La base aérienne 102 était une base de l'Armée de l'air française située au sud de Dijon, dans le département de la Côte-d'Or, sur le territoire des communes d'Ouges, de Longvic et de Neuilly-lès-Dijon.
Avec plus d'un siècle d'exploitation de l'aérodrome sur lequel elle était implantée, cette prestigieuse base aérienne figure parmi les bases françaises les plus chargées d'histoire. Toutefois, frappée par les mesures de restructuration de la Défense, elle a vu ses derniers avions – les Alphajet de l'escadron d'entraînement 2/2 « Côte-d'Or » – quitter sa plate-forme à l'été 2014, et fut dissoute le , après d'existence. L'aéroport civil de Dijon-Bourgogne utilise aujourd'hui ses infrastructures.
Missions La base aérienne 102 « Capitaine Georges Guynemer » - nom de baptême qu'elle porte depuis plus d'un demi-siècle - aura été, avant tout, un outil de combat. La sécurité de l'espace aérien français et de ses abords constituait le cœur de ses activités. Ses escadrons de chasse tenaient la permanence opérationnelle 24 heures sur 24 depuis le , Noël et Nouvel An compris, et ce jusqu'au transfert à Luxeuil de l'escadron de chasse 1/2 Cigognes en . Le personnel de la BA 102 participait régulièrement à la sécurisation des installations aéroportuaires parisiennes dans le cadre des missions intérieures. Il est également engagé en opérations extérieures (OPEX), que ce soit en Afrique ou en Asie centrale, en particulier par l'intermédiaire de l'implantation sur le site du commando parachutiste de l'air n° 20.
Historique Création de la base Deux événements peuvent être considérées comme prémices aux débuts de l'aviation à Dijon:
les premières journées de l'aviation organisées à Dijon du 22 au , un événement rassemblant jusqu'à 35 000 spectateurs (la ville compte alors 75 000 habitants environ) sur un terrain de la Maladière mis à disposition par l'armée. l'accueil d'une étape de la course Paris-Rome-Turin les 28 et
Ces événements créent un véritable engouement pour l'aviation et Dijon offre à l'armée française, le , un Farman HF.20 baptisé « Ville de Dijon » et financé par souscription populaire.
Le ministère de la Guerre décide dans le même temps de doter Dijon d'un aérodrome militaire. Le terrain de la Maladière étant trop exigu et rapproché des habitations, c’est sur le sud de Dijon, plus précisément le territoire des communes d’Ouges et de Longvic, que la chefferie du génie porta son choix pour aménager l’aérodrome militaire de Dijon, retenant une vaste zone de terres maraichères planes, laquelle permettra par ailleurs de futures extensions. Au départ, neuf hectares de terrain localisés sur la commune d’Ouges furent déclarés d'utilité publique par le décret du ; ils furent acquis par voie d'expropriation le . C’est sur cette première parcelle située entre les kilomètres 4 et 5, à gauche de la route menant à Saint-Jean-de-Losne, que furent installés les premiers hangars – des hangars démontables type Bessonneau – et plusieurs baraquements en bois nécessaires à l’accueil des premières escadrilles. Le premier hangar, construit de nouveau grâce à une souscription populaire, fut inauguré par le député et futur président de la République Albert Lebrun le . Le Progrès de la Côte-d’Or, dans son édition du , annonça la création du centre d’aviation en publiant la lettre de messieurs Camuset et Muteaux, députés de la Côte-d’Or. Le , le même quotidien se fit l’écho de l’entérinement définitif par le ministère de la Guerre, précisant que le centre était appelé à devenir le plus important de France : « Les terrains acquis seront nivelés et roulés pour permettre les atterrissages faciles en tout temps. L’autorité militaire se dispose à acquérir une centaine d’hectares supplémentaires et à construire sur la partie droite de la route un casernement pour un régiment d’aviateurs, soit de troupe et les sous-officiers avec leur ménage. Les 20 ou 25 officiers auront leur habitation en ville. »
Les mois qui précédèrent l’entrée en guerre s'avérèrent décisifs pour le centre d’aviation. La construction des bâtiments en dur prit le pas sur les installations provisoires. La zone de casernement fut dénommée « quartier Ferber », du nom du capitaine Ferdinand Ferber (1862-1909), pionnier à la fois précurseur et visionnaire de l'aviation militaire. L’aboutissement des travaux et l’état des installations permirent l’inauguration officielle du centre d’aviation le .
Première Guerre mondiale vignette|Avions Dorand DO.1 devant les hangars de la base aérienne en 1914. vignette|Guynemer ayant reçu le drapeau de l'aviation.
Cet aérodrome était opérationnel au printemps 1914 et il accueillit le centre du groupe d'aviation, pour lequel furent construits hangars d'aviation et casernement. Quatre escadrilles y étaient stationnées lorsque la Première Guerre mondiale éclata : les BR 17, BL 18, HF 19 et MF 20. C'est sur cet aérodrome militaire que siégea pendant toute la durée de la guerre la réserve d'aviation, unité dédiée à la centralisation des livraisons effectuées par les usines travaillant pour l'aéronautique et à l'acheminement jusqu'au parcs d'aviation des escadrilles du front des marchandises entreposées. Y fonctionna également, à partir de 1917, une école de pilotage dédiée au pilotage des avions de la firme Voisin. Le , sous la présidence du lieutenant-colonel Léon Adolphe Girod, inspecteur général des écoles et dépôts d’aviation, y fut présenté aux troupes le drapeau de l'Aviation militaire par le sous-lieutenant Georges Guynemer, as de guerre, blessé deux mois plus tôt à Verdun, porte-drapeau, devant le front des troupes du groupe et une délégation d’officiers de tous les centres d’aviation, de la marine et des autorités civiles et militaires localesCérémonie à laquelle prirent part les diverses troupes de la garnison de Dijon (deux compagnies du régiment d’infanterie, un escadron à cheval du dragon, un bataillon du régiment d’artillerie, une batterie montée de quatre pièces du régiment d’artillerie) et au cours de laquelle le lieutenant-colonel Girod prononça une vibrante allocution empreinte d’un grand patriotisme qui resta dans les mémoires : « Officiers, sous officiers, élèves pilotes, mécaniciens, soldats. J’ai le fier honneur de vous présenter le drapeau de l’aviation française aux mains d’un vaillant parmi les vaillants, le lieutenant Guynemer, vingt ans, chevalier de la Légion d’honneur, médaillé militaire, cité sept fois à l’ordre de l’armée. Levez vos fronts vers ses couleurs, élevez vos âmes jusqu’à ses gloires et voyez luire à travers ses plis glorieux la victoire de nos armes. Elèves pilotes qui m’écoutez, aviateurs de demain dont les ailes frémissantes se préparent déjà au suprême sacrifice, prenez dans vos mains ardentes votre cœur de français et donnez le au drapeau dans l’amour commun de tout ce qui est grand et sacré ! Soldats de toutes armes et de tout âges qui communient ici dans le serment du devoir, chevronnés et briscards, recrues et bleuets, moustaches grises et fronts d’enfants, tous animés de la même foi vive, élevez vos âmes vers notre emblème, pensez à nos morts, à nos foyers et jurez à jamais de venger les uns, de défendre et de libérer les autres. Emblème adoré qui fit le tour du monde, drapeau de France, de nos héros et nos morts, je te salue au nom de tous les soldats qui devant toi s’inclinent et te présentent nos armes. » Source : Frédéric Lafarge, Un as pour parrain, Dijon, 2016 (préface du colonel Pierre Réal, commandant de la base aérienne 102)..
Le dimanche , quelque deux-cents appareils « ayant participé à la guerre » étaient rassemblés sur l’aérodrome pour y être présentés et se prêter à des démonstrations organisées à l’occasion de la « grande fête militaire » proposée ce jour-là par les aviateurs pour célébrer la fin de la guerre. Le terrain, dans les mois qui s’ensuivirent, devait devenir le lieu de regroupement d’un grand nombre d’appareils retirés des escadrilles et destinés à la ferraille.
Entre-deux-guerres Son emprise importante permit au terrain d'aviation d'être, après-guerre, le lieu de déploiement de plusieurs unités de chasse et d'observation.
En 1920, Dijon vit naître le régiment d'aviation d'observation (renommé un peu plus tard RAO), doté de Breguet XIV .
Cette même année, en lisière de l'aérodrome, une zone fut réservée à l'aviation civile et le terrain devint « aérodrome mixte ». Pour l'aviation civile fut édifié non loin de la future base 102, à l'extrémité nord de la Côte et au sud-ouest de Dijon, le phare aéronautique de grande puissance du mont Afrique, idéalement situé sur la route aérienne Paris-Lyon-Marseille.
Preuve du fort attachement des aviateurs du « centre aérien de Longvic » – nom officiellement porté par le champ d’aviation depuis le – au plus célèbre des as français, un monument à la mémoire du capitaine Guynemer fut érigé en lisière de l’aire d’envol et solennellement inauguré le .
Cette même année, une réorganisation de l’arme aérienne intervint et, à Dijon même, fut créée la brigade aérienne, entité ayant autorité sur plusieurs formations parmi lesquelles trois escadres installées sur l’aérodrome : la escadre d’observation (disposant de Breguet 19), la escadre de chasse dotée successivement de Wibault 72 (1932), de Morane-Saulnier 225 (1933) et de Spad 510 (1937) et la escadre de grande reconnaissance équipée de Potez 25, Breguet 19 et Lioré et Olivier 20, puis de Potez 540.
En 1934, année qui vit la création de l’Armée de l’air, une nouvelle organisation territoriale fut arrêtée ; les « régions aériennes » firent leur apparition et au centre-ville de Dijon, place Wilson, s’installa l’état-major de la « RA ».
Cette même année fut créée une patrouille acrobatique dont la notoriété devait finir par dépasser les frontières. Baptisée du nom de son créateur, le commandant de la 7e escadre de chasse, René Weiser, la « patrouille Weiser » s’illustrait par ses périlleuses évolutions effectuées avec un nombre sans cesse croissant d’avions, trois à ses débuts, et jusqu’à dix-huit en 1937. Particularité remarquable : ses Morane-Saulnier 225 évoluaient attachés entre eux trois par trois.
Seconde Guerre mondiale À la suite de l'invasion de la Pologne par l'Allemagne, les escadres dijonnaises quittent la base pour leurs terrains d'opération, pendant que d'autres y transitent ou séjournent à Dijon-Longvic. Le , c'est la fin de la drôle de guerre pour la base comme d'autres du nord-est. À partir de cinq heures du matin jusque dans l'après-midi, trois vagues de bombardement détruisent les installations de la base et font 5 victimes. Le , une quarantaine de bombes sont à nouveau lâchées, augmentant les dégâts. Le sergent-chef Emile-Adrien Boymont meurt aux commandes de son Morane 406 en tentant de défendre la base.
vignette|Des prisonniers du Frontstalag 155. Le , les Allemands prennent possession de la base et y installent le Frontstalag 155. Pendant un an, 35 000 à 40 000 prisonniers transiteront par ce camp, pour l'essentiel des soldats des troupes coloniales, parqués dans des conditions inhumaines avant d'être déportés en Allemagne. Quelques initiatives, dont celle du chanoine Kir, permettent l'évasion de certains d'entre eux.
La base est progressivement remise en état et dotée d’une piste d’envol bétonnée longue de , pour devenir une base allemande essentielle sous l'occupation. Elle accueille diverses unités navigantes de la Luftwaffe dont, en , une école de pilotage de bombardiers (IV/KG10) et, plus tard, en , un groupe de chasse de nuit, le 5./NJG4, équipé successivement de Messerschmitt Me 110 et de Dornier Do 217.
Compte tenu de sa position géographique, la plate-forme aéronautique sera aussi utilisée pour les transports aériens de matériel lourd et y stationneront des planeurs géants Messerschmitt 321 ainsi que des Heinkel 111 Z, leurs remorqueurs pentamoteurs à fuselage double.