Le Karabakh ( ; en ; en , ; en ) est une race de chevaux élevée dans les montagnes du Karabagh. La question de ses origines suscite une controverse, les éleveurs azéris voyant en lui un cheval du néolithique ou un descendant du niséen antique alors que les sources occidentales défendent un croisement continu et plus tardif entre chevaux turkmènes, perses et arabes, la recherche en paléogénétique ayant conclu qu'aucune race de chevaux domestiques ne peut être vieille de plusieurs milliers d'années.

Cette race vit son âge d'or au cours des , sous le khanat du Karabagh qui en développe l'élevage et l'exporte dans toute la Transcaucasie. Réputé pour sa couleur orange dorée, le Karabakh est récompensé d'une médaille d'argent à l'Exposition universelle de 1867. Les massacres arméno-tatars, puis la collectivisation soviétique et le conflit du Haut-Karabagh, nuisent à ses effectifs et à sa réputation malgré la création d'un haras à Agdam en 1949.

Ce cheval léger est surtout caractérisé par sa couleur ; il est monté lors de courses de vitesse et de jeux équestres, dont le plus connu est le tchogvan, proche du polo. Le Karabakh constitue la première et unique race chevaline reconnue par l'UNESCO comme patrimoine culturel de l'humanité en 2013. Il est très représenté culturellement, tant dans la littérature qu'en philatélie et en tapisserie. Depuis le début du , le cheval Karabakh devient diplomatiquement et culturellement un élément du et de l'identité nationale des Azerbaïdjanais.

Dénomination et sources Ces chevaux sont aussi nommés Keglan (en ), ou Kehlan, en référence à un type au sein de la race. Le dictionnaire anglophone de CAB International (édition de 2020) retient la graphie Karabakh, et signale les graphies Karabagh et Karabah comme fautives pour désigner cette race de chevaux. Dans la transcription latine du persan d'Iran, cette race est nommée , et dans la transcription du russe.

La dénomination sarylar / sarilar, qui signifie , renvoie à l'origine à la couleur et à la structure de leur pelage. En Arménie, la race est nommée en ().. Il existe une rivalité historique entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan pour revendiquer cette race de chevaux comme symbole local ou national..

Un ouvrage spécifiquement consacré au Karabakh a été publié en langue française en 2014 aux éditions Favre ; il contient des contributions de la journaliste franco-turque Nur Dolay, originaire du Caucase.

Histoire vignette|Biotope des monts du Karabagh, ici au mois de juin de l'année 2014.|alt=Photographie de montagnes verdoyantes. C'est une race de chevaux de montagne qui provient des monts du Karabagh situés entre les rivières Araxe et Koura, situés près de l'actuelle frontière entre l'Azerbaïdjan et l'Iran, dans la Transcaucasie. Le climat local est relativement rude durant une partie de l'année et la température moyenne est modérément chaude. Ces conditions sont plutôt favorables à l'élevage équin grâce à la présence d'une abondante végétation et de nombreuses sources. Ce milieu permet un élevage en tabouns, les chevaux se nourrissant de nombreuses herbes et plantes aromatiques en estive d'altitude, avant de redescendre en plaine pour y passer l'hiver.

Origines vignette|gauche|Cheval Karabakh d'après une encyclopédie russe de 1911.|alt=Dessin noir et blanc d'un cheval vu de profil. L'origine de tous les chevaux domestiques du monde a été établie dans la steppe pontique (d'après une vaste étude publiée dans Nature en 2021) vers , c'est la lignée DOM2.. Il n'existe pas (en 2025) d'études génétiques spécifiques permettant de retracer les origines du cheval KarabakhD'après résultats de requêtes sur les moteurs Google Scholar et Semantic Scholar effectuées en avril 2025..

Si la plupart des sources occidentales soutiennent que le Karabakh provient de croisements entre chevaux turkmènes et arabes, cette hypothèse est rejetée catégoriquement par certains éleveurs et chercheurs azéris, qui soutiennent qu'au contraire, des se sont approprié les chevaux locaux, qui étaient déjà réputés durant l'Antiquité. Le maître de conférences à l'antenne de Chaki de l'Université pédagogique d'État d'Azerbaïdjan S. T. Feyzullayeva décrit ainsi le Karabakh comme , en lui attribuant une origine néolithique. Diverses sources de presse azérie assurent qu'elle est vieille de plusieurs milliers d'années, l'auteur allemand Jasper Nissen lui donnant d'anciennetéAucune race de chevaux domestique ne peut remonter au néolithique d'après le consensus scientifique établi à la suite d'une publication majeure dans la revue Nature en 2021.. Des éleveurs azéris, dont Khandan Rajabli, revendiquent une origine antique à partir du cheval niséen dont le Karabakh serait une branche dérivée, l'autre branche étant l'Akhal-Teké.. Rajabli fait valoir la description des chevaux niséens dans les Histoires d'HérodoteLa plaine de Nisae se trouve en Médie, sur le territoire de l'actuel Iran, et non sur celui de l'Azerbaïjdan. pour revendiquer la réputation supérieure de ces animaux à l'époque, en citant également des prises de ces chevaux comme butin par les Assyriens.

L'auteur britannique Elwyn Hartley Edwards et l'américain Nicola Jane Swinney font remonter son origine au ; selon l'autrice tchèque Helena Kholová et la britannique Caroline Silver, des chevaux sont élevés dans cette région depuis le . D'après Nur Dolay et S. T. Feyzullayeva, quelques sources arabes du signaleraient des emmenés vers l'Arabie ; Nissen évoque lui aussi des sources arabes qui mentionnent la popularité de cette race de chevaux sous son nom actuel en Perse, en Syrie et en Mésopotamie, mais datées des .

L’historien azéri Farid Alakbarli soutient que les origines de cette race de chevaux remontent à la fin du Moyen Âge. C'est durant le Moyen Âge que des chevaux commencent à être représentés sur les tapis, les armes et la joaillerie créés localement. L'auteur italien Gianni Ravazzi fait remonter son élevage au .

Influences sur le Karabakh Selon les sources occidentales et russes, le Karabakh est nettement influencé par le cheval oriental, notamment l'Arabe, mais aussi par des chevaux perses et turkmènes. L'auteur russe K. Botskarev estime que la souche d'origine est Perse, avec plus tard l'influence des chevaux turkmènes et arabes. L'encyclopédie et le dictionnaire de CAB International (CABI) retiennent des influences très proches, à savoir perses, Turkoman et arabes.

Origines du Karabakh, d'après K. Botskarev et CABI

L'Akhal-Teké lui aurait légué sa robe aux reflets métalliques, et semble, avec le Turkoman, avoir eu lui aussi une influence majeure.. Nissen date ces croisements persans, turkmènes et arabes aux . Il est ensuite croisé avec le cheval du Don, au .

Rayonnement puis partition sous le khanat du Karabagh vignette|Palais des khans du Karabagh à Choucha.|alt=Dessin en noir et blanc montrant plusieurs cavaliers devant un château. Les Séfévides (1501-1736) s'appuient fortement sur la cavalerie. C'est après la chute des Séfévides aux que la race des chevaux Karabakh connaît son âge d'or et prend la forme que l'on lui connaît, lorsque des khanats émergent. Les khanats du Karabagh, de Kouba et de Chaki rivalisent en matière d'élevage chevalin, ces khans et chefs de tribus veillant à obtenir les meilleurs chevaux possibles. La race provient plus précisément du khanat du Karabagh. L'élevage sélectif pour la selle et les courses se développe au , le Karabagh devenant le principal centre d'élevage de chevaux de la Transcaucasie, ce qui permet à ces animaux d'influencer la plupart des races voisines. À cette époque, la race est en vogue et s'exporte en grand nombre, en particulier les chevaux personnels du khan du Karabakh Ibrahim, mais aussi ceux des khans Panah, Mehdigulu, Djafargulu, et plus tard ceux de Khourchidbanou Natavan. Ces chevaux sont achetés jusqu'à 400 ducats par tête par les Persans, les Géorgiens ou les Turcs, et se font connaître dans le monde entier. Les Persans, notamment, utilisent le Karabakh comme cheval de selle sur longue distance. D'après l'historien russe Semyon Bronevsky (1763-1830), .. Le peintre russe Vassili Verechtchaguine témoigne qu'après la mort de Nader Chah, le premier Khan du Karabagh Panah Ali Khan s'est emparé d'une grande partie des écuries du Chah, composées d'un mélange de chevaux arabes et Turkomans, puis a distribué ces animaux dans son khanat.. C'est donc au que sont attestées des influences arabes et turkmènes sur cette race de chevaux.

Des concours sont organisés deux fois par an à Cıdirdüzü (Choucha), des présents coûteux étant offerts aux vainqueurs.

Les Russes prennent la forteresse de Choucha en 1822, tout le khanat du Karabagh passant alors sous le contrôle de Saint-Petersbourg. Avec l'invasion persane du sud du Karabagh, notamment la prise du gouvernorat de Bakou par l'empire perse en 1826, cela entraîne des pertes et une confusion en matière de races de chevaux. Les Perses conduisent des troupeaux reproducteurs vers l'Iran, en tant que butin de guerre. Après la partition de la région entre la Russie et l'Empire perse en 1828, les sujets du sud du Karabagh élevés entre les nouvelles frontières de la Perse sont présentés comme perses ou iraniens, et prennent une orientation d'élevage différente de celle des chevaux élevés dans les frontières russes. Dans la partie du Karabagh annexée par la Russie, cette race de chevaux est désormais revendiquée parmi les . Lors de son voyage militaire à Erzurum en Turquie (1828-1829), Alexandre Pouchkine remarque que les officiers russes montent des chevaux de race Karabakh.

Des années 1830 à 1900 De la Teillais identifie une baisse de qualité du cheptel à partir des années 1830, notamment une perte en taille, en vitesse et en force en raison de mauvais choix d'élevage. Au début des années 1840, les haras des khans du Karabakh ont trois lignées distinctes de chevaux à la robe brun-doré, connue sous le nom de « » (orange, en azéri). Ces trois lignées sont : Maymun / Maymon (plus calmes et endurants) ; Karniyirtig / Garnyyritig (plus élégants, encolure plus longue, moins endurants que les Maymun) ; Elyemetz / Eletmaz (plus grands, plus rapides, plus proches du cheval turkmène).

Il existe également un type , plus massif, puissant et endurant, de couleur ambre avec des crins brun foncé.

En 1866, les autorités russes publient pour la première fois une étude de cette race. Une centaine d'élevages sont alors dénombrés dans la seule région de Choucha.

Haras de Khourchidbanou Natavan

Khourchidbanou Natavan (1832-1897), fille du dernier khan du Karabagh, s'engage activement dans l'élevage grâce à son grand haras situé près de Choucha. Le peintre Verechtchaguine décrit dans son œuvre Voyage dans les provinces du Caucase sa visite des haras de Natavan, un legs de reçu après le décès de son père. Elle expose ses étalons du Karabakh lors de diverses manifestations internationales.