La mort de Richard Cœur de Lion, survenue le au siège de Châlus-Chabrol dans le Limousin, est un thème littéraire qui a été exploité par divers auteursEt parfois de façon tout à fait inattendue ! Voir par exemple l'exercice numéro 37 de ce test..

En dehors des ouvrages purement historiques, la mort de Richard Cœur de Lion est un thème récurrent que l'on retrouve dans la plupart des romans qui font référence à la vie du roi-chevalier. Ainsi, le siège de Châlus par Richard Cœur de Lion a-t-il fourni à Walter Scott dans Ivanhoé le canevas du siège du château de Front-de-Bœuf.

Dans le roman Celui qui revenait de loin de la série Les conquérants de l'impossible, l'auteur Philippe Ebly situe une partie de l'action au moment de la mort de Richard Cœur de Lion au château de Châlus. Un des héros du roman et de ceux qui suivent dans la série est le jeune Thibault, duc de Châlus.

De même, par deux fois, en 1976 et 2010, le cinéma hollywoodien évoque la mort de l'emblématique roi d'Angleterre : le film La Rose et la Flèche (1976), avec Sean Connery et Audrey Hepburn, ainsi que le Robin Hood de Ridley Scott, qui fit l'ouverture du festival de Cannes en 2010, s'ouvrent sur la mort de Richard au siège de Châlus.

Chroniques et travaux historiques La mort de Richard se retrouve dans neuf chroniques médiévales contemporaines de l'événement. Il s'agit des chroniques de Rigord, moine à l’abbaye royale de Saint-Denis, de Guillaume le Breton (chapelain de Philippe-Auguste), de Roger de Hoveden (décédé en 1201), de Raoul de Coggeshall, (moine cistercien de Coggesthall en Essex), de Raoul de Diceto, (ou Ralph de Dicé, chronique rédigée avant 1202), de Guillaume le Maréchal (Histoire rédigée vers 1220, d’après ses propres souvenirs), de Roger de Wendover (rédaction vers 1230, d’après des chroniques antérieures), de Gervais de Cantorbéry, d'Adam d’Eynsham et de Bernard Itier (sous-bibliothécaire en 1189, puis bibliothécaire en 1204 de l’abbaye Saint-Martial de Limoges).

Il faut y ajouter la chronique de Matthieu Paris, écrite quelques années après 1230.

Quatre siècles plus tard, en 1657, P. Labbe publie la Chronique de Geoffroy de Vigeois (), tirée d’un manuscrit du Château de LastoursGeoffroy de Vigeois, Chronica Gaufredi, éd. Ph. Labbe, in Novae bibliothecae manuscriptorum librorum, t. II, Paris, 1657..

L'utilisation de ces chroniques reste délicate. Les chroniqueurs, consciemment ou inconsciemment, ne sont pour ainsi dire jamais neutres. Rigord est moine de l'abbaye royale de Saint-Denis. Son récit reflète un point de vue capétien, hostile au roi d'Angleterre. Quant à Guillaume Le Breton, qui utilise le récit de Rigord, il est le chapelain de Philippe-Auguste.

Ces chroniques, sorties de leur contexte, souvent retranscrites partiellement, ont servi de base à une multitude d'auteurs, voire de fabulateurs.

Les historiens professionnels auront beaucoup de mal à faire le tri et c'est ainsi que de multiples légendes vont voir le jour et se retrouvent, aujourd'hui encore, dans de nombreuses publications. Internet s'en fait désormais une caisse de résonanceLes légendes relatives à la mort de Richard foisonnent sur le Web (exemple)..

En 1885, l'abbé François Arbellot reprend le travail de recherche historique dans « La vérité sur la mort de Richard Cœur de Lion », publiée dans le Bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin (t. XXVI, 1878) et reprise en 1885 sous le nom de « Mort de Richard Cœur de Lion » dans Récits de l’histoire du Limousin.

Mais il faut attendre le livre The Unromantic Death of Richard I de l’historien britannique John Gillingham, édité en 1978, et plus encore la parution d’un article en 1979 pour que cessent de circuler les légendes sur la raison de la venue de Richard à Châlus, sur le château d'où fut tirée la flèche qui le blessa mortellement, sur l'identité de l'auteur du tir, sur le lieu exact de sa mort et sur le lieu où repose son corps.

Dès la seconde moitié du , les historiens châlusiens, dont Paul Patier fut le chef de file avec Gabriel Fontanille, relayés par Les Amis du Vieux Châlus (les A.V.C) puis par l’association Histoire et Archéologie du Pays de Châlus (Dr Roger Boudrie, Andrée Delage, Jean-Claude Rouffy, etc.) confirment par leur approche locale l'essentiel des thèses d'Arbellot, tout comme Maurice Robert.

Jean Flori dans son Richard Cœur de Lion réalise la synthèse des travaux et recherches antérieures.

Les événements de mars et avril 1199 à Châlus Raisons de la venue de Richard en Limousin

center|thumb|alt=Mort de Richard Cœur de Lion|La France avant la mort de Richard Cœur de Lion.

En , Richard se trouve devant Châlus-Chabrol où il a rejoint Mercadier au siège de ce château appartenant au vicomte Adémar (Aimar) V de Limoges. Richard vient dans cette région du Limousin en suzerain afin de mater ses vassaux félons, notamment Adémar de Limoges et Aymar Taillefer, comte d'Angoulême, conformément au droit féodal. Le but principal de cette campagne est bel et bien d'ordre politique. Bien avant le siège de Châlus, Richard était déjà venu en Limousin châtier le vicomte de Limoges, rallié au roi de France en pleine période de guerre. Raoul de Coggeshall relate de manière très précise les raisons majeures de la venue du roi dans la région : « À cette occasion , le roi Richard trouva opportun de mener, pendant le carême, son armée contre le vicomte de Limoges ; celui-ci, tandis que les deux rois étaient en guerre, s'était révolté contre lui, le roi, son seigneur et avait conclu un traité d'alliance avec le roi Philippe. »

Une raison secondaire avancée par des chroniqueurs acquis à la cause du roi de France ou hostiles à Richard, tente de rajouter un motif que le médiéviste Jean Flori juge « rocambolesque » : L'existence d'un trésor découvert par un paysan ou un chevalier et que le vicomte de Limoges aurait caché au château de Châlus. Cette thèse, qui est désormais considérée comme dépassée et n'est pas retenue par Martin Aurell, Jean Flori ou J. Gillingham, voulait faire la preuve de la cupidité et de la futilité du roi Richard. Le moine français Rigord, qui rédige son récit vers 1206, se montre partial envers le roi d'Angleterre : « Poussé par son extrême ambition, le roi exigeait que ce trésor lui soit livré. » Coggeshall, concernant l'existence de ce trésor, souligne à plusieurs reprises qu'il n'est pas certain de ce qu'il avance. Il ne fait que rapporter un ouï-dire.

Circonstances de la mort de Richard thumb|Mort de Richard Cœur de Lion à Châlus. La bataille de Châlus se résume très rapidement au siège du donjon de Châlus-Chabrol (commune de Châlus, Haute-Vienne) par Mercadier. La petite garnison en place, dirigée par deux chevaliers limousins, Pierre Brun, seigneur de Montbrun et Pierre Basile, n'est composée, femmes et enfants compris, que de 38 personnes. Elle n'a donc pas les moyens de défendre les autres ouvrages et, face aux hommes de Mercadier, elle se réfugie dans le donjon.

Pendant quatre jours la troupe de Mercadier tente de saper cette forte tour. Arrivé un peu après le début du siège, Richard vient constater l'avancement des opérations. Le C'est-à-dire le 7 des Calendes d'avril, selon l'historien anglais Raoul de Diceto, mort en 1210, dans son Imagines Historiarum., il applaudit le chevalier Basile qui se tient tout en haut du donjon et qui, à l'aide d'une poêle, écarte les flèches qui lui sont adressées. Richard revient au pied du donjon en début de soirée. C'est alors que Pierre Basile réapparaît aux créneaux du donjon et prend pour cible le groupe dans lequel se trouve Richard, ne sachant vraisemblablement pas que le duc d'Aquitaine, également roi d'Angleterre, est personnellement présent.

Afin de se protéger du tir, Richard, qui ne porte que son casque, se penche vers son écuyer pour s'abriter derrière son écu mais le carreau d'arbalète vient se ficher dans le haut de son épaule gauche, à la base de son cou. S'il était resté droit la flèche aurait probablement transpercé le cœur. Richard arrache la flèche et rejoint son campement. Son corps étant déjà affaibli par un bel embonpoint, la blessure, mal traitée tant par Richard que par le chirurgien de Mercadier, est gagnée par la gangrène et provoque à la suite une septicémie. Apprenant l'identité du blessé ou sa mort prochaine, les assiégés décident de se rendre. Richard meurt le ., vraisemblablement dans la pièce principale du corps de logis du château, dans un lit dressé face à la cheminée. Voyant sa mort venir, il prend le temps de dicter ses dernières volontés.

Sa mère, Aliénor d'Aquitaine, accourue de Fontevraud, est présente à ses côtés pour recevoir son dernier souffle. Elle l'atteste elle-même dans une charte de donation rédigée en faveur du monastère de Turpenay :

Sont également présents à Châlus pour assister aux derniers instants de Richard, les évêques de Poitiers et d'Angers, l'évêque Hugues de Lincoln, l'abbé Pierre Milon (ou Million) de l'Abbaye du Pin, aumônier de Richard et Luc, abbé de Turpenay.

L'auteur du tir right|thumb|Carte postale mentionnant Bertrand de Gourdon. Les chroniques médiévales sont assez imprécises sur le nom du tireur.

Guillaume le Breton, dans son récit épique la Philippide, nomme « Guy » l'arbalétrier « confiant au Destin son trait vengeur ». Son récit romancé ne peut être retenu comme source historique fiable. Pas plus que son second récit de type mythologique, éloge dithyrambique de Philippe Auguste, où l'on voit un certain Dudon délivrer la flèche mortelle.

Gervais de Cantorbéry donne au meurtrier le nom d'un certain « Jean Sabraz » mais situe son action au château de Nontron.

Pour Roger de Hoveden, il s'agit de « Bertrand de Gourdon ». Hoveden situe bien son action au château de Châlus mais précise que Mercadier fait mettre Bertrand de Gourdon en prison à l'insu de Richard et, après la mort de celui-ci, le fait écorcher vif. Cette version est contredite par les recherches historiques : Bertrand de Gourdon participe en 1209 à la croisade contre les AlbigeoisGuillaume de Tudèle, Chanson de la croisade albigeoise, édition et traduction E. Matin-Chabot, Paris, 1960, t. I, p. 40. et au siège de Toulouse en 1218, rend un hommage-lige à Louis VIII en 1226 et à saint Louis en 1227.

Les historiens s'accordent sur le nom de Pierre Basile. Celui-ci a l'avantage d'être un chevalier de petite noblesse locale, possessionné sur le territoire de Firbeix, ce qui justifie sa présence au château de Châlus, aux côtés de Pierre Brun, seigneur de Montbrun, lors de l'arrivée des routiers de Mercadier.

De plus, comme le signale Hercule Géraud, Pierre Basile est

Le « Limousin anonyme » mentionné par Hercule Géraud est désormais identifié : il s'agit de Bernard Itier.. Moine de Saint-Martial, Bernard Itier est l'un des rares chroniqueurs contemporains de la mort de Richard. Vivant à Limoges, à de Châlus, il est le plus proche rapporteur des évènements. Considéré comme l'un des chroniqueurs les plus fiables, il cite Pierre Basile comme l'auteur du trait d'arbalète qui blessa mortellement le roi d'Angleterre, duc d'AquitaineBernard Itier, Chronique, éd. et traduction J-L. Lemaître, Paris, 1998)..

Il semble tout à fait probable que Richard ait pardonné à l'auteur du tir d'arbalète. Cela correspond au personnage et est notifié dans de nombreuses chroniques. Il est tout autant vraisemblable que Mercadier, qui vouait une fidélité sans faille à Richard, n'ait pas approuvé ce pardon. A-t-il cependant osé aller contre la volonté de Richard ? Probablement pas : les recherches historiques laissent imaginer qu'après son « exploit », Pierre Basile vécut assez longtemps, vraisemblablement jusqu'à quelques années avant 1239.

Les lieux Ville de la mort de Richard Nontron, Chinon et quelques autres cités ont, un moment, revendiqué la mort de Richard.