Le Dongola est une race de chevaux de selle d'Afrique subsaharienne, caractérisée par son profil de tête fortement convexe, par une couleur de robe sombre, et par la présence fréquente de grandes marques blanches au niveau de la tête et du bas des membres. Ses origines sont controversées, mais elle tient son nom de la province de Dongola, au Soudan. Sa diffusion accompagne l'expansion de l'islam en Afrique. Il constitue l'un des quatre grands types de chevaux africains, avec l'Arabe, les poneys, et le Barbe, dont il est par ailleurs proche.
Le Dongola est majoritairement décrit par des voyageurs européens qui visitent l'Abyssinie et le Soudan, et qui en font l'éloge tout au long des . Dans les sources coloniales françaises du , il est déprécié, et qualifié de « Barbe dégénéré ». Le Dongola se décline en diverses variétés plus ou moins croisées avec le Barbe, le Bahr el-Ghazal du Tchad étant réputé être l'une des plus pures.
Le Dongola sert longuement de monture de guerre, il est largement mobilisé par les troupes éthiopiennes durant les conflits contre les Italiens. Il sert aussi localement de cheval de course, et fut peut-être monté pour la chasse. Cette race est présente dans une grande partie du Sahel subsaharien, dans les régions correspondant au Cameroun, au Tchad, ou encore au Soudan.
Dénominations Ce cheval de selle est connu sous les noms de « Dongola », « Dongolaw » et « Dongalawi », et plus rarement sous celui de « Donkolah ». L'hippologue et vétérinaire français André Sanson décrit en 1872 un equus caballus africanus., que l'ouvrage de référence consacré à L'Élevage du cheval en Afrique occidentale française cite comme étant le Dongola.
Histoire
vignette|gauche|« Cheval de Dongolah », d'après le Dictionnaire d'hippiatrique et d'équitation de François-Joseph-Zanobi-Gaëtan Cardini, 1848.|alt=Dessin en noir et blanc représentant un cheval à la robe noire et blanche
Selon l'historien du cheval Robin Law (2018), la plupart des auteurs s'accordent pour distinguer quatre grands types de chevaux en Afrique : l'Arabe (ou « Aryen »), le Barbe (ou « Barbare »), le « poney », et le Dongola, ainsi nommé de par son centre d'élevage dans la haute vallée du Nil. Le Barbe et le Dongola appartiennent au même groupe, celui des chevaux africains de type « occidental », à profil de tête convexe.
Origines L'historienne du Moyen-Orient Lisa A. Heidorn note l'existence de preuves précoces de l'élevage du cheval en Afrique subsaharienne, peut-être chez les Nubiens, à partir de la fin du ; pendant l'Antiquité, il existe de fréquentes représentations d'hommes Noirs africains pratiquant la conduite de chariots, l'équitation, ou les soins aux chevaux. Des preuves archéologiques de la présence de cette espèce ont été retrouvées à Méroé, et datées de la fin du . Il n'est cependant pas fait mention d'une race spécifique de chevaux koushites. Mettant en relation ces preuves archéologiques avec les attestations d'élevage dans la région de Dongola aux , Heidorn postule l'existence d'une tradition d'élevage équin ininterrompue depuis l'époque koushite. Quoi qu'il en soit, la présence de chevaux dans le Soudan central est antérieure à l'arrivée de l'Islam. L'historien de l'Afrique Humphrey J. Fisher (université de Londres) postule que le cheval ait été introduit au Soudan via la route trans-saharienne documentée par l'art rupeste et la présence de chars. Les chevaux de grande taille semblent associés aux régions de Bornou, Mandara, et des Hausa, faisant l'objet d'un important commerce Est-Ouest.
Au , les éleveurs de chevaux de Dongola (notamment Nubiens) affirment que cette race descend de l'une des juments sacrées du Prophète de l'Islam et de ses compagnons, qui leur permirent de s'enfuir de La Mecque à Médine pendant l'Hégire., jument qui aurait été emmenée ensuite en Abyssinie.
vignette|Cheval de Dongola au modèle, d'après gravure ancienne.|alt=Gravure d'un cheval noir vu de profil, sur une feuille jaunie.
La tradition populaire veut que la race Dongola provienne de la province de Dongola, dans le Soudan. Si l'historien du cheval Robin Law et l'encyclopédie de CAB International (CABI) jugent cette information fiable, Bonnie Lou Hendricks (université de l'Oklahoma) estime au contraire qu'elle devrait être vérifiée. L'écrivain et éditeur Jean-Louis Gouraud cite comme tout aussi peu crédibles les théories qui lui prêtent pour berceau originel la Nubie et le Yémen.
Nicolas Perron, dans son prodrome au traité d'hippologie arabe Nâçerî., ainsi que de nombreux hippologues des ..., dont le comte et officier Jean-Emmanuel Le Couteulx de Canteleu, citent un « cheval égyptien » pour ancêtre à la fois du Barbe et du Dongola ; Le Couteulx de Canteleu précise, en citant Émile Prisse d'Avesnes, que ce cheval égyptien aurait été introduit par les Hyksôs, et serait de type mongol, resté inchangé jusqu'à donner la race de Dongola, très proche du Barbe. Selon Henri Lhote, le Dongola aurait été introduit au Soudan par les Arabes Juhayna depuis la Haute-Égypte. Une autre théorie hippologique, plus farfelue, voit dans le Dongola le résultat d'un croisement avec le zèbre.
Robin Law cite enfin le Helmut Epstein (Origin of the Domestic Animals of Africa, 1971), pour qui le Barbe et le Dongola descendent de chevaux introduits en Afrique du Nord à l'époque romaine, théorie qu'il juge peu crédible. Epstein estime que le Dongola est originellement un Barbe naturalisé en Afrique subsaharienne.. Hendricks défend une théorie selon laquelle le Dongola descend de chevaux ibériques amenés en Égypte depuis la Numidie au .
Moyen Âge
La diffusion de ces chevaux africains à profil convexe est limitée par la présence de la mouche tsé-tsé dans les zones tropicales, responsable de maladies pour eux mortelles.. Le vétérinaire Jacques Sevestre note que cette diffusion des races de chevaux Barbe et Dongola correspond à l'expansion de l'islam en Afrique au Moyen Âge. Robin Law estime vraisemblable que l'introduction du Dongola en Afrique de l'Ouest remonte aux , citant la théorie du vétérinaire français George Doutressoule, pour qui cette race a été introduite dans la région du lac Tchad par des tribus arabes qui ont migré depuis la haute vallée du Nil au , sans que l'on sache si cette information provient d'une tradition orale arabe, ou si elle constitue une déduction de Doutressoule lui-même. Selon l'ethnologue français Christian Seignobos, le royaume du Kanem-Bornou fait vraisemblablement un usage militaire courant du cheval, et a pu abandonner l'élevage des poneys résistants à la maladie du sommeil (trypanorésistance) dès le , au profit des races Barbe et Dongola, plus grandes, en parallèle de l'islamisation de ses dynasties royales..
vignette|Royaumes africains vers 1750.|alt=Carte détaillée de l'Afrique du centre-est
L'attention des Européens est attirée sur cette race de chevaux par l'Anglais Jacques Bruce., qui voyage en Abyssinie (1768-1772), rencontre la famille régnante., et décrit en détail le premier cheval qu'il achète, dans la région de Tigré, et qu'il monte durant la majeure partie de son voyage. Bruce fait un grand éloge des chevaux de la région de Dongola, auxquels il reconnaît une beauté et une symétrie parfaites. D'après lui, le roi de Sennar, au Soudan, entre en possession de chevaux de la race de Dongola durant les années 1770, décrits comme d'excellente qualité, aussi forts que des chevaux carrossiers. D'autres voyageurs européens font l'éloge de ces chevaux et de ceux des provinces voisines d'Égypte et d'Abyssinie au début du ., dont le sportman anglais Bossman (qui note la qualité de leurs allures), et l'Italien Giovanni Finati.
Les Dongola sont décrits comme grands ( en moyenne), nettement différenciés des autres chevaux orientaux, rapides et dotés de fond, moins réguliers et plus courts que l'Arabe, et de couleur noire avec de grandes marques blanches aux jambes... Ils servent de monture aux notables, princes et guerriers. Ces chevaux de guerre, assez forts pour porter un homme en armes et armure, sont exportés depuis la région de Dongola vers le Darfour aux . : il s'y trouve alors deux races, le poney Kordofani et le cheval de Dongola, plus réputé pour la guerre, dont la race est entretenue par le recours à des importations régulières.
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vignette|Troupes de cavalerie éthiopiennes à la bataille d'Adoua.|alt=Image en noir et blanc montrant des cavaliers au galop avec des fusils à la main
M. Hamont soutient (dans l'entrée consacrée à cette race dans le dictionnaire de Cardini, en 1848) que les Dongola peuvent atteindre une taille de deux mètresUne information peu vraisemblable au regard des connaissances des chevaux d'Afrique., que ces chevaux servent à la chasse à l'autruche, et qu'ils sont nourris d'herbe, de maïs et de lait de chamelle. Il ajoute que les sujets exportés en Égypte perdent leurs qualités, au point que la cavalerie égyptienne a dû réformer ses Dongola. M. Perron précise que la cavalerie de Méhémet Ali utilise peu de Dongola, s'agissant d'une race peu estimée.
François Lenormant, qui voyage en Égypte en , signale qu'on ne trouve plus de Dongola au Nord d'Assouan.. Lorsque John Burckhardt se rend dans la région au début des années 1880, il déclare que le cheval Dongola est célèbre dans tout le Soudan, en Éthiopie, et dans le reste du Proche-Orient. Il note que cinq à dix esclaves sont chargés de prendre soin d'un seul animal, et que les mamelouks du Dongola montent tous cette race de chevaux. Enfin, il signale des exportations de ces animaux vers le Yémen, et leur usage par la tribu arabe des Shaiqiya, établie sur les deux rives du Nil entre le sud de Dongola et l'ancienne Napata.
La cavalerie éthiopienne fait un large usage de ces chevaux durant les années 1890, pendant les guerres contre l'Italie.
Du à nos jours vignette|gauche|Cavaliers de Mora, Cameroun, dans les années 1910.|alt=Photographie en noir et blanc de plusieurs cavaliers africains.
Durant l'administration anglaise du Soudan, le Dongola continue d'être élevé et admiré par les connaisseurs. Les éleveurs déclarent préférer les chevaux à quatre pieds blancs avec une grande marque blanche sur la tête. D'après Hendricks, le Dongola est ensuite largement croisé avec le Barbe et l'Arabe. CABI estime cependant que l'influence de l'Arabe sur cette race n'est qu'une supposition peu crédible. Durant les années 1930, le Dongola est particulièrement représenté en Haute-Volta. En 1947, J. D. Tothill signale la persistance des races Dongola et Kordofani dans l'Est du Soudan, mais déplore que la majorité des Dongola soient , et ajoute que leur faible nombre va en diminuant. Fisher estime improbable que ces chevaux soient les mêmes que ceux décrits élogieusement sous le nom de « Dongola », dans la même région, un siècle auparavant.
L'élevage du Dongola reste actif dans la région de Gama, dont il a fait la fortune pendant la guerre. Dans cette ville tchadienne, d'après le vétérinaire marocain Yassine Jamali, les propriétaires de ponettes de race Kirdimi achètent des étalons de race Dongola âgés pour les faire saillir, et espérent obtenir un poulain de meilleure qualité que sa mère..
Description
vignette|Dongola tchadien attelé.|alt=Cheval noir avec marques blanches, vu e profil, entre des brancards.
Le Dongola présente le modèle du cheval de selle léger, et une certaine ressemblance avec le Barbe : il est fréquemment décrit comme un , CABI le classant comme une variété de Barbe en raison de sa convergence morphologique et géographique avec cette dernière race. Jean-Louis Gouraud le décrit comme le type même du cheval d'Afrique subsaharienne.
La plupart des auteurs (en 1848) s'accordent à dire que les chevaux de Dongola ont la tête busquée, l'encolure longue, la croupe avalée, et qu'ils sont généralement enlevés comme la plupart des orientaux.
Taille