Louis-Narcisse Baudry des Lozières (né à Paris le D’autres sources avancent la date du 16 juin 1761, comme Jean-Chrétien-Ferdinand Hoefer, Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources à consulter, Tome 4, Paris, Firmin Didot Frères, 1853, , mort le ) est un militaire et polygraphe français installé à Saint-Domingue, qu'il a fui comme beaucoup d'autres avec le déclenchement de la révolution haïtienne en 1791. Ses écrits portent notamment sur les colonies françaises (essentiellement Saint-Domingue et la Louisiane) ainsi que sur les débats de l'époque relatifs à l'esclavage et à son abolition.

Biographie Il est le fils de Pierre Baudry des Lozières, capitaine au régiment de Nassau de Saarbruck et de Guillemette Guyot d'Escourbens, issue d'une famille noble de Champagne. Celle des Baudry des Lozières serait originaire d'Allemagne (Baudry viendrait à l'origine de « BaldéricAlmanach des 25000 adresses des principaux habitans de Paris, pour l’année 1832, Dix-huitième année, Paris, Panckoucke, 1832, », et son père était aussi connu sous le nom de « Baldery », ou « Boudry »), et aurait été transplantée en Italie puis en France.. Bien que son père le destine en premier lieu à une carrière ecclésiastiqueMémoires et documents, Loges et Chapitres de la Grande Loge et du Grand Orient de France, moitié du siècle, Volume 20, 1967, , il reçoit par la suite une éducation militaire et gravit les échelons vers la fin de la décennie 1760.

L'activité à Saint-Domingue En 1777, il part pour Saint-DomingueHarry Liebersohn, Aristocratic Encounters. European Travelers and North American Indians, Cambridge University Press, 2001 , , où il devient avocat au Conseil supérieur du Cap-Français.. En parallèle, il continue d'exercer des fonctions militaires.

Baudry des Lozières épouse en Catherine Milhet, néo-orléanaise, fille de Jean MilhetIl en fait l'éloge dans le Voyage à la Louisiane, , car il a pris part à la révolte de la Nouvelle-Orléans en 1768. Cf. Louisiana History, Louisiana Historical Association, 2006, ; Marc de Villiers du Terrage, Les dernières années de la Louisiane française, Paris, E. Guimoto, 1903, , commerçant important localement. De cette union, une fille née en 1780 est connue : Louise-Marie-Amélie-Éléonore. Il devient alors aussi le beau-frère de Médéric Louis Élie Moreau de Saint-Méry, qui s'était marié à une autre fille Milhet. C'était un autre grand planteur de Saint-Domingue, également avocat au Conseil supérieur, et membre du club de l'hôtel Massiac. Baudry des Lozières « tira toujours parti de son influence. »

En 1784, il a cofondé avec lui et sept autres personnes le Cercle des Philadelphes au Cap-Français à Saint-Domingue. Deux ans plus tard, cette société savante devient la première académie coloniale française. Le Cercle a été une vraie réussite, si bien que Benjamin Franklin a été l'un de ses 162 membresIbid., .

Il possédait à Léogane et au Port-au-Prince « des biens divers, entrepôt, maison, terrain, caféterie valant plus de 200.000 #Blanche Maurel, Cahiers de doléances de la colonie de Saint-Domingue pour les États généraux de 1789, Librairie E. Leroux, 1933, . »

Bien qu'il renonce à sa profession d'avocat en 1788, Louis-Narcisse Baudry des Lozières était donc quelqu'un de notable à Saint-Domingue (un monument à sa gloire aurait été érigé) alors que la Révolution française avait ses premières conséquences dans la colonie lors de l'été 1789. Il est ainsi nommé « Commandant pour le roi » par le gouverneur de Saint-Domingue, Antoine de Thomassin de Peynier. Dans un contexte d'agitation et de remise en cause d'un gouvernement colonial impuissant, apparaissent les « Phalanges de Crête-Dragons » que Baudry des Lozières crée le , qui seront adjointes officiellement au régiment de Port-au-Prince. Le Conseil supérieur de la colonie avait accepté la proposition de Baudry des Lozières de créer un corps de dragons financé par les planteurs, dont il serait à la tête officieusement, au moins jusqu’à sa reconnaissance officielle, et qui serait chargé de maintenir l’ordre dans la colonie, en attendant des ordres venant de la métropole. Sa maison située entre Port-au-Prince et Jacmel était en quelque sorte le quartier général du corps paramilitaire ; elle surplombait la route la plus fréquentée du sud de l’île, représentant donc une excellente position militaire. L’idée était de capter l’effervescence de l’île dans une force armée qui n’était pas officiellement contre-révolutionnaire : Baudry des Lozières enrôle dans les phalanges des « nègres libres et gens de couleur, qui sans doute, ne demanderaient pas mieux pour se venger du mépris qu’on leur fesait [sic] essuyer par-tout. » Cette mesure visait également à élargir le recrutement trop faible des phalanges : il ne devait y avoir que trois cents membres ou plusIbid., .

Ces phalanges ne résistent pas aux conflits qui agitent Saint-Domingue. Dès le mois de , Vincent Ogé débarque pour faire appliquer le décret du Voir « Décret du 28 mars 1790 concernant les colonies, suivi d'une instruction pour les îles de Saint-Domingue, la Tortue, la Gonave et l'île à Vaches, en annexe de la séance du 30 septembre 1791 », in Archives Parlementaires de 1787 à 1860 - Première série (1787-1799) Tome XXXI - Du 17 au 30 septembre 1791, Paris, Librairie Administrative P. Dupont, 1888, ouvrant la représentation aux propriétaires de couleur. Il tente de provoquer une rébellion et parvient à armer plus de trois cents métis qui harcèlent des Blancs et pillent des habitations. Il est finalement capturé et roué vif avec d'autres agitateurs en 1791. Face à son impuissance à faire régner l’ordre dans la colonie (il doit aussi s'opposer à l'assemblée des colons blancs), le gouverneur de Thomassin de Peynier démissionne et le général de Blanchelande lui succède. Le décret que vote le la Constituante« Décret du 12 octobre 1790 qui annule les actes émanés de l’assemblée générale de Saint-Domingue, les déclare attentatoires à la souveraineté nationale et à la puissance législative, et pourvoit aux moyens de rétablir le calme dans cette colonie », Recueil général des lois, décrets, ordonnances, etc: depuis le mois de Juin 1789 jusqu'au mois d'Août 1830, Volume 1, Administration du Journal des Notaires et des Avocats, 1839, , ne reconnaissant pas l’assemblée de Saint-Domingue, annule ses décrets, provoquant le mécontentement des « petits blancs ». En outre, deux bataillons sont envoyés de France renforcer la garnison de la colonie, au début de l'an 1791. Ils sympathisent avec la population et la rejoignent dans une émeute au cours de laquelle le colonel Mauduit du Plessis est tué. Le général Blanchelande réussit à s’échapper, comme Baudry des Lozières dont la tête est mise à prix tournois, et on promet la liberté à l'esclave qui le dénoncerait. Tout « corps patriotique » étant désormais proscrit, la Phalange doit se disperserIbid., . Peu après, la colonie s’enlise dans la violence. En effet, à partir du 22 août, des esclaves se soulèvent et tuent près de : la révolution haïtienne commence. Baudry des Lozières, depuis revenu de son exil, est chargé de reprendre Léogane, aux mains des esclaves révoltés, mais il peine à rassembler trois cents hommes qui se heurtent en septembre aux détenant la villeIbid., . Pourtant, censément par ruse et par la qualité du commandement de Baudry des Lozières, les dragons parviennent à s’emparer de la ville et de la plaine alentour, et ils reçoivent des renfortsIbid., . Dans un contexte de troubles très complexes qui font s’affronter différentes ethno-classes, révolutionnaires et réactionnaires à divers degrés, avec des soutiens de l’extérieur, autour d’enjeux différents, une rixe éclate en au Port-au-Prince, pendant l’entrée de mulâtres, et déclenche à nouveau des affrontements entre civilsIbid., . Les dragons de Baudry des Lozières commencent à être dépassés par les événements, d’autant que des qui composaient la Phalange, il n’en reste plus que 229 : puisqu’ils auraient couvert la retraite des gens de couleurs de Port-au-Prince, et à cause de la présence de Noirs dans leurs rangs, ils se font détester des « petits Blancs » ; de l’autre côté les mulâtres et les gens de couleurs, y compris ceux qui font partie des Phalanges, se méfient de Baudry des Lozières en raison de son refus de prendre part aux violences révolutionnairesIbid., . Il tente alors de battre en retraite depuis Port-au-Prince, mais le chemin est semé d’embûches : finalement, ses hommes tombent dans un guet-apens. Au lendemain, il ne reste plus que quatre-vingt-dix hommes tous blessés, y compris Baudry des LozièresTerry Rey, The Priest and the Prophetess. Abbé Ouvière, Romaine Rivière, and the Revolutionary Atlantic World, Oxford University Press, 2017, 352 p. . Les Crête-Dragons n’ont d’autre choix que de se disperser. Néanmoins, Baudry des Lozières réussit à tirer son épingle du jeu ; il retrouve dans les bois sa femme et sa fille qui avaient fui leur habitation menacée par des révoltés.

L'exil Compte-tenu de la situation, Louis-Narcisse Baudry des Lozières quitte définitivement Saint-Domingue. Il part pour la France avec sa famille fin . Son laissez-passer délivré à Bordeaux le , où il débarque, le désigne comme « Commandant pour le Roi des sept montagnes de Léogane et Colonel-Inspecteur des Dragons-Français ». Il rejoint Moreau de Saint-Méry à Paris, alors député à la Constituante, puis le suit au Havre. Mais son beau-frère est arrêté par le Comité de Surveillance havrais et condamné à l’exil. Il s’installe à Philadelphie à la fin de l’année 1793. Baudry des Lozières, en sa qualité d’avocat, devient le tuteur de la femme de Moreau de Saint-Méry, Louise Catherine Milhet. Il l’autorise à embarquer le du Havre sur La Sophie pour gagner New York. Il est alors connu comme « Maître Louis Narcisse Baudry Deslozières, avocat au parlement de Paris et au conseil supérieur de cette ville, son tuteur ad-hocGénéalogie et Histoire de la Caraïbe, numéro 171, juin 2004, . » Menacé par la Terreur, il part lui-même pour Philadelphie le 9 novembre accompagné de sa femme, de sa fille et d’une servante normande. Ce n’est que le que le brick sur lequel il a embarqué s’amarre à Norfolk en Virginie. Finalement, on le repère à Philadelphie en 1795. Alors qu’il était auparavant bien installé à Saint-Domingue, il se retrouve épicier dans la South Water Street de Philadelphie. Dans le Courrier de la France et des Colonies (journal français créé à Philadelphie par son beau-frère Moreau de Saint-Méry) daté du , il fait savoir qu’il a « [...] un fort parti de sucre, de vinaigre et de vin de Bordeaux en caisses. Il continue de vendre en gros et en détail tous les objets d’épicerie, mercerie et papeterieIbid., ». Toutefois, il « ne resta pas longtemps épicier : son commerce souffrant de la guerre maritime où les bâtiments américains furent continuellement pris, soit par les Anglais, soit par les Français, il se retira en 1797 à la campagne près de GermantownIbid., . » Au mois de février de cette année, il remet à l’Institut national de Paris un Mémoire sur le Coton animal, ou l’insecte Porte-MouchesIl figure en avant-propos du deuxième volume du Second voyage à la Louisiane., dans lequel il propose de développer un nouveau type de coton, qu’il appelle « animal », qui offrirait selon lui des avantages considérables par rapport à ce qu’il appelle « coton végétal ». Il est accueilli positivementChristopher P. Iannini, Fatal Revolutions: Natural History, West Indian Slavery, and the Routes of American Literature, UNC Press Books, 2013 , .