Le cheval du Namib constitue une population de chevaux sauvages vivant dans le Namib, un désert de l'Afrique australe. Issu des rares populations de chevaux féraux du continent africain, son origine reste peu claire, plusieurs théories étant avancées, sans que les tests génétiques ne permettent de conclure.
Leurs ancêtres sont vraisemblablement des chevaux de selle et de cavalerie issus de programmes d'élevage allemands, libérés de diverses fermes et de camps au début du , en particulier pendant la Première Guerre mondiale. Quelle que soit leur origine, ces chevaux se rassemblent dans les plaines de Garub, près de Aus en Namibie, grâce à la présence d'une source d'eau artificielle. Les populations humaines les ignorent jusque dans les années 1980, sauf pour la menace périodique qu'ils représentent sur l'habitat des herbivores indigènes. En 1984, un premier comptage aérien des chevaux est effectué. En 1986, leurs terres de pâturage traditionnelles sont incorporées au parc national de Namib-Naukluft. À plusieurs reprises, certains chevaux sont éliminés du troupeau, plus d'un tiers de la population étant capturée et vendue en 1992. Depuis le début des années 1990, des relevés de population précis sont conservés, et des études réalisées pour déterminer l'effet de la présence des chevaux du Namib sur leur environnement. Bien qu'ils constituent une espèce exogène dans le parc, ils sont autorisés à y rester grâce à leurs liens avec l'histoire du pays. Ils sont depuis présentés comme une attraction touristique.
La harde, réduite, compte entre 90 et 150 animaux. Le cheval du Namib est d'apparence athlétique, proche des chevaux de selle européens dont il est vraisemblablement issu. Il porte habituellement une robe sombre. Malgré son environnement difficile, il parvient à rester dans un état correct en dehors des périodes de grande sécheresse. Ces chevaux ont fait l'objet de plusieurs études, donnant un aperçu significatif de la dynamique des populations et de leur capacité à survivre dans les conditions désertiques.
Histoire vignette|gauche|Chevaux du Namib se reposant à l'ombre d'une gare abandonnée.|alt=Un bâtiment tombant en ruines et plusieurs chevaux autour
Origine L'Afrique australe n'a jamais eu de population de chevaux indigène. L'origine du cheval du Namib est forcément à chercher parmi des animaux importés par les Hommes.. Si l'universitaire Bonnie Lou Hendricks estimait en 1995 que les chevaux du Namib forment l'unique population de chevaux retournés à l'état sauvage sur le continent africain, une autre population marron a été découverte en Éthiopie durant une expédition en 2012..
La région sud du désert du Namib a été colonisée par les Allemands, qui y ont construit une voie de chemin de fer vers l'Afrique du Sud en 1908. Ils creusent à l'époque un puits d'eau pour les locomotives à vapeur (ce puits joue un grand rôle dans la survie des chevaux par la suite), avant de découvrir des diamants et de déclarer la région zone interdite. Des troubles éclatent à partir de 1913, avec les Sud-Africains.
Plusieurs hypothèses coexistent en ce qui concerne les ancêtres du cheval du Namib. Un navire cargo transportant des Pur-sang en Australie aurait fait naufrage près du fleuve Orange, les chevaux les plus forts auraient nagé jusqu'à terre et voyagé vers la plaine de Garub, près de Aus, territoire actuel de cette population. Une autre théorie affirme qu'ils descendent de croisements entre le cheval du Cap et des poneys Basuto montés par des Khoïkhoïs voyageant de l'Afrique australe vers le nord du fleuve Orange. La théorie la plus probable voit dans les chevaux du Namib les descendants d'un mélange de chevaux militaires sud-africains échappés, et de chevaux d'élevage amenés dans le Sud-Ouest africain allemand. Pendant la Première Guerre mondiale, des chevaux ont été utilisés dans les campagnes militaires en Namibie, aussi bien par les troupes allemandes (Schutztruppe) que par les Sud-Africains. Certains se sont échappés ou ont été relâchés dans le désert.
En 1907, le baron allemand von Wolf avait construit le Château de Duwisib au bord du désert du Namib., où il a élevé un troupeau d'environ 300 bêtes.. Sa ferme a été abandonnée au déclenchement de la Première guerre mondiale, laissant les chevaux sur un terrain non clos relativement proche de la zone où la population équine erre maintenant. Le phénotype des chevaux actuels ressemble beaucoup plus aux bêtes élevées par von Wolf (qui furent montées par les troupes de la Première Guerre mondiale) qu'à celui des chevaux montés par les tribus khoïkhoïs, ce qui rend cette version plus vraisemblable.. La preuve génétique apportée en 2001 tend cependant à la discréditer. Von Wolf a utilisé des chevaux de race Pur-sang, Hackney et Trakehner dans son programme d'élevage, plutôt que le cheval arabe auquel les chevaux de Namibie sont les plus génétiquement apparentés. Des recherches dans les archives des opérations d'élevage de chevaux retrouvées à Windhoek (datées d'avant 1914), combinées avec les études sur le typage sanguin, suggèrent que ces animaux descendent d'un pool génétique de chevaux de selle de grande qualité, plutôt que de chevaux de travail. Une étude publiée en 2005 renforce la théorie d'une descendance depuis une combinaison de chevaux d'élevage européens militaires échappés. Une source possible de reproducteurs est un haras situé près de Kubub, et loué par Emil Kreplin (anciennement maire de Lüderitz) de 1911 à 1919. Les albums photo des animaux montrent une conformation et des marquages similaires à ceux qui sont observés chez le cheval du Namib moderne. En outre, début 1915, au cours des combats de la Première Guerre mondiale, des bombes ont été larguées par un avion allemand sur le camp en Afrique du Sud près de Garub. Certains engins semblent avoir été spécifiquement ciblés pour atterrir parmi le troupeau de chevaux au pâturage, afin de le disperser. Ces animaux échappés pourraient avoir rejoint d'autres chevaux perdus du Haras de Kreplin pendant la tourmente de la guerre. Les chevaux de la région se sont probablement rassemblés sur les quelques points d'eau existants dans les montagnes, près d'Aus et de Garub..
Des années 1970 à nos jours vignette|Le point d'eau de Garub, avec un point d'observation pour les touristes à l'arrière-plan.|alt=Au premier plan des chevaux sont à l'abreuvoir, au second plan un véhicule tout-terrain à la gauche d'un abri d'observation. Les chevaux du Namib sont initialement contraints de rivaliser avec des animaux d'élevage lâchés par les agriculteurs sur le même terrain de pâture. En raison de cette concurrence pour un fourrage limité, les chevaux ont presque complètement disparu. Cependant, ils sont sauvés en partie grâce aux efforts de Jan Coetzer, un employé de la Consolidated Diamond Mine (MDP ou DBCM) qui exploite un gisement près de Sperrgebiet. Garub est l'une des stations de remplissage des locomotives à vapeur jusqu'en 1977, à l'arrivée des locomotives diesel. Les chevaux qui survivent sur l'eau pompée pour les locomotives sont mis en danger lorsque ce pompage s'arrête. Plusieurs meurent de déshydratation. Coetzer lance une pétition auprès de la MDP pour continuer à approvisionner les chevaux en eau, ce qui est fait en 1980 grâce à l'installation de réservoirs de rétention et d'un bac à eau.. Entre 1964 et 1984, les estimations de la population ont varié entre 50 et 200 chevaux, généralement pour une moyenne de 140 à 160. En 1984, un comptage aérien a permis de distinguer 168 chevaux, alors que les observations réalisées au sol en 1988 se situaient entre 150 et 200 animaux..
Au milieu des années 1980, l'habitat des chevaux a été inclus au parc national de Namib-Naukluft, la plus grande réserve de chasse d'Afrique. Après l'expansion du parc, une proposition a été lancée pour éliminer tous les chevaux, considérés comme une espèce exogène. Le tollé public qui en résulte empêche l'abattage. L'année suivante, 10 chevaux sont retirés du parc à des fins de recherche et huit autres le sont pour l'utilisation en patrouille dans le parc national d'Etosha, bien qu'ils ne réussissent pas dans cette dernière utilisation.. En 1990, la Namibie gagne son indépendance et une sécheresse importante touche l'Afrique australe. Il est décidé de réduire la population, alors estimée à 276 animaux. En juin, 104 chevaux sont capturés et vendus sans sélection, mais beaucoup ne peuvent s'adapter à leurs nouveaux habitats. En 1997, au moins la moitié d'entre eux sont morts. En 1997, sur une population sauvage de 149 chevaux, 35 animaux sélectionnés sur leur âge, leur sexe et leur degré de relation génétique sont enlevés pour être vendus aux enchères. Ces chevaux sont gardés dans des enclos pendant six semaines, période pendant laquelle les étalons deviennent très agressifs et doivent être séparés. La vente aux enchères est finalement annulée et les chevaux relâchés.. À partir de décembre 1993, des comptages de la population sont effectués chaque semestre. Entre 1993 et 2005, le cheptel se situe entre 89 et 149 animaux, les chiffres de 1999 à 2001 étant en dessous de 100. Bien que plusieurs tentatives aient été faites pour exterminer ces chevaux en raison d'une possible menace sur l'habitat de l'oryx, ils sont maintenant protégés par la Direction de la conservation de la nature en Namibie.
vignette|gauche|Des chevaux sauvages du Namib en interaction étroite avec les touristes à l'abreuvoir de Garub.|alt=Quatre personnes autour d'un cheval, dont une prend une photo.
Les chevaux du désert du Namib sont à l'origine désignés par la population locale comme des « chevaux fantômes », car ils sont majoritairement restés loin des habitations humaines et n'ont été que rarement observés. Toutefois, lorsque leurs pâturages ont été inclus à la réserve de chasse, une politique d'intervention limitée a été mise en place, ce qui a encouragé le soutien à donner aux chevaux lorsque cela s'avère nécessaire. Les chevaux sont désormais en contact plus étroit avec les humains. Cela a également induit un contact plus étroit avec les touristes qui visitent la Namibie, et qui les voient souvent dans la zone d'arrosage de Garub ou à proximité de la route principale qui traverse leurs pâturages. Alors que les chevaux rapportent des revenus touristiques en Namibie, il y a des préoccupations au sujet des effets négatifs de ces interactions homme-cheval (y compris lors d'accidents de véhicules), la perturbation de zones sensibles par les personnes qui cherchent les chevaux et la perturbation de la dynamique des troupeaux en raison d'une trop grande dépendance des humains..
Description vignette|Deux chevaux du Namib à la robe sombre typique.|alt=Deux chevaux, celui de gauche appuyant sa tête sur celui de droite.
Un test génétique réalisé en 2001 a démontré que le cheval du Namib fait partie d'une population de type oriental, génétiquement plus proche du cheval arabe bien que cette association reste lointaine. Ils sont en effet plus proches de l'Arabe que les trois races testées en Afrique du Sud, le Nooitgedacht, le poney Boer et le Basuto. La similitude génétique avec les chevaux de type arabe étant éloignée, ils ne lui ressemblent pas étroitement en apparence, même s'ils sont manifestement « à sang chaud », ce qui se traduit par des animaux sportifs, minces et musclés. En les observant en 1991, Jacqueline Ripart détecte chez eux l'influence du cheval arabe, du Trakehner et du Hackney.
Morphologie