Le Don (), cheval du Don ou Donskaïa, est une race de chevaux originaire de la vallée du fleuve Don, dans le Sud de la Russie et l'Est de l'Ukraine actuelles. Il est la monture historique des cosaques du Don, qui opposent une résistance aux troupes françaises pendant la campagne de Russie.
Descendant du Nogaï, du Kalmouk et d'autres chevaux des steppes, le Don reçoit l'influence de différentes races durant trois siècles, particulièrement celle du Karabakh, du Turkoman, de chevaux du plateau persan, de l'Orlov-Rostopchin, et plus récemment du Pur-sang. Ces croisements cessent au début du . Le cheval du Don échappe à l'extinction durant les deux guerres mondiales, mais ses effectifs restent réduits en raison de la perte de ses fonctions historiques de monture de cavalerie et du désengagement progressif de l'État russe dans son élevage.
De constitution fine et sèche, le cheval du Don est réputé pour sa grande endurance et sa rusticité. Il porte une robe généralement alezane, qui peut arborer un reflet doré. À l'époque de l'Union soviétique, la race joue un grand rôle en croisement, notamment dans la création du Boudienny. Elle reste populaire de nos jours, bien qu'elle soit devenue rare au point d'être menacée d'extinction depuis la fin des .
Dénomination vignette|gauche|Cheval du Don cabré, présenté en spectacle de cirque.|alt=Cheval roux-doré qui se cabre devant un homme en uniforme. Cette race de chevaux doit son nom aux steppes situées autour du bassin du fleuve Don, ou au fleuve lui-même. Son nom russe est , transcrit en caractères latins par « Donskaya » ou « Donskaïa ».
En français, cette race est nommée « Don » dans la traduction de l'ouvrage de l'autrice tchèque Helena Kholová, dans celles des auteurs italiens Maurizio Bongianni (1987) et Gianni Ravazzi (2010), dans celle de la journaliste anglaise Nicola Jane Swinney, par l'Américaine Bonnie Lou Hendricks (Université de l'Oklahoma), dans le guide Delachaux et dans les fiches de race des éditions Atlas. « Cheval du Don » est mentionné comme nom secondaire dans la traduction de Bongianni, et employé comme nom principal par la journaliste française Emmanuelle Brengard. Le nom « Donski » est également possible. La traduction ou est proposée en 2002 par Jean-Claude Boulet, l'auteur du Dictionnaire multilingue du cheval..
Histoire Origines historiques de l'élevage équin dans la vallée du Don La vallée du fleuve Don est depuis longtemps fréquentée par des chevaux, un fossile daté du Villafranchien supérieur ayant été retrouvé à Liventsovka, près de Rostov-sur-le-Don. ; d'autres datés du Pléistocène tardif à Divnogorsk démontrent que de nombreux chevaux fréquentaient cette région, s'y nourrissaient d'herbe et étaient chassés par les populations humaines.. La vallée du Fleuve Don correspond par ailleurs à la première région historique de domestication du cheval., ainsi que celle de la Culture Yamna, un peuple cavalier du Néolithique.. Cette région est présumée être une terre d'élevage depuis au moins .
Origines du cheval du Don vignette|Cosaque du Don en 1813, sur un cheval des steppes de petit modèle.|alt=Cavalier sur un petit cheval, vus de profil. Il est difficile de retracer précisément l'origine du Don. En effet, de très nombreux peuples et leurs chevaux se sont succédé sur ce territoire.
Swinney estime qu'il constitue la race de chevaux la plus ancienne de Russie. Ses origines sont vraisemblablement à rechercher en Asie centrale.. Il descend du Nogaï (ou Nagaï), un cheval de type mongol élevé par la tribu du même nom.. L'influence des chevaux mongols des troupes de Gengis Khan est également évoquée. Le plus lointain ancêtre connu du cheval du Don est la monture des Tartares, influencée plus tard par celle des Coumans, nomades turcophones. Il reçoit aussi l'influence de la race Kalmouk, présentée comme son ancêtre dans un document soviétique.. Les petits chevaux rapides des nomades (notamment Kazakhs), très endurants, sont nommés . L'histoire du cheval du Don est indissociable de celle des cosaques du Don, qui deviennent un véritable peuple cavalier au , et dont cette race de chevaux est la monture.
La première mention connue du nom apparaît dans des documents moscovites datés de 1549. La remonte militaire est le principal motif historique de son élevage., la demande portant sur un cheval solide capable de porter un soldat en recevant un minimum de soins et d'attentions. La race vit alors à l'état semi-sauvage, trouvant seule sa propre nourriture dans la steppe. Ce mode d'élevage perdure par économie, les cosaques du Don laissant leurs chevaux paître librement à quelque distance de leur camp militaire.
La sélection du cheval du Don s'étend du , jusqu'au .. Un élevage intensif de chevaux se met en place au dans la région du fleuve Don. Un haras est créé au bord de celui-ci par Matveï Platov en 1770. De riches éleveurs installés dans cette région y amènent des reproducteurs depuis diverses régions extérieures. La race du Don est issue de croisements entre le cheval oriental, plus particulièrement le Turkoman, le Karabaïr, le Karabakh et des chevaux persans, et la souche locale, dont le Kabardin, au modèle de cheval des steppes.. Elle revêt donc de nombreuses caractéristiques propre à la fois au cheval des steppes et au cheval oriental.
Au début du vignette|Le général Matveï Platov sur son cheval du Don.|alt=Dessin d'un cavalier vu de profil, le sabre levé, sur un petit cheval roux. L'élevage en tabounes, dans des conditions climatiques rudes sur des espaces vierges, contribue à forger une race résistante. Dès le , les autorités russes investissent dans la création de grands haras pour l'élevage de chevaux de guerre en plein air. Les cosaques n'ont alors pas l'obligation de garder leur cheval jusqu'à la fin de leur service militaire, aussi les animaux sont fréquemment vendus à d'autres unités. Nadejda Dourova (1783 - 1866), entre autres, décrit les montures des cosaques du Don dans ses mémoires..
Le cheval du Don est réputé pour son héroïsme durant les guerres napoléoniennes. Cette race est célèbre, en France notamment, à travers son rôle durant la campagne de Russie, à l'hiver 1812 où cosaques du Don ont repoussé les armées napoléoniennes, en partie grâce à leurs montures adaptées au climat local, pendant que les chevaux français mouraient des conditions climatiques et de la malnutrition. Ces montures ont cheminé jusqu'à Paris, avant de rebrousser chemin jusqu'à Moscou. Les hussards de Napoléon les décrivent comme de petits chevaux hirsutes, secs et sans élégance.
Dans ses mémoires présentées à l'empereur de Russie en 1816, le général et diplomate russe Konstantin von Benckendorff décrit en détail la manière dont les cosaques du Don harnachent leurs chevaux et s'en occupent :
Toujours selon von Benckendorff, les chevaux mâles des cosaques sont tous castrés. Seul le bridon est utilisé pour harnacher la tête des chevaux du Don, très généralement sans mors. La selle est posée sur le dos avec deux sangles légèrement serrées, permettant au cheval de manger à tout instant sans être gêné. Benckendorff déclare cependant aussi que .
Des années 1820 à 1890 vignette|gauche|Lithographie d'un cosaque du Don, par Carle Vernet.|alt=Dessin de cavalier sur un cheval harnaché. La race du Don a beaucoup évolué. Après la victoire sur les armées napoléoniennes, un travail de sélection actif est entrepris, auquel Matveï Ivanovitch Platov apporte une contribution significative.. L'augmentation du standard de qualité requis chez les chevaux s'accompagne d'une augmentation des prix. D'après l'Allemand Alfred Edmund Brehm, le , une course est disputée sur entre deux chevaux cosaques du Don et deux Pur-sangs anglais ; elle est remportée par un cheval anglais..
Les efforts de sélection se poursuivent dans les , sous l'impulsion des hetmans cosaques Martinov et Ilovaisky. Des croisements sont effectués avec le trotteur Orlov ou l'Orlov-Rostopchin (les sources universitaires et russes parlent de l'Orlov-Rostopchin et non du Trotteur Orlov), et des chevaux arabes Strelets. D'après l'auteur italien Maurizio Bongianni, la race est par le croisement avec l'Orlov au début du , puis à la fin du même siècle par le Pur-sang. D'après le N. Simonov et Ivan de Moerder, ces chevaux croisés sont plus élégants que l'ancienne race, mais probablement moins résistants. En 1848, le directeur des haras français Éphrem Houël décrit la race du Don comme l'une des trois meilleures races de chevaux cosaques, avec celle des cosaques zaporogues et celle de l'Ukraine.. Il arrive que des chevaux kalmouks soient vendus comme chevaux du Don.. En 1852, le vétérinaire anglais William Youatt reconnaît à la race du Don des qualités de rusticité et d'endurance, mais peu de vitesse.. Un cheval du Don de robe noire, nommé Donetz, est présenté à l'exposition universelle de 1867..
vignette|Cheval du Don dans Les races chevalines, 1894.|alt=Dessin d'un cheval harnaché vu de profil.
Le rapport officiel du lieutenant Hugo Stumm, rédigé en 1873, souligne la présence de deux races de chevaux du Don : l'une qui a gardé le modèle originel des chevaux tartares, l'autre qui a été croisée avec des chevaux turcs, arabes, perses et circassiens, et qui est montée par les cosaques.. Dans le cadre d'une rivalité anglo-russe, le journaliste américain J. A. MacGahan, qui accompagne l'expédition russe contre Khiva (Ouzbékistan) en 1873, déclare que les cosaques russes sur leurs chevaux du Don ne sont pas de taille à affronter les cavaliers turcs et leurs Jomud..
En 1882, le territoire de l'armée du Don recèle . Ces animaux sont exportés dans toute la Russie, ainsi qu'en Pologne, en Autriche-Hongrie et en Prusse. En 1889, un officier russe parcourt en trente jours jusqu'à Paris, avec ses juments du Don Vlaga et Diana. En 1893, le cheval du Don est souvent élevé en croisement avec des trotteurs arabes et anglais, donnant des animaux de grande taille, endurants et rapides, qui fournissent ensuite la cavalerie russe.. La taille moyenne de ces chevaux en 1894 est de à ; ces animaux sont qualifiés de laids mais résistants. À la fin du , le prix payé pour un cheval du Don a doublé par comparaison avec le début du siècle.
Au et sous l'URSS vignette|Timbre soviétique de 1982 mettant en valeur les capacités sportives du cheval du Don.|alt=Timbre représentant un cavalier sur un cheval qui saute un obstacle. Après les croisements avec l'Orlov et le Pur-sang, le cheval du Don est réellement fixé au début du , avec la cessation des croisements extérieurs intervenue à partir des ou 1920. En raison des nombreux croisements avec le Pur-sang et l'Arabe, l'agronome Paul Diffloth considère que le Don est désormais une race de demi-sang..
Sa population atteint les dans la seule région des steppes du Don au début du siècle. La Première Guerre mondiale fait durement chuter ses effectifs. La race souffre ensuite de la désaffection pour le cheval de selle, et est croisée pour le trait léger.
En 1948, les chevaux de la région du Don sont officiellement scindés en deux, lors de la reconnaissance du Boudienny, issu de croisements avec le Pur-sang.. L'année suivante, il ne reste que de pure race et du Don. Les effectifs se reconstituent ensuite. La race se fait connaître pour ses capacités sportives, notamment en saut d'obstacles.
Le recensement soviétique de permet de dénombrer du Don dans toute l'URSS, dont de pure race. Environ 33 % des chevaux du Don sont alors enregistrés dans un registre généalogique.
Depuis la dislocation de l'URSS vignette|gauche|Groupe de chevaux du Don élevés en taboun.|alt=Groupe de chevaux dorés vue de profil mangeant de l'herbe.