Le Maremmien () est une race de chevaux de travail originaire de la Maremme, en Toscane, en Italie. Ses origines sont anciennes, mais incertaines, révélant l'influence des diverses populations chevalines africaines, germaniques et ibériques qui se sont succédé sur ce territoire. Le Maremmien est couramment utilisé par la cavalerie italienne jusqu'en 1945 ; il est réputé pour avoir participé à la charge de la cavalerie Savoia à Izbushensky, à laquelle survit l'un de ses célèbres représentants, Albino. Le Maremmien reçoit l'influence du Pur-sang au cours du . Ce type dit « amélioré » gagne une nouvelle réputation de cheval de sport dans la discipline du saut d'obstacles, grâce à ses succès olympiques durant les années 1970 et 1980. Un registre généalogique est ouvert en 1980.
C'est un cheval solide et endurant, souvent de robe baie, qui se montre à l'aise sur tous types de terrain. Il est particulièrement associé aux butteri, travailleurs et éleveurs du bétail de la région de Maremme. Cependant, son usage au travail est désormais quasi-exclusivement cantonné à des manifestations culturelles en salon et lors de festivals, le Maremmien devenant un cheval de loisir et une monture de tourisme équestre. Il reste une race rare, strictement locale et propre à l'Italie ; il fait étroitement partie de la culture de la Toscane.
Dénomination Le nom original de cette race de chevaux en italien est Maremmano, ou bien Maremmana.. Il existe différentes traductions du nom de cette race de chevaux vers le français.
L'une d'elles est « Maremmane ».. Dans le troisième tome de son Dictionnaire de l'agriculture, paru en 1889, Jean-Augustin Barral fournit le texte suivant à l'entrée « Maremmane », qu'il décrit comme une population et non comme une race :
La traduction de l'ouvrage Cavallo de l'auteur italien Maurizio Bongianni par Elisabeth de Lavigne en 1987 fournit deux autres traductions, « Maremmien » ou « cheval de Maremme », en décrivant cette fois une race. Ce nom s'écrit avec une initiale en lettre majuscule, car il dérive de celui de la Maremme., la région marécageuse d'origine de cette race de chevaux, terre d'élevage qui a aussi donné son nom à d'autres races animales telles qu'un bovin et un chien.
Histoire vignette|gauche|Conduite du bétail sauvage dans la Maremme, gravure sur bois datée de 1832.|alt=Gravure sur bois montrant des cavaliers et des taureaux.
Origines L'origine exacte du Maremmien reste incertaine, mais semble se trouver au moins partiellement hors de l'Italie.
Il descend en effet d'une population de chevaux antiques marquée par diverses influences. Le type le plus ancien de ces chevaux est issu d'une influence ibérique et Barbe. D'après les auteurs italiens M. Silvestrelli et Alberto Soldi, la Maremme a une population équine d'origine africaine et orientale avant l'époque romaine, élevée par les Étrusques ; l'équipe scientifique de Katia Cappelli fait remonter cette origine à . Cette origine étrusque est aussi la plus soutenue par la croyance populaire.
D'après Bonnie Lou Hendricks (université de l'Oklahoma), il lui est aussi attribué une origine numide. Il provient peut-être de croisements sur la base d'une souche locale étrusque. Ces croisements sont vraisemblablement nombreux à l'époque romaine. Sur la base d'études craniologiques, le vétérinaire et zootechnicien André Sanson (1826-1902) le classe parmi les races de chevaux dolichocéphales de type germanique. ; Charles-Alexandre Piétrement l'explique par une présence successive des Wisigoths, des Hérules et des Ostrogoths en Toscane..
Un regain d'intérêt pour l'élevage survient au moment de la Renaissance, au , avec une influence de l'Arabe, du Barbe et de l'Andalou. Le Maremmien reçoit l'influence du Napolitain. Les États pontificaux élèvent un cheval noir nommé « cheval romain », mais les Toscans préfèrent le cheval à la robe baie. Aux , les éleveurs de la Maremme pratiquent la transhumance à cheval.. L'élevage des chevaux subit la décadence de l'Italie au .
thumb|Cavalier buttero maremmano en 1885.|alt=Gravure ancienne représentant un cavalier Ces chevaux sont élevés à l'état sauvage, dans la région marécageuse située entre Pisa et Caserta. Ils sont vus comme le symbole des régions improductives latifundia, environnement auquel ils sont la seule population de chevaux adaptée. Jusqu'au milieu du , ils sont caractérisés par une tête lourde au profil convexe, un dos creux, des crins très abondants et une taille d'environ . D'après une lettre de Pietro Tommi Bruschieri, parue dans un numéro du Giornale agrario toscano (journal agricole toscan) daté de 1848, la notion de cavallo maremmano est couramment utilisée dans le commerce, mais il serait erroné de désigner l'ensemble de ces chevaux comme formant une race.. Avec le Risorgimento, la popularité de ces chevaux s'étend. Le Maremmien est exporté dans d'autres régions italiennes pour des croisements, et devient fortement demandé aux usages de la cavalerie. En 1898, dans le cadre d'un rapport militaire publié par la Rivista di cavalleria (revue de cavalerie), le major vétérinaire italien Carlo Ottavio Bosio décrit le cavallo maremmano comme le meilleur cheval militaire de toute l'Italie, précisant qu'il est élevé en semi-liberté..
Avec l'arrivée de l'élevage sélectif surviennent des croisements avec l'Arabe, puis le Pur-sang, s'adaptant à la demande et au marché. Un très grand nombre de races et de types de chevaux sont croisés dans la Maremme à cette époque, dont le trotteur, le Hackney, et des races russes ; le Maremmien reçoit alors l'influence du trotteur Norfolk. En 1886, le vétérinaire militaire Eugène Alix décrit le Maremmien, ou , comme proche de l'Andalou , ajoutant que la concentration de chevaux de cette race atteint quinze à vingt-quatre par kilomètre carré dans les régions de Florence, Pise, Sienne et Grosseto..
En 1884, le cavallo maremmano est décrit comme un cheval originaire de l'Orient, dans la monographie de l'., un inventaire agricole qui constitue une source importante de l'histoire italienne entre 1877 et 1885.. L' est créé en 1890.
Du à 1979 D'après Alberto Soldi, la notion de race distincte n'apparaît qu'au début du pour désigner les chevaux de la Maremme. C'est en particulier l'influence de l'étalon reproducteur Fauno qui contribue à l'unification morphologique du Maremmien moderne. Cet étalon est né en 1902 dans les écuries royales de San Rossore.
À partir des années 1940, la conformation se modifie, la race perdant son apparence fruste de cheval de travail. Le Maremmien frôle cependant l'extinction après la Seconde Guerre mondiale (1945), avec une sévère réduction des effectifs jusqu'aux années 1970. La fin de la demande en chevaux pour les travaux agricoles et l'armée fait entrer l'élevage en crise. La situation de la race attire l'attention dans les années 1960. Le Maremmien reçoit (avant 1966) une légère influence du Salernitano... Un recensement publié en 1972 conclut qu'il reste environ 450 juments de race pure.
Après une longue période d'oubli, un regain d'intérêt arrive avec les années 1970. Divers éleveurs cherchent à préserver le type historique de cette race de chevaux, d'une taille d'environ et avec une tête convexe. En 1975, les éleveurs de 500 juments sélectionnées sont incités à les faire se reproduire avec des étalons sélectionnés eux aussi pour assurer la pérennité du Maremmien. L'influence du Pur-sang donne un nouveau type par croisement, le Maremmano megliorato (soit « Maremmien amélioré »). Ces croisements sont pratiqués au haras de Tombolo. Cela coïncide avec un développement de l'élevage du demi-sang dans les régions de la Toscane et du Latium, en vue de faire naître des champions de saut d'obstacles. Ce cheval est plus longiligne que l'ancien, mais moins rustique. L'auteur italien Alberto Soldi le décrit comme un cheval de meilleure qualité que l'ancien type.
Depuis 1979 vignette|Groupe de butteri défilant à la Fieracavalli de 2014, dans le cadre d'un processus de patrimonialisation du Maremmien.|alt=Cavaliers sur des chevaux noirs et portant des manteaux de pluie amples. Une association de race est créée en 1979, la (ANAM). Le registre généalogique () de la race Maremmano est créé l'année suivante, le . Cela rend cette création du registre récente au regard de l'histoire de la race. Durant sa première année, l'ANAM enregistre . Des inscriptions de chevaux dans ce registre à titre initial permettent de faire remonter la population du Maremmien à environ en 1987. C'est aussi dans les années 1980 que la sélection génétique du Maremmien est mise en place.. Entre 1980 et 2015, sont inscrits dans le .
Le Maremmien fait l'objet d'un important intérêt scientifique durant les années 1990, avec notamment une présentation en conférence auprès de l'Organisation des nations unies pour l'alimentation et l'agriculture en 1991., lors de la de Budapest.. Cette même année, ses effectifs sont remontés à environ pour , et un plan de préservation est mis en place. En 1992, le Maremmien est la première race de chevaux italienne pour laquelle un test de sélection sur est mis en place.. Ce test est rendu effectif en 1993 pour les candidats étalons âgés de trois ans, tandis que les juments sont testées sur .. En 1996, l'indice BLUP () est adopté comme indice de sélection de cette race.. Le plus haut enregistrement de nouveaux poulains est celui de l'année 1997, avec .
L'ethnologue française Bernadette Lizet fait état de la quasi-disparition des usages de cette race de chevaux au travail du bétail sur le terrain italien, et de son processus de patrimonialisation à travers l'organisation de festivals et de salons, en 1996.. Le Maremmien retrouve ainsi les faveurs du public au début du . En 2006, l'ANAM créée une banque de données génétiques du Maremmien.
En 2010, les conséquences de la crise économique poussent les éleveurs à réduire le test de à .
Description vignette|Maremmien monté par un buttero, au modèle, vu de profil. Salon Equitana de 2005.|alt=Cavalier à cheval, vu de profil. Les Maremmiens actuels ont tous une ascendance du Pur-sang. Ils font partie des races de chevaux de demi-sang Warmblood.
Taille La taille du Maremmien a augmenté au fil du temps. En 1984, l'autrice britannique Caroline Silver indique une taille moyenne de . D'après CAB International, sa taille va de , ce qui correspond aux chiffres donnés par Bonnie Lou Hendricks en 2007, soit de 15 à 16 mains. L'autrice tchèque Helena Kholová cite en 1997, l'auteur italien Maurizio Bongianni indique , et l'auteur anglais Elwyn Hartley Edwards cite une taille moyenne de .
D'après plusieurs ouvrages italiens, la fourchette de taille est de , avec une taille minimale obligatoire de pour les femelles et pour les mâles. Les poulains sont en effet mesurés à l'âge de , et doivent obligatoirement dépasser cette taille. L'ouvrage de Delachaux et Niestlé (2016) et celui de l'auteur italien Gianni Ravazzi (2010) lui attribuent une taille moyenne adulte un peu plus élevée, soit de . La base de données DAD-IS donne une moyenne de chez les femelles et chez les mâles.
Le tour de poitrine va de .
Morphologie
Le Maremmien présente le type du cheval de selle léger, et du cheval de sport, de même qu'une certaine ressemblance avec le Barbe. Il est de modèle médio-longiligne et méso-dolichomorphe. Les formes générales sont ramassées. En 1997, il reste possible de distinguer les chevaux très influencés par le Pur-sang des chevaux plus rustiques. Le type n'est pas totalement fixé d'après Emmanuelle Hubrecht (2005). D'après Cappelli et al., en 2015, le phénotype de la race est désormais fixé, malgré le grand nombre de croisements passés.
Tête