Schneour Zalman Schneersohn (également orthographié Schneerson, Chneerson et Chneersohn) est un grand-rabbin hassidique du (Gomel, Empire russe, 1898 – Brooklyn, New York, 1980). Il fut très actif en France durant la Seconde Guerre mondiale, où il prit en charge des foyers pour les enfants juifs, dans le but de les sauver de l'occupant, tout en leur dispensant une éducation juive.
De Russie en France
Schneour Zalman Schneersohn naît à Gomel, Russie, une ville actuellement située en Biélorussie, dont la population compte alors plus de 50 % de JuifsLe rav Schneor Zalman Schneerson en France (1936-1947) Kountrass, Iyar 5763 / mai 2003.. Il appartient à la dynastie hassidique des Loubavitch, et sera un temps pressenti pour en être le septième RebbeFriedlander, 1990, (cette fonction échoira finalement à son cousin, Menachem Mendel Schneerson).
Il est le fils de Menachem Mendel Schneersohn né en 1864 et mort après 1941. Sa mère est Liba Leah Schneerson (Menuhin), née circa 1870 et morte circa 1931 à Chernihiv en Ukraine.
Il a un frère, Boruch Sholom Schneerson, né le à Gomel et mort circa 1935, victime des purges staliniennes. Il a trois sœurs: Yehudis Butman (Schneerson) née en 1909 à Gomel et morte le , à New York, Genia ("Gisya") Schneerson née à Dnepropetrovsk et morte dans la Fédération russe, une médecin et Frieda Eber (Schneerson), née à Gomel et morte en avec toute sa famille brûlée par les nazis dans la Synagogue de Riga en Lettonie, une pharmacienne.
Par son père, Menachem Mendel Schneersohn, Schneour Zalman Schneersohn descend en droite ligne du Tzemach Tzedek, troisième Rebbe de la dynastie de Loubavitch. Sa mère Liba Leah est la petite-fille de Levi Yitzchak de Berditchev, un autre grand maître du hassidisme.
Il va d'abord en Palestine mandataire en 1935. Il pensait s'y installer. Il ne reste que 72 jours, car il ne voit pas comment il pourrait s'y établir comme rabbin. Il consulte, en Pologne, le grand-rabbin de Loubavitch, Yosef Yitzchok Schneersohn, qui lui conseille de venir en France, où le grand-rabbin Joël Leib HaLevi Herzog était décédé en 1934Voir, Molly Resnick, 2018..
Arrivé en France en 1935Nathan, 2008, il prend la direction de l'Association des israélites pratiquants (AIP) (Kehillat Haharedim) un an plus tardLazare, 1987, .Voir, YIVO Institute for Jewish Research/Major Collections. Kehillat Haharedim (Association des israélites pratiquants).. Cette association aurait été créée en 1910, dans le but de « regrouper les Juifs ayant gardé l'attachement aux formes de la vie religieuse, telles qu'elles se sont cristallisées au cours de longs siècles en Europe centrale. » Léon Poliakov souligne l'incompréhension des autorités consistoriales de l'époque qu'il rencontre, et leur antagonisme : « son orthodoxie, d'une intransigeance absolue, non plus que ses méthodes de travail, si souples qu'elles étaient, étaient déconcertantes, et pas davantage ses manières et son costume n'étaient du goût de ses confrères français. Quant à lui, il donnait aux termes « rabbin français » une résonance bien particulière. » Il doit donc œuvrer en comité restreint, et se concentre sur l'enseignement des enfants, ouvrant huit Talmud Torah régulièrement fréquentés par plusieurs centaines d'enfants, malgré la pauvreté de ses moyens.
La Résistance et les foyers pour enfants
C'est la même préoccupation des enfants et de leur formation qui guide le grand-rabbin Schneersohn lors de l'Occupation. De à mars 1944, il ouvre plusieurs foyers pour enfants, en coopération avec l'AIP (Association des israélites pratiquants) et l'OSE (Œuvre de secours aux enfants) :
Maison d'enfants de Broût-Vernet, au Château des Morelles, Broût-Vernet (Allier). Année 1941-1942 Marseille Château Beaupin Le rabbin arrivé à Marseille début 1941 y reste une bonne année avec son organisation l'AIP. Il s'occupe d'héberger les enfants abandonnés par leurs parents après leur arrestation, dans une vaste maison, au milieu d'un parc, la Maison de Beaupin. Par ailleurs, il accueille dans son appartement, situé dans un très beau quartier de Marseille, un atelier pour des étrangers qu'il sauve ainsi. 1941-1942 : Domaine de Seignebon, à Dému (Gers)Voir, Bertha, Malka and Bella Teitelbaum pose outside Rabbi Schneerson's children's home. Château de Seignebon, in Demu. United States Holocaust Memorial Museum.. 1942-1944 : successivement Grenoble. Château du Manoir, hameau de L'Étang-Dauphin, Saint-Étienne-de-Crossey (Isère)Lazare, 1987, , écrit: « Il y a d'autre part le refus de Schneerson de l'AIP de disperser individuellement, sous le couvert d'une complète "aryanisation", les pupilles du home de Saint-Étienne-de-Crossey. » Notons en passant, que dans l'index de son livre (), Lazare confond les noms des deux cousins: Isaac Schneersohn et Schneour Zalman Schneersohn., à partir de . pension Cavalier et Hôtel Rivoli, à Nice. 1943 (…-). Château du Manoir (retour) d' à , puis dispersion des enfants dans trois hameaux près de Voiron (Isère) : La Manche, hameau de Saint-Jean-de-Moirans (Isère) , en . La Martellière, Voiron (Isère)Voir, Voiron dans la Shoah. Voiron en ligne.Voir, Floriane Benoit. Rafle des enfants juifs: Voiron retourne son passé. L'Humanité, 25 août 1997.Voir, Delphine Deroo. Les enfants de la Martellière. Chapitre premier. Chronique de recherchesVoir, Manon Bakour. Hommage poignant hier à Voiron. Culture. 30/03/2009. L'actualité du Grand Grenoble, mGrenoble.fr., également en . Seize enfants, âgés de 7 à 21 ans, et deux adultes y sont arrêtés par la milice dans la nuit du 23 au , à la suite d'une dénonciation. Les enfants sont déportés dans le convoi 71 du Dans ce convoi 71 se trouve Simone Jacob âgée de 16 ans, connue plus tard comme Simone Veil. Voir Serge Klarsfeld, 1978. et le convoi 73 du Zuccotti, 1993, , parle de dix-huit enfants ; en réalité, il s'agit bien de seize enfants et deux adultes — cf. La ville de Voiron découvre la rafle de seize enfants juifs, un article de L'Humanité, 23 août 1997Voir, L'histoire. Erwin Uhr, unique survivant de la rafle de Voiron, en 1944. Libération.fr, 15 septembre 1997.. hameau de Chirens (Isère) et Saint-Étienne-de-Crossey (une chambre), à partir d'.
Dans son ouvrage sur la résistance juive en France, Lucien LazareLazare 1987, . décrit ainsi le rôle et l'approche du grand-rabbin Schneersohn :
L'AIP aide les internés dans les camps. GrynbergGrynberg, 1999, , en note. écrit que l'AIP disposait d'un budget mensuel de pour l'assistance aux internés des camps. Cette somme provenaitt pour moitié de l'American Jewish Joint Distribution Committee (Comité juif-américain de distribution collective) et pour moitié de dons privés.
Le futur historien Léon Poliakov devient son secrétaire, en 1943Selon Lazare, 1987, , note 38, Poliakov fut secrétaire de l'AIP de à .Lazare, ibid., souligne que "Une volumineuse collection d'archives de l'AIP a été confiée par Z. Chneerson à l'YIVO - collection 340."Poznansky, 1994, : "Toutes les organisations juives employaient des Juifs qui, avant-guerre, connaissaient à peine l'existence d'institutions juives. L'exemple le plus surprenant est peut-être celui de Léon Poliakov, agnostique s'il en fut, qui se retrouva, du jour au lendemain, secrétaire de l'Association des israélites pratiquants - une organisation ultra-orthodoxe - dirigée à Marseille par le rabbin Zalman Chneerson."., et fonde avec le cousin du grand rabbin Schneersohn, Isaac Schneersohn, le centre de documentation juive contemporaine. Poliakov racontera en 1997 qu'il avait fait la connaissance du Grand Rabbin Schneersohn lorsqu'il cherchait un rabbin pour présider aux funérailles de son père. Plus tard, à Marseille, il rencontre, sur la Canebière, le grand-rabbin Schneersohn qui lui propose d'être son secrétaire. Leur collaboration dure quelques mois et Poliakov y renonce à la suite de divergences idéologiques - il s'oppose à l'idée de contacter Joseph GoebbelsLe grand-rabbin Schneersohn ne saisit pas alors que la séparation des juifs du reste de la population préconisée par les nazis est de fait le prélude à leur extermination, la « solution finale ». Il avait connu le régime communiste et ses limitations à la pratique religieuse. L'humanité n'avait jamais encore connu un génocide systématique, pays après pays, cette « solution finale ». - et religieuses.
Dans L'Auberge des musiciensVoir L'éducation juive à Marseille sous Vichy (1940-1943): Une renaissance circonstancielle, Renée Dray-Bensousan. Archives juives, vol. 35, 2002/2, , Léon Poliakov décrit Schneour Zalman Schneersohn (« barbe rousse, boitillant dans son caftan à la mode de Pologne ») et ses activités à Marseille :
« Une centaine de personnes qui priaient dans l'oratoire de la rue Sylvabelle dans un immeuble cossu dans un des plus beaux quartiers de Marseille […] [Là] deux vastes chambres et un hall au rez-de-chaussée, une cuisine et deux pièces à l'entresol […]. Le rabbin réfugié avec sa famille dans l'entresol. La cuisine ne demeure pas inoccupée non plus : des ombres furtives apparaissent le soir et s'évanouissent le matin ; ce sont des évadés des camps d'internement de Vichy auxquels le rabbin donne asile. L'une des pièces du rez-de-chaussée sert de bureau et de salle de réception - défilé interminable de la misère juive -, l'autre, le bureau du rabbin, est en même temps une synagogue et une salle de cours ; on y célèbre les mariages et l'on y règle les divorces et même des litiges financiers. »
Dans son journal privé, Raymond-Raoul Lambert, qui dirige l'UGIF-Sud, écrit à la date du : « Le 28 () je vais, avec Simone et les enfants, visiter une maison d'enfants près de Voiron, dirigée par un rabbin orthodoxe qui ressemble à Raspoutine. Dans un tel milieu, je me sens chrétien et latin. »Lambert, 1985, . L'historien israélien explique ainsiVoir Lambert, 1985, , note 207. cette réaction de Lambert : « Il s'agit du rabbin Isaac Chneerson [sic]Cohen confond les deux cousins : Isaac Schneersohn et Schneour Zalman Schneersohn. qui était responsable d'une œuvre de bienfaisance ultra-orthodoxe (Association des Israélites pratiquants de France, Kehillath Haharedim), affiliée à la Direction de l'UGIF (Santé). La réponse « assimilée » de RRL [Raymond-Raoul Lambert] n'est pas surprenante, étant donné le contenu de la lettre de ce dernier (, YIVO : RG 340, dossier 3) qui entre dans les détails de son fantastique projet d'établir un État juif fondé sur des principes strictement orthodoxes. »
Dans un ouvrage récent intitulé Les enfants de la Martellière, Delphine Deroo reconstitue la vie de cette institutionVoir Delphine Deroo, 1999, Chapitre premier, Chronique de recherches.. Elle ne cache pas son admiration pour l’œuvre du Grand Rabbin Schneour Zalman Schneersohn :
« À chaque menace correspond une défense. Au désir d'élimination physique et spirituelle de la « race juive », ces hommes et femmes se sont opposés en tant que Juifs, assumant avec fierté leur judaïté mise en péril. Et cette résistance morale, que je retrouve pour ma part dans l'insistance du rabbin Chneerson [Schneour Zalman Schneersohn] à observer strictement les lois religieuses - marquant pour lui l'essence même de son judaïsme directement menacé -, me frappe et m'éblouit par sa force et son héroïsme. »
Il sauve plus d'une centaine d'enfantsVoir, Chana Arnon-Benninga. Schneerson, Schneour Zalman 1898-1980. Jérusalem. September 2010.Voir, Joseph Schwartz, the European director of the Joint Distribution Committee, adresses a meeting of the Association of Orthoox Jews (AIP) in France after the war. United States Holocaust Memorial Museum. Avec une photo du grand-rabbin Schneour Zalman Schneersohn..
Après la guerre
Après la guerre, le rabbin Schneersohn contribue à l'essor du judaïsme orthodoxe non-consistorial à Paris, de sa base au 10, rue Dieu, dans le arrondissement de Paris près de la place de la République.