Le collectif « Forum pour d'autres indicateurs de richesse », ou encore FAIR (acronyme en forme de clin d'œil qui signifie juste ou équitable en anglais)Cf. première annonce de sa création sur le blog de Jean Gadrey regroupe une cinquantaine de chercheurs et de militants associatifs réfléchissant d'une manière critique à la question des indicateurs économiques et des indicateurs de progrès des sociétés. Ce regroupement au départ informel est rapidement passé de la réflexion à la diffusion, puis de la diffusion à l'action avec l'ambition d'intégrer de larges collectifs contribuant à la contestation des indicateurs économiques dominants que sont le PIB ou le taux de croissance économique, puis à l'élaboration de nouveaux indicateurs de substitution.
Origine et premières activités critiques De 2008 à 2010, les trois premières années de FAIR ont été déterminantes.
Formation du collectif FAIR FAIR date du début 2008. L'occasion de son lancement fut la création de la dite Commission Stiglitz-Sen chargée d'élaborer de nouveaux indicateurs de richesse et de bien-être sur la proposition de Nicolas Sarkozy le . Cette commission, dont le nom officiel est « Mesure de la Performance Économique et du Progrès Social », avait initialement pour but de développer une « réflexion sur les moyens d'échapper à une approche trop quantitative, trop comptable de la mesure de nos performances collectives ». L'économiste Jean Gadrey fut sollicité pour participer à cette commission. Après en avoir discuté avec plusieurs de ses amis militant pour d’autres indicateurs, il décida de participer aux activités de cette commission.
Ce débat collectif déboucha au premier trimestre 2008 sur la création de FAIR, comme réseau de la société civile. Parmi ses animateurs, on trouve, outre Jean Gadrey, plusieurs chercheurs ayant déjà réalisé de nombreux travaux critiques sur la question des indicateurs économiques dominants, tels Pierre Concialdi (l'un des initiateurs de cet indicateur alternatif qu'est le BIP40), Florence Jany-Catrice, Dominique Méda, Georges Menahem et Patrick Viveret. Y participent aussi des représentants de collectivités territoriales, notamment du Nord-Pas-de-Calais, et d'associations, dont le "collectif richesse" qui a fait connaître en France l'idée de "Produit intérieur doux", la fondation France-Libertés, l'association internationale Pekea, etc. L'ancien directeur adjoint du Programme des Nations unies pour le développement, Jean Fabre, a fait également partie du groupe d'animation, ainsi qu'Hélène Combe (Observatoire de la décision publique).
Le collectif FAIR regroupait à l'origine une pluralité d'acteurs : des enseignants, des chercheurs, des acteurs territoriaux et des coordonnateurs de réseaux professionnels ou citoyens. Il entendait prendre part à la remise en cause des indicateurs dits « de progrès », dans le cadre de quatre orientations : Mettre en lien et capitaliser les initiatives des réseaux, des institutions et des territoires pour la mise en œuvre de nouveaux indicateurs ; S'impliquer dans une collaboration vigilante avec la « Commission Stiglitz » ; Contribuer, par l'organisation directe d'évènements partenariaux et par la participation à des rencontres diverses, à l'invention d'un modèle de gouvernance à l’échelle des enjeux sociétaux et démocratiques ; S'associer activement, et dans une vision de cohérence internationale, à la coconstructions de nouveaux indicateurs de richesse et de progrès, à l'échelle de la nation comme à celle des régions.
Les acteurs de FAIR déclaraient ainsi dans la conclusion de leur manifeste traduit en plusieurs languesVoir le site de FAIR avec son manifeste adopté au début de De la société du « beaucoup avoir » pour quelques-uns à une société de bien-être durable pour tous. http://www.idies.org/ :
De 2008 à 2010 : autour de la Commission Stiglitz En 2008 et 2009, pour ses premières activités, le collectif FAIR s'est réuni parallèlement à la Commission Sen-Stiglitz-Fitoussi dans les locaux d'institutions telles que la Fondation France-Libertés qui lui ont assuré un appui initial déterminant. Plus généralement, FAIR s'est appuyé sur le soutien d'associations telles que France Libertés, Attac, Utopia, et d'organisations syndicales comme la CFDT et la CGT. De premières manifestations publiques ont concrétisé les avancées de ses analyses :
La réunion à l'Assemblée nationale d'une « rencontre » ayant pour titre Enjeux démocratiques d’une nouvelle approche de la richesse : de nouveaux indicateurs, oui, mais comment et pour quoi faire ?Cf. programme de cette rencontre sur le site de l'association PEKEA.. La participation d'une partie du collectif FAIR, le , aux réflexions de la Commission Stiglitz avec une partie de ses membres. La seconde manifestation publique du collectif FAIR s'est déroulée le au Conseil économique, social et environnemental (CESE) devant une assistance de plus de cent personnes. D'autres manifestations publiques de FAIR ont accompagné la sortie du rapport de la Commission Stiglitz. Au moment de la sortie de son résumé en , FAIR a produit une analyse des acquis et des limites du rapportCf. page publiée sur le site de FAIR hébergé par la revue Alternatives économiques. et l'a commentée lors d'une conférence de presse tenue au siège de la CFDT le . Enfin, au moment de la présentation nationale du rapport dit "Sen-Stiglitz-Fitoussi" au Collège de France le , FAIR était encore là : il avait diffusé un communiqué à la presseVoir le communiqué de FAIR sur le site IDIES de Alteréco. et est intervenu pendant la conférence de presse tenue par les principaux animateurs de la commission, Joseph Stiglitz et Jean-Paul Fitoussi, événement dont ont fait état de nombreux articles dans la presse, dont Les échosVoir Mesure de la croissance : le rapport Stiglitz propose d'autres indicateurs, par Frédéric Schaeffer, le 14 sept. 2009., ou Le Monde diplomatiqueVoir Le PIB, une mesure qui ne dit pas tout par Olivier Zajec, in "L’atlas des mondes émergents“, 2012..
Diffusion et premières publications Le collectif FAIR de chercheurs et statisticiens a multiplié des travaux originaux, tant de critique des indicateurs officiels que de promotion des indicateurs alternatifs. D'où une somme qui a joué un rôle de référence pour certains parlementaires et pour plusieurs institutions dans divers domainesCf. l'article Les nouveaux indicateurs sont là, utilisons-les de Lucas Chancel et Damien Demailly dans Le Monde du 29 septembre 2015..
Une analyse critique des travaux de la Commission Stiglitz Des textes en ligne concrétisant les travaux de FAIR ont été largement diffusés par le biais d'un site public édité par le mensuel Alternatives économiquesSite hébergé sur le site de l'IDIES mis en place par le mensuel Alternatives économiques.
Une première version des conclusions de la Commission Stiglitz a été mise en ligne en . Au même moment, FAIR a publié une première note soulignant les apports du premier chapitre de ce rapport et critiquant en même temps aussi bien la méthode de travail "très opaque" de la Commission que les limites de ses propositionsOn trouve cette note en ligne ici, sur une page de l'IDIES, dont le site est géré par le mensuel Alternatives économiques.. À l'inverse d'une commission « en chambre », FAIR préconise une participation citoyenne pour redéfinir les indicateurs d’Eurostat..
On peut résumer l'analyse du collectif FAIR en deux principaux points. L'essentiel : Il souligne d'abord l' réalisée par la Commission, à savoir Sur le côté critique, il met en cause nettement l'indicateur privilégié par la Commission Stiglitz pour pallier les insuffisances du PIB. Leur rapport, selon ce collectif, ..
Un petit livre présentant les nouveaux indicateurs de richesse le mensuel Alternatives économiques a édité dans sa collection de petits livres de poche un recueil intitulé « La richesse autrement » et regroupant une quarantaine d'articles faisant le tour de la question des nouveaux indicateurs de richesse. Un tel rassemblement d'articles fait référence pour plusieurs institutions de défense des populations précariséesTelle ATD Quart monde qui présente sur son site ce livre de FAIR intitulé La richesse autrement..
Analyses de FAIR après 2011 et impacts dans les institutions Dès sa naissance, le collectif d'intellectuels composant FAIR a pris une position résolument critique à l'égard des indicateurs monétaires dominants qu'étaient le PIB et le Revenu national. En définitive, ces déconstructions de la mesure du progrès économique et social ont fini par avoir quelques impacts sur les indicateurs
Après 2011 : impacts au niveau des régions et de l'État Après 2011, des débats et échanges ont continué à être menés autour du collectif FAIR, à un rythme moins soutenu du fait de la remise de fin de mission de la commission Stiglitz. Ils ont visé à développer la réflexion sur le problème de la mesure et, en même temps, à impulser le débat collectif sur la définition du progrès, dans les régions comme au niveau national.
Sur la question des indicateurs alternatifs régionaux :
Plusieurs des manifestations de FAIR ont pris place dans un cadre régional, notamment à Lille, pour la région Nord-Pas-de-Calais, et à Nantes, en liaison avec les équipes locales concernées par la question des indicateurs.
Le collectif FAIR de l'Université Lille II, a ainsi élaboré en région Hauts-de-France un « indicateur de santé sociale » qui estimait, pour l’année 2004, le bien-être social des régions françaises. Pour Dominique Méda, Cf. [https://www.veblen-institute.org/Deux-indicateurs-de-richesse-a-l-epreuve-du-terrain-du-nouveau-dans-le-debat.html Deux indicateurs de richesse à l’épreuve du terrain : du nouveau dans le débat], par Dominique Méda, Institut Veblen, 4 décembre 2020. Dans la continuité de cette étude, la santé sociale des nouvelles régions françaises et son évolution de 2008 à 2016 a fait l'objet d'une recherche approfondie menant à un rapport en 2018Par Florence Jany-Catrice et Grégory Marlier, dans le cadre de l'Université Lille II, intitulée La santé sociale des nouvelles régions françaises et son évolution (2008-2016)., laquelle a été reliée aux évaluations du social progress index.
Le vote d'une loi nationale obligeant à livrer un rapport annuel :
Les débats d’experts de la dite Commission Stiglitz-Sen-Fitoussi et les examens critiques du collectif FAIR qui l'ont accompagné « ont inspiré une loi visant à la prise en compte des nouveaux indicateurs de richesse dans la définition des politiques publiques ». Portée par la députée Éva Sas de EELV, cette loi a été votée à l’unanimité par l'Assemblée nationale en . Elle obligeait le gouvernement à livrer chaque année, un rapport mettant en exergue dix indicateurs (tels que l'empreinte carbone ou l'espérance de vie en bonne santé) afin de guider le débat budgétaire sur politiques publiques. Cela fut fait en , puis en . Mais, en , cette obligation légale n'avait pas encore été respectée, ce qui a incité les deux présidentes du collectif FAIR à protester en compagnie de quatre parlementaires, du président de l'Institut Veblen et d'Éva Sas, une première fois dans la presseCf. Tribune Nouveaux indicateurs de richesse : les balises oubliées du gouvernement, parue dans Libération le 5 décembre 2017.. La tribune rappelait que .
De premiers bilans : les insuffisances de la boussole de la croissance :
Un an plus tard, fin 2018, l'économiste et coprésidente de FAIR, Florence Jany-Catrice publie dans Libération son propre bilan du retard de quatre mois avec lequel le rapport du gouvernement avait été finalement publiéCf. Tribune La croissance n'est pas un indicateur approprié pour répondre aux enjeux du , parue dans Libération le 10 novembre 2018..