L’écriture du persan répandue en Afghanistan et en Iran (à la différence du Tadjikistan) s’écrit dans un alphabet reposant sur l’alphabet arabe ; la plupart des caractères sont identiques, mais les différences sont grandes du point de vue phonétique. On différencie l’usage d’un style d’écriture élémentaire (naskh basique) et des styles plus complexes (naskhr élaboré, nasta‘ligh et chékasté).

Lettres particulières

Sept lettres, sur un total de trente-deux pour l'alphabet persan, ont la particularité suivante : leur liaison graphique est toujours interdite du côté gauche, c'est-à-dire toujours interdite avec la lettre suivante dans le sens de l'écriture. Le tableau suivant donne les noms, les prononciations, et les formes de ces sept lettres. Chaque forme est entourée par deux séries de tirets suggérant la ligne plus ou moins virtuelle autour de laquelle s’organise l’écriture.

NomPrononciationsFormeentourée icipar des tiretsAlefMuet ou comme le ade garden en anglais--- ا ---DâlComme le d de drap--- د ---ZâlComme le z de zèbre--- ذ ---RéComme un r légèrement roulé--- ر ---ZéComme le z de zèbre--- ز ---JéComme le j en français--- ژ ---VâvMuet ou comme le v françaisou le o de rose ou le ou d'oursin--- و ---

Les mots qu'on forme à partir de ces seules sept lettres s'écrivent donc en juxtaposant les formes correspondantes, sans jamais les lier. Le mot persan dâd, par exemple, avec un â à prononcer comme le a de garden en anglais, et signifiant cri, s’écrit داد ; et le mot zâr, avec un r légèrement roulé et signifiant pleur, s’écrit زار.

Voyelles volantes

Certains signes, qu'on appelle ici signes volants (et ailleurs, diacritiques), apparaissent aux alentours du sommet ou de la base d'une lettre. La prononciation qu’implique un signe volant suit immédiatement celle de la lettre la plus proche.

Le tableau suivant donne les noms, les prononciations, et les formes de quatre signes volants qui correspondent chacun à une ou plusieurs voyelles. Les formes sont associées chacune à un alef dans ce tableau, pour donner des indications de proportion et de position.

NomPrononciationForme associée icià un alef FathéCommele a de chatKasréCommele é en françaisZamméCommele o de roseMaddComme le a de gardenen anglais

Les deux syllabes du nom fathé sont fat, à prononcer comme le mot anglais signifiant gras, et hé. Le fathé et le kasré ont tous deux la forme d’un petit tiret incliné vers la gauche, mais l’un se place au-dessus, et l’autre au-dessous des lettres. Le zammé a la même forme que le vâv, mais en plus petit. Comme on l’a indiqué, chacun de ces signes se prononce juste après la lettre qu’il accompagne. Ainsi دَر, qui signifie porte, se prononce dar ; دِژ, qui signifie forteresse, se prononce déj ; et دُزد, qui signifie voleur, se prononce dozd.

Le alef est muet quand on lui associe un signe volant. Ainsi اَژدَر, qui signifie dragon, se prononce ajdar ; اِزار, qui signifie vêtement, se prononce ézâr ; et اُردو, qui signifie camp, se prononce ordou.

Le madd, qui ressemble à une vague ou un tilde et dont le nom signifie aussi marée montante, s'inscrit seulement au-dessus d'un alef, presque toujours en position initiale dans un mot. Et comme on le déduit du tableau et des propos dans cette section, le mot آرد, qui signifie farine, se lit ârd, en prononçant le â comme le a de garden en anglais.

Liaisons graphiques

Dans le style d'écriture basique, la nécessité ou l'interdiction des liaisons graphiques résultent d'une règle simple qui implique, entre autres, une lettre nommée héyé do-tchéchm. La règle est qu'à l’exception des sept lettres alef, dâl, zâl, ré, zé, jé, vâv, du héyé do-tchéchm lorsqu'il est muet, et de la dernière lettre d'un mot, chaque lettre est liée par la gauche à la lettre suivante.

Variété et choix des formes

Neuf lettres ont chacune une forme qu’on utilise dans tous les cas de liaison graphique. Ces neuf comprennent les sept lettres alef, dâl, zâl, ré, zé, jé, vâv, et deux autres qu'on appelle tâ (ou teyn) et zâ (ou zeyn). Le tâ, par exemple, se prononce comme le t de toile ; la forme correspondante est ط ; et le mot tarz, qui signifie façon (d'être ou de faire), s'écrit طـَرز.

Vingt lettres ont chacune deux formes qu’on utilise selon la nécessité ou l'interdiction d'une liaison graphique du côté gauche. Le tableau suivant donne le nom d'une de ces lettres, sa prononciation et les formes qu'elle prend selon les cas. Comme dans le premier tableau de cet article, chaque forme est entourée par des tirets suggérant la ligne autour de laquelle s’organise l’écriture.

NomPrononciationFormes selon les cas de liaison graphique,entourées ici par des tiretsLiaison à gaucheinterditeLiaison à gauchenécessaireBéComme le b en français--- ب --- --- ﺑـ ---

Ainsi, le mot babr, qui signifie tigre, s'écrit بَـبـر ; tarab, qui signifie joie ou fête, s'écrit طـَرَب ; et rotab, qui veut dire datte, s'écrit رُطـَب.

Trois lettres ont chacune quatre formes qui correspondent aux quatre cas qu'on obtient en considérant la nécessité ou l'interdiction d'une liaison graphique du côté droit ou gauche. Ces trois lettres comprennent le héyé do-tchéchm, dont les prononciations et les formes apparaissent dans le tableau suivant, avec des tirets suggérant la ligne d'écriture. (Héyé do-tchéchm signifie le hé aux deux yeux, comme évoque certaines de ses formes et pour faire la distinction avec un autre hé, le heyé djimi, c'est-à-dire le hé ressemblant à la lettre djim.)

NomPrononciationsFormes selon les cas de liaison graphique,entourées ici par des tirets Liaison à gaucheinterditeLiaison à gauchenécessaireHéyédo-tchéchmMuet ou comme le h de hat en anglais--- ﻩ --- --- ﻫـ ---Liaison à droite interdite --- ـﻪ --- --- ـﻬـ ---Liaison à droite nécessaire

Ainsi le mot havâ, qui signifie air, s'écrit هَـوا ; bahâr, qui signifie printemps, s'écrit بَـهـار ; béh, qui signifie meilleur, s'écrit بـِه ; râh, qui signifie chemin, s'écrit راه ; et râhha, qui signifie chemins (au pluriel), s’écrit راه ها.

Voici maintenant un tableau donnant les noms, les prononciations et les formes de toutes les lettres de l'alphabet persan hormis les sept (particulières) dont la liaison à gauche est toujours interdite. Comme d’habitude, chaque forme est entourée par des tirets suggérant la ligne d’écriture.

NomPrononciationsFormes selon les cas de liaison graphique,entourées ici par des tirets Liaison à gaucheinterditeLiaison à gauchenécessaireBéComme le b en français--- ب --- --- ﺑـ ---PéComme le p de pélican--- پ --- --- ﭘـ ---TéComme le t de toile--- ت --- --- ﺗـ ---SéComme le s de soie--- ث --- --- ﺛـ ---DjimComme le Dj de Djakarta--- ﺝ --- --- ﺟـ ---TchéComme le tch de tchèque--- چ --- --- ﭼـ ---Héyé djimiComme le h de hat en anglais--- ح --- --- ﺣـ ---KhéComme le j en espagnol--- خ --- --- ﺧـ ---SineComme le s de soie--- س --- --- ﺳـ ---ChineComme le Ch de Chine--- ش --- --- ﺷـ ---SâdComme le s de soie--- ص --- --- ﺻـ ---ZâdComme le z de zèbre--- ض --- --- ﺿـ ---TâComme le t de toile--- ط --- ZâComme le z de zèbre--- ظ --- EynLégère contractionde la glotte oulégère interruptiondans la prononciation--- ع --- --- ﻋـ ---Liaison à droiteinterdite--- ـﻊ --- --- ـﻌـ ---Liaison à droitenécessaireGheynComme on prononceraità la suite un g dur(comme le g de galet)et un h aspiré(comme le h de héron)--- غ --- --- ﻏـ ---Liaison à droiteinterdite--- ـﻎ --- --- ـﻐـ ---Liaison à droitenécessaireFéComme le f de farine--- ف --- --- ﻓـ ---GhâfComme un g et un h aspiré à la suite--- ق --- --- ﻗـ ---KâfComme le k en français--- ک --- --- ﮐـ ---GâfComme le g de galet--- گ --- --- ﮔـ ---LâmComme le l de lime--- ل --- --- ﻟـ ---MimComme le m de mûre--- م --- --- ﻣـ ---NounComme le n de nez--- ن --- --- ﻧـ ---Héyédo-tchéchmMuet ou comme le hde hat en anglais--- ﻩ --- --- ﻫـ ---Liaison à droiteinterdite--- ـﻪ --- --- ـﻬـ ---Liaison à droitenécessaireYéComme le y ou les i de yiddishou a de garden en anglais--- ـی --- --- ﻳـ ---

Prononciation

Comme il apparaît dans les tableaux précédents, on a parfois plusieurs lettres ou signes pour une même prononciation. En fait, quinze lettres de l’alphabet persan et quatre signe volants (dont trois sont présentés dans la section suivante) n’ont pas de prononciation spécifique, dans le sens où chaque lettre ou signe se prononce toujours ou parfois comme un autre (le kasré, par exemple, se prononce parfois comme le yé, le té se prononce toujours comme le tâ, et le héyé do-tchéchm se prononce parfois comme le héyé djimi). Cette particularité correspond à une réduction de la variété phonétique qui a touché les mots d’origine arabe, mais aussi ceux d’origine persane, turque et autre encore.

On a parfois aussi plusieurs prononciations pour une même lettre ou un même signe. C'est le cas, en fait, pour un signe volant, le kasré, et quatre lettres, le alef, le vâv, le héyé do-tchéchm et le yé.

Le kasré se prononce comme les i de yiddish s’il est immédiatement suivi par un yé et un alef. Autrement, il se prononce comme le é en français. Ainsi مِـیـان, qui signifie milieu, se lit miyâne ; et آسِـمـان, qui signifie ciel, se lit âsémâne.

Comme on l’a dit, le alef est muet quand on lui associe un signe volant, mais aussi en position initiale dans un mot, ou s’il vient dans un mot juste après une voyelle (transcrite par une lettre ou un signe volant) ou juste après un héyé do-tchéchm muet. Autrement, le alef se prononce comme le a de garden en anglais. Ainsi ایـزَد, qui signifie dieu, se lit izad ; پـرتـوای, qui signifie un rayon (de lumière), se lit parto-i ; et خـانِـه ای, qui signifie une maison, se lit khâné-i.

Le vâv est muet quand il a un khé juste à sa droite et un alef ou un yé juste à sa gauche. Autrement, le vâv est une consonne ou une voyelle selon qu’il précède immédiatement ou non une voyelle du même mot (transcrite par une lettre ou autrement) ; s’il est une consonne, il se prononce comme le v français ; et s’il est une voyelle, il se prononce comme le o de rose ou comme le ou d’oursin, sans règle évidente (autre que la connaissance du vocabulaire) pour choisir entre ces deux prononciations. Ainsi خـواب se lit khâb et signifie sommeil ; خـویـش se lit khich et signifie parent ; جَـوان se lit djavân et signifie jeune ; et مـو se lit mo quand il s’agit de vigne, et mou quand il s’agit de cheveux.

En position initiale ou intermédiaire dans un mot, le héyé do-tchéchm se prononce comme le héyé djimi, c'est-à-dire comme le h de hat en anglais. En position finale, le héyé do-tchéchm est muet ou il se prononce comme le héyé djimi, encore une fois sans règle évidente pour faire le tri. Ainsi هُُـنـر se lit honar et signifie art ; کـُهَـن se lit kohane et signifie ancien ; et بـِه se lit béh quand il s’agit de l’adjectif meilleur, et bé quand il s’agit d’une préposition proche dû à en français.

Le yé est muet ou sonore selon qu'il est ou non surplombé par un signe volant particulier, qu'on appelle alefé bâlâ et dont on dira plus dans la section suivante. Le yé sonore se prononce comme le y de yiddish si, dans un mot, il est en position initiale ou immédiatement précédé par une voyelle (transcrite par une lettre ou non). Autrement, le yé sonore se prononce comme les i de yiddish. Ainsi یار se lit yâr et signifie compagne ou compagnon ; پـِیـمان se lit peymân et signifie serment ; ایـل se lit il et signifie tribu ; et پـیـر se lit pir et signifie vieille ou vieux.

Autres signes

Le persan utilise quatre autres signes volants dont les noms, les prononciations, et les formes apparaissent dans le tableau suivant. Chacune des formes est associée à une lettre pour donner une idée de proportion et de position.

NomPrononciationsForme associée icià un yé, un dâlou un alefAlefébâlâComme le a de gardenen anglaisTachdidImplique une doubleprononciation de la lettreTanevineComme les trois dernières lettres de plataneHamzéComme la dernière syllabe de noyer ou comme le eyn