La Bretagne (Prononciation en français de France retranscrite selon la norme API. ; Prononciation en breton KLT, retranscrite selon la norme API. ; en gallo : Bertègn), dérivé du latin , est une région historique et culturelle du Nord-Ouest de la France, et une des six nations dites celtiques. La péninsule qu'elle occupe est située entre la Manche au nord, la mer Celtique et la mer d'Iroise à l'ouest et le golfe de Gascogne au sud. Elle forme ainsi le sommet Nord-Ouest de la France hexagonale.

À la fin de l'Empire romain, elle connaît un afflux de population dû à une immigrationLéon Fleuriot, Les Origines de la Bretagne, : « Les Bretons sur le continent dans l’armée romaine et les premiers Bretons en Armorique », Payot, Paris, , 1999 .. de Bretons insulaires dans une partie de l'ancienne Armorique, qui vont influencer durablement sa culture. Ceux-ci fondent un royaumeJoël Cornette, Histoire de la Bretagne et des Bretons, Seuil, Paris, 2005 . éphémère au , qui devient ensuite le duché de BretagneJoël Cornette, op. cit., 2005 . dépendant du royaume de France. Réunie à la couronne de France en 1532, elle intègre le domaine royal et devient une province française, jusqu'à sa partition administrative en 1790 en cinq départements : Côtes-du-Nord, Finistère, Ille-et-Vilaine, Loire-Inférieure et Morbihan.

Ses habitants sont les Bretons, qu'ils désignent soit ceux de la région historique, soit ceux de la région administrative actuelle, nom dérivé du latin Britones. Son nom breton, (sans article ; prononcer en breton unifié KLT, en breton vannetais), est orthographié avec un « ZH » pour rassembler l'ancienne écriture existant pour le Nord et l'Ouest () avec celle du Sud (). Le mot « Bretagne », depuis le mot breton « », est ainsi couramment abrégé en « BZH ». En gallo, l'autre langue romane de Bretagne (outre le français et le poitevin), son nom est Bertègn (graphie ABCD et Aneit), Bertaèyn (graphie ELG) ou B·rtingn (graphie dominante en Ille-et-Vilaine de la graphie MOGA)Graphie usitée par le linguiste gallésant Bèrtran Ôbrée dans le magazine départemental Nous Vous Ille..

Le nom « région Bretagne » a été donné à la région administrative composée des quatre départements des Côtes-d'Armor, du Finistère, d'Ille-et-Vilaine et du Morbihan.

Le département de la Loire-Atlantique fait partie de la région Pays de la Loire ; la question de son rattachement à la région Bretagne fait l'objet de débats..

Étymologie vignette|gauche|Carte de la Bretagne.

Le nom de Bretagne est issu du latin (parfois écrit ). Ce mot est utilisé dès le par les Romains pour désigner la Bretagne insulaire (Grande-Bretagne) et, plus précisément, la province romaine de Bretagne. Les îles Britanniques sont connues des peuples méditerranéens plusieurs siècles avant la conquête romaine, sous les noms d'Hierne (l'Irlande) et dAlbion (La Grande-Bretagne). À la fin du , l'explorateur carthaginois Himilcon atteint leurs côtes. Deux siècles plus tard, Pythéas navigue à son tour dans les eaux britanniques. Il désigne les îles Britanniques comme « îles Prétaniques »d'Arbois de Jubainville, « L’île Prétanique, les îles Prétaniques, les Brittones ou Brittani », Revue Celtique, , 1892, p. 398–403 en ligne sur le site Codecs. (αἱ Βρεττανίαι soit ai Brettaníai et . Les peuples de ces îles sont désignés comme Πρεττανοί (Prettanoí), Priteni, Pritani ou Pretani, peut-être transmis à Pythéas par les gaulois. et peut-être de même étymologie que πρυτανεία (prytania : « élite », qui est aussi l'une des significations possibles du mot « celtes »P. De Bernardo Stempel, « Linguistically Celtic ethnonyms : towards a classification » in : L. García Alonso (ed.), Celtic and Other Languages in Ancient Europe, éd. de l'Université de Salamanque 2008, .). Ces noms deviennent « îles Britanniques » chez StrabonStrabon, Géographie, , 4, 2-3 et , 5, 8., Ératosthène, Polybe Polybe, Histoire générale, , livre XXXIV, , trad. Félix Bouchot, 1847..

Les habitants de Prittanike étaient appelés , ou Christopher Snyder, The Britons, 2003, Blackwell Publishing .. L'étymologie du radical Prittan- (Brittan-) est obscure ; cependant, elle est probablement celtique. C'était peut-être celle utilisée par les Gaulois pour désigner les habitants des îles..

Après la chute de l'Empire romain d'Occident et au fur et à mesure que des Bretons s'installèrent sur le continent en Armorique occidentale, à savoir l'Ouest de l'ancienne province romaine de Lyonnaise troisième, le nom de la terre britannique originelle des Bretons se substitua aux anciennes dénominations, sans toutefois remplacer totalement celui d'Armorique. Il s'imposa définitivement vers la fin du et peut-être même dès la fin du Léon Fleuriot, Les Origines de la Bretagne, Payot, Paris, 1980, pages 52-53.. Grégoire de Tours est le premier à parler de Bretagne (ou des Bretagnes) pour désigner la Bretagne continentale lors de la rédaction de ses Histoires entre 573 et 594.. Par la suite, on parle de Britannia MinorAux environs de 1136, dans son Historia regum Britanniae (Histoire des Rois de Bretagne), Geoffroy de Monmouth parle de Britannia minor par opposition à Britannia major, la Grande-Bretagne. ou de Britannia pour désigner le territoire sous le contrôle des Bretons.

, le nom breton de la Bretagne, vient, lui, d'un ancien Divi Kervella, Petit guide des noms de lieux de Bretagne, Coop Breizh, ..

Le terme Armorique est encore utilisé pour désigner la Bretagne, même s'il désignait à l'origine un ensemble beaucoup plus vaste. Il est probablement issu du gaulois aremorica qui signifie sans doute « proche de la mer »Pierre-Yves Lambert, La Langue Gauloise, Paris, 1997, page 34.. L'analogie avec le breton (« mer ») est anachronique, mais est justifiée partiellement sur le plan étymologique, le terme désignant la mer, mor(i), étant identique en gaulois et en brittonique. Une troisième dénomination, (en français Létavie, en breton moderne Ledav, Ledaw), a été utilisée jusqu'aux . Il procéderait d'une racine celtique signifiant « large et plat », « s'étendre », « déployer » et se perpétue dans le gallois qui se réfère toujours à la Bretagne continentaleLéon Fleuriot, Les Origines de la Bretagne, Payot, 1980, pages 53-54..

Histoire

Préhistoire

vignette|Fouilles archéologiques à Menez Dregan, sur la commune de Plouhinec, (Finistère). vignette|gauche|Cairn sur l'îlet de Gavrinis sur la commune de Larmor-Baden (Morbihan).

Les plus anciennes traces d'occupation ont été retrouvées dans la moyenne vallée de la Vilaine, identifiées sous la forme de galets aménagés dans une carrière située à Saint-Malo-de-Phily..

La Bretagne est peuplée par l'Homme dès le Paléolithique inférieur avec une population néandertalienne qui ne se distingue pas de celle du reste de l'Europe occidentale, et qui est sans doute peu nombreuse. Sa seule spécificité est l'existence d'un faciès particulier, le Colombanien., centré sur Carnac. C'est l'un des plus anciens foyers connus au monde, datant d'environ , qui a été découvert à Menez Dregan à Plouhinec..

Les premiers homo sapiens arrivent en Bretagne vers .

Le Paléolithique supérieur est marqué par l'occupation dont la plus ancienne reconnue est celle d’Enez-Amon-ar-Ross (Kerlouan), qui pourrait être attribuée au Châtelperronien..

Au Mésolithique récent s'amorce une tendance à la sédentarisation, notamment dans les sites de Téviec et d'Hœdic..

L'agriculture arrive en Bretagne au .

Cela se traduit par l'apparition d'une architecture mégalithique, tels que le Grand menhir brisé d'Er Grah.

Protohistoire celtique

vignette|Carte des peuples gaulois de l'actuelle Bretagne :

Au , la Bretagne est touchée par la seconde vague d'expansion celtique (civilisation de La Tène). Les Celtes imposent leur langue et leurs coutumes. Ils font découvrir le fer aux populations locales tandis que l'agriculture se développe. Le territoire breton est occupé par cinq peuples principaux.. : les Coriosolites, dont le territoire se situe dans l'Est de l'actuel département des Côtes-d'Armor, l'Ouest de l'Ille-et-Vilaine et le Nord-Est du Morbihan et qui ont donné leur nom à la ville de Corseul ; les Namnètes, qui résident dans l'actuel département de la Loire-Atlantique, au nord de la Loire, dans la région des Pays de la Loire. Ils ont donné leur nom à la ville de Nantes ; les Osismes, qui sont localisés dans l'actuel département du Finistère et la partie ouest des Côtes-d'Armor et du Morbihan ; les Riedones, qui résident dans l'Est de l'actuel département d'Ille-et-Vilaine. Ils ont donné leur nom à la ville de Rennes ; les Vénètes, qui se situaient dans l'actuel Morbihan, apparentés au peuple du Gwynedd. Ils ont donné leur nom à la ville de Vannes (Gwened en breton).

On peut rajouter à ces peuples les Ambilatres, qui résident dans le Sud de la Loire-Atlantique et le Nord de la Vendée, mais leur localisation n'est pas certaine..

Ces peuples ont de fortes relations économiques avec les Celtes de l'île de Bretagne, notamment pour le commerce de l'étain. Selon Jules César, ces peuples armoricains comprennent « les Coriosolites, les Riedones, les Ambibarii, les Calètes, les Osismes, les Lémovices et les Unelles »Jules César, Commentaires sur la guerre des Gaules, , . Selon Pline l'Ancien (Histoire naturelle, , ), l'Armorique désignait aussi l'Aquitaine.. L'emploi du terme Lémovices résulte sans doute d'une erreur pour Lexoviens. Ces peuples recouvrent un territoire bien plus large que la Bretagne actuelle allant de l'estuaire de la Loire à celui de la Seine, bien que les Calètes se situent directement au nord de l'estuaire de ce fleuve. Une vaste portion de côte entre les Lexoviens et les Unelles est occupée par le peuple armoricain des Bajocasses que César ne mentionne pas.

Antiquité gallo-romaine vignette|L'Ouest de la Gaule romaine sur la table de Peutinger.

Le territoire de la future Bretagne, comme toute l'Armorique, est conquis par les Romains lors de la guerre des Gaules au Ier siècle de notre ère. Les peuples de la péninsule armoricaine forment désormais cinq cités, toutes dotées d'un chef-lieu créé par le nouveau pouvoir : Carhaix pour les Osismes ; Vannes pour les Vénètes ; Corseul pour les Coriosolites ; Nantes pour les Namnètes ; Rennes pour les Riédons. Parcourue par un réseau routier et desservie par les voies maritimes, la région s'insère dans les circuits commerciaux de l'Empire. La péninsule bénéficie de la paix romaine. La romanisation est partielle puisque la langue gauloise et les anciennes traditions religieuses sont en partie conservées. Les divinités celtiques sont intégrées au panthéon romain.

La romanisation de l'Armorique s'étala sur trois siècles, avec le développement des routes, villae, ainsi que de la séduction des notables et élites. c'est donc un syncrétisme religieux qui se produisit, les dieux Jupiter et Mercure sont assimilés aux divinités locales, Taranis pour Jupiter par exemple.

Migration bretonne et fondation de la Bretagne continentale

À la fin du , les Bretons de l'île de Bretagne (Grande-Bretagne actuelle) migrent en Armorique occidentale avec leurs coutumes, leur langue et leur religion via notamment une christianisation des populations.

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La thèse selon laquelle cette migration aurait eu pour cause la pression des envahisseurs anglo-saxons a pour origine le De excidio de Gildas. On sait aujourd'hui que ces causes sont multiples car ancrées dans le contexte de l'époque, comme le notent André Chédeville et Hubert Guillotel. :

Moyen Âge

vignette|Bataille de la Roche-Derrien pendant la guerre de Succession de Bretagne. vignette|gauche|redresse|Anne de Bretagne.

Ainsi, la légende des Sept saints fondateurs s'avère procéder d'une construction littéraire et hagiographique tardive, forgée à partir du , par des moines et ermites venus du Pays de Galles et de Cornouailles vers les et , à l'époque de l'émigration bretonne en Armorique. Cette littérature hagiographique procède de la volonté de donner une origine chrétienne à des éléments païens.