Le Pottok (; Pottokak) est une race de poneys transfrontière franco-espagnole, vivant principalement à l'ouest du Pays basque, dans les Pyrénées. D'origine très ancienne, il est élevé à l'état semi-sauvage dans les montagnes et n'est utilisé que ponctuellement par les habitants, pour divers travaux d'agriculture et de portage. Exporté à partir du pour la viande ou le travail dans les mines, il est menacé d'extinction avec la motorisation de l'agriculture. Des actions de préservation voient le jour, tant en France à partir des années 1970 qu'en Espagne. Les différends entre éleveurs entraînent une distinction entre plusieurs types ; le Pottok de montagne est plus petit et toujours de robe unie et foncée, alors que le Pottok de prairie résulte de croisements qui le rendent plus grand et plus sportif, caractérisé par une robe souvent pie.
Le Pottok est un bon cheval de randonnée et d'équitation pour les enfants et adolescents, surtout monté en équitation de loisir. Le type de prairie est reconnu pour ses performances en concours complet d'équitation et à l'attelage. Les Pottokak de montagne sont utilisés pour une gestion écologique d'espaces naturels et en production de viande. La race s'est peu diffusée, l'essentiel des effectifs se trouvant toujours au Pays basque. Le type originel de cette race reste menacé d'extinction. Le Pottok est un patrimoine culturel du Pays basque.
Étymologie et sources Le mot Pottok signifie ou bien en basque, dans le dialecte navarrais. Il désignait originellement tout petit animal, avant d'être employé pour les chevaux exclusivement. Ce nom est d'usage récent, puisque sa première attestation connue dans un dictionnaire basque date de 1905. Il se prononce ou . En français, ce nom est parfois orthographié ..
Le pluriel en langue basque est Pottokak. Ce poney est aussi nommé le « Basque » (poni vasco en basque) ou le « poney des provinces basques ».
Par le passé, il était aussi nommé . En fonction du type de poney, il peut être question de larre pottoka (larre désignant la lande en basque) ou de pottoka berria (berria signifiant ) pour les sujets croisés, terminologie issue du standard de race défini par l'Association nationale du Pottok (ANP) en 1996.
Différents travaux scientifiques sont menés sur le Pottok, le plus ancien connu étant les mesures morphométriques réalisées par Gregorio Ferreras pour la députation forale de Biscaye, en 1935. En 1975, le doctorant Jean Bonnet consacre sa thèse de médecine vétérinaire à cette race de chevaux. D'autres travaux suivent, dont la thèse de J. Carreras en 1983 et diverses études de zootechniciens.
Histoire L'histoire et l'origine du Pottok restent méconnues. Ces petits chevaux vivent depuis longtemps en liberté dans le Pays basque, induisant un relatif dû à l'inaccessibilité de cette région des Pyrénées. Ils sont parmi les derniers poneys autochtones du territoire français, avec le Landais.. La propriété humaine sur des Pottokak a probablement été revendiquée tôt.
Origines vignette|gauche|Peintures pariétales représentant des chevaux dans la grotte d'Ekain, au Pays basque espagnol. Ces chevaux ne sont pas des ancêtres du Pottok.|alt=Photographie de peintures sur la roche Comme tous les chevaux domestiques modernes (Equus caballus), il provient de la lignée dite DOM2, qui a émergé dans les steppes eurasiennes vers selon une vaste étude génomique publiée dans Nature.. Si le Pottok est rapproché des peintures rupestres de chevaux retrouvées dans sa région, en particulier dans les grottes d'Isturitz et d'Oxocelhaya, ou encore du cheval de Solutré et du cheval de Przewalski (E. ferus przewalskii), ces animaux préhistoriques ne sont pas ses ancêtres.. Diverses hypothèses ont été émises sur ses origines, évoquant un type Tarpan (E. f. ferus) arrivé pendant les conquêtes mongoles, un ancêtre typé oriental ou l'ascendance du poney celte.
Le Pottok se rattache vraisemblablement au tronc des races de chevaux dites cantabriques-pyrénéennes (), ce qui l'apparente au Garrano, à l'Asturcón, au Jaca Navarra, au Landais et au Mérens.. CAB International intègre le Pottok au groupe plus large du poney celte, lequel comporte deux sous-groupes de chevaux, l'un dans les îles Britanniques et l'autre dans le Sud de la France et le Nord de l'Espagne. Sur la base d'une analyse de diversité génétique menée pendant dix ans, le chercheur en génétique Fernando Rendo postule que toutes les races de chevaux de l'arc atlantique européen partagent une même origine, et exclut un évènement de domestication indépendant dans cette région, de même qu'une influence du cheval ibérique ancien.
Le Pottok est également proche du cheval des montagnes du Pays basque. En revanche, l'analyse de groupes sanguins et d'antigènes tend à écarter des ancêtres qui seraient venus du Nord ou du Nord-Est de l'Europe. S'il existe diverses attestations de croisement anciens avec le Barbe et l'Arabe, les différences morphologiques et de couleur entre le Pottok et ces deux races plaident contre cette influence.
Jusqu'aux années 1930 vignette|Poney de type Pottok pendant la guerre carliste, en 1872. Ses ancêtres semblent avoir été montés par les Wisigoths, qui les auraient amenés vers 440 pendant leurs , restant dans la région jusqu'environ au . Le Pottok est présumé avoir été exporté pendant la colonisation espagnole de l'Amérique, en tant que cheval de bât. Il est utilisé comme poney de spectacle dans des cirques dès le . Au , un règlement local enjoint les éleveurs de faire castrer tout poulain mesurant moins de 5 pans () à 18 mois. Armand de Gramont ordonne que les juments de Guiche et du Béarn ne soient saillies que par des étalons mesurant au moins 6 pans, soit . En 1788, l'inspecteur du roi décrit dans les montagnes du Béarn de nourries sur .
L'industrialisation du et le développement des réseaux de communication et de transport entraînent les premières exportations massives. Le Pottok, qui est originellement un petit cheval grossier mais très résistant, est envoyé travailler dans des mines en France, en Belgique, en Angleterre et en Italie, jusque dans les années 1950.
Il permet aussi de déplacer des marchandises de contrebande de part et d'autre de la frontière entre l'Espagne et la France. Cette activité mentionnée par Clément Hapet au perdure jusque durant la Seconde Guerre mondiale. Les contrebandiers effarouchent un troupeau de six poneys au crépuscule, afin qu'il franchisse la frontière pendant la nuit et regagne son pacage habituel avant le matin ; les contrebandiers qui attendent de l'autre côté chargent habituellement un poney sur trois. Même lorsque ces poneys sont repérés par des douaniers, ces derniers osent rarement tirer avec une arme à feu ou bien abattre tout le troupeau.
L'utilisation des poneys est conditionnée par leur couleur de robe : ceux de couleur sombre sont envoyés dans les mines car cette couleur est jugée peu salissante, alors que ceux dont la robe est jugée attrayante, notamment les pie, sont vendus à des cirques ou à des particuliers.
Des années 1930 aux années 1970 vignette|gauche|Famille basque avec son Pottok au Pays basque espagnol, durant les années 1940. En 1935, la morphologie de 12 poneys basques semi-sauvages mesurés par Gregorio Ferreras est plus compacte que chez le Pottok moderne, ce qui peut s'expliquer par l'amélioration subséquente des apports alimentaires.
Différents croisements réduisent l'homogénéité du cheptel, en introduisant de nouvelles couleurs de robe et de la variabilité morphologique. Ces croisements visent à adapter le cheptel aux besoins humains, alors en rapide évolution. Les robes alezanes et grises sont ainsi introduites en raison de croisements avec le Breton, le Comtois, le Welsh, le Camargue, l'Arabe et des chevaux ibériques. En effet, à partir des années 1940 et 1950, certains Pottokak sont croisés avec des chevaux de trait pour augmenter leur puissance de traction dans un premier temps, puis pour leur rendement boucher dans un second temps.. Avec la fin de l'utilisation dans les mines, la demande bouchère domine, le Pottok étant exporté vers l'Italie pour la production de viande de salami. Les croisements bouchers s'effectuent surtout avec le Breton.
À partir des années 1970, les Pottok français sont croisés avec l'Arabe et le Welsh (surtout le Welsh B), dans un objectif d' des performances sportives. Il en résulte une distinction entre trois types qui seront définis dans le premier standard de race français de 1971 : le Pottok classique ou originel, le « double-Pottok » de plus grande taille, et le Pottok pie, tous deux issus de croisements. À cette époque, il existe deux grands types de propriétaires : le pasteur, pour qui l'élevage du Pottok complète celui d'ovins ou un artisanat, et les enfants de pasteurs, qui ont une activité professionnelle en ville et des poneys comme patrimoine, sporadiquement capturés et vendus sur des foires en cas de besoin. Le poulain appartient toujours au propriétaire de la mère.
Entre les années 1960 et 1980, la motorisation des transports fait baisser de façon alarmante le nombre de poneys, une situation aggravée par les pratiques de défrichement, qui réduisent leur habitat. Le poney , élevé en montagne sur ce qu'il pâture, devient invendable. Le Pottok disparait notamment de la région de Navarre, les effectifs les plus importants restant dans la région de Biscaye. En Navarre, une race génétiquement intermédiaire entre le Pottok et le cheval de trait émerge des croisements, la Jaca Navarra. Cependant, à la même époque dans le Pays basque français, les habitants prennent conscience du besoin de préserver la race Pottok ; le , l'un de ces poneys est offert au président Georges Pompidou au titre d'ambassadeur du Pays basque.
Sauvegarde et reconnaissance officielle En 1983, J. Carreras estime qu'un peu moins de de la race subsistent en Pays basque espagnol. En 1993, l'estimation d'Arantxa Armendáriz Iraola donne , sans compter les éventuels individus semi-sauvages qui ne sont pas répertoriés, témoignant d'une forte régression de la race au sud du Pays basque.
Sauvegarde et reconnaissance en France vignette|Jument Pottok pie bai tobiano au sommet de La Rhune (Pyrénées-Atlantiques), en 2020.|alt=Poney blanc et roux dans un paysage de montagne. Un premier syndicat d'élevage du Pottok voit le jour en 1969 pour favoriser la commercialisation des poneys. Il est dissout à la création de l'Association nationale du Pottok (ANP) sur initiative des Haras nationaux et de Paul Dutournier en 1970. ou 1971. Le Pottok est alors proche de l'extinction. Son registre généalogique (stud-book) est créé cette même année, ou bien en 1972. Le Pottok n'est pas utilisé pour l'équitation sur poney à cette époque et est souvent à peine apprivoisé par ses éleveurs.
Rapidement, l'association de race cherche à valoriser sur le marché des sports équestres ; le re-développement de la race Pottok suit celui de l'équitation sportive et de loisir en France. En 1972, les Haras nationaux prêtent deux étalons Welsh et un étalon Arabe pour réaliser des croisements sportifs ; en 1980, dit issus de croisement avec ce dernier étalon sont recensés.
En 1977, l'étalon Pottok Superbe est acquis par le haras national de Pau-Gelos. Une école d'équitation spécialisée dans le Pottok ouvre en 1979 à Espelette. Ce poney se fait rapidement connaître dans le domaine sportif, ses éleveurs recourant au besoin à des croisements pour augmenter sa taille. Cependant, les méthodes de l'ANP ne font pas consensus auprès des éleveurs, ce qui conduit à la création de l'Association française du Pottok de type originel (AFPTO) en 1993, dans la maison du Pottok de Bidarray, où une « réserve naturelle du Pottok » est créée. En 1995, le président de l'AFPTO Michel Laforêt recense 120 Pottok conformes au type originel, avec l'aide du conservatoire des races d'Aquitaine.