La campagne de Birmanie est une phase du théâtre extrême-oriental de la Seconde Guerre mondiale, qui s'est déroulée de à sur le territoire de la Birmanie, alors colonie de l'Empire britannique. Elle a opposé les forces Alliées (Royaume-Uni et troupes des Indes britanniques et du Canada, république de Chine, États-Unis) à celle de l'Axe, représentées par l'empire du Japon et le royaume de Thaïlande.
Cette campagne présente certaines caractéristiques particulières. Du fait de la situation géographique de la région, des facteurs tels que la météo, les maladies et le terrain ont eu des effets majeurs sur les opérations. Le manque d'infrastructures de transport a donné un rôle majeur à l'ingénierie militaire et au transport aérien dans le mouvement des troupes et des approvisionnements ainsi que l'évacuation des blessés. En outre, les différentes priorités et stratégies des Américains, des Britanniques et des Chinois ont ajouté à la complexité de la campagne.
Le climat de la région, dominé par des pluies de mousson saisonnières, réduit les périodes d'activités militaires à un peu plus de six mois par an. D'autres facteurs tels que la famine, les désordres aux Indes britanniques ainsi que la priorité donnée par les Alliés à la défaite de l'Allemagne nazie, ont fait de cette campagne l'une des plus longues du théâtre asiatique du conflit.
Elle peut être divisée en quatre phases : de janvier à , avant la mousson, les Japonais expulsent les Alliés de toute la Birmanie et atteignent les monts d'Arakan, dans l'Ouest ; en 1942-1943, durant la saison sèche, les Alliés montent plusieurs offensives, sans véritable succès ; de janvier à , les Alliés reprennent l'avantage au prix de très durs combats, y compris en repoussant l'offensive des Japonais en Inde (opération U-Go, menée à partir du Nord de la Birmanie) ; de à , ils expulsent les Japonais de toute la Birmanie.
Le contexte
Le , l'Empire japonais attaque Pearl Harbor et déclenche la guerre. Peu après, il s'empare de Hong Kong, de la Malaisie et de Singapour, possessions asiatiques de l'Empire britannique. Il déclenche alors une offensive sur la Birmanie britannique, où se situe la principale voie de ravitaillement de l'armée nationaliste chinoise de Tchang Kaï-Chek, en guerre avec les Japonais depuis 1937.
L'offensive japonaise
vignette|gauche|upright=1.8|L'offensive japonaise en avril 1942 : Les japonaises attaquent selon trois axes (en rouge). Les Britanniques se replient vers le nord-ouest, et la armée chinoise vers l'est (en bleu).
L'objectif japonais est, au départ, la prise de la capitale et de son port maritime Rangoon, afin de bloquer la voie de ravitaillement de la Chine et de créer un rempart pour la défense des gains japonais en Malaisie britannique et aux Indes orientales néerlandaises. L'invasion initiale débute en et la prise de Rangoon est effective le . La armée japonaise, sous le commandement de Shojiro Iida et qui est initialement composée de deux divisions d'infanterie, traverse le nord de la Thaïlande, qui a conclu un traité avec le Japon fin 1941, et lance une attaque () dans une région montagneuse de la jungle de la province birmane de Tenasserim, au Sud du pays.
Les Japonais utilisent la passe de Kakareik afin de capturer le port de Moulmein à l'embouchure de la Salouen où ils rencontrent une forte résistance. Ils avancent ensuite vers le nord, débordant quelques positions de défense britannique. Les troupes de la division d'infanterie indienne tentent une retraite le long de la Sittang mais les troupes japonaises arrivent au pont de la rivière avant eux. Le , le pont est détruit afin qu'il ne puisse être capturé, une décision qui a été depuis très controversée.
La perte de deux brigades de la division indienne signifie que Rangoun ne peut plus être défendue. Le général Archibald Wavell, commandant en chef du commandement ABDA, donne quand même l'ordre de résister, espérant des renforts du Moyen-Orient. Bien que des renforts parviennent à Rangoon, les contre-attaques échouent et le nouveau chef de l'armée birmane, le général Harold Alexander, donne l'ordre d'évacuer la ville le , après que son port et sa raffinerie furent détruits. Le reste de l'armée birmane bat en retraite vers le nord, échappant de peu à l'encerclement.
L'avance japonaise jusqu'à la frontière indienne vignette|300px|gauche|Troisième campagne alliée en Birmanie, octobre 1943 - mai 1944.
Après la perte de Rangoun, les Alliés établissent une certaine résistance dans le nord du pays avec l'aide des forces expéditionnaires chinoises en Birmanie. Les Japonais ont également reçu le renfort de deux divisions rendues disponibles à la suite de la capture de Singapour, ce qui leur permet de vaincre le nouveau corps d'armée birman ainsi qu'une force chinoise forte de . En dépit d'affrontements parfois sévères (bataille de Taungû, bataille de Yenangyaung), les Alliés ne peuvent empêcher les Japonais de conquérir l'ensemble du pays et d'atteindre leur principal objectif stratégique : couper la route de Birmanie Lashio-Kunming. Celle-ci est coupée le , privant Tchang Kaï-Chek de tout approvisionnement. Les Alliés ont également dû faire face à un nombre grandissant d'insurgés birmans, combattant au sein de l'Armée pour l'indépendance birmane dirigée par Aung San. Plusieurs administrations civiles britanniques se sont effondrées à la venue de ceux-ci. La plupart de leurs routes de ravitaillement étant coupées, les commandants Alliés prennent finalement la décision d'évacuer leurs forces de Birmanie.
La retraite s'effectue dans des circonstances très difficiles. Des réfugiés affamés, des évacués désorganisés, les malades et les blessés congestionnent les routes primitives mal entretenues menant au territoire indien. Le corps birman réussit à rejoindre Imphal, au Manipur en Inde, juste avant la mousson de mais il perd la majeure partie de son équipement dans le déplacement. Là, les soldats se retrouvent sans abris, sous une pluie torrentielle, dans une situation sanitaire extrêmement précaire. L'armée et les autorités de l'Inde britannique furent très lentes à répondre aux besoins des troupes et des réfugiés civils.
Du fait du manque de communication, les Chinois ne sont initialement pas informées du retrait britannique. Réalisant qu'elles ne peuvent vaincre sans l'aide britannique, certaines troupes chinoises exécutent une retraite désorganisée vers l'Inde où elles seront dès lors sous les ordres du général américain Joseph Stilwell. Après une période de repos, elles sont rééquipées et entraînées par des instructeurs américains. Le reste des troupes chinoises essaie de rejoindre le Yunnan au travers des forêts montagneuses et isolées, perdant la moitié de leurs combattants en route.
Les Thaïlandais pénètrent en Birmanie Un traité avait été signé entre le Japon et la Thaïlande le . Trois divisions d'infanterie et une de cavalerie, soutenues par des groupes de reconnaissance armés, fer de lance des Forces royale de l'air thaïlandaise, débutent le une percée vers la Birmanie. Elles affrontent la division chinoise qui battait en retraite. Leur principal objectif, la ville de Kengtung, est prise le . D'autres affrontements, en juin et en novembre, achèvent de repousser les Chinois dans le Yunnan.
Les zones d'opérations thaïlandaises et japonaises se situent généralement aux environs de la Salouen. Toutefois, la région au sud de l'État Shan, connue sous le nom de Karenni – patrie de Karens – demeure sous contrôle japonais.
Les revers des Alliés (1942-1943)
Les Japonais ne renouvellent pas leur offensive après la mousson. Ils installent une administration provisoire civile, dirigée par Ba Maw, et transforment l'armée d'indépendance birmane en une forme plus régulière et la renomment Armée nationale birmane, Aung San en demeurant le commandant. En réalité, cette administration ainsi que l'armée sont contrôlées par les autorités japonaises.
En 1942-1943, les opérations en Birmanie sont particulièrement frustrantes pour les Alliés. Le Royaume-Uni ne peut soutenir plus de trois campagnes militaires simultanées. La priorité est donc accordée aux opérations au Moyen-Orient, en raison de la plus grande proximité de la région avec l'Europe, et du fait de la priorité donnée par les gouvernements britannique et américain aux opérations contre l'Allemagne nazie.
Les effectifs alliés sont également occupés par la situation de désordre de l'Inde orientale à cette époque. Il y avait de violentes manifestations au Bengale et dans le BiharBayly et Harper (2005) () 247-249., qui nécessitent, pour les mater, une forte présence britannique.
Une importante famine sévit également au Bengale, où plus de de personnes périssent. Ces conditions chaotiques rendent très difficile l'amélioration des lignes de communication vers le front d'Assam, ou encore l'utilisation des industries locales pour l'effort de guerre. La formation des troupes alliées prend du temps pour devenir efficace; le moral britannique est bas sur le front avancé, des maladies endémiques diminuant également les capacités des unités de combats.
Néanmoins, les Alliés montent deux opérations durant la saison sèche de 1942-1943. La première est une offensive à petite échelle, sur l'État d'Arakan, une région côtière de Birmanie. L'armée de l'est indienne vise à réoccuper la péninsule de Mayu et l'île d'Akyab, où se trouve un terrain d'aviation important. Une division est envoyée jusqu'à Donbaik, à quelques kilomètres du bout de la péninsule, mais est stoppée par les forces japonaises, qui s'y étaient déjà retranchées. À cette époque de la guerre, les Alliés ne possèdent pas encore les moyens tactiques et techniques pour affronter les bunkers japonais, qui étaient très fortement blindés. Les attaques répétées des Indiens et des Britanniques sont sans résultat et coûteuses en vies humaines. Des renforts japonais arrivent du centre de la Birmanie - traversant les rivières et chaînes de montagnes que les Britanniques croyaient impraticables – pour attaquer le flanc gauche des Alliés. Les Britanniques, épuisés, ne peuvent soutenir leur ligne de défense et sont contraints d'abandonner beaucoup d'équipements et de se retirer vers la frontière indienne. L'exemple de la indienne considérée comme entièrement neutralisée psychologiquement au bout de 200 à 240 jours de combat agrégé est représentatif du stress que subissent les soldats au feu.
vignette|upright=0.5|150px|Le brigadier Orde Charles Wingate. La deuxième opération est plus controversée : une unité de commandos, chargée de pénétrer au plus profond des lignes ennemies, dirigée par le brigadier Orde Wingate et connue sous le nom de Chindits, s'infiltre au travers des lignes de fronts japonaises pour atteindre le centre du pays et y couper la ligne ferroviaire nord-sud. Le nom de code de l'opération est . pénètrent en Birmanie sur plusieurs colonnes. Ils occasionnent certains dommages aux lignes de communications japonaises dans le Nord du pays, réussissant à rompre le lien ferroviaire pour deux semaines. En revanche, ils subissent de lourdes pertes. Bien que les résultats de l'opération soient discutables, celle-ci est utilisée par la propagande, particulièrement pour démontrer que les soldats britanniques et indiens pouvaient vivre, se déplacer et combattre aussi bien que les Japonais dans la jungle ; le moral des troupes alliées en est grandement amélioré.
L'occupation japonaise