Le Goéland argenté (Larus argentatus) est une espèce d'oiseaux marins Charadriiformes de la famille des Laridae. C'est un goéland de taille moyenne, blanc à dos gris, il est génétiquement proche des autres goélands à tête blanche du genre Larus. Mâle et femelle sont presque identiques, mais le juvénile possède un plumage très différent et met quatre ans à acquérir son plumage d'adulte.
La taxonomie du Goéland argenté, très complexe, a subi depuis la fin du des modifications importantes qui sont encore en discussion. Notamment, le Goéland hudsonien (Larus smithsonianus) vivant en Amérique du Nord, et le Goéland de la Véga (Larus vegae), asiatique, ont été séparés du Goéland argenté européen, ou Goéland argenté sensu stricto, depuis le début du .
Bon voilier et bon marcheur, le Goéland argenté est un omnivore opportuniste à tendance carnivore, qui n'hésite pas à devenir charognard, ou à pratiquer le cleptoparasitisme, voire le cannibalisme. Oiseau sociable, il niche en colonie et produit chaque année deux ou trois oisillons qui, s'ils parviennent à l'âge adulte, auront une probabilité de survie particulièrement élevée.
Les populations de Goélands argentés ont connu une forte augmentation tout au long du . Cela a eu pour conséquence des heurts avec l'espèce humaine au niveau local, ou un impact négatif sur l'environnement, suscitant des opérations de régulation à l'échelle locale ou régionale. En dépit d'une stabilisation des effectifs au cours des dernières décennies, voire de déclins dans certaines régions, le Goéland argenté reste un oiseau de mer très commun sur les côtes de France et de la plupart des pays de l'Europe de l'Ouest.
Description morphologique
Aspect de l'adulte Cet oiseau essentiellement blanc et gris a un corps assez puissant, et relativement court par rapport à la longueur de ses ailes. Tout comme de nombreux genres d'oiseaux de mer, aptes à planer aussi bien au ras de l'eau qu'en altitude, il a une envergure importante et des ailes étroites. Les pattes courtes, le bec comprimé latéralement, avec l'arête de la mandibule supérieure courbe, dénotent un oiseau de la famille des LaridésLaridés : famille d'oiseaux marins, côtiers ou fréquentant les eaux continentales (goélands, mouettes…).. La corpulence, la longueur égale des plumes de la queue (rectrices), le bec fort et légèrement crochu au bout ainsi que le motif des couleurs sur les rémiges primaires sont caractéristiques du genre Larus. La couleur gris moyen du dos, la couleur blanc pur de la tête, du cou, de la gorge et de la face inférieure, l'arête de la mandibule inférieure faisant un angle marqué, ainsi que les marques noires et blanches à l'extrémité de chaque aile, constituent des éléments caractéristiques de l'espèce. Le bec est jaune et présente une tache rouge sur la mandibule inférieure. La couleur des pattes palmées est rose chair.. L'iris de l'œil est jaune pâle.
Le ton de gris du dos et l'importance des marques blanches et noires à la pointe des ailes, c'est-à-dire à l'extrémité des rémiges primairesLes rémiges primaires sont de grandes plumes rigides formant la pointe de l'aile ; plumes de vol, elles accroissent la surface portante de l'aile. La première, rudimentaire, n'est pas prise en compte et la numérotation se rapporte ici à ce qui est effectivement visible. sont variables selon les sous-espèces.
Le plumage d'hiver se met en place par une mue complète se déroulant entre mai et octobre. Il se caractérise par des stries longitudinales brun-gris sur la tête et la nuque. Cette modification du plumage est accompagnée d'une très légère modification de la couleur du bec et des pattes, qui deviennent un peu plus ternes. Ces stries disparaissent après une mue partielle qui se déroule entre janvier et avril, pour faire de nouveau place au plumage nuptial. ; le bec et les pattes reprennent alors des couleurs plus vives.
Il n'y a pas de différence de plumage entre mâles et femelles, mais ces dernières sont généralement de dimensions plus réduites.. Le Goéland argenté mesure entre de longueur pour une envergure de , et pour un poids variant de .. L'aile pliéeL'« aile pliée » est une mesure standard de la taille des oiseaux. Elle consiste à plier l'aile latéralement au corps de l'oiseau, à en appliquer la face inférieure sur un réglet et à mesurer la distance entre le poignet et l'extrémité de la rémige la plus longue en réduisant toutes les courbures des plumes. mesure entre chez le mâle, et entre chez la femelle. La longueur de la queue varie de , celle du bec de et celle du tarse entre .
Du plumage juvénile au plumage adulte
Il faut plus de quatre ans au Goéland argenté pour acquérir son plumage adulte. Il doit pour cela passer par plusieurs plumages et plusieurs mues :
Le plumage juvénile remplace le duvet de l'oisillon et se met en place avant même le premier envol. Ce plumage est couvert de taches et mouchetures ressemblant à des écailles brunes, particulièrement au niveau de la tête, du cou et de la poitrine, ce qui confère à l'oiseau un aspect nettement plus sombre et brun que celui de l'adulte. Le bec est noir et l'iris de l'œil brun foncé. Ces premières plumes sont de qualité médiocre, l'essentiel de la dépense énergétique étant destiné à la croissance du jeune goéland. Elles sont par conséquent particulièrement sensibles à l'usure et à la dégradation par les ultraviolets, et ont tendance à pâlir et ternir au cours du temps. À partir de ce stade, les jeunes, sont appelés « grisards », plumage commun à quelques nuances près, aux différentes espèces de goélands à tête blanche, ce qui les rend souvent difficiles à distinguer.
Au cours du premier hiver, les plumes du manteau subissent une première mue, mais le plumage reste marqué de brun. Quelques plumes plus pâles commencent à apparaître sur la tête, le cou et la poitrine, le plumage étant ainsi plus sombre en automne qu'en fin d'hiver. La base du bec commence à rosir.
Lors du deuxième hiver, les rémiges primaires muent pour la première fois. Ce phénomène achève la première mue complète du plumage, débutée au cours de l'été. La tête, le cou et la poitrine, bien que plus clairs, peuvent chez certains individus encore être fortement striés de brun. Plusieurs plumes du manteau sont teintées du gris du plumage adulte, en nombre variable selon les individus de cet âge. Le bec est beaucoup plus rose désormais, mais son extrémité est encore tachée de noir. L'iris commence parfois à s'éclaircir et à prendre la couleur jaune.
Le plumage de troisième hiver subit une nouvelle mue complète : les rémiges primaires acquièrent des marques blanches, et la majorité des plumes du manteau et les couvertures alaires deviennent grises. Les rectrices sont partiellement blanches, terminées d'une bande de couleur brun-noir. La tête, le cou et la poitrine sont désormais presque blancs mais restent plus ou moins striés de traits bruns. L'iris est devenu jaune, parfois encore ponctué de sombre. Des taches noires persistent sur le bec, qui commence à jaunir.
Au cours du quatrième hiver, une nouvelle mue complète fait apparaître un plumage quasiment identique à celui d'un adulte. Le dos est alors gris, la tête, le cou et la poitrine sont blancs, le bec jaune et une tache dans un premier temps orangée apparaît près de l'extrémité de la mandibule inférieure. Un bec terne ou marqué de quelques taches noires, ou encore quelques stries brunes persistant même en été sur la tête ou le cou trahissent souvent la jeunesse d'un adulte.
Espèces similaires Le Goéland argenté fait partie d'un complexe d'espèces récemment considérées comme distinctes sur la base d'études de génétique moléculaire, mais dont l'apparence est très semblable à celle du Goéland argenté . Les critères d'identification dans la nature portent généralement sur la couleur des pattes (roses ou jaunes selon les cas) et la teinte du manteau ; par ailleurs, les aires de répartition sont généralement bien distinctes. Le Goéland de la Véga, qui vit en Sibérie, a un manteau un peu plus sombre. En hiver, la tête est davantage tachée de brun, notamment la nuque et les côtés du cou, où les taches forment une sorte de collier. Les pattes sont d'un rose plus intense et les yeux, entourés d'un cercle de peau plus rouge, peuvent être de couleur variable ; on note par exemple un nombre important d'yeux sombres. Le Goéland hudsonien, qui vit en Amérique du Nord, est un peu plus grand que la sous-espèce L. a. argenteus, et moins sombre que L. a. argentatus. Il a de plus une tache allongée grise sur les , et primaires, ainsi que des marques noires sans point blanc sur les et .
De toutes ces espèces extrêmement proches, le Goéland leucophée (Larus michahellis) , dont l'aire de répartition est en cours d'extension vers le nord jusqu'au sud des îles Britanniques, est le plus susceptible d'être confondu, en Europe, avec le Goéland argenté. Il ne se distingue de ce dernier que par ses pattes jaunes plutôt que roses et par un dos d'un gris un peu plus soutenu.
Dans le groupe des goélands à tête blanche, et de taille voisine, les goélands bourgmestre (Larus hyperboreus) et arctique (Larus Larus glaucoides) peuvent aussi être confondus avec le Goéland argenté ; ils ne possèdent toutefois pas de marques noires au bout des ailes. Le juvénile du Goéland brun (Larus fuscus) est presque identique à celui du Goéland argenté, mais ce dernier présente en vol une zone plus pâle sur l'aile, absente chez le jeune Goéland brun. De parenté moins proche, mais appartenant au même genre, le Goéland cendré (Larus canus) peut lui aussi être confondu avec le Goéland argenté, mais il a les yeux noirs et non jaunes, les pattes jaune-verdâtre et non roses, il est plus petit et son bec ne porte pas de tache rouge visible.
Comportement Vol vignette|gauche|upright=0.9|Adulte en vol. Cet oiseau survole le littoral en vol plané, ailes étendues et tenues légèrement arquées, queue étalée. Le vol battu est puissant, aux battements soutenus. La vitesse moyenne de vol est d'environ .
Le Goéland argenté recherche souvent sa nourriture en marchant ou parfois en courant. Sa démarche est aisée, à peine dandinée, ses pas sont amples et ses enjambées font plus de de longueur.
Il est par contre un assez piètre nageur pour un oiseau de mer : il se contente le plus souvent de flotter ou nager en surface. Il ne plonge guère à la poursuite de ses proies, même s'il est capable de s'immerger partiellement pour saisir des proies situées à faible profondeur.
Alimentation Régime alimentaire Le Goéland argenté est une espèce opportuniste qui consomme aussi bien du poisson que des invertébrés marins (mollusques, crustacés, polychètes, échinodermes…).. Il consomme aussi des animaux capturés sur le continent, tels que des insectes et des vers de terre, des œufs d'oiseaux ou des poussins, et même de petits mammifères. Le goéland argenté exerce une forte pression de prédation sur les autres oiseaux de mer, notamment sur ceux nichant en colonie tels que les guillemots, sternes ou macareux, ainsi que sur d'autres espèces d'oiseaux (canards, limicoles…) qui nichent à proximité. Il n'hésite pas non plus à attraper un œuf ou un oisillon d'un autre goéland, y compris de son espèce, s'ils sont laissés sans surveillance. Sur certaines îles de la Frise orientale, comme Spiekeroog, ce sont jusqu'à sur 10 qui sont victimes de cannibalisme. Ce taux de cannibalisme élevé peut être induit par des conditions particulières, notamment un stress alimentaire, le taux augmentant lorsque les températures de surface des eaux augmentent (ce qui diminue la productivité primaire et conduit au déplacement des poissons vers des eaux plus profondes).. Mais il peut aussi être charognard ou se nourrir de déchets de poisson rejetés en mer par les bateaux de pêche, ou encore d'ordures récoltées dans les décharges publiques, voire à la sortie des égouts. Il se nourrit aussi de produits végétaux, comme des baies, des tubercules (par exemple des navets) ou des graines..