vignette|La porte principale du camp (en 1947).vignette|Les premiers gardiens SS de Dachau en 1933.
Le camp de concentration de Dachau est le premier camp de concentration mis en place par le régime nazi. Il est créé sur le site d'une ancienne fabrique de munitions à Dachau, à au nord-ouest de Munich.. Son ouverture est annoncée par Heinrich Himmler le et des prisonniers y sont amenés dès le lendemain. Il sert de modèle à tous les camps de concentration nazis. Il reste en service jusqu'à l'arrivée des soldats américains, le .
Contexte C'est le premier des camps de concentration nazis importants construits en Allemagne, et l'un des rares construits avant la mort du président Paul von Hindenburg en 1934. Il est tout d'abord le lieu d'internement des opposants politiques, essentiellement communistes, puis par la suite des Juifs de Bavière, des prisonniers de guerre soviétiques ainsi que des homosexuels574 déportés à Dachau au titre du paragraphe 175 entre 1934 et 1945 ont pu être identifiés à partir des fiches individuelles. Voir , ainsi que emplacements 946-954 sur 6260. et Tsiganes. Chacun y connaît la souffrance, la faim et y côtoie la mort. Dachau compte plus de 100 kommandos qui, avec le camp central, regroupent détenus. Son existence est connue en dehors des frontières dès 1933 (le magazine Vu lui consacre son numéro du , de même qu'au camp d'Oranienbourg). Les plans sont dus au commandant Theodor Eicke qui devient inspecteur en chef de l'ensemble des camps.
vignette|Heinrich Himmler en visite au camp de Dachau (1936). droite|vignette|Les prisonniers à leur repas, en 1933. De l'extérieur, le camp semble être un banal poste militaire entouré d'un haut mur de briques. Des tours de garde bordent l'ensemble. Le portail d'entrée porte l'inscription Arbeit Macht Frei (« le travail rend libre »). Dans le camp se trouvent en garnison un corps de SS ainsi que des agents de la Gestapo. Les prisonniers sont entassés dans 34 baraques, chacune devant en principe contenir 208 prisonniers ; au moment de l'arrivée des soldats américains, certains baraquements contenaient cependant détenus dont la plupart dans un état squelettique. Le camp reçoit plus de prisonniers venus de plus de 30 pays. Ceux-ci sont confrontés à des conditions de vie extrêmement dures : travaux forcés, froid, chaleur, sévices, manque de nourriture, manque d'hygiène, maladies (typhus), vols entre détenus, etc.
En juin 1944, un premier convoi de plusieurs centaines de Français arrive à Dachau. Le , un convoi part du camp de Royallieu à Compiègne avec plus de détenus : plusieurs centaines sont morts à son arrivée, le Ce train emportait René Carmille, chef du Service National des Statistiques (futur Insee), ainsi que son adjoint, qui mourut durant le voyage.Description du convoi du 2 juillet 1944, par Arnaud Boulligny et Thibault Letertre, site de la Fondation pour la mémoire de la déportation, bddm.org..
Selon les enregistrements répertoriés, plus de personnes périssent dans le camp même. À l'automne 1944, une épidémie de typhus se déclare, entraînant environ décès : « d'après des sources incomplètes, morts » du typhus selon les registres du camp.. Les malades et les inaptes au travail sont transférés au château de Hartheim, où des milliers sont assassinés au gaz. À l'intérieur du camp se trouve une station expérimentale dirigée par le docteur Sigmund Rascher où des médicaments sont expérimentés sur les prisonniers, notamment pour tester leur résistance à la maladie. De sont transférés vers d'autres camps afin d'éviter la trop forte densité, génératrice de l'extension de l'épidémie.
vignette|Camp de Dachau. droite|vignette|L'entrée principale de Dachau en 1945.
Les prisonniers dorment dans des lits superposés et se disputent les lits supérieurs, afin de ne pas recevoir les excréments qui suintent vers le bas. Ceux qui tentent de s'échapper et qui sont repris subissent un traitement spécial de punition dans un cantonnement tenu par les SS et la Gestapo avec pratique de la torture. Ces traitements aboutissent souvent à la mort. Lors de l'épidémie de typhus, de nombreux corps sont jetés dans les fosses communes.
Les nazis pénètrent peu dans les lieux et l'état-major reste cantonné à la Kommandantur. La discipline est assurée par des Kapos, eux-mêmes détenus et choisis par les nazis pour leur absence d'empathie envers les prisonniers.
Le camp sous le commandement de Theodor Eicke
Le camp de concentration de Dachau, ouvert en est particulier à plus d'un titre. D'abord parce que confié début avril à la police bavaroise, il passe dès le sous la juridiction de la SS, sous le commandement d'Hilmar Wäckerle. Ensuite parce que Himmler incite très tôt Wäckerle à mettre en place des directives particulières, qui garantissent au camp un état d'exception permanent, fait de brimades, punitions et traitements dérogatoires. Si le camp est financé par l'État bavarois, et par le Reich, Himmler souhaite qu'il soit entièrement soumis à la domination de la SS. L'absence de véritables bases légales amène la justice à se pencher sur sept premiers décès de prisonniers, en . Le , lors d'une réunion avec le ministre de la Justice Hans Frank, Himmler doit consentir à démettre Wäckerle de ses fonctions de commandant. Le même jour, il demande la libération de Theodor Eicke de son asile psychiatrique.
Eicke passe trois semaines à Ludwigshafen, avant d'être nommé par Himmler le . commandant du camp, où sont alors détenus deux mille prisonniers.
Le camp de Dachau, ou l'école de la violence Les détails de la passation de pouvoir entre Wäckerle et Eicke restent mal connus. La nomination officielle d'Eicke comme commandant du camp est postérieure, le , ce qui suggère qu'Himmler attendait d'abord d'Eicke qu'il fasse ses preuves dans l'administration du camp. À partir des directives particulières élaborées par Wäckerle, Eicke met en place jusqu'en un « règlement régissant la discipline et la répression des détenus », dont l'introduction indique que . Ce catalogue disciplinaire, qui prévoit exercices punitifs, travaux de peine, exposition au pilori et peine de mort, , vise d'abord à faire de l'enceinte du camp un espace extra-judiciaire, ensuite à uniformiser le comportement des SS envers les détenus, enfin à intimider ces derniers : On passe à Dachau de la brutalité indisciplinée et arbitraire des gardiens à la terreur planifiée de la SS. Dans les faits, l'arsenal disciplinaire et punitif n'entraîne pas un usage normé de la violence : il devient l'instrument d'une terreur systématique. Au même moment, l'euphémisme remplace le terme de camp de concentration, et Eicke réduit drastiquement l'accès de la presse au camp de Dachau.
Le « modèle Dachau » La spécificité du camp de Dachau se révèle dans l'opposition au modèle développé conjointement dans les camps de l'Ems : dans ces camps s'exerce une double tutelle, celle du commandement SS responsable des gardiens, et une direction civile relevant du ministère de l'Intérieur. Afin d'éviter toute éventuelle intervention d'offices judiciaires ou civils, Eicke développe un arsenal disciplinaire qui donne l'apparence d'une légalité, il coupe le camp du monde extérieur, introduit le travail forcé des détenus. Surtout, il organise les SS en Kommandantur locale, distincte du camp lui-même, ce qui porte en germe le système des Kapos, de l'administration des détenus par les détenus eux-mêmes. Cette organisation facilite, après-guerre, la défense des membres des SS-Totenkopfverbände, qui indiqueront avoir été uniquement responsables de la surveillance extérieure du camp, et n'être pas mêlés au fonctionnement interne du camp.
Plus tard, à l'automne 1934, Eicke parvient à soustraire les gardes SS de l'Allgemeine SS (une des branches de la SS) et les rattache à son autorité de commandant de la SS-Totenkopfverbände. Eicke ne dépendra donc plus, à titre personnel, que de Himmler, à la fois comme chef de la police politique en Bavière, que comme Reichsführer-SS.
Meurtres sous l'autorité d'Eicke Dans la période qui suit immédiatement le renvoi de Wäckerle, aucun détenu du camp n'est décédé. Cependant, deux mois après l'arrivée d'Eicke, le député communiste Franz Stenzer est abattu lors d'une tentative de fuite mise en scène par les gardes. Un journaliste communiste est abattu, vraisemblablement par Eicke lui-même, le , son cadavre transporté dans l'auto d'Eicke et noyé dans le lac Walchen. Eicke indique à la presse que le détenu a disparu. À l'automne 1933, la justice bavaroise ordonne l'exhumation du corps d'un artisan, torturé et assassiné. Le , le procureur demande à Eicke de lui fournir les éléments matériels relatifs au prétendu suicide de deux détenus, étranglés en réalité par les gardes du camp. Si les détenus exécutés le sont en vertu de l'arsenal disciplinaire et punitif édicté par Eicke, ce dernier recourt cependant systématiquement, envers l'extérieur, au prétexte du suicide. Himmler, puis Ernst Röhm le , encouragent Eicke et ses troupes à refuser aux autorités judiciaires l'accès au camp. Les procédures sont alors abandonnées, et les camps de concentration deviennent des espaces proprement extrajudiciaires.
Les meurtres de détenus ne tiennent pas tant à l'origine des gardes qu'à une politique systématique d'éducation à la haine menée par Eicke. Il suscite un état de guerre permanente contre le détenu, , fait preuve lors de nombreuses séances d'endoctrinement d'un antisémitisme et d'un antibolchevisme radicaux. Il impose aux gardiens, qui le surnomment « Papa Eicke » une obéissance aveugle et inconditionnelle envers lui, en tant que commandant du camp, mais aussi envers la SS et le Führer. Il indique que tout SS doit veiller à l'éducation de son compagnon, et propage lui-même par l'exemple « sa haine contre tout ce qui est non allemand et non national-socialiste ». Ainsi, sous sa direction, le supplice d'un détenu devient le rite d'initiation informel de tout nouveau gardien SS, qu'Eicke recrutait de préférence jeunes, afin de pouvoir les former comme des instruments dociles et leur interdire toute faiblesse envers les détenus. Cette devait notamment former de nombreux commandants de camps de concentration, tels Hans Aumeier, Richard Baer, Johannes Hassebroek, Paul Werner Hoppe, Rudolf Höss, Max Koegel, Josef Kramer, Karl Künstler, Hans Loritz, Jakob Weiseborn, Martin Weiss et Egon Zill.
Libération vignette|Le Sto za jednog, mémorial à tous ceux morts en tentant de s'enfuir du camp. Une sculpture semblable est exposée au Mémorial de Yad Vashem à Jérusalem. vignette|Des survivants saluant les soldats américains lors de la libération du camp.
Camp principal Dès , les prisonniers s'organisent en créant le Comité international clandestin qui rassemble un représentant de chacune des 16 nationalités présentes dans le camp. Ce comité désigne pour président Pat O'Leary, un officier de la Royal Navy (en réalité Albert Guérisse, un officier médecin de l'armée belge.) qui a dirigé une filière d'évasion en France occupée ayant permis le rapatriement de plus de 600 aviateurs anglais et américains. Il a pour vice-présidents le général soviétique Michailovitch et le Belge Arthur Haulot. Lorsque les Américains approchent du camp, l'état-major allemand donne l'ordre par représailles de tuer tous les prisonniers. Mais le politicien communiste , membre du comité international des prisonniers, parvient à faire évader quelques prisonniers afin d'avertir les soldats américains de l'endroit exact du camp et de l'urgence qu'il y a à intervenir.
Le matin du , le du de la d'infanterie de la US reçut l’ordre de prendre le camp de Dachau. L’officier commandant le bataillon, le colonel transmit l’ordre à sa compagnie I et en prit lui-même le commandement. Il libère le camp. La Armée en confie la direction à Pat O'Leary et à son Comité pour l'organisation interne du camp, tant pour assurer la discipline interne que pour garantir un ravitaillement équitable.