Plusieurs facteurs ont permis le déclenchement de la révolution liégeoise et ont provoqué l'avènement de la République liégeoise puis l'annexion du Pays de Liège par la République française. Il est important de distinguer les facteurs extérieurs à la principauté de Liège comme la remise en cause de l'absolutisme et l'influence des Lumières des facteurs internes.

La remise en cause de l'absolutisme et l'émergence d'idées nouvelles en Europe Les révolutions anglaises du et la mise en place d'une monarchie parlementaire

Au Moyen Âge, en 1215 Jean Sans Terre, frère de Richard Cœur de Lion, est contraint de signer la Grande Charte qui instaure la formation d'un parlement, composé de deux chambres : la Chambre des lords (qui accueille les grands seigneurs et les évêques nommés par le roi) et la Chambre des communes (composée de députés du peuple élus).

Donc depuis 1215, en Angleterre, la balance du pouvoir, qui appartenait à l'origine majoritairement au roi, s'inverse peu à peu, jusqu'au où c'est alors le parlement, et plus particulièrement la Chambre des Communes qui possède la majorité du pouvoir.

En Angleterre, les rois Jacques puis Charles , ne supportant plus la tutelle du parlement décidèrent de renforcer leur pouvoir en une monarchie absolue en révoquant le parlement. Il s'ensuit alors une guerre civile de 1642 à 1649 où s'opposèrent partisans du roi et partisans du parlement, qui finirent par l'emporter grâce à la supériorité de leur armée dirigée par Cromwell. Le roi Charles est décapité. Cromwell proclame donc la république, qui est en fait une dictature personnelle. Et donc à sa mort la monarchie est rétablie (ce qui n'est pas tellement étonnant puisque cela faisait plus d'une dizaine de siècles qu'il y avait une monarchie en Angleterre, on peut donc supposer qu'il était difficile de se débarrasser d'une telle habitude. Probablement parce que le peuple habitué à gouverner par le biais du parlement depuis quatre cents ans déjà, n'a pas eu d'hésitation sur la marche à suivre, et ne s'est pas égaré dans la recherche de systèmes politiques novateurs et radicalement différents, ils ont au contraire évolué de façon très progressive au cours des siècles, pour arriver finalement à une démocratie à l'aube du . La transition s'est toujours faite en douceur, en restant sur un terrain connu. En 1660, la monarchie est donc rétablie en Angleterre avec l'arrivée sur le trône de Charles II. Le parlement toutefois assure son contrôle sur le roi par un texte de loi qui garantit les libertés individuelles et interdit les arrestations arbitraires : lhabeas Corpus. C'est donc le premier pas en Europe vers la reconnaissance des individus et des libertés, un premier pas vers l'État de droit et la démocratie. Cependant, Jacques II, devenu roi après son frère Charles II, est tenté à son tour d'établir une monarchie absolue. Le parlement, qui ne souhaite pas une nouvelle guerre civile, prend les devants, et choisit de remplacer Jacques II par sa fille Marie et son époux Guillaume d'Orange, d'origine hollandaise. C'est ce qu'on appelle la Glorieuse Révolution, en 1689. Guillaume d'Orange est proclamé roi après avoir signé la Déclaration des droits (ou Bill of Rights) qui met en place les droits du parlement et limite le pouvoir du roi. Jacques II, quant à lui, se réfugie à Versailles, à la cour de Louis XIV, qu'il avait tenté en vain d'imiter.

Plus d'un siècle avant la révolution liégeoise, il y eut donc en Angleterre deux révolutions qui conduisirent à la rédaction de deux textes fondamentaux: l'habeas Corpus et la Déclaration des droits, base du système politique anglais. Ces révolutions anglaises permirent d'assurer le maintien de la monarchie en Angleterre, mais une monarchie qui respecte le droit des individus, les libertés fondamentales, où le pouvoir du roi est limité : une monarchie parlementaire. L'Angleterre devint donc dès la fin du un modèle de régime parlementaire qui donnera la preuve que monarchie et respect des droits de l'Homme sont conciliables. Les révolutions anglaises sont un modèle unique à cette époque et marquent le premier bouleversement qui va conduire à la pensée moderne de démocratie et d'État de droit, qui mettra plusieurs siècles avant de s'imposer dans les pays occidentaux. Elle influencera et inspirera les philosophes des Lumières et la révolution américaine.

Les philosophes et le siècle des Lumières

Au apparaît un nouveau courant philosophique, littéraire et scientifique : les Lumières. Cette philosophie repose avant tout sur la certitude que le progrès est toujours possible et que la rationalité et la rigueur sont à l'origine du progrès. Les Lumières sont donc marquées par un rationalisme philosophique et une exaltation des sciences. Les philosophes et scientifiques des Lumières vont donc chercher à « éclairer » leurs contemporains comme le montre le texte de Kant Qu'est-ce que les Lumières ?. C'est donc ce qui va pousser les philosophes à remettre en cause les piliers de l'Ancien Régime à la fois dans les domaines politiques, sociaux, économiques et religieux. Mais tous les philosophes ne défendaient pas les mêmes idées. Il y avait presque autant d'opinions que de philosophes.

Les philosophes remettent en cause ce système archaïque dépassé depuis longtemps et qui commence peu à peu à se désagréger. Si Voltaire propose une monarchie parlementaire proche de celle d'Angleterre, Montesquieu, dans De l'esprit des lois pose la séparation des pouvoirs : législatif, exécutif et judiciaire. Rousseau, lui, va plus loin et propose une démocratie où tous les citoyens sont égaux et liés par un « contrat social », la souveraineté ne viendrait plus de Dieu, mais du peuple.

Dans la principauté de Liège, le pouvoir du prince-évêque repose sur la religion catholique. Les philosophes, menés par Voltaire, sont d'accord pour revendiquer la liberté religieuse, mais leurs opinions sur la religion divergent : certains sont athées, d'autres déistes comme Voltaire, spiritualistes ou matérialistes…

Ces derniers font partie des philosophes les plus influents de l'époque dite des Lumières. Par leurs ouvrages, qui ne sont toutefois consultés que par une petite minorité de privilégiés dans les cercles politisés, ils cherchent à faire passer leurs idées, qui sont en totale opposition avec la monarchie absolue en vigueur. Ils souhaitent la séparation des pouvoirs, pour plus de liberté et plus d'égalité.

La révolution et la république américaine

Au , l'Angleterre possède, sur la côte Est de l'Amérique du Nord, treize colonies peuplées par des immigrants d'origine britannique fidèles à la métropole. Celle-ci exerçait jusqu'alors une tutelle politique assez légère. L'Angleterre et les colonies entretenaient des relations économiques privilégiées et la métropole fournissait aux colonies une protection militaire.

Épuisée financièrement par la Guerre de Sept Ans qu'elle a remporte contre la France, l'Angleterre impose autoritairement aux treize colonies diverses taxes sur les journaux, le thé… Or ceci est en violation avec la règle générale selon laquelle aucun citoyen britannique ne doit payer d'impôt qui n'ait été consenti par lui-même ou par ses mandataires, car les colons n'ont pas de représentants au parlement anglais. Les colons boycottent alors les produits concernés. À ce différend fiscal s'ajoute un différend territorial : en effet, le roi d'Angleterre veut réserver les territoires à l'ouest des Appalaches aux Amérindiens.

En 1773, les colons se révoltent et jettent à la mer la cargaison de thé de trois navires anglais venus des Indes. George III renvoie l'armée pour mater la rébellion qui monte.

En 1774, les représentants des colonies, réunies en congrès, affirment dans une déclaration solennelle le droit de tous les peuples de participer à l'élaboration des lois les concernant.

Le , les représentants des treize colonies votent la Déclaration d'indépendance des États-Unis d'Amérique à l'égard de l'Angleterre. Elle marque la rupture avec la métropole.

Les États-Unis se lancent dans la Guerre d'indépendance contre l'Angleterre. Ils dépêchent des négociateurs, tels Benjamin Franklin pour demander leur soutien aux Français. Celui-ci est bien accueilli grâce à sa réputation scientifique. Mais il est dangereux de soutenir des sujets révoltés contre leur maître et qui professent des idées républicaines. La guerre donne la victoire aux révoltés américains, commandés par George Washington.

Le , l'Angleterre signe le traité de Versailles qui reconnaît l'indépendance des États-Unis d'Amérique.

En 1787, les États-Unis se donnent une constitution toujours en vigueur aujourd'hui. C'est la première constitution écrite de l'Histoire. Ils deviennent une république fédérale où les trois pouvoirs sont séparés. Ce n'est pas une démocratie car seuls les propriétaires blancs peuvent voter.

La république américaine n'est pas une démocratie mais c'est le premier régime qui a montré qu'il n'avait besoin d'aucun autre souverain que le peuple. L'enthousiasme provoqué par la révolution américaine renforce les sentiments hostiles envers l'absolutisme.

La situation politique au Pays de Liège Le fonctionnement de la Principauté En principe, depuis le Règlement de 1684 instauré par Maximilien-Henri de Bavière, le prince-évêque doit diriger la Principauté en accord avec les trois états constitués : l'état premier (le haut clergé, les chanoines de la cathédrale Saint-Lambert), l'état noble (quinze familles) censé représenter l'ensemble des campagnes, et le tiers état représentant la bourgeoisie et les artisans organisés en métiers (les trente-deux métiers de Liège)..

L'élection des bourgmestres et du conseil se fait par le prince et les 32 métiers. Ceux-ci sont répartis en 16 chambres dont les membres nommés à vie, forment le corps électoral. Ces chambres étaient composées de 20 nobles, patriciens et rentiers, 10 marchands notables et 6 artisans.. Les commissaires des bons métiers étaient désignés eux-mêmes par vingt-deux commissaires, dont douze étaient nommés par le prince-évêque, et les autres par les paroisses.

Le tiers état compte aussi les représentants des vingt-trois « bonnes villes » de la principauté, élu par cinq cent soixante-sept électeurs. Constitué par les bourgmestres de toutes ces villes, il était presque complètement passé au service du prince-évêque et du premier état, et avait de toute manière perdu une partie du pouvoir dont il avait disposé du au .

Le bas clergé, la petite noblesse, la bourgeoisie industrielle, les ouvriers, les paysans, ne participent à la gestion des affaires publiques que d'une manière très limitée. En outre, la situation du petit peuple n'est guère enviable; le chômage et la mendicité sévissent; des voix s'élèvent pour réclamer des changements politiques et davantage de justice sociale.

Le Pays de Liège vu par les Lumières Les philosophes du sont loin d'être unanimes quand ils parlent de la principauté de Liège. Certains voient dans le fonctionnement de l'État liégeois toutes les caractéristiques d'une République alors que d'autres perçoivent dans le pouvoir de l'évêque une tyrannie.

LEncyclopédie rédigée, ici par le chevalier de Jaucourt, évoque le Pays de Liège en ces termes : « [Celui-ci compte] trente-deux collèges d'artisans, qui partagent une partie de l'autorité dans le gouvernement, et portent l'aisance dans la ville. [L'État liégeois se présente] comme une république libre, gouvernée par ses bourgmestres, par ses sénateurs et par les autres magistrats municipaux. [Néanmoins] le nombre de ses églises, de ses abbayes, et de ses monastères, lui font un tort considérable. »