Dominique Vivant, baron Denon, dit Vivant Denon ou Dominique-Vivant Denon, né le à Chalon-sur-Saône et mort le à Paris, est un graveur, écrivain, diplomate et administrateur français.

Il fait partie de l'équipe de savants qui accompagne Bonaparte lors de l'expédition d'Égypte en 1798. Au cours de celle-ci, il parcourt la Haute-Égypte et réalise de nombreux dessins des monuments et ruines rencontrés.

À son retour en France, il publie Voyage dans la Haute et Basse Égypte, un récit de ses déplacements en Égypte, qui joua un rôle majeur dans le développement de l'égyptomanie auprès du grand public.

Nommé directeur général des musées par Napoléon en 1802, il s'illustre dans l'organisation du musée du Louvre. Il réorganise notamment la Grande Galerie et enrichit les collections afin de transformer le musée en instrument pédagogique à destination du grand public.

À ce titre, il est considéré aujourd'hui comme un grand précurseur de la muséologie, de l'histoire de l'art et de l'égyptologie.

Biographie Dominique VivantVivant est un prénom courant en Bourgogne jusqu'au ., baron Denon, issu de la noblesse provinciale, est né à Chalon-sur-Saône, le .. dans la maison familiale (Hôtel Denon) et mort à Paris, 7 quai Voltaire, le ..

vignette|gauche|Augustin de Saint-Aubin : Vivant Denon (1768). Arrivé à Paris en 1764, Dominique Vivant est destiné à la magistrature par sa famille, mais il n'étudie la jurisprudence qu'à contre-cœur. Il fréquente la faculté de droit de Paris, tout en s'initiant, auprès de Noël Hallé, au dessin et à la gravure. Dans cet atelier, il rencontre les frères de Saint-Aubin, Augustin et Gabriel. En 1768, Augustin fait son portrait. Dominique Vivant finit par renoncer à la magistrature et se tourne définitivement vers les arts, en particulier vers le dessin, pour lequel il a des dispositions.

Introduit en 1768 à la Cour, comme gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, et familier des salons parisiens, son physique avantageux, la vivacité de son esprit et l'élégance de ses manières font de lui un courtisan à succès. Il parvient à faire jouer une pièce de sa composition : Julie, ou le Bon Père. à la Comédie-Française en 1769, mais qui est un échec.

La même année, il s'initie à la gravure avec le peintre-graveur Noël Hallé, puis travaille dans l'atelier du peintre François Boucher..

Admis auprès de , il est chargé par le roi de la direction du cabinet de pierres gravées de madame de Pompadour, et nommé secrétaire d’ambassade à Saint-Pétersbourg, puis en Suède. À l'avènement de en 1774, il est muté en Suisse.

En 1775, le ministre des Affaires étrangères Charles Gravier de Vergennes lui confie une mission secrète en Suisse, que Denon remplit avec habileté. Il profite du voyage pour rendre visite à Voltaire à Ferney et dessine, avec l'accord de son hôte., le Déjeuner de Ferney (), puis son portrait. Les dessins sont diffusés ensuite par la gravure. Le réalisme exaspère Voltaire, qui est fort mécontent du portrait que Vivant Denon dresse de lui en « singe estropié » et le fait savoir par une correspondance nourrie.

Dans le Déjeuner de Ferney, on voit Voltaire, assis dans son lit, et de gauche à droite : le Père Adam, Jean-Benjamin de La Borde, sa nièce Marie-Louise Mignot dite madame Denis et une servante. On remarque, accrochée au mur, une estampe intitulée La Famille de Calas.

En 1777, Vivant Denon écrit Point de lendemain, un conte qui devient emblématique de la littérature libertine. Une seconde version est publiée par lui en 1812. Le conte inspirera en 1890 une pièce de théâtre, Point de lendemain de Paul Hervieu et le film Les Amants de Louis Malle. Le livre est encore édité de nos jours.

Franc-maçon, Denon a été initié dans la loge « La Parfaite Réunion » du Grand Orient de France à ParisÉric Giacometti - Jacques Ravenne, Le symbole retrouvé, Paris, 2011, ..

Le voyageur vignette|gauche|redresse|Emma Hamilton dans le rôle de Diane. En 1778, il est nommé secrétaire d'ambassade, puis chargé d'affaires de France auprès du roi des Deux-Siciles. Vivant Denon séjourne en Italie pendant sept ans. Il commence alors à étudier les monuments anciens, à voyager et à produire des dessins et des gravures.

Denon rencontre à Naples Jean-Claude Richard de Saint-Non, qui est en train de rédiger son Voyage pittoresque ou Description des royaumes de Naples et de Sicile en cinq tomes...... Denon propose un certain nombre de ses propres dessins et descriptions de ses voyages en Sicile, mais à condition que son nom n'apparaisse pas, sans doute en raison de sa situation diplomatique à l'ambassade.. En 1788, Denon publie sous le nom « De Non » son Voyage en Sicile et à Malte..

À Naples, il fréquente les salons, en particulier celui de lady Hamilton, épouse de l'ambassadeur d'Angleterre Sir William Hamilton et maîtresse de l'amiral Nelson.

Ayant déplu à Marie-Caroline d'Autriche, reine de Naples et de Sicile, et à son ministre anglais John Acton, il donne sa démission en 1782. Il séjourne à Rome, à Florence, à Venise, où il travaille activement à la reproduction à l'eau-forte des dessins des maîtres et des portraits des peintres de la galerie des Offices.

En 1783, il est admis à l'Académie du dessin de Florence.

De cette époque aussi datent une foule de portraits des personnalités avec lesquelles il est en relation en Italie, surtout ceux qui fréquentent le célèbre salon de la comtesse Albrizzi., avec qui il gardera une relation épistolaire jusqu'à sa mort.

De retour à Paris en 1785, il est élu en 1787 membre de l'Académie royale de peinture et de sculpture, comme « artiste de divers talents » après la présentation de la gravure Adoration des bergers d'après Luca Giordano.

En 1788, pour fuir la Révolution, Denon se réfugie à Venise. Il est reçu en 1789 à l'Académie des beaux-arts de Bologne, puis élu en 1791 accademico d'onore à l'Académie des beaux-arts de Venise.

Il revient à Paris en 1793, en pleine Terreur, pour éviter la confiscation de ses biens. Il doit sa radiation de la liste des émigrés à l'intervention de son ami le peintre Jacques-Louis David. Pour lui complaire, il grave le Serment du Jeu de paume, une œuvre de dimensions exceptionnelles. Il fait encore, à l'eau-forte et au lavis, un remarquable portrait de Bertrand Barère à la tribune, d'après un dessin de Jean-Baptiste Isabey. David lui confie aussi la gravure de ses costumes républicainsVisible sur Commons : Costumes français de la Convention., ce qui procure à Denon l'occasion de gagner les bonnes grâces de Robespierre.

En 1793, alors qu’il traverse des difficultés financières (la pension royale qui lui avait été accordée ne lui était plus versée en raison des événements révolutionnaires), il rassemble sous le titre d'Ouvrage priapique une série d'estampes qu’il a gravées durant les dix années précédentes.. Ces pièces ne sont pas tant libertines que scabreuses, plus burlesques et grotesques qu’érotiques. Il semble s'être inspiré de scènes observées sur les vases antiques ou sur les parois des murs d’Herculanum pendant ses longs séjours en Italie.

Cette publication n'est probablement jamais commercialisée ouvertement : de telles estampes licencieuses auraient, dans le contexte de la Terreur, pu lui apporter de graves ennuis. Robespierre jugeait en effet que toute représentation immorale était antirévolutionnaire : il en fallait moins pour perdre une tête ! Les cuivres originaux sont acquis par le libraire Barraud, qui publia de nombreux tirages sous le manteau au cours du Une galerie de ces estampes se trouve sur Commons : Œuvres priapiques..

L'Égypte vignette|Savants sur le Sphinx de Gizeh. Avec son flair habituel, Vivant Denon se rapproche de Joséphine de Beauharnais et s'attache en temps opportun au général Bonaparte. Il accompagne en 1798 l'expédition d'Égypte avec la Commission des sciences et des arts, et est chargé de dessiner et de décrire les monuments de ce pays. Denon est membre de l'Institut d'Égypte. Il publie deux articles.. dans La Décade égyptienne, journal de l'Institut. Il participe à de nombreuses commissions chargés de décrire les monuments égyptiens. Ses contributions et sa personnalité impressionnent Bonaparte qui décide de le ramener en France avec lui en 1799..

Sa contribution la plus importante aux travaux de la Commission des sciences et des arts est le récit de ses déplacements en Égypte : son Voyage dans la Haute et Basse Égypte, publié en 1802, connaîtra quarante rééditions au cours du .. Sur le plan scientifique, cet ouvrage ne peut pas être comparé avec la monumentale Description de l'Égypte produite par l'ensemble des savants de la Commission des sciences et des arts. Cependant, la publication en 1802 des 141 gravures., et leurs commentaires abondants, du Voyage dans la Haute et Basse Égypte joua un rôle majeur dans le développement de l'égyptomanie auprès du grand public, et stimula les premières tentatives de déchiffrement des hiéroglyphes.

Le Louvre Le , le premier Consul le nomme directeur général du muséum central des arts., qui devient le musée Napoléon, puis le musée royal du Louvre, ainsi qu'administrateur des arts. Sont placés sous son autorité le musée des monuments français, le musée spécial de l'école française de Versailles, les galeries des palais du gouvernement, la monnaie des médailles.., les ateliers de la chalcographie, de gravures sur pierres fines et de mosaïque, ainsi que la manufacture de Sèvres, la manufacture de Beauvais et la manufacture des Gobelins.

vignette|gauche|Vivant Denon travaillant dans la salle de Diane au Louvre. Pragmatique, Denon sait profiter des circonstances. Il prend part à toutes les grandes entreprises monumentales de Napoléon, et il l'accompagne dans ses grandes campagnes. C'est lui qui est l'initiateur de l'enrichissement du Louvre avec des prises faites dans les musées des pays conquis.. Lui qui avait signé en 1796 la pétition pour appuyer les thèses de Quatremère de Quincy contre le déplacement des œuvres d'art saisies à Rome, fait sept ans plus tard un discours flamboyant. devant ses confrères de l'Institut pour saluer l'arrivée des antiquités en provenance d'Italie. À cette occasion, il annonce la rédaction d'un « catalogue raisonné » qui « formera tout à la fois, des archives aux arts, une histoire complète du musée Napoléon ».

Vivant Denon fait une quête quasi obsessionnelle d'enrichissement des collections, en repoussant les limites chronologiques et géographiques du musée ; c'est aussi dans l'intention de faire du Louvre un véritable « outil » au service de l'histoire de l'art, un instrument pédagogique pour tous les publics.

C'est dans cette optique qu'à peine ses fonctions prises, il entreprend de réorganiser l'accrochage de la Grande Galerie : , annonce-t-il au Premier Consul dans une note qu'il fait aussitôt paraître dans Le Moniteur. C'est d'ailleurs essentiellement au travers de la presse...... que Denon s'exprime pendant tout son directorat.

L'« approche plus historique de l'art » que favorise ainsi Denon trouve son illustration la plus marquante avec l'exposition de peintures dites des « écoles primitives » qu'il organise au Louvre en 1814.

En l'espace d'une dizaine d'années, Denon organise le plus grand rassemblement d'œuvres d'art qui ait jamais existé. Antiquités, tableaux, sculptures, dessins, objets, livres et manuscrits sont prélevés dans les collections princières des territoires conquis par Napoléon, afin de créer « le plus beau musée de l'Univers ».