré n’a pas été remis en question par les mouvements réformistes hindous (l’Ārya-Samāj, Brahmo Samaj, entre autres), qui se sont multipliés depuis le début du . Il occupe également une place importante dans l’hindouisme indonésien contemporain.

Dans des contextes non religieux, le Gāyatrī mantra est aussi présent dans la culture populaire de notre époque. Par exemple, il a été mis en musique et interprété par plusieurs artistes célèbres comme Kate Bush ou encore Cher. Il est gravé sur une statue en bronze représentant le Beatles George Harrison. Il est aussi inclus dans le générique chanté de la série télévisée Battlestar Galactica dans les années 2000.

Origine Le Gāyatrī mantra ( gāyatrī) provient du Rig-Véda (III, 62, 10).. Il est aussi appelé Sāvitrī Mantra (Sāvitrī étant synonyme de GāyatrīGérard Huet, Dictionnaire Héritage du Sanscrit, version Dico en ligne, lire entrée .). Selon la tradition, le mantra a été composé à partir de l’hymne cité, par le Rishi Vishvamitra. Swami Vivekananda le décrit comme étant le mantra le plus sacré.

Destinataire Il s’agit d’une invocation adressée au soleil, nommé Savitr à son lever et Sūrya à son coucher. Un brahmane doit la réciter trois fois par jour : à l’aube, à midi et au crépuscule. Savitr est personnifié en la déesse , épouse de Brahmā et mère du Quadruple Veda (d’où l’autre appellation: Sāvitri Mantra).

Texte Le Gāyatrī mantra DevanagariSanskrit IASTTraduction en français oṃ bhūr bhuvaḥ svaḥOm, Terre, Cieux et Eau,tát savitúr váreṇyaṃQue l'excellent Soleil,bhárgo devásya dhīmahiBrillant, divin et pieux,dhíyo yó naḥ pracodáyātNous aide à méditer sur nos intellects galopants. La traduction en français proposée dans le tableau ci-dessus a été réalisée à partir du texte en anglais de Avula ParhasarathyAvula Parhasarathy, 2013, Chapitre III..

Autres traductions et interprétations du Gāyatrī mantra Depuis le début du , de nombreuses traductions et interprétations ont été proposées, le plus souvent en anglais, rarement en français, les unes dues à des auteurs indiens, d’autres à des auteurs occidentaux.

En voici quelques exemples (liste non exhaustive), classés dans l’ordre chronologique (l’année de publication est mentionnée entre parenthèses)Parmi les traductions qui suivent, une seule a été publiée en français, due à d'Écrammeville , en 1803, laquelle est présentée dans la suite de l'article. Les autres ont été traduites à partir de l’anglais, dans le cadre de cet article. . Auteurs indiens Svāmī Dayānanda Sarasvatī (1875), fondateur du mouvement réformateur hindou Ārya-Samāj :

Swami Vivekananda (1893 ):

Sri Aurobindo (1926) :

Dans la suite de l’échange (il s’agit d’un entretien), Sri Aurobindo précise sa pensée:

Sri Aurobindo a d’autre part proposé une version différente du Gayatri mantra, composée par lui-même :

Sivanath Sastri, Brahmo Samaj (1911) :

(1927 -) : il s’agit de la traduction figurant ci-dessus, tableau de la section «Textes».

Shivananda (1936):

Sarvepalli Radhakrishnan : Citation 1 : (1947) :

Citation 2: (1953) :

Kirpal Singh (1961) :

(année ?) :

Auteurs occidentaux William Jones, linguiste et indianiste (1798) : Jones a écrit deux textes traitant du Gāyatrī mantra. Ils font partie de l’ensemble connu sous le titre : The Works of Sir William Jones. Texte 1. Traduit en français par M. d’Écrammeville, il a été publié en 1803La traduction en français publiée en 1803 est due à M. d'Écrammeville , à propos duquel aucune notice biographique ou autre n'a pu être consultée . Il est par ailleurs l’auteur d’un autre ouvrage, intitulé Essai historique et militaire sur l'art de la guerre, depuis son origine jusqu'à nos jours, publié en 1789 chez Bleuet fils aîné, . Son nom est mentionné dans le Dictionnaire des ouvrages anonymes et pseudonymes, d’ Antoine-Alexandre Barbier, 1882 .:

Texte 2. Publié en 1807, dans un des volumes d’une autre compilation des écrits de Jones:

Monier Monier-Williams (1882) :

(1890) :

& Joel P. Brereton (2014) :

(Geoffrey DeGraff) (2016) :

Les vingt-quatre syllabes du Gāyatrī mantra Tel que présenté précédemment, le mantra est composé de vingt-neuf syllabes :

Les cinq premières sont: 1. « om », la syllabe sacrée; 2, 3, 4, 5. « bhūr bhuvaḥ svaḥ » l'invocation rituelle signifiant «par la terre, les mondes et le ciel», originellement prononcée par Prajāpati quand il créa le mondeGérard Huet, version DICO en ligne, entrée .Gérard Huet, version DICO en ligne, entrée . (lesquelles se retrouvent dans d’autres hymnes). Ces cinq syllabes précèdent le mantra proprement dit, qui en compte vingt-quatre.

Celui-ci est composé de trois vers de huit syllabes, suivant les règles prosodiques de la poésie védique, telles que fixées dans le chandas.

Il y a sept mètres principaux. Le plus court et le plus sacré, de structure syllabique (8-8-8), est le GāyatrīVoir article .. Ces syllabes sont: 1. tát, 2.sa, 3.vi, 4.túr, 5.vá, 6.re, 7.ṇy, 8.aṃ, 9.bhár, 10,go, 11.de, 12.vá, 13.sya, 14.dhī, 15.ma, 16.hi, 17.dhí, 18.yo, 19.yó, 20.naḥ, 21.pra, 22.co, 23.dá, 24.yātGérard Huet propose une analyse grammaticale des dix mots et des vingt-quatre syllabes du mantra; voir site «sanskrit.inria. fr, pages : DICO Corpus/ Sanskrit Corpus Reader/Heritage citations : le Gāyatrī mantra est la citation », .

Plusieurs traductions et interprétations ont été présentées dans une section précédente. Présentement, il s’agit d’une approche purement symbolique, établissant une relation entre les vingt-quatre syllabes et l'ensemble des créatures terrestres.

Elle figure dans le du Mahabharata, le (le livre de Bhîshma), : Résumé de la situation décrite dans la strophe: le roi Dhritarashtra demande à Sanjaya, que le rishi Vyāsa a doté du don de connaissance, de lui expliquer en quoi consistent les richesses terrestres pour lesquelles les rois ne cessent de s’entretuer. Sanjaya lui répond :

Dans les textes anciens De nombreux textes font référence au mantra, soit directement en mentionnant les noms Gāyatrī, Sâvitrî ou Savitr , soit indirectement, en se référant à sa source, l’hymne du Rig-Véda III, 62, 10. Textes védiques et post-védiques Voici quelques exemples (liste non exhaustive) : Dans la Manusmṛti (Lois de Manu), , qui compte , Sâvitrî est mentionné Le nom de Sâvitrî est mentionné , dans les versets : 38, 39, 77, 78, 79, 80, 81, 82, 83, 85, 96, 87, 101, 102, 103, 104, 105, 106, 107, 118, 148, 170, 220 et 222 (voir Georges Strehly, ouvrage référencé)., par exemple, les et 118:

Dans les Brahmana : Aitareya Brahmana et Kausitaki Brahmana; Dans les : Śānkhāyana-Srautasūtra : ; ; ; ; (ce sont des invocations adressées à Savitr); Dans cinq Upanishads.: Brihadaranyaka Upanishad, 6.3.6 ; Shvetashvatara Upanishad, 4.18 ; (ne pas confondre avec la ), 6.7 et 6.34 ; , 4.28.1; , 2.3. Dans le Harivaṃśa, stance 11 516.

Textes bouddhiques Dans plusieurs sutra et sermons, le Bouddha Gautama évoque Savitri. En voici deux exemples : Majjhima Nikaya, 92.Sela Sutra, :

Sela était un brahmane. Ayant entendu parler de la renommée de Gautama, il souhaita le rencontrer. Ils dialoguèrent. Au terme de leur entretien l’Éveillé lui dit :

Le brahmane Sela fut convaincu et devint disciple. Sutta Nipāta , III.4 , Sundarika Bhāradvāja Sutta:

Le brahmane Bhāradvāja, après avoir accompli Yajña, rite d’offrande au feu, aperçoit un méditant assis sur la berge du fleuve. Il ne sait pas que c’est Gautama. Il se dit qu’il s’agit peut-être d’un brahmane, mais avec un doute, car il avait le crâne rasé. Il lui demande à quelle lignée il appartient. Bouddha lui répond :

En entendant ces paroles, Bhāradvāja compris qu’il s’adressait à quelqu’un qui avait une parfaite connaissance du Veda.

Dans une note concernant ce passage, , après avoir rappelé que l’hymne du Rig-Veda III, 62-10 était à l’origine exclusivement réservé aux brahmanes, cite un des commentaires palis (pali : aṭṭhakathā), dans lequel il est dit que l'équivalent bouddhiste du Sāvitti en , , est exprimé dans la prise des Trois Refuges:

Pratiques rituéliques Récitation du mantra Outre la récitation tri-quotidienne pour saluer le soleil, la répétition (japa) du Gāyatrī est considérée comme étant un moyen d’atteindre l’illumination, ou comme mantra expiatoire (sanskrit IAST : prāyaścitta)Gérard Huet, version DICO en ligne, entrée . . À l’origine, seuls les Brahmanes étaient autorisés à le réciter, mais suite la modernisation initiée par les mouvements réformateurs de l’hindouisme, à partir du , toute personne, homme ou femme et quelle que soit sa caste, peut désormais le réciter, précédé et ponctué par la syllabe sacrée Om̐.

Cette pratique modernisée est largement répandue de nos jours, mais pas généralisée. Cérémonie Upanayana Le Gāyatrī mantra tient une part importante dans l’upanayana, rite de passage (saṃskāra) à l’issue duquel un enfant est autorisé à étudier les textes sacrés du Veda. Sarvepalli Radhakrisnan décrit sa récitation comme étant la partie essentielle de la cérémonie. Ce rite de passage, d’où le récipiendaire ressort « deux fois né », est réservé aux jeunes garçons issus de la caste des brahmanes. Pour la réception des membres des autres castes, les versets récités dédiés à Savitri proviennent d’autres textes du védisme. Dans un des textes des Grihya-Sutra, il est précisé que doivent être récités: les hymnes du Rig Veda : pour les kshatriya et ou pour les vaishya..

Hindouisme réformé Au début du , des mouvements réformateurs de l’hindouisme ont émergé. Ceux-ci sont parfois désignés par l’expression « Revivalisme hindou ». Mais malgré leur éloignement de l’orthodoxie (rejet du système des castes, désacralisation des textes, rôle de la femme dans la société, etc.), l’importance du Gāyatrī mantra n’a jamais été contestée. En voici deux exemples. Brahmo Samaj Brahmo Samaj est l’un des premiers mouvements réformateurs de l’hindouisme. Il a été créé par Râm Mohan Roy en 1828. Dans une étude publiée en 1832, il a analysé le Gāyatrī mantra dans le contexte des Upanishads . Il a insisté sur le fait qu’un brahmane doit toujours prononcer la syllabe sacrée « Om̐ » avant et après la récitation du mantra. À partir de 1830, il recommande aux (terme désignant les sympathisants du courant Brahmo Samaj) de réciter le mantra dans le cadre des cérémonies privéesDans ses écrits en anglais, Râm Mohan Roy orthographie : « Guyutree » et non « Gayatri », .. Le Gāyatrī est si ancré dans l’esprit des pratiquants, que même les plus radicaux du courant, les Adhis-Dharma (lesquels sont allés jusqu’à considérer qu’aucun texte religieux -y inclus le Veda- ne doit être vénéré), ont continué à le réciter quotidiennement