thumb| La reliure (nom dérivé de relier, lui-même issu du latin religare) est à l'origine l'opération de production du livre intervenant juste après le travail d'impression. Elle englobe toutes les étapes de l'assemblage des pages ou des cahiers du livre jusqu'à la pose du matériau de couvrure. Aujourd'hui, la reliure s’oppose au « brochage », technique moderne qui se caractérise par une couverture en papier épais directement collée ou cousue au dos du livre.
La reliure manuelle comprend au moins une cinquantaine d'étapes., qui se résument techniquement à la couture des cahiers, à la fixation de plats (rigides ou flexibles) au corps d’ouvrage, et à la pose d'un matériau de couvrure..
Au , le terme de « reliure » prend le sens de « manière dont un livre est relié » en fonction de son histoire, ses évolutions techniques et décoratives, ses origines géographiques et ses styles, souvent liés au renom des relieurs.
Il existe plusieurs grands types de reliure : la reliure traditionnelle occidentale (« à la française ») ou orientale (évoluant depuis le ) ; le montage occidental emboîté dit « montage Bradel » (dès la fin du ) ; la reliure industrielle (dès le ) ; la reliure contemporaine ou d'artiste ().
Types de reliure
Reliure occidentale vignette|upright=0.6|Reliure traditionnelle occidentale à la Duseuil ().
La reliure traditionnelle occidentale, dite « à la française », est la technique de reliure classique, utilisée depuis le Moyen Âge et qui a connu son apogée aux .
Elle est différenciée des autres techniques par une couture traditionnelle des cahiers autour de lanières de cuir ou de ficelles de chanvre, qui sont ensuite passées dans les plats en bois ou en carton. Cette structure est particulièrement solide.
Dans une demi-reliure, seuls le dos et les mors sont recouverts de peau ou de tissu. Une reliure pleine est entièrement recouverte de peau ou de tissu.
Reliure occidentale médiévale La reliure occidentale médiévale dérive de la reliure antique. Elle s'en est distinguée avec l'apparition de la couture sur nerfs: le fil de couture reliant les cahiers fait le tour des nerfs. À l'époque carolingienne, la technique de la couture sur doubles nerfs est la plus répandue; d'un cahier à un autre, le fil de couture est entrecroisé de sorte à former une chaînette. Vers la fin du , les nerfs sont fendus: le fil de couture est passé dans la fente du nerf, puis enroulé autour de celui-ci. La reliure occidentale médiévale continua d'évoluer avec le temps, entre autres avec l'arrivée des chasses durant les , et l'apparition du mors vers les .
Bradel vignette|300px|Un Bradel.
Un montage de livre est dit « à la Bradel » lorsqu'il se présente sous la forme d’un emboîtage avec une gorge au niveau des mors pour faciliter son ouverture. Ce montage plus rapide tire son nom de son inventeur, le relieur François-Paul Bradel, actif entre 1770 et 1795.. Contrairement à une reliure traditionnelle, les rubans sur lesquels sont cousus les cahiers ne sont pas « passés en cartons » mais coupés au ras. Le corps d'ouvrage et la couverture du livre sont solidarisés en étape finale par un simple contre-collage des premières pages de garde.
Reliure orientale
Reliure byzantine La reliure byzantine découle de la reliure antique. Les feuillets sont répartis en cahiers. Des entailles (les grecques) sont faites dans le dos des cahiers. En Égypte, la couture des cahiers, réalisée sans cousoir, se fait initialement avec deux fils indépendants, puis avec un seul fil à partir du . N'ayant pas de nerfs, le dos est lisse, et puisqu'il n'y a pas de chasse, la tranchefile est haute et déborde sur les plats.
Reliure chinoise
Jian Du (livre fabriqué de tablettes de bambou) est la reliure chinoise la plus ancienne. Le texte est inscrit sur des lamelles de bambou (Jian) qui sont reliées entre elles avec des ficelles de soie, de chanvre ou de cuir. Un rouleau est formé en enroulant le tout autour de la dernière lamelle. À la suite de l'arrivée du livre papier, cette forme de reliure a cessé d'être utilisée au courant du . La reliure Juan Zhou (rouleau de calligraphie) ressemble à Jian Du. Plutôt que du bambou, le support d'écriture est la soie ou le papier. Celui-ci est enroulé autour d'un axe en bois attaché après la fin du texte. Le genre Ce Ye (album de calligraphie) a remplacé Juan Zhou entre la fin de la dynastie Tang et le début de la dynastie Song. Ce style de reliure ressemble davantage au livre tel qu'on le conçoit aujourd'hui. Ce Ye englobe plusieurs sous-genres, entre autres: Hu Die (papillon), Bao Bei (dos enveloppé), Si Zhen Yan Zhuang (reliure à quatre trous).
Reliure coréenne En Corée, les ouvrages étaient assemblés en suivant les méthodes chinoises. Les rouleaux (juan) étaient couramment utilisés jusqu'au avant de se faire remplacer par d'autres formes de reliure, telles que la reliure cousue, le livre accordéon, le livre éventail, le livre papillon (Hu Die Zhuang) et le livre au dos enveloppé (Bao Bei Zhuang). Contrairement au livre cousu chinois, le livre cousu coréen était généralement relié à l'aide de cinq trous plutôt que quatre.
Reliure japonaise La reliure japonaise comprend une variété de genres, dont plusieurs qui sont directement inspirés de la reliure chinoise.
Kansubon (rouleau): Les feuilles sont jointes une à la suite de l'autre. D'un bout, elles sont attachées à une tige en bois, puis enroulées autour de celle-ci. Kansubon a été introduit durant le et est demeuré au Japon la façon la plus courante d'assembler un livre pendant environ mille ans; Orihon (livre accordéon): Les feuilles sont assemblées puis repliées sur elles-mêmes en une pile. Une couverture est ajoutée sur le dessus et le dessous de la pile. Orihon est apparu durant l'époque de Heian et aurait été inventé dans le but d'être plus facile d'usage que les rouleaux qui, par leur nature, sont plutôt difficiles à entreposer et à consulter lorsqu'on recherche un passage spécifique; Detchōsō, aussi appelé kochōsō (livre papillon): Généralement, seul le recto des feuilles contient du texte. Les feuilles sont pliées en deux (recto à l'intérieur). Sur le verso de chaque feuillet, une fine bande de colle est appliquée le long des plis. Quand le livre est ouvert, les pages ont tendance à pendre sur les côtés d'une façon qui rappelle les ailes d'un papillon, d'où le surnom de « livre papillon ». Cette reliure date du et fut couramment utilisé jusqu'au ; Retchōsō (livre à plusieurs cahiers): Un des rares styles de reliure d'origine purement japonaise, retchōsō a été inventé durant le . Les feuilles sont pliées en deux et regroupées en cahiers. Les dos des cahiers sont cousus ensemble. Ce style rappelle la reliure occidentale; Fukuro toji (livre à pochettes): Ce style a été introduit durant le et, à l'époque d'Edo, était devenu le style le plus couramment utilisé. Seul le recto des feuilles contient du texte. Les feuilles sont pliées en deux (verso à l'intérieur) avant d'être regroupées en un seul cahier. Une couverture est ajoutée sur le dessus et le dessous du livre. Le tout est cousu ensemble du côté opposé aux bords pliés. Ainsi, chaque page du livre est doublée, formant une pochette (fukuro), d'où le nom. Il existe plusieurs variantes de fukuro toji, yotsume toji (reliure à quatre trous) étant la plus courante.
Reliure industrielle et bureautique
Au moyen d'une série de machines mises au point dès les premières décennies du comme la presse ou le balancier, il est possible de relier des livres en très grandes séries.
Grâce à une liaison automatique et une synchronisation entre les différentes machines, des opérations peuvent être exécutées consécutivement (par exemple, de la passure en colle jusqu'à la pose d'une jaquette). Cela a grandement réduit les coûts de production puisque cette succession automatisée de tâches peut être réalisée par un nombre réduit de personnes tout en nécessitant moins de connaissances spécialisées.
Jean Engel fut un des premiers relieurs industriels français.
Reliure contemporaine vignette|
La reliure contemporaine est une reliure réalisée pour obtenir des effets esthétiques originaux et créatifs (structures croisées, couture apparente, plats « rapportés »). Elle s'adapte souvent aux nouvelles techniques et aux formats exceptionnels ou inhabituels, en réinvestissant les techniques historiques et en menant des recherches originales et personnelles sur les matériaux utilisés, qu'ils soient traditionnels ou modernes.
Formats des feuilles et des reliures
En matière de reliure, les libraires s'expriment parfois en formats spécifiques plutôt qu’en mesures métriques. Il existe un vocabulaire pour le format des feuilles et un autre pour le format définitif du livre.
Plusieurs pages du livre sont imprimées simultanément sur une même grande feuille de papier. De format différent, ces grandes feuilles sont notamment appelées, suivant leurs dimensions : « Colombier », « Jésus », « raisin », « Carré / Coquille » ou « Couronne ».. Chacune de ces feuilles de tirage est susceptible d’être pliée une fois (in-folio), deux fois (in-quarto ou in-4), trois fois (in-octavo ou in-8), quatre fois (in-16) ou plus, de telle façon que les pages se présentent au lecteur dans l’ordre où elles doivent être lues et constituent un cahier.
Lorsque le livre est exceptionnellement composé de feuilles entières, il porte le nom d’« in-plano ». Il est donc de très grande taille, mais ne peut pas être relié tel quel. Les feuilles doivent d'abord être réunies en cahiers, soit par collage sur un onglet, soit par surjetage. (couture spécifique).
Le tableau ci-dessous indique les dimensions moyennes (en cm) créées par la combinaison des formats : Nom des feuilles in-plano in-folio in-4 in-8 in-16 in-18 Colombier 90 x 63 63 x 45 45 x 31,5 30 x 21 22,5 x 15,7 21 x 15 Jésus 70 x 54. 54 x 35 35 x 27 27 x 18 17,5 x 13,7 18,3 x 11,6 Raisin 65 x 50 49 x 32 32 x 24 24 x 16 16,2 x 12,5 16,6 x 10,8 Coquille ou Carré 56 x 45 44 x 28 28 x 22 22 x 14 14 x 11,2 15 x 9,3 Écu 52 x 40 40 x 26 26 x 20 20 x 13 13 x 10 13,3 x 8,6 Couronne 46 x 36 37 x 23,5 23,5 x 18,5 18,5 x 11,7 11,7 x 9,2 12,3 x 7,8
Divers formats de papier peuvent être compris dans ces formats de livres. Toutefois, d’autres formats dits « bâtards » existent, notamment l'« Univers », le « Grand Monde », le « Grand aigle », le « Colombier », le « Soleil », le « Cavalier », la « Cloche », la « Tellière ».. Les livres dont la hauteur est plus petite que la largeur sont dits de format oblong ou « À l'italienne ».
Ces formats, ne dépassant pas les de hauteur . Hartford, Connecticut : Judd, Loomis & Co., 1836, par d'épaisseur, sont identiques à ceux des « livres d'étrennes » anglais, publiés en Europe (le plus souvent à Londres) et aux États-Unis (principalement à Boston et à Philadelphie).
Les formats in-quarto et in-octavo, moins coûteux et moins volumineux, sont utilisés généralement pour les ouvrages illustrés de littérature dont la vente, au , est plus démocratique. Les premiers formats in-octavo remontent à 1501, inventés par les Presses aldines à Venise.
Parmi les très grands formats, les « Grand-Égypte » (). et « Grand-Monde » () furent notamment utilisés pour éditer en 1809 la Description de l'Égypte de la campagne de Napoléon Bonaparte ; tandis que le « double-éléphant-folio » ()., fut adopté par Jean-Jacques Audubon pour son ouvrage sur Les Oiseaux d'Amérique en 1827.
Nombre de pliages d'une feuille, noms des formats et dimensions In-plano : feuille non pliée / page imprimés (dim. : voir formats d'une feuille papier) ; In-folio : feuille pliée / imprimées (abr. : fol., in-f ; dim. : plus de de haut) ; In-quarto : feuille pliée / imprimées (abr. : in-4 ; dim. : entre de haut) ; In-six : pliage / / imprimables (abr. : in-6, in-6to/ dim. : ?) ; In-octavo : feuille pliée / imprimées (abr. : in-8 ; entre de haut) ; In-duodecimo : pliage / / imprimables (abr. : in-12, in-12mo/ dim. : entre de haut) ;