vignette|Bokassa en 1970. Le coup d'État de la Saint-Sylvestre est un coup d'État organisé par Jean-Bedel Bokassa, chef de file de l'armée de la République centrafricaine (RCA), et ses officiers, notamment Alexandre Banza, contre le gouvernement du président David Dacko le et le . David Dacko, un cousin de Bokassa, a pris les rênes du pays en 1960 tandis que Bokassa, officier dans l'armée française, rejoint l'armée centrafricaine en 1962. En 1965, le pays est dans un profond désordre en raison de la corruption et de la faible croissance économique, tandis que ses frontières sont régulièrement franchies par des rebelles venant des pays voisins. Dacko reçoit une aide financière de la part de la République populaire de Chine mais, malgré ce soutien, les problèmes persistent. De son côté, Bokassa planifie le renversement du gouvernement, ce dont est conscient Dacko qui crée une gendarmerie dirigée par Jean Izamo, qui devient rapidement le plus proche conseiller de Dacko.

Soutenu par le capitaine Alexandre Banza, Bokassa déclenche son coup d'état lors de la nuit de la Saint-Sylvestre de 1965. Tout d'abord, il fait prisonnier Jean Izamo en l'enfermant dans une cellule au Camp de Roux. Par la suite, les hommes de Bokassa occupent la capitale Bangui et soumettent la gendarmerie et toute forme de résistance. Après minuit, Dacko décide de quitter la capitale mais il est rapidement capturé, forcé de démissionner avant d'être emprisonné au Camp Kassaï. Selon les rapports officiels, huit personnes sont tuées pour avoir résisté au coup d'État. À la fin du mois de , Izamo est torturé à mort tandis que Dacko est épargné à la demande du gouvernement français, dont Bokassa recherche le soutien. Bokassa justifie son intervention en affirmant qu'il a préservé son pays de l'influence du communisme et coupé les relations diplomatiques avec la Chine. Au tout début de son gouvernement, Bokassa dissout l'Assemblée nationale, abolit la Constitution et passe plusieurs décrets interdisant, entre autres, la mendicité, l'excision et la polygamie. Ensuite, il se bat pour obtenir une reconnaissance internationale de son gouvernement. Après une rencontre fructueuse avec le président du Tchad, Bokassa est reconnu par les autres pays africains puis la France, l'ancienne puissance coloniale.

Banza, l'homme de main de Bokassa, tente lui-même de le renverser en mais l'un des conspirateurs informe le président. Banza est interpellé et présenté devant un tribunal militaire, qui le condamne à être exécuté par un peloton d'exécution. Dacko reste à l'isolement au Camp de Roux mais envoie une lettre à l'ambassadeur chinois à Brazzaville en , interceptée par Bokassa. Celui-ci accuse Dacko de menacer la sécurité nationale et le transfère dans la sinistre prison de Ngaragba où de nombreux prisonniers capturés lors du coup d'État sont toujours incarcérés. Un juge local convainc Bokassa qu'il manque de preuves pour condamner Dacko, finalement placé en résidence surveillée. En , Dacko devient le conseiller personnel du Président, mais le gouvernement français parvient à le convaincre de participer au renversement de Bokassa, alors fortement critiqué pour son régime dictatorial de plus en plus brutal. Ce nouveau coup d'état intervient les 20 et et Dacko devient à nouveau Président avant d'être renversé deux ans plus tard.

Contexte

En 1958, après que la Quatrième République française a commencé à lancer le processus d'indépendance de ses colonies africaines, le chef nationaliste Barthélemy Boganda rencontre le Premier ministre Charles de Gaulle pour discuter des termes de l'indépendance du territoire alors connu sous le nom d'Oubangui-Chari. De Gaulle accepte sur le principe et, le , Boganda déclare la création d'une République centrafricaine autonome devant rapidement accéder à l'indépendance. Il devient le Premier ministre de ce territoire autonome et ambitionne d'en devenir le premier Président. Toutefois, il est tué dans un accident d'avion le , alors qu'il se dirige vers Bangui.

Abel Goumba, le bras droit de Boganda, lui succède. Toutefois, en , David Dacko prend le contrôle du gouvernement. Ancien membre du cabinet de Boganda et chef du parti du Mouvement pour l'évolution sociale de l'Afrique noire (MESAN), il reçoit le soutien du haut commissaire français Roger Barberot, de la chambre de commerce de Bangui et de Michelle Jourdain, la veuve de Boganda. Deux mois plus tard, Dacko congédie Goumba de son nouveau poste de ministre des finances. Goumba et Pierre Maleombho, l'ancien président de l'assemblée nationale démis de ses fonctions par Dacko, quittent le MESAN et créent un nouveau parti d'opposition, le Mouvement pour l'évolution démocratique de la Centrafrique (MEDAC), le . Dans le même temps, le , le projet de Boganda se réalise avec l'obtention de l'indépendance pour la Centrafrique.

Le , le cousin de Dacko, Jean-Bédel Bokassa, quitte l'armée française pour rejoindre la nouvelle armée de la Centrafrique avec le rang de chef de bataillon (commandant). Un an plus tard, il devient le chef des cinq cents soldats composant cette force armée. Grâce à ses relations avec Dacko et son expérience dans les forces françaises, Bokassa a rapidement gravi les échelons militaires, devenant le premier colonel de l'armée centrafricaine le .

Bokassa cherche à être reconnu en tant que chef de l'armée et lors de ses apparitions publiques, il arbore ses décorations militaires. Dans les cérémonies, il essaie souvent de s'asseoir aux côtés du président Dacko pour affirmer son importance au sein du gouvernement. En outre, il s'engage constamment dans des discussions houleuses avec Jean-Paul Douate, le chef du protocole gouvernemental, qui lui reproche de ne pas suivre l'ordre protocolaire quand il s'agit de s'asseoir à la table présidentielle. Dans un premier temps, Dacko trouve amusants les efforts quelque peu grossiers de son cousin pour affirmer son pouvoir. En dépit des nombreux coups d'État qui frappent les pays africains, Dacko exclut publiquement le risque que Bokassa ne se risque un jour à prendre le contrôle du pays. Lors d'un dîner d'État, il déclare que le colonel Bokassa veut seulement collectionner les médailles et qu'il est trop stupide pour réaliser un coup d'État. En revanche, des membres du cabinet de Dacko voient en Bokassa une réelle menace. Jean-Arthur Bandio, le ministre de l'intérieur, recommande que Bokassa devienne membre du cabinet dans le double objectif de satisfaire sa recherche de reconnaissance et pour le couper de ses liens avec l'armée. Enfin, pour empêcher le déclenchement d'un éventuel putsch, Dacko crée une gendarmerie de cinq cents hommes, dirigée par Jean Izamo et une garde présidentielle de 120 hommes dirigée par Proposer Mounoumbaye.

Causes

Le gouvernement de Dacko est confronté à plusieurs problèmes lors des années 1964 et 1965. L'économie stagne, l'administration commence à se déliter et les frontières du pays sont constamment franchies par les partisans de Patrice Lumumba au sud et par les rebelles de l'Armée de libération populaire soudanaise à l'est. Sous la pression des membres les plus radicaux du MESAN, dans le but de diversifier ses soutiens et d'affirmer son indépendance en matière de politique étrangère, Dacko établit des relations diplomatiques avec la République populaire de Chine en 1964. Une délégation conduite par Meng Yieng et des représentants du gouvernement chinois se rendent dans le pays et y présentent des films de propagande communiste. Peu après, la République populaire prête un milliard de francs CFA ( de francs français) à la République Centrafricaine à un taux d'intérêt nul. Néanmoins, cette aide ne peut empêcher l'effondrement financier du pays en raison notamment de la corruption généralisée qui mine le pays. Bokassa en vient à penser qu'il doit renverser le gouvernement pour repousser l'influence du communisme et résoudre les problèmes du pays. Selon Samuel Decal, un historien spécialiste des gouvernements africains, ce sont surtout les ambitions personnelles de Bokassa qui le poussent à lancer un coup d'État contre Dacko.

En , Dacko envoie Bokassa à Paris pour qu'il participe à la délégation présente au défilé du 14 juillet. Le , après avoir assisté à la cérémonie de fermeture de l'école d'entraînement des officiers qu'il a fréquentée quelques décennies plus tôt, Bokassa planifie son retour en Centrafrique. Toutefois, Dacko le lui interdit et Bokassa passe les mois suivants à essayer d'obtenir le soutien d'amis qu'il connaît dans les forces armées françaises et centrafricaines. Finalement, Dacko cède à la pression et permet à Bokassa de revenir en octobre.

Les tensions entre Dacko et Bokassa continuent de s'accroître dans les semaines qui suivent. En décembre, Dacko approuve une hausse du budget pour la gendarmerie mais rejette la proposition de budget pour l'armée de Bokassa. Celui-ci fait alors part à ses amis de sa lassitude envers l'attitude de Dacko et qu'il s'apprête à le renverser. Dans le même temps, Dacko prévoit de remplacer Bokassa par Izamo pour le poste de conseiller militaire. En outre, il veut promouvoir des officiers de l'armée loyaux à son égard et congédier Bokassa et ses partisans. En aucun cas il ne cherche à camoufler ses intentions. Il en fait d'ailleurs part aux anciens du village de Bobangui qui informent Bokassa. Ce dernier réalise qu'il doit agir rapidement. Il craint que ses cinq cents hommes ne fassent pas le poids contre la gendarmerie et la garde présidentielle. De plus, il s'inquiète d'une intervention française en soutien à Dacko. En effet, le à l'occasion de la tentative de coup d'État au Gabon contre Léon M'ba, des parachutistes sont intervenus pour permettre au président de rester en place.

En revanche, Bokassa est soutenu par le capitaine Alexandre Banza qui a dirigé la base de Camp Kassaï au nord-est de Bangui et qui est aussi un ancien membre de l'armée française. C'est un homme intelligent, compétent et ambitieux qui a joué un rôle central dans la planification du putsch. En décembre, de nombreuses personnes anticipent un coup d'État à venir et les perturbations susceptibles d'advenir. Les conseillers de Dacko le préviennent que Bokassa présente des signes d'instabilité mentale et doit être arrêté avant de pouvoir menacer le gouvernement. Le Président ne tient pas compte de ces avertissements.

Le coup d'État

Au début de la soirée du , Dacko quitte le Palais de la Renaissance pour visiter les terres d'un de ses ministres, au sud-ouest de la capitale. À 22h30, le capitaine Banza donne l'ordre à ses officiers de se préparer pour le putsch. L'un d'entre eux doit vaincre la garde dans le palais présidentiel tandis qu'un autre doit prendre le contrôle de Radio-Bangui pour empêcher toute communication entre Dacko et ses partisans. Bokassa convoque Izamo à son quartier-général et lui demande de venir au Camp de Roux pour signer des papiers qui réclament son attention immédiate. Izamo célèbre alors le Nouvel-An avec des amis et est réticent à accepter les demandes de Bokassa. Il finit par prendre la voiture de sa femme pour se rendre au camp. À son arrivée, il fait face à Banza et à Bokassa qui l'informent du coup d'État en cours. Ils lui demandent s'il accepte de les soutenir mais Izamo refuse et est emprisonné.