Mary Ann Nichols (Londres, -Londres, ), dite Polly Nichols, née Walker, est la première des cinq victimes, généralement reconnues ou « canoniques », de Jack l'ÉventreurPhilip Sugden, The complete history of Jack the ripper, 2002 (nouv. éd.)..

Biographie

Mary Ann Nichols voit le jour dans la Cité de Londresà Dawes Court, Shoe Lane, passage donnant sur Fleet Street., fille d'Edward et de Caroline. Elle est baptisée quelques années après sa naissance, en 1851.

Lorsqu'elle a sept ans, sa mère meurt de la tuberculose, maladie qui emporte probablement son frère cadet peu après. Le ménage se réduit alors à trois personnes, mais la fillette peut fréquenter l'école grâce aux revenus supplémentaires de son frère aîné..

Ménage avec William Nichols

En 1864, elle épouse à Londres William Nichols à Sainte-Bride, une église de la City. Son mari travaille dans une imprimerie de la City, à . Le couple emménage , à l'ouest de la City, mais s'installe rapidement chez le père de Polly Nichols, Trafalgar Street, quartier de Walworth. Ils y vivent environ dix ans. Après la naissance de leurs trois premiers enfants, Edward John (en 1866), Percy George (en 1868), et Alice Esther (en 1870), ils s'installent vers 1874-1875 dans l'une des cités ouvrières construites par le philanthrope américain George Peabody dans . Leur loyer est de et par semaineUn ouvrier peut gagner entre 15 et par semaine.. Naissent alors leurs deux derniers enfants, Eliza Sarah (en 1876) et Henry Alfred (en 1878). Le couple traverse de nombreuses crises ponctuées de ruptures et de retrouvailles, et se sépare pour la dernière fois en 1880. Le mari reproche en particulier à sa femme son penchant pour l'alcool. D'après son témoignage, elle aurait déserté cinq ou six fois le domicile conjugal avant de le quitter définitivementEvening Standard, 4 septembre 1888, "The Whitechapel murder".Morning advertiser, , "The Whitechapel murder".Les conditions de séparation entre Polly Nichols et son mari ne sont pas établies clairement. William Nichols affirme que c'est sa femme qui l'a quitté, et non l'inverse. Dans un autre compte rendu, il aurait déclaré l'avoir quittée parce qu'elle buvait, mais il dément par la suite cette version diffusée dans la presse. East London Observer, , "The Whitechapel tragedy. The husband's evidence"..

La séparation

Après le départ de sa femme, William Nichols lui verse une pension de cinq shillings par semaineEn comparaison, Annie Chapman reçoit de pension de son mari.. Mais il interrompt ce versement en 1882. Les « Gardiens » de la Lambeth Union, organisme paroissial impliqué dans l'assistance aux démunis, tentent de le faire revenir sur sa décision et le font citer au . La garde des enfants est également en jeu. Pour se justifier, Nichols invoque la liaison de sa femme avec un autre hommeEcho, , "The Whitechapel murder".The illustrated police news, , "The murder in Whitechapel".. De son côté, le beau-père accuse Nichols de s'être mis en ménage avec la voisine, Rosetta Walls ne lui laissant pas d'autre choix que la fuite.. Mais Nichols affirme que sa relation avec Rosetta Walls, qu'il épousera plus tard, est postérieure d'au moins deux ans au départ de sa femmeIl est possible que Polly Nichols ait quitté le domicile conjugal dès 1865, à l'âge de , et récidivé l'année suivante, année de naissance de son fils aîné : un article du Times du évoque une affaire impliquant une certaine Mary Ann Nichols placée au Lambeth Workhouse. La « détenue » est emprisonnée dans une salle du workhouse, en attente d'une sanction disciplinaire, lorsqu'elle se met à briser une cinquantaine de carreaux de verre à l'aide d'un balai, préférant écoper de de prison de la part d'un tribunal de police plutôt que de subir une punition du workhouse. Son affaire passe ensuite en jugement au tribunal. Un sergent de police, présent à l'audience, rappelle qu'elle a déjà été condamnée en 1865 dans deux affaires similaires à quelques mois d'intervalle, où elle avait détruit de la literie et brisé des fenêtres. Le juge la condamne à six semaines de travaux forcés.

Son fils aîné, Edward John, naît le . S'il s'agit de la même Mary Ann Nichols, les faits se seraient déroulés alors qu'elle était enceinte de sept mois.Dans une lettre publiée, par le Daily telegraph du , William Nichols réaffirme que sa femme l'a quitté cinq ou six fois durant leur vie de couple, avant de le quitter définitivement de son propre gré. Ce n'est que deux ans plus tard qu'il a changé d'adresse pour emménager avec l'infirmière. Et il est resté en bons termes avec son fils aîné, lequel a quitté son domicile il y a seulement deux ans et demi. Il dément ainsi toutes les versions contradictoires et interprétations publiées massivement dans la presse sur son compte..

Les workhouses vignette|redresse|Réfectoire des femmes dans un workhouse. Ici à St. Pancras, photographie de 1911. vignette|redresse|Le Lambeth Workhouse. Abrite aujourd'hui le Cinema Museum. Photographie de 2010.

En 1880-1881, puis en 1882-1883, Polly Nichols est placée au workhouse de Lambeth, sorte d'établissement d'assistance sociale fournissant un emploi, sous une surveillance quasi pénitentiaire, aux personnes démunies et fragiles.. Elle y fait la connaissance de Mary Ann Monk. En , elle est hospitalisée quelques jours à la Lambeth Infirmary pour alcoolismeCharlie Chaplin séjourne à plusieurs reprises dans son enfance avec sa mère en 1896 et 1898 dans ce même Lambeth Workhouse, et sa mère Hannah Chaplin est admise régulièrement à Lambeth Infirmary à partir de 1895. Voir : David Robinson, Chaplin, his life and art, 1985 ; Simon Fowler, The workhouse : the people, the places, the life behind doors, 2014..

Ensuite, elle retourne vivre trois mois chez son père, entre et , dans le quartier de Camberwell. Cependant, celui-ci lui reproche son accoutumance à l'alcool. Au lendemain d'une explication houleuse, elle déserte le foyer paternel. Témoignant sur les circonstances de ce départ, Edward Walker affirme qu'il ne l'a pas chassée, mais qu'elle est partie de sa propre volonté.

De à , elle partage la vie d'un forgeron, Thomas Dew, dont l’échoppe est située York Street, dans le quartier de Walworth. En , elle est présente aux funérailles de son frère Edward, mort tragiquement lors de l'explosion d'une lampe à pétrole.

Elle retombe dans la précarité en . Après une journée passée dans un workhouse du quartier de , elle est transférée jusqu'à l'hiver à celui de Strand, dans le quartier d'Edmonton. En décembre, elle dort dans la rue, et fait partie des sans-abris ramassés par la police à Trafalgar Square. Elle est alors renvoyée pour quelques jours au Morning advertiser, , "The Whitechapel murder"., puis transférée de à à celui de Mitcham, dans le quartier d'Holborn. Après une nouvelle hospitalisation pour alcoolisme à linfirmary d'Holborn, elle retourne au Lambeth Workhouse, où elle resserre ses liens amicaux avec Mary Ann MonkD'après sa déposition, elles se sont connues au Lambeth Workhouse dès 1881 ou 1882. Echo du , "The Whitechapel murder. When last seen."., et se lie également à Scorer.

Chez les Cowdry

En avril ou 1888Le 12 mai, d'après le témoignage de Mary Ann Monk, dans le Times du , "Another murder in Whitechapel"., le sort de Polly Nichols s'améliore temporairement lorsque le Lambeth Workhouse lui procure un emploi de servante chez des particuliers, Samuel et Sarah Cowdry, ménage dévot de la petite bourgeoisie du quartier de Wandsworth. Le mari occupe un emploi de chef de travaux dans la police. Elle écrit à son père une lettre datée du , où elle se dit heureuse de sa nouvelle situation : la maison est spacieuse, avec un jardin arboré. Ses patrons la traitent agréablement, la laissant parfois seule dans la demeure, et ne l'accablent pas de travail. Elle lui demande des nouvelles de son fils aîné, Edward John, qui est venu emménager chez lui l'année précédenteThe Daily news, , The murder in Whitechapel, theory of the crime.. Mais lorsque son père lui écrit à son tour, la lettre reste sans réponse, car depuis le , Polly Nichols a quitté ses employeurs en dérobant des vêtements pour une valeur de trois livres et dix shillingsSoit l'équivalent de ou , ce qui représente le salaire mensuel d'une couturière (voir Bourgoin, en début de vol.), ou environ trois mois du loyer que payaient les Nichols lorsqu'ils vivaient ensemble.D'après la plainte envoyée par Sarah Cowdry à la Lambeth Union. Paul Williams, Jack the ripper suspects, 20..

Vers la mi-juillet, elle retrouve Mary Ann Monk à la sortie du Lambeth Workhouse. Les deux femmes vont boire un verre ensemble au Duke's Head, Lower Kennington RoadEast London Observer, , "The Whitechapel tragedy"..

Spitalfields, Whitechapel

Après être retournée pour un ou deux jours dans un workhouse, Polly Nichols trouve refuge dès le 13 ou le dans le quartier de Spitalfields, à la lodging house Wilmott., au , logement collectif qui abrite soixante-six femmesThe Star, , Leather Apron, more about his career, his latests movements, in the borough.Frances Coles, prostituée assassinée en 1889, a également résidé dans la maison Wilmott.. Elle y occupe, pour quatre pence la nuit, une chambre de quatre lits avec trois ou quatre autres femmesLe loyer revient à la semaine, soit et . Le plus bas salaire d'une ouvrière sans qualification est généralement de par semaine, soit , ce qui suffit à peine pour payer ce type de logement. Voir Bourgoin en début de vol.. Elle partage sans doute le même lit avec Emily Holland (ou Ellen Holland), avec laquelle elle se lie d'amitiéDans un article de presse, une certaine Jane Oram vient témoigner à l'audience du coroner, disant qu'elle a partagé son lit avec Polly Nichols durant son séjour à la pension Wilmott. Mais les spécialistes pensent aujourd'hui que Jane Oram est en réalité Emily Holland. The Times, , "The Whitechapel murder".. Mais là encore, le séjour est temporaire. Au bout de six semaines, le , elle trouve un gîte à la White House du , rue voisine de Thrawl Street et l'un des lieux les plus mal famés de Londres. La White House est une , asile pour sans abris vivant dans la promiscuité, où hommes et femmes peuvent partager une même chambre pour la nuit. Ces deux rues sont à proximité immédiate du croisement d'Osborn Street et de Bricklane où Emma Elizabeth Smith a été mortellement blessée.

Attaques précédentes Agression d'Annie Millwood

Le samedi , Annie Millwood est hospitalisée à 17 h à la Whitechapel Workhouse Infirmary, comme le révèlent les archives de l'institution, après avoir reçu de multiples coups de couteau aux jambes et à l'abdomen. Un article de l'''Eastern Post donne quelques détails sur l'agression qu'elle a subie par un inconnu utilisant un couteau pliant qu'il avait dans la poche. Aucun témoin n'a assisté à la scène. Elle décrit son agresseur comme un étranger. Au bout d'un mois, Annie Millwood semble rétablie et sort le , pour être placée au South Grove Workhouse, Mile End Road (dans le prolongement nord-est de Whitechapel Road, quartier de Bow). Mais dix jours plus tard, le , alors qu'elle est en plein travail, elle meurt subitement dans la cour du bâtiment. Une enquête judiciaire est ouverte par le coroner Baxter le et conclut à une « rupture de l'artère pulmonaire par ulcération » ayant causé un « épanchement soudain dans le péricarde ». Aucun lien n'est établi avec son agression du mois précédent. Mais le cas retient l'attention de plusieurs auteursSugden, The Complete Jack the Ripper ; Hinton, From Hell.. tentés d'y voir un lien avec l'un des meurtriers de Whitechapel, peut-être l'assassin de Martha Tabram. Souvent oubliée, elle serait néanmoins la première de la série macabre des femmes assassinées au cours de l'année 1888.