L'accident de la caravelle Ajaccio-Nice est le nom sous lequel est connu l'écrasement en Méditerranée au large du cap d'Antibes (Alpes-Maritimes) le de la Caravelle du vol Air France 1611 partie d'Ajaccio (Corse) à destination de Nice (Alpes-Maritimes). Il n'y a eu aucun survivant parmi les 95 personnes à bord. Les circonstances de l'accident ne sont toujours pas entièrement élucidées.

L'enquête technique a conclu qu'un incendie survenu à l'intérieur de la cabine de l'avion s'est propagé jusqu'à entraîner la perte de contrôle de l'appareil. L'origine de l'incendie, pas plus que la cause directe de la perte de contrôle, n'a pu être établie avec certitude.

L'hypothèse qu'un missile ait abattu l'appareil par erreur lors d'un exercice de la Marine nationale française, rapidement avancée puis démentie, a été écartée par la commission d'enquête. Le ministre des Armées, Pierre Messmer, a confirmé qu'aucun missile n'avait été tiré à proximité. Cependant, l'affaire fait encore l'objet d'investigations et l'enquête judiciaire a été relancée.

L'accident Le , la Caravelle III Béarn , immatriculée F-BOHB, décolle d'Ajaccio-Campo dell'Oro à , à destination de Nice (ligne Air France 1611). La première partie du vol s'effectue sans incident et la météo est ensoleillée..

À , en descente entre les niveaux de vol 90 () et 70 (), l'équipage annonce des « ennuis » par radio et mentionne un incendie (l'écoute des enregistrements du vol montre que le commandant de bord aurait été inquiet d'événements à bord dès ).

Le contrôle aérien l'autorise immédiatement à prendre une route directe et lui accorde une priorité à l'atterrissage. À , l'avion annonce « nous sommes en vue du sol et en bonne visibilité ». Le contact radio et radar est perdu après un dernier écho à , à de Nice, et les secours sont déclenchés.

Une nappe de kérosène et des débris flottants sont découverts à et confirment que l'avion s'est abîmé en mer. Il n'y a pas de survivants parmi les et six membres d'équipage qui se trouvaient à bord.

Équipage Il y avait six membres d'équipage à bord :

le commandant de bord Michel Salomon, , de vol ; le pilote Émile Duvinage, , de vol ; le mécanicien navigant Roger Juan, , de vol ; le chef de cabine Michel Gérard, , de vol ; l'hôtesse Geneviève Tricot, , de vol ; l'hôtesse stagiaire Michèle Orry, , de vol.

Passagers Dans la liste des Le 22 passager est omis, il s'agit de Suzanne Lafont. Il y a des erreurs dans les prénoms et l'orthographe des noms.. se trouvent notamment le général de corps d'armée René Cogny., le physicien atomiste polonais Jerzy Sawicki.., le banquier irlandais Arthur O'Connor.. vignette|Débris de la Caravelle F-BOHB récupérés par le navire câblier l’Alsace en 1971.

Opérations de récupération vignette|Débris de la Caravelle à bord du navire câblier l’Alsace. Campagnes de chalutage du . vignette|Débris de la Caravelle F-BOHB récupérés par le navire câblier l’Alsace en 1971. vignette|Certains fragments de la Caravelle photographiés à 2300 mètres de profondeur. vignette|Ensemble des débris de la Caravelle (8 tonnes). Dossier pénale. Le repêchage des débris au fond de la mer est mené en quatre campagnes se déroulant de à . Deux expéditions Troïka sont effectuées par le navire l’Alsace du au et du 10 au dans lesquelles des milliers de photographies exploitables purent être réalisées. Lors d'une autre opération Troïka, entre le et le , d'autres photographies sont effectuées. Le bathyscaphe l’Archimède est requis pour rechercher et étudier l'épave de la Caravelle et des milliers de photos sous marines ont été prises.. La dernière campagne de chalutage est réalisée du au et des nombreux débris retrouvés sont déposés à l'arsenal militaire de Toulon. Une photo de l'ensemble des débris repêchés, déposés à Toulouse., est prise le .

Des équipements sont mis au point spécialement à cet effet (émetteur-récepteur d'ultra-sons, balise acoustique et calculateur). Quatre mille heures de travail permettent d'identifier d'éléments provenant de toutes les parties de l'avion, des morceaux de réacteur... L'enregistreur de vol (boîte noire) est récupéré par de fond, lors de la dernière campagne ; il se révèle illisible car la gélatine se serait détachée du papier dans la partie intéressant la fin du vol et l'aurait endommagée alors que pour les vols antérieurs, l'enregistreur de vol est exploitable.

Lors de la campagne de repêchage des débris, Jean Dupont, pilote membre de la commission d'enquête, s'inquiète de dysfonctionnements. Il explique avoir déterminé très précisément une zone de chute théorique de l'appareil « dès les premières opérations de chalutage ; on ne tient absolument pas compte de ma zone de chute théorique mais seulement de celle donnée par le commandant de l'Ardent, un escorteur de la Marine nationale, qui avait participé et même dirigé le repêchage des épaves en surface le jour de l'accident. Il paraît surprenant que les officiers de pont de la Marine nationale fassent une erreur grossière de navigation à de la côte ».

Au total, il y a eu quatre campagnes de chalutage afin de remonter les restes de la Caravelle : la première campagne débuta le et la quatrième campagne a fini le . Trois campagnes de Troïka ont eu lieu ayant pour objet de prendre des photos de l'épave de la caravelle : la première débuta le et la troisième a fini le .

Enquêtes

Enquête technique vignette|Trajet de la Caravelle F-BOHB du 11 septembre 1968. Le , le ministre des Transports Jean Chamant institue une commission d'enquête pour faire la lumière sur les circonstances et les causes de l'accident et en tirer les enseignements.

Le rapport final de la commission., publié le , conclut que la cause de l'accident est un incendie survenu à l'arrière de la cabine. Son origine, qui n'a pas été déterminée avec précision, serait :

soit le dysfonctionnement du chauffe-eau des toilettes de la cabine ; soit l'imprudence d'un passager qui aurait jeté un mégot de cigarette dans le récipient des serviettes usagées des toilettes.

Le rapport note que

La commission d'enquête examine les hypothèses d'une collision avec un autre avion ou de l'impact d'un missile, ou d'un foudroiement. Elle écrit avoir reçu l'assurance formelle du ministre des Armées, Pierre Messmer, par lettre du , qu'il n'y a eu aucun tir d'engin dans la zone de vol de la Caravelle au moment de l'accident. Elle estime qu'une collision avec un missile ou un avion aurait vraisemblablement causé des dommages majeurs immédiats et que l'avion n'aurait pas continué à voler trois minutes. Les bandes de radar n'ont montré aucun autre écho à proximité. Les constatations effectuées sur les débris ne lui ont pas paru compatibles avec un foudroiement ou une explosion.

Enquête judiciaire initiale

Trois magistrats se succèdent dans l'instruction pénale jusqu'en 1973. Le , Michel Carlès, doyen des juges d'instruction de Nice, est chargé de l'affaire puis remplacé par Bernard Chaussier. Le , André Houpert prend sa suite et prononce un non-lieu le .

Hypothèse d'un tir de missile Lors de l'accident, la Caravelle volait à une soixantaine de kilomètres au nord-est du Centre d'essais de la Méditerranée de l'île du Levant, établissement de la délégation générale pour l'Armement, où se déroulent régulièrement des essais de nouveaux missiles ainsi que des tirs d'entraînement des arméesCes avions qui nous font peur : Les dossiers noirs du transport aérien de François Nénin, chapitre 16..

Un « avis de tir » a été publié dans le journal régional Le Provençal pour le . Il concerne seulement l'activation du champ de tir du Titan (de moins de de long et destiné aux tirs air/sol) et d'une zone de de rayon à Carqueiranne, à l'ouest de l'île du Levant.

D'après les documents militaires consultés, l'activité militaire était présente le .

Le , Raymond Filippi, bâtonnier au barreau d'Aix-en-Provence, chargé de la défense des familles de victimes, déclare , disant tenir cette information de source militaire en préservant son identité. Le chef de cabinet du préfet maritime de Toulon dément de façon catégorique cette déclaration..

Dix jours après le crash, le , Paris Match avance la thèse que la Caravelle ait pu être la victime d'un tir de missile, affirme que des exercices militaires se déroulaient dans la zone et propose trois hypothèses expliquant le drame, y compris l'impact d'un missile d'exercice.

En 1970, l'avocat des parties civiles déclare : ..

En , le ministère de la Défense nationale publie un communiqué démentant les rumeurs imputant à un tir de missile la responsabilité du crash..

Hypothèse d'un feu de réacteur Le , Henri Forestier, sous-directeur du laboratoire central de la préfecture de police et commis par Paul Giannantoni, commissaire divisionnaire de la police de l'air et des frontières, transmet ses conclusions à l'enquête judiciaire concernant l'origine de l'incendie sur la Caravelle : et il ajoute . Son rapport d'expertise n'est pas pris en considération par la commission d'enquête. Dans le rapport, une main inconnue a rayé le mot « gauche » pour le remplacer par « droite ».

Le , la commission d'enquête indique que les alarmes de feu d'un réacteur ne se sont pas déclenchées « Rien ne permet de savoir si le feu a pu être communiqué à l'intérieur du fuselage par un incendie qui aurait débuté à l'extérieur ». Deux pilotes soutiennent l'hypothèse qu'une explosion aurait pu détruire le système d'alarme.

Le , Paul Giannantoni, directeur de l'enquête judiciaire, adresse un rapport au magistrat instructeur sur l'hypothèse du feu et déclare : , l'incendie aurait ainsi une origine extérieure .

Relance du dossier

Zones d'ombre

Bandes radar Les bandes radar du centre de contrôle, demandées par la commission d'enquête, ne lui auraient été transmises que six mois après l'accident, faisant craindre qu'elles aient fait l'objet de manipulations, de coupures et recollages.

Témoignages directs Un pêcheur ayant participé aux recherches en mer le , avait évoqué parmi les débris retrouvés la présence d'un .

Un témoin qui se trouvait le jour de l'accident au port de Golfe Juan, aurait vu la lueur d'un missile arriver à l'arrière gauche de la Caravelle, ...

Autres témoignages En 2004, un appelé ayant fait son service militaire en 1970 au centre de programmation de la Marine à Dupleix (Paris) a rapporté qu'une erreur de programme aurait dirigé un missile sur la Caravelle.

Un autre appelé qui faisait son service militaire entre février et au d'artillerie au camp de Suippes, a déclaré en 2005 dans une lettre du avoir raconter qu'il était en service le jour de l'accident et que c'était un de leurs missiles qui aurait abattu la Caravelle...

Un troisième appelé, affecté au ministère de l'Air à Paris, a affirmé en 2006 avoir vu un télex confidentiel mentionnant que l'avion aurait été détruit par un missile.

Divers témoignages confiés au TGI de Nice rapportent des propos attribués notamment à un technicien du département radar de Thomson, ou à une inconnue, petite-fille d'un général de l'armée de Terre, allant dans le même sens.Témoignage inséré dans le dossier pénal au TGI de Nice..

En 2011, Michel Laty, secrétaire militaire à la préfecture maritime de Toulon en 1968. déclare avoir dactylographié un rapport classé secret défense. selon lequel un missile lancé depuis la terre aurait abattu par erreur la Caravelle au lieu de la cible prévue. Il n'a pu être entendu par la justice, étant mort la même année..

Au contraire, un ancien second maître sur Crotale à l'île du Levant confirme que le champ de tir du Levant était fermé ce jour-là et qu'aucun missile n'avait été tiré..

Un ancien marin à bord de la frégate Suffren a déclaré, lui, avoir entendu le tir d'un missile le jour du crash.. Le journal de bord de ce matin-là présenterait une page arrachée et une demi-page recollée.

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