Une croix peinte (ou crucifix peint ou croce dipinta e sagomata, soit « croix peinte et chantournée ») est une peinture sur un support cruciforme représentant le Christ crucifié.
Les croix peintes comportaient un tabellonedéfinition de tabellone sur le larousse. à leur origine byzantine et ont obéi, suivant les époques, à diverses conventions (détails de la face, de la posture du corps du Christ) selon l'intention de représenter : Le Christ comme personnalité divine en Christ triomphant (Christus triumphans), durant tout le Moyen Âge, Le Christ mort (Christus patiens, résigné), de la peinture byzantine dite « manière grecque » (Χριστος πασχον), Le Christ humanisé donc souffrant dans le supplice (Christus dolens, souffrant), initié par les primitifs italiens à la pré-Renaissance.
Distinguo La scène complète peinte sur un tableau unique avec ses attributs : présence de Marie, de Jean, de Marie Madeleine, des larrons, des soldats, du mont Golgotha... est appelée Crucifixion.
Typologie des croix peintes
E. G. GarrisonE. G. Garrison... ref en bibliographie en distingue cinq sortes, suivant la forme, l'iconographie, l'influence du peintre ou du courant artistique :
La croix simple, issue des plus anciennes pectorales et processionnelles La croix avec tabellone central (panneau des flancs du Christ) portant les personnages de la Crucifixion, l'Ascension en haut (Ombrie). La croix avec tabellone central de la Crucifixion, avec bas en forme de calice (Lucques). La croix avec tabellone central sans les figures en pied de la Crucifixion (Pise). La croix avec tabellone central décoré de motifs géométriques, et tabelloniBien que le tabellone (terme italien pour « panneau ») soit initialement au sens strict le panneau central autour du corps du Christ dans le cas des croix peintes, on utilise également le terme pour les scènes peintes aux extrémités de la croix. aux extrémités de la potence, avec figures de Marie et de Jean (Giunta Pisano, Assise).
En général (les artistes usant d'un modèle ou d'un autre) les scènes figurées, quand elles existent, sont disposées :
deux le long des flancs du Christ semblables parties visibles d'un panneau unique (le tabellone) derrière le corps du Christ. deux aux extrémités latérales du patibulum horizontal. une au sommet, en cimaise au-dessus du titulus avec son inscription INRI limitée ou détaillée. cette dernière est parfois surmontée en clipeus d'une représentation supplémentaire (ronde). celle du bas, le soppedaneo, représentant symboliquement l'embase de la croix fiché dans le sol du Golgotha ; les représentations plus tardives représenteront le sol plus figurativement par des rochers, la symbolique se trouvant dans la figuration du crâne d'Adam (source originelle du « vrai » bois de la croix)La Légende dorée de Jacques de Voragine.
On verra des cartels de la signature du peintre sur certains panneaux du bas de la croix.
Typologie des postures du Christ sur les crucifix peints Christus triumphans, Christ triomphant
Christ vivant détaché des souffrances de la Croix (art paléochrétien et préroman) : Tête relevée (quelquefois tournée vers le ciel), yeux ouverts, corps droit, du sang peut s'écouler des plaies. vignette|left|La Croix glorieuse, feuillet en ivoire sculpté représentant la Crucifixion entourée de diverses scènes de la vie de Jésus en lien avec la Passion (, Aix-La-Chapelle), cathédrale de Narbonne. Ces représentations sont parfois appelées Croix glorieuses, comme celles du plat de reliure en ivoire de Narbonne, dans le trésor de la cathédrale Saint-Just ou du Musée de Cluny.
Sur la porte en bois de l'Église Sainte-Sabine de Rome (), la crucifixion à l'angle supérieur gauche, serait l'exemple le plus ancien d'une telle représentation.. Devant une muraille rappelant Jérusalem, un Christ athlétique, vêtu du subligaculum, est entouré des deux larrons au visage imberbe.
À partir du , la croix est régulièrement associée aux représentations du Christ.
Dans la Cathédrale Saint-Just-et-Saint-Pasteur de Narbonne, primitivement dédiée à saint Genès, une peinture, probablement d'origine orientale, montre un christ imberbe, ceint seulement du subligaculum, pagne d'athlète typique de l'Antiquité romaine. Cette figure du crucifié quasi nu, de type hellénistique, va disparaitre au cours du . Grégoire de Tours raconte en 593 dans son De Gloria Martyrium que le Christ apparut en songe par trois fois à un prêtre nommé Basil, pour en dénoncer la nudité et le menacer de mort s'il ne la couvrait pas.
Dans les représentations postérieures, le Christ est presque toujours vêtu du colombium, tunique sans manches qui disparaît ensuite au profit du périzonium.
L'art chrétien en occident jusqu'au début du manifeste sa préférence pour cette formule, et le Crucifié vivant continue d'être attesté jusqu'au .
Exemples typiques Crucifix de Lucques, Crucifixion du sacramentaire de Fulda, , conservé à Munich Crucifixion du Beatus de Liébana, manuscrit de Gérone () Crucifixion du Sacramentaire à l'usage de Lorsch () conservé au Musée Condé de ChantillyCatalogue des manuscrits enluminés Crucifixion du Lectionnaire de Cluny () Crucifix de 1125–50 d'origine autrichienne conservé dans The Cloisters à New YorkCloisters, New York. Crucifix de Saint-Damien () Assise Majesté Batlló, , Barcelone. Crucifix , (fin du )auteur inconnu, monumental de 5,50 m de hauteur, musée national San Matteo Christ vivant (première moitié du ), de Berlinghiero Berlinghieri de Lucques Crucifix de Fucecchio (1230-1235), de Berlinghiero Berlinghieri
Christus patiens, Christ résigné
Christ mort (kénose) de la représentation orientale (byzantine) montrant les déformations dues aux sévices infligés : Face tournée, émaciée saisie par la mort dans une pose sereine, yeux fermés du masque mortuaire, affaissement du corps, plaies saignantes (mains, pieds et flanc).
Exemples typiques Icône byzantine en ivoire du milieu du , conservée au Metropolitan Museum de New York. Le Christ est mort mais apparemment paisible. Son corps est représenté faiblement attaché à la croix, ses bras pliés aux coudes et ses jambes tournées, poussant légèrement sa hanche vers l'extérieur. Sa tête tombe en avant contre son épaule gauche metmuseum.org . Les icônes conservées au monastère Sainte-Catherine du Sinaï dont la plus célèbre est l'icône B.36, dans laquelle le Christ est représenté mort, mais le corps toujours droit, la tête couronnée d'épines, recouvert du colobium (tunique sans manche). Le style et le schéma iconographique est en faveur d'une réalisation à Jérusalem au . Crucifix 20 du Musée national San Matteo de Pise () attribuée au Maestro bizantino del Crocifisso di Pisa. Crucifix de San Zeno de Coppo di Marcovaldo (vers 1250) Crucifix des Duecento et Trecento, pinacothèque nationale de Sienne.
Christus dolens, Christ souffrant
Suivant les préceptes franciscains de l'humanisation des personnages divins de la Passion : La tête baissée sur l'épaule les yeux fermés soit absents, soit énucléés (orbites vides), marques de douleur sur le visage, la bouche est incurvée vers le bas, les plaies sont saignantes (mains, pieds et flanc droit) Le corps tordu déhanché, arqué dans un spasme de douleur, subissant son poids terrestre, schématisation des muscles et des côtes. Exemples typiques Crucifix du Maître de San Francesco (v. 1265-1270), musée du Louvre Crucifix de Santa Croce et crucifix d'Arezzo de Cimabue, Crucifix de Giotto (Temple Malatesta, Rimini) Crucifix de Segna di Bonaventura, pinacothèque nationale de Sienne.
Croce sagomata e dipinta
Pour exprimer plus de plasticité (et plus économique que la sculptureWeb Gallery Of Art notice sur le « Cut-out Crucifix » de Lorenzo Monaco), en Italie, la fin de la peinture byzantine, avec ses crucifix à tabellone, s'opère d'abord par des Croce sagomata et dipinta, des crucifix sans relief, silhouettés, chantournés et peints, comme ceux exécutés par Lorenzo Monaco, pour l'hôpital Santa Maria Nuova de Florence (conservés aujourd'hui à la Galleria dell'Accademia de Florence)Notice de l'encyclopédie de bseditions. Le Crucifix de Budapest, Croce sagomata et dipinta de Lorenzo Monaco à l'Accademia et de Santo Spirito de Florence Le crucifix peint de Segna di Bonaventura au musée Pouchkine de Moscou La Croce Dipinta de Bernardo Daddi (vers 1330) à la National Gallery of Victoria de MelbourneNational Gallery of Vivtoria est peinte des deux côtés. Il s'agit probablement d'une croix de procession. Un côté montre le Crucifié vivant (Christ Triomphant) et l'autre montre le Christ mort.
Quelques artistes concernés Lorenzo di Bicci, Musée du Petit Palais (Avignon) Neri di Bicci Giotto (dolens) Cimabue (dolens) Coppo di Marcovaldo (patiens) Giunta Pisano (dolens) : 3 crucifix connus et conservés Travaux de l'atelier des (triumphans) École ombrienne (triumphans) Paolo Veneziano (triumphans) Andres Serrano (Piss Christ, 1987, photographie, Avignon, collection Lambert) Certains maîtres anonymes ont reçu leur nom de convention d'abord par une croix peinte qui ne disposait pas d'une autre attribution :
Maestro della Croce 432 Maestro della Croce 434 Maître des Crucifix bleus Maître des Crucifix franciscains
Notes et références
Sources Cartels des nombreux crucifix de l'étage des Duecento et Trecento de la Pinacothèque nationale de Sienne.
Voir aussi Bibliographie Leclerq, « Croix et Crucifix » in Dictionnaire d’Archéologie Chrétienne et de Liturgie. 3 (1914) 3045-3131. Pierre Mornand, Le Visage Du Christ. Duccio. Giotto. Torriti. Cimabue. Bellini. Antonello De Messine. Masaccio. Fra Angelico. Memling. Van Der Goes. Van Der Weyden. Metsys. Van Orley. De Gand. Francke. Grunewald. Cranach Le Vieux. Morales. Botticelli. Rubens. Bibliothèque des Arts, 1942 Jacques de Landsberg, Didier Martens, L'Art en croix : le thème de la crucifixion dans l'histoire de l'art, Publié par Renaissance Du Livre, 2001 Gilles Chazal, La Représentation du visage du Christ. Des origines à Rouault. conférence, 2003 L. Ouspensky, Théologie de l’icône dans l’Église orthodoxe, Cerf, 1982 E. B. Garrison, Studies in the History of Mediaeval Italian Painting, 1953-1962, L'Impronta
Articles connexes Représentation artistique de Jésus-Christ Représentation de la Crucifixion
Catégorie des crucifix peints contenant également Catégorie des crucifix peints du Christus triumphans
Liens externes
Notice du dictionnaire Larousse de la peinture avec citation d'Edward B. Garrison
Catégorie:Crucifixion dans l'art