Sudac Air Service, créée en , est une entreprise industrielle française spécialisée dans les métiers de l’air comprimé. Historiquement fournisseur d'énergie pneumatique et électrique pour la distribution de l'heure et de force motrice de la ville de Paris, puis société de services pour la vente et la maintenance de biens d'équipements pour l'industrie, elle contribue à la fin du à l'électrification de l'Est parisien et assure pendant plus d'un siècle la fourniture d'air comprimé à l'industrie, l'artisanat et les beaux immeubles parisiens au travers d'un réseau de distribution de plus de desservant près de clients, sur un modèle économique et technique unique au monde.
Successivement Compagnie générale des horloges pneumatiques, Compagnie parisienne de l'air comprimé dès , Société Urbaine de distribution d'air comprimé à partir de , la société devient filiale du groupe Air liquide en en prenant le nom de Sudac air Service. Elle est achetée en par le groupe Veolia puis absorbée au sein de la division Véolia énergie performance en juin . Sudac air service est officiellement radiée du registre du commerce et des sociétés le après 146 ans d'activité; ses activités sont poursuivies par Veolia.
Histoire Dans le contexte de la fin du siècle, l'énergie pneumatique est une alternative crédible face à la vapeur ou l'énergie électrique pour la transmission de force motrice. En , à l'avènement des réseaux électriques de Paris, l'éclairage est l'essentiel de l'utilisation faite par les abonnés raccordés au service électrique. En , Paris compte plus de établissements industriels potentiellement intéressés par la mise à disposition d'énergie motrice ou d'éclairage, en utilisant tous les vecteurs énergétiques possibles : vapeur, hydraulique, électricité, air comprimé. gauche|vignette|Candélabre-Horloge pneumatique.
Compagnie générale des horloges pneumatiques La Compagnie générale des horloges pneumatiques (CGHP) est créée en par Victor Popp. Cet ingénieur autrichien présente à l'exposition universelle de un système innovant d'horloges synchronisées par air comprimé qui retient l'attention de la Ville de Paris : l'unification de l'heure est une préoccupation de la société de la fin du siècle pour le bon fonctionnement des services publics. La fiabilité des systèmes électriques existants à l'époque est aléatoire et la technologie pneumatique est retenue par Paris qui accorde à la CGHP une autorisation d'exploitation des sous-sols pour l'installation de canalisations permettant la distribution pneumatique de l'heure. Cette concession de est officialisée le après une première période d'essais.
Le principe déjà expérimenté à Vienne, en Autriche, repose sur une horloge de référence (l'horloge « mère ») qui envoie à intervalles réguliers un signal aux horloges « filles » qui lui sont raccordées sur un même réseau. L'air comprimé qui sert à la transmission de ce signal est fourni par une production centralisée d'air comprimé et acheminé par un réseau de tuyauteries reliant les horloges pneumatiques. Un brevet d'invention du système est déposé à Paris le par Messieurs Popp, Resch et Mayrhofer.
Les premières horloges pneumatiques sont mises en service le . En , 14 candélabres-horloges sont installés sur les grands boulevards des 1er et 2eme arrondissements, 33 horloges d'édifices publics, et 750 clients particuliers (banques, théâtres, hôtels...) se raccordent en contre-partie d'un abonnement au réseau de canalisations de qui atteint déjà en empruntant les égouts parisiens. Le système devient une institution établie à laquelle les parisiens se fient pour régler leurs montres. Le nombre de cadrans publics évolue peu : de 47 en , il atteint 102 en , 101 en . Les cadrans privés : 1475 en , 7800 en pour 3500 abonnés, 5018 en pour 919 abonnés. Le modèle économique s'avère peu rentable et sera rapidement rattrapé par d'autres technologies de synchronisation de l'heure...il est arrêté en .
Compagnie parisienne de l'air comprimé vignette|174x174px|Victor Popp, 1848-1912, fondateur de la CGHP et de la CPAC La Compagnie parisienne d'air comprimé (CPAC) nait en sous la direction de Victor Popp qui reprend l'activité et les contrats de la Compagnie générale des horloges pneumatiques, avec l'ajout sur sa concession de la distribution de force motrice par l'air comprimé. Si le principe d'une production centralisée et de la distribution par un réseau de tuyauterie reste identique, les usages de la force motrice, autrement dit de l'énergie pneumatique, ne s'appliquent plus seulement au mouvement des horloges. L'air comprimé sert en premier lieu pour produire l'éclairage électrique, et s'étend rapidement à l'artisanat et à l'industrie pour divers actionneurs. Des moteurs pneumatiques sont installés chez les utilisateurs pour entraîner des dynamos ou des machines tournantes diverses (machine à coudre, imprimerie, tours...). Les outils pneumatiques, les applications aux ascenseurs hydropneumatiques, la réfrigération par air comprimé ou le transport pneumatique de liquides sont en plein essor. La CPAC se développe rapidement sur ce marché naissant de l'énergie et de l'industrie parisienne, créant un second réseau de canalisations qui emprunte principalement lui aussi les égouts parisiens, à une pression plus élevée que la distribution pneumatique de l'heure. Deux centrales thermiques de production d'énergie, rue Saint-Fargeau et quai Panhard et Levassor, sont construites en et pour alimenter ce réseau en énergie pneumatique.
Paris décide en l'électrification de la ville pour l'éclairage public. La Compagnie parisienne de l'air comprimé obtient la concession d'un des six secteurs de Paris pour la production et la distribution de l'électricité, comprenant le centre et l'Est de la capitale, pour une durée de 18 ans. Ses 3 premières centrales électriques sont alimentées par l'air comprimé du réseau de force motrice. Elles sont installées rue Dieu, dans les sous-sols de la bourse du commerce et dans la cité du Retiro. Elles sont rapidement suivies d'une centrale thermique boulevard Richard-Lenoir puis de l'usine thermique du quai de Jemmapes. Ces 3 usines alimentent 28 sous-stations de transformation, dont notamment la station Saint-Roch.
Les concessions des six secteurs indépendants du réseau électrique prennent fin entre et , réunis dans la Compagnie Parisienne de Distribution d’Électricité (CPDE) dont la CPAC devient actionnaire; ses activités se recentrent alors sur l'air comprimé pour lequel la concession est renouvelée en pour une période de 25 ans.
Outre l'exploitation des usines d'énergie et l'installation des canalisations, la CPAC fabrique alors des outils pneumatiques, des sableuses, des pistolets à peinture, des palans et des vérins. Cette activité annexe prend de l'ampleur, poussant en à la création de la Compagnie Parisienne d'Outillage à Air Comprimé, la CPOAC. Cette filiale installera une usine à Bonneville (Haute-Savoie) avant d'être acheté par le groupe Bosch pour créer la division pneumatique Bosch Rexroth Fluidtech, activités aujourd'hui poursuivies par le groupe Aventics.
Société urbaine de distribution d'air comprimé La CPAC change de nom en , à l'occasion d'un renouvellement de la concession avec Paris, pour devenir la Société Urbaine de Distribution d'Air Comprimé, dont les initiales s'affichent encore, en , au fronton du bâtiment; elles deviendront ensuite son acronyme.« La Sudac », nom fréquemment employé pour la désigner, compte alors 314 employés; elle exploite les centrales de production d'énergie et continue de se développer sur le marché industriel en plein essor des Trente Glorieuses. L'essor massif de la mécanisation et des usages de l'énergie pneumatique dans l'industrie mèneront à la construction de la dernière usine à Aubervilliers en , ainsi qu'aux modernisations successives de l'outil de production pour augmenter les débits d'air et les rendements (Chaudières, moteurs et compresseurs). Elle connait la fin du quasi monopole lié au réseau public et développe son activité de fourniture d'air sur les sites diffus des industriels qui quittent Paris, mettant ainsi à profit son expertise de la production d'air comprimé, tout en conservant le principe d'une facturation au volume de l'énergie. C'est une mutation profonde de son activité, plus de concession municipale mais la recherche de clients éparses et une activité de prestataire de services pour l'industrie.
Sudac Air Liquide achète la Sudac en , l'expertise en air comprimé de cette dernière est complémentaire à l'activité d'Air Liquide pour la production d'azote sur sites de ses clients. La conception des centrales d'air et les activités de maintenance des centrales sont confiées en sous traitance à la Sudac, qui poursuit par ailleurs la même activité avec ses clients industriels. Rachat en par Véolia.
Les sites de production La première centrale de production d'air de la CGHP pour l'alimentation du réseau d'horloges est situé rue Sainte-Anne, ou est installée en l'horloge mère du système de distribution horaire avec une puissance de 60 chevaux. Le réseau de force motrice nécessite ensuite la construction par la CPAC, dans Paris, de plusieurs centrales thermiques de production d'énergie. Trois d'entre elles marquent alors, par leur ampleur et leur modernité, l'histoire industrielle de Paris de la fin du siècle: rue Saint-Fargeau, l'usine du quai de la gare (Quai Panhard et Levassor), et l'usine du quai de Jemmapes; les 2 derniers bâtiments sont inscrits au titre des monuments historiques. Précurseur des systèmes de production centralisée pour l'air comprimé, le système parisien acquiert une renommée internationale.
Au milieu des années , la production d'air comprimé est assurée par trois grandes centrales, celle du quai de la Gare dans le 13e arrondissement de Paris, celle de la rue Leblanc dans le 15e arrondissement et celle d’Aubervilliers construite en .
Rue Saint-Fargeau « Le palais de la force contient des chaudières énormes et des compresseurs gigantesques, sous les halles immenses de l'usine Popp » écrit Le petit journal en février . Dans un compte-rendu de visite de la Société des ingénieurs civils, M. Carimantrand décrit l'usine qui s'étend sur 1 hectare à l'Est de Paris : 13 chaudières à charbon, 10 machines à vapeur d'une puissance cumulée de 3000 chevaux, et 22 compresseurs à piston produisent d'air comprimé par jour. 7 réservoirs de stockent l'air à 6 bar absolus. Les départs vers les réseaux de la ville qui s'étendent sur pour la force motrice et sur pour les horloges pneumatiques, sont assurés respectivement par 2 canalisations de et de diamètre. Des ateliers de fabrication, de réparation et d'essais des moteurs rotatifs et des horloges; ainsi qu'un service de production d'éclairage sont intégrés au site, flanqués d'une cheminée de de hauteur.
Quai Panhard et Levassor Située 3 à 13, quai Panhard-et-Levassor, dans le quartier de la Gare du de Paris, l'usine de , souvent nommée l'usine du quai de la gare, est construite en moins de 2 ans sur un terrain de 1,3 hectare. Inaugurée le en présence de représentants de plusieurs ministères, de députés et sénateurs, elle est qualifiée de grandiose dans l'article du Figaro qui décrit les 4 halls et les 25 mètres de hauteur. Plus grosse usine de la société, elle est installée près de la Seine pour l'alimentation en eau des chaudières et le transport fluvial du charbon, énergie primaire indispensable au fonctionnement de la centrale thermique. Elle alimente le réseau d'air comprimé de Paris et sa proche banlieue pendant plus d’un siècle, de à .
L'usine dispose à ses débuts de 4 monumentales machines à vapeur verticales de type Corliss (en) à triple expansion, de 2000 chevaux chacune, fournies par Le Creusot, de 24 chaudières Babcock & Wilcox, et de 2 cheminées de 45 mètres portant la date de .