La sylviculture est l'activité et l'ensemble des méthodes et pratiques par lesquelles un sylviculteur ou une sylvicultrice agit sur le développement, la gestion et la mise en valeur d'une forêt ou d'un boisement pour en obtenir un bénéfice économique et/ou certains services profitables à la société (dans une approche de forêt dite multifonctionnelle).
La sylviculture est dite « durable » (gestion durable de la forêt), quand la pratique assure que le capital forestier est acquis et optimisé, et qu'il peut être maintenu pour les générations futures, pour en retirer durablement des bienfaits ou des produits comme le bois, sans en dégrader le capital. Ceci nécessite la prise en compte appropriée des facteurs écologiques et abiotiques, à savoir les qualités naturelles du site (stations forestières, écopotentialité…). Le concept actuel de « gestion durable des forêts ». insiste non seulement sur la nécessité de ne pas surexploiter le milieu afin qu'il ne perde pas son potentiel, mais aussi sur l'importance de préserver, voire restaurer le cas échéant sa capacité de résilience écologique, face par exemple aux changements climatiques, aux risques de maladies des arbres, d'incendies, tempêtes Ces modes de gestion apportent une attention plus soutenue à l'environnement et à la biodiversité.
La sylviculture a évolué, passant de quelques types de coupes et traitements de régénération à une panoplie de traitements souvent plus mécanisés ayant des objectifs de composition et de structure des peuplements forestiers visant à répondre aux objectifs de l’aménagement forestierSmith, 1986.. En France, 26% de la récolte en forêt publique est constituée de bois dépérissants..
En français québécois, le terme de foresterie est plus souvent employé. Il englobe cependant l'ensemble des activités liées à la forêt. Le terme de sylviculture est alors réservé au sens plus restreint des seules règles et techniques de la gestion forestière , sur granddictionnaire.com..
Historiquement, la sylviculture a ses racines dans des pratiques souvent anciennes. Cependant, c'est à partir de la fin du , notamment à l'initiative de praticiens allemands, que les méthodes sylvicoles ont été décrites et théorisées.
Concrètement, les forestiers interviennent sur les peuplements d'arbres de manière additive, en plantant ou en stimulant la régénération naturelle, et de manière soustractive, en récoltant le bois ou les autres produits, également en réduisant de manière sélective une partie de la végétation pour concentrer le développement des arbres et des divers végétaux qui sont maintenus.
On considère principalement les aspects sylvicoles suivants : les objectifs : choix de produits ou services visés ; avec objectifs de quantités et qualités, des échéances et d'éventuelles exigences sociales et/ou environnementales ; les traitements sylvicoles : ils dépendent des choix de modes de croissance visés et du renouvellement retenu pour le peuplement forestier ; l'aménagement forestier : il vise et planifie un type de gestion ou d'équilibre des classes d'âge, et pose différents objectifs et interventions, répartis sur l'étendue de la forêt ; les coupes : choix et programmation (de la préparation au débardage) des dates, lieux, durées et modes de coupe ; les travaux : ils sont entrepris par les forestiers ou des sous-traitants sur la végétation, éventuellement sur le sol ou les équipements, pour assurer le développement des arbres et de la forêt conformément aux buts poursuivis par l'aménagement.
Histoire de la sylviculture
La sylviculture a des racines probables dans la Préhistoire et la Chine, qui l'a développée tout en déboisant rapidement une grande partie du territoire dès avant nos jours. La sylviculture était une science suffisamment reconnue pour qu'en , lorsque l'empereur Qin Shi Huang ordonna de brûler tous les ouvrages indésirables, il fit trois exceptions pour les seuls livres traitant de médecine, d'agriculture et de sylviculture.
En Europe, la sylviculture (comme art et science) a également ses pères fondateurs : le premier Duhamel du Monceau (1700-1782)De l'exploitation des bois (1764), Partie I et II. publie un ouvrage sur l'exploitation des bois, déjà très complet. Mais la sylviculture moderne naît en Prusse, grâce aux travaux de Georg Ludwig Hartig (1764-1837) et Heinrich Cotta (1763-1844). Ces deux scientifiques formeront des écoles de sylviculture en Prusse, attirant de nombreux étudiants étrangers (Russes, Suisses, Autrichiens, Espagnols). Parmi ces étudiants se trouvent des Français qui deviendront les futurs maîtres de l'École royale forestière de Nancy. Cotta fut le premier à employer le terme « sylviculture », notamment dans son ouvrage le plus célèbre Instruction à la sylviculture (1817). La sylviculture française s'enrichit ensuite des apports successifs de Bernard Lorentz (1774-1865) et d'Adolphe Parade (1802-1864).
Sur tous les continents, des secrets et des savoirs ouverts se transmettaient sur les manières de planter, sélectionner, ou tailler les arbres. Les écoles de sylviculture ont diffusé les pratiques et le savoir-faire, avec plus ou moins de bonheur et d'efficacité, qu'on peut classer entre deux tendances opposées : imitation de la forêt naturelle (tendance Prosilva) ou de ses lisières, avec des pratiques extensives valorisant la sylvigenèse naturelle et la régénération, avec une sélection lente, et parfois quelques plantations alimentaires (ex: citronniers ou cacaoyers plantés en forêt, plantation de deux sagous par sagou coupé)Christian Gamborg et Jørgen Bo Larsen (2003) « ‘Back to nature’—a sustainable future for forestry? », Forest Ecology and Management, vol. 179, 3 juillet , (résumé) ; systèmes artificiels et intensifs, appuyés sur des plantations en monoculture, des techniques d'inspiration agricole (labour, sous-solage, amendements, engrais, pesticides, élagages), des pépinières et une sélection importante (gènes, graines, plants, baliveaux, arbres en croissance, porte-graines), de plus en plus appuyée sur des modélisations et logiciels de gestionGoreaud, F., Coligny, F. D., Courbaud, B., Dhôte, J. F., Dreyfus, P., & Pérot, T. (2005). La Modélisation : un outil pour la gestion et l'aménagement en forêt. VertigO-la revue électronique en sciences de l'environnement, 6(2)..
France Avant le , la forêt française avait fortement régressé : du Moyen Âge jusqu'au milieu du , on a assisté à une période de défrichage intensif visant à gagner des terres de culture, récolter plus de bois de chauffage, de boulange et de bois d’œuvre.
Époque contemporaine La Révolution française confisque les forêts, propriétés essentiellement royales, seigneuriales et du clergé et en fait des biens nationaux qu'elle revend progressivement aux bourgeois afin de rembourser les emprunts contractés par l’État. Sous la Restauration, la forêt redevient un enjeu économique, notamment pour les régions les plus défavorisées. Le code forestier de 1827, inspiré de celui créé par Colbert, a finalement bloqué la régression du couvert forestier. Dans le même temps, un renouveau forestier était favorisé par les alternatives fossiles tel que le charbon, le pétrole, le gaz naturel et éventuellement l'électricité nucléaire, sans oublier l'exploitation massive (surexploitation parfois) des forêts tropicales. Ces alternatives ont par ailleurs fortement contribué au développement économique des pays riches, qui a encouragé à une urbanisation centralisée (et donc un exode rural libérant des terres aux plantations ou à l'enfrichement et à la forestation spontanée). Des primes d'État et détaxations ont également encouragé les sylviculteurs à étendre leurs surfaces boisées, alors que l'amélioration des rendements agricoles et la concentration de l'agriculture sur les sols les plus riches libéraient les terres les plus pauvres ou pentues, créant une augmentation de terrains pouvant être reboisés. Alors que les plantations de faible intérêt sur le plan de la biodiversité gagnaient du terrain, le bocage, l'agrosylviculture traditionnelle et des arbres isolés et d'alignements reculaient ou disparaissaient rapidement, avec leur biodiversité… les remembrements et primes à l'arrachage des haies et fruitiers ont eu des impacts très importants en Europe, et notamment en France dans les années 1960 à 1980. Également à cette époque, on a reboisé certains territoires pour les remettre en valeur (Sologne, Limousin), pour combattre l'érosion (Cévennes) ou pour fixer les dunes (Landes).
Depuis 1850, le territoire boisé a presque doublé (de d’hectares en 1850 à en 2001) et depuis 1980 elle progresse de . d’arbres sont annuellement plantés en France ( par seconde)« Sylviculture et gestion forestière » , sur Ministère de l'Agriculture..
En 2005, de mètres cubes de bois sont produits en France..
En 2006, 75 % du volume de bois commercialisés dans les forêts domaniales était vendu « sur pied » par adjudication le plus souvent, avec de bois récoltés annuellement (résultats moyens 1995-2004 exprimés en volume « bois forts »)Bilan patrimonial ONF, 2006 ..
En 2007, la forêt française (publique et privée) couvre à nouveau plus de 25 % du territoire national, au profit d'une sylviculture plus étendue (résineux et peupleraies notamment). Sa répartition et la composition de ses espèces ne sont pas liées qu'aux seules conditions édaphiques et climatiques. Un « Règlement national d’exploitation forestière »Règlement national d’exploitation forestière ; Validé par l'Office national des forêts le 21 décembre 2007, publié au Journal officiel du 08/03/08, il peut être mis à jour (avec publication au Journal officiel et mise à jour sur le site Internet de l'ONF). (RNEF) a été publié en complément des clauses générales des ventes de bois. Il contient les prescriptions relatives à l'exploitation forestière qui étaient antérieurement dispersées dans plusieurs documents (clauses générales des ventes de bois sur pied, clauses communes territoriales), et vise à ce que l'exploitation diminue son impact environnemental et sur la régénération de la forêt, respecte les biens et personnes, dans toutes les phases de la mobilisation des bois.
En 2008, 27 % du territoire est boisé. Un tiers est domanial ou communal et deux tiers sont privés..
En 2019, la forêt en France métropolitaine couvre d'hectares, () soit 31 % du territoire.. d'arbres sont présentes dans la forêt métropolitaine..
Un inventaire national des différentes essences présentes en France est réalisé à intervalles réguliers.
La filière forêt-bois française représente répartis dans ..
Objectifs sylvicoles Traditionnellement, la sylviculture visait à fournir une récolte prévisible de produits de commodités (le bois)Nyland (2002).. Dans le contexte actuel de la foresterie, la sylviculture vise également à attribuer d'autres valeurs non marchandes au milieu forestier telles que la stabilité des sols pour limiter les risques d'érosion, le maintien des populations indigènes d'organismes vivants et l'amélioration de leurs habitats, la production de la nourriture pour la faune, l'amélioration des qualités visuelles du paysage, la création des espaces récréatifs Cependant, certains facteurs peuvent affecter le potentiel sylvicole d'un peuplement et l'intensité d'aménagement.
Rôle de la sylviculture La sylviculture ne peut se résumer à la seule culture des forêts, compte tenu de la complexité et de la longévité du domaine biologique – les arbres – sur lequel elle intervient. Véritable synthèse de nombreuses sciences dans lesquelles l'écologie tient une place importante, la discipline, qui repose également sur des bases économiques, peut se définir comme l'art d'appliquer des techniques fondées sur des bases scientifiques (biologiques) afin de contrôler le développement naturel des forêts et de guider leur évolution dans la direction voulue.