thumb|Un logo de l’Irgoun : un fusil brandi devant une carte des territoires revendiqués par l’organisation : le Mandat du Royaume-Uni avant 1920 correspondant aujourd'hui à Israël (sans le Golan), à la Palestine et à la Jordanie.
L’Irgoun (, « organisation »), de son nom complet Irgoun Zvaï (ou Tzvaï) Leoumi (, « Organisation militaire nationale »), parfois abrégé en I.Z.L., acronyme lui-même lexicalisé en Etzel (), est une organisation terroriste de la droite sioniste en Palestine mandataire, née en 1931 d’une scission de la Haganah, et dirigée à partir de 1943 par Menahem Begin. L'organisation se livre à des combats, y compris sous forme d'attentats sanglants, contre la puissance mandataire britannique et en représailles contre des attaques arabes.
Idéologiquement, elle s’affirme comme proche du parti de la droite nationaliste, le parti révisionniste, surtout à partir de 1937, et a pour objectif la fondation d’un grand État juif sur les deux rives du fleuve Jourdain, sur toute l'étendue du mandat initial donné à la Grande-Bretagne par la Société des Nations en 1920 (territoires actuels de l'État d'Israël, de la Palestine et de la Jordanie).
Après la déclaration d'indépendance de l’État d’Israël par David Ben Gourion le à Tel Aviv, la plupart des éléments de l’I.Z.L. furent intégrés dans l'armée régulière, après l'ordonnance prise par le jeune gouvernement israélien en date du créant Tsahal et devant réunir et intégrer les anciens membres de la Haganah, du Palmach, de l'Irgoun et du Lehi (qui est une scission de l'Irgoun, née à la fin de l'année 1940/1941).
Les anciens membres de l’Irgoun ont majoritairement fondé fin 1948 le parti Hérout (« Liberté »), qui est la matrice de l’actuel Likoud, parti de la droite israélienne.
Formation de la Haganah (1920) thumb|Manifestation antisioniste à la Porte de Damas, à Jérusalem, le .
La Haganah est un groupe d’autodéfense juive formé en 1920 à Jérusalem par des militants sionistes, pour la plupart de tendance laïque et socialiste, à la suite des émeutes anti-sionistes menées par les populations arabes.
Vladimir Jabotinsky, sioniste de droite et futur inspirateur de l’Irgoun, y a joué un certain rôle en organisant des groupes d’auto-défense à JérusalemNeil Caplan, , 1917-1925, Routledge, 1978, pages 57-67.Yaakov_Goldstein, , , 1998, 125 consultable sur google.books., mais ce sont les partis de gauche, en particulier le Hapoel Hatzaïr et le Achdut Ha’avoda, qui prennent la jeune organisation en main. En , la Haganah est placée sous contrôle de la Histadrout, la fédération des syndicats de la gauche sionisteDaniel_Levine, Chap.2 - , 1991, 27-29.. L’organisation s’étend rapidement à l’ensemble du Yichouv (communauté juive au sein de la Palestine mandataire), surtout après les émeutes de 1921.
Assez vite, des militants sionistes intègrent l’organisation. La Haganah et la Histadrout sont ainsi des organisations « unitaires », qui regroupent les différents partis de gauche (en particulier le Hapoel Hatzaïr et le Achdut Ha’avoda).
Les Britanniques ne reconnaissent pas cette structure de défense juive mais ils la tolèrent.
La Haganah organise gardes et patrouilles autour des fermes collectivistes (kibboutz), des fermes coopératives (moshav) et des agglomérations juives, alors que de 1921 à 1929, , et la Haganah est alors peu active.
Scission de la Haganah (1931) thumb|Destructions après les émeutes d’Hébron.
Entre 1929 et 1931, se produit une série d’émeutes nationalistes arabes anti-juives, qui font des dizaines de morts. Ces émeutes ont deux conséquences : la volonté de faire de la Haganah l’organisation commune du Yichouv, mais aussi sa scission.
Unité Les émeutes font d’abord ressortir le besoin pour le Yichouv d’avoir une organisation de défense commune, qui ne soit pas seulement l'émanation des partis de gauche. La Haganah ne peut donc plus être seulement l’émanation de la Histadrout.
Après deux années de négociations entre partis, la direction de la Haganah passe en 1931 de la Histadrout à l’Agence juive (exécutif sioniste en Palestine). L’Agence juive est en effet une organisation officiellement non-partisane, regroupant gauche et droite. Mais comme elle est dominée par la gauche, la droite a exigé un droit de regard. Un comité paritaire est donc créé. C’est l’organe de supervision politique de la Haganah, constitué à parts égales de six membres politiques : trois représentant la « gauche » (dont Eliyahou Golomb et Dov Hoz) et trois représentant la « droite » (dont Saadya Shoshani et Yissaschar Sidkov).
Mais ce changement et ce paritarisme sont plus symboliques que pratiques : les mêmes hommes, plutôt à gauche, restent aux commandes. La direction de gauche, socialiste qui tenait la Histadrout, a en effet fusionné au sein du Mapaï, en 1930. Le Mapaï a alors pris la direction de l’Agence juive et de l’Organisation sioniste mondiale, en alliance avec les centristes libéraux (sionistes généraux). David Ben Gourion a dirigé la Histadrut de 1921 à 1935 (et donc la Haganah jusqu’en 1931). C’est lui qui prend la direction de l’Agence juive de 1935 à 1948 et, par voie de conséquence, de la Haganah.
Scission thumb|upright|Avraham Tehomi, créateur et dirigeant de l’Irgoun, de 1931 à 1937. Les émeutes arabes de 1929 provoquent des divergences au sein de la Haganah. Yosef Hecht, chef de la Haganah, est limogé par David Ben Gourion, responsable de la Histadrout, l’autorité de tutelle de la Haganah, et ce malgré le soutien de ses officiers, parmi lesquels Avraham TehomiMarius Schatner, Histoire de la droite israélienne, 1991, éditions complexe, page 151 à 153., à l’époque commandant adjoint du district de Jérusalem.
Après les émeutes, toujours en 1929, Avraham Tehomi est nommé commandant de la zone de Jérusalem, mais la tension augmente entre bon nombre d’officiers de la Haganah et les politiques de la Histadrout. Beaucoup considèrent en effet qu’ils sont « bridés » par les consignes politiques restrictives.
La Haganah avait en effet développé, largement à la demande de la Histadrout, une doctrine d’utilisation de la force armée, baptisée la Havlaga (« retenue »)Sur la présentation qu’en fait un ancien responsable de l’Irgoun, Yehouda Lapidot, voir (« retenue et représailles »). : pour la défense, lors d’une attaque arabe ; pour des représailles, mais ciblées sur d’anciens attaquants identifiés.
Bien souvent, les attaquants ne pouvaient être identifiés, et un courant est apparu au sein de l’organisation, prônant des représailles contre les populations « soutenant » les attaquants, c’est-à-dire potentiellement contre tout Arabe palestinien. « Contrairement à l’esprit pacifiste qui — ostensiblement — prévalait au sein de la communauté juive en Palestine et influençait le climat de la Haganah à l’époque, ce groupe était imprégné d’un fort esprit "militariste" »Toldot Hahaganah, (Histoire de la Haganah), volume 2, 426..
En plus des divergences tactiques, l'élément responsable de la scission fut la suspension d'Avraham Tehomi après des attaques de celui-ci en contre les « Jésuites socialistes anglais, qui manifestent la plus vive sympathie pour les « malheurs » des Arabes, mais ferment les yeux devant les saloperies dont ils se rendent coupables aux Indes, en Égypte et en d’autres pays ». Ces mots sont interprétés comme une attaque en règle contre le socialisme en général et le mouvement ouvrier juif en particulierMarius Schatner, Histoire de la droite israélienne, Éditions Complexe, 1991, 153., lequel dirige à l’époque la Haganah à travers la Histadrout.
« Avraham Tehomi fut suspendu. En (année du passage de la Haganah sous le contrôle de l’Agence juive), après de longues tractations, lui et dix-neuf officiers qui s’étaient solidarisés avec lui, remirent leur démission. Autour de ce noyau, il fonda quelques semaines plus tard » une nouvelle organisation.
Celle-ci prit le nom de Haganah Beth (), avant de se renommer « Haganah Le'umit » (« Haganah nationale »). Rapidement, un autre nom commença à être utilisé : Irgoun Zvaï Leoumi (« Organisation militaire nationale »), parfois Irgoun Beth (« organisation B »). L'appellation Irgoun Zvaï Leoumi est exclusivement utilisée à partir d'.
En pratique, le refus de la Havlagah n’a guère de conséquences, les attaques arabes s’étant arrêtées avant la scission. Mais la Haganah n’est désormais plus la seule structure de défense en lice dans le camp sioniste.
La « Haganah nationale » ou Irgoun n’est pas officiellement une organisation de droite, mais les sympathisants du Parti révisionniste (le parti de la droite sioniste) y sont nombreux. Vladimir Jabotinsky, leur chef, entre d’ailleurs au « Comité de tutelle » (un comité de supervision politique) de la nouvelle organisation en 1933, au côté des sionistes religieux du Mizrahi , des sionistes généraux (centristes) et du petit « Parti de l’État juif ». À cette date, Vladiùmir Jabotinsky est encore très réticent, et a beaucoup hésité à soutenir la « Haganah nationale », préférant voir les Britanniques soutenir l’intégration de forces juives au sein de l’armée britannique ou de la police mandataire, pour en faire un rempart contre les Arabes palestiniens.
La Haganah, qui est certes dirigée et dominée par la gauche, n’est cependant pas une organisation recrutant seulement à gauche car des militants de droite et surtout du centre (sionistes généraux) y sont restés.
La nouvelle organisation est au départ peu importante, très concentrée à Jérusalem, l’ancienne zone contrôlée par Avraham Tehomi. « Les personnalités dominantes ont été David Raziel, Avraham Stern, Hillel Kook et Hayim Shalom Halevi. Au fil des ans, les rangs de l’Irgoun se sont accrus avec l’arrivée de nouvelles jeunes recrues, en particulier du mouvement de jeunesse Betar, mais aussi du Maccabi, une organisation sportive non partisane. De nouvelles branches ont été mises en place dans tout le pays (Tel-Aviv, Haïfa et Safed), et l’Irgoun est devenu un mouvement national »Yehuda Lapidot, ancien responsable de l’Irgoun, ..
Grande Révolte arabe (1935-1939) thumb|upright|Orde Charles Wingate.
thumb|left|Bus juif protégé avec des grillages contre les jets de pierres ou de grenades.La Haganah nationale, ou Irgoun a une faible activité de 1931 à 1935, du fait de l’absence de conflit ouvert avec la population et les militants nationalistes arabes palestiniens. En 1933, elle est estimée à « , pour la plupart des jeunes sans expérience militaire, souvent obligés de s’entraîner avec des armes en bois »Histoire de la droite israélienne, 1991, 153.. Par ailleurs, « la Histadrout a boycotté les membres de l’Irgoun, qui étaient [souvent] employés dans la construction ou l’établissement de routes, et les a empêché de trouver un emploi »Yehuda Lapidot, ancien dirigeant de l’Irgoun, dans , sur le site jewish virtual library.org..
Mais de la fin 1935 à 1939, les Arabes palestiniens se révoltent contre la puissance mandataire britannique et l’implantation sioniste (la population juive est passée de en 1918 à en 1931 et environ en 1936). Plusieurs centaines de Juifs sont tués au cours de la période.
Ce soulèvement a trois conséquences majeures pour les organisations armées :thumb|upright|Deux Ghaffir (police auxiliaire juive), membres du Notrim.