La Journée de la libération des serfs au Tibet ou Journée d'émancipation des serfs (西藏百万农奴解放纪念日) est une journée de commémoration instaurée à la date du par l'Assemblée nationale chinoise pour célébrer chaque année, depuis 2009, l'abolition du servage ou émancipation des serfs au Tibet en 1959 James Reynolds, Serfs' Emancipation Day for Tibet, BBC News, 19-01-2009.. Si le récit officiel chinois la présente comme une commémoration du mouvement de réforme agraire (officiellement appelé réforme démocratique) de 1959 à 1961, le marque la dissolution du Gouvernement du Tibet proclamé par Zhou Enlai dans un arrêté .

Contexte vignette|gauche|alt=Zhou Enlai en 1959|Zhou Enlai en 1959 Dans l'histoire du Tibet, le est la date où Zhou Enlai prit un arrêté proclamant la dissolution du Gouvernement du Tibet de l'époque , sur tibet.com, le site officiel du Gouvernement tibétain en exil., à la suite de l'échec du soulèvement tibétain de mars 1959 contre la présence chinoise dans la régionTibet, la guerre de propagande chinoise, L'Express, 9 mars 2009.. Selon l'Assemblée nationale chinoise, le , l'Armée populaire de libération a mis un terme à l'oppression féodale et religieuse dans la Région autonome du Tibet; l'élite tibétaine employait environ un million de Tibétains (90 % de la population) comme serfs et esclaves selon Xinhua Legislators call for day to remember Tibet freedom, Morning Star, 16-01-2009. The day that changed my life - Tibet sets Serfs Emancipation Day, Xinhua News Agency, 19-01-2009.. En 1959, le gouvernement chinois, selon A. Tom Grunfeld, donnait la répartition suivante : noblesse 5 %, clergé 15 %, nomades 20 %, serfs 60 % (dont 45 % devant s’acquitter de redevances, 45 % sous « bail humain » et 10 % divers)A. Tom Grunfeld, The Making of Modern Tibet, , ..

Selon un article de 2009 du Li Sha, du Département des sciences sociales de l'université de Shenyang, le pourcentage de la population serve et esclaveLa convention de 1926 définit l'esclavage comme étant « l'état ou la condition d'un individu sur lequel s'exercent les attributs du droit de propriété ou certains d'entre eux ». représentait 95% de la population totale. La population servile se répartissait en trois classes, les Khral-pa, les Dui-chun et les Lang-sein, ces derniers étant des esclaves Li Sha, Contribution of “Abolishment of Serf System” in Tibet to Human Rights Campaign - In Memory of the Fiftieth Anniversary of Democratic Reform in Tibet, in Asian Culture and History, vol. 1, No 2, July 2009, p.45-48 : .

Le journaliste Thomas Laird estime à 30 % de la population le nombre de paysans-propriétaires et s'acquittant de redevances en nature et de corvées dues au gouvernement, à un monastère ou à des nobles, également à 30 % le taux de serfs sans terres mais inféodés à une famille aristocratique, à un monastère ou au gouvernementThomas Laird, The Story of Tibet: Conversations with the Dalai Lama, , : .

Durant les quelques années où il dirigea le Tibet dans une collaboration difficile avec les Chinois, le dalaï-lama tenta d'instituer en 1952 des réformes. Il proposa d'établir un système judiciaire indépendant et d'abolir le système de dette héréditaire, qui était, explique-t-il, « le fléau de la communauté paysanne et rurale », piégeant celle-ci dans une servitude envers l'aristocratie .. Toutefois, les Chinois ont bloqué ces propositions, craignant peut-être selon Mary Craig qu'elles n'unissent les Tibétains et n'affaiblissent la cause chinoise.

Warren W. Smith Jr rapporte que le Comité préparatoire de la région autonome du Tibet annonce les réformes démocratiques le : ., lequel comité annule selon la journaliste Anna Louise Strong les dettes féodales le : ..

En , des troubles éclatent à Lhassa et dans d'autres régions du Tibet à la suite de manifestations commémorant le Jour du soulèvement tibétain du .

Le mécontentement de la Chine à l'égard du dalaï-lama se serait alors accentué, elle l'aurait accusé d'avoir incité ces manifestations et elle aurait instauré la Journée d'émancipation des serfs au Tibet pour contrer son influence au Tibet 西藏農奴解放日通過 藏人反彈, Libertytimes.com, consulté le 19 janvier 2009..

Décision de commémoration En janvier 2009, Pang Yongbo, secrétaire général adjoint de l'Assemblée populaire de la région autonome du Tibet, a annoncé et expliqué que l'objectif de cette journée commémorative était de garantir que tous les Chinois, y compris les Tibétains, se souviennent à jamais de la « réforme démocratique » d'il y a 50 ans, grâce à laquelle des millions de serfs tibétains « se sont affranchis du joug de l'ancien système féodal et sont devenus maîtres de leur pays ». Le , les 382 législateurs de la Région autonome du Tibet ont voté à l'unanimité en faveur de l'adoption du comme journée commémorative de l'émancipation des serfs Tibet sets 'Serfs Emancipation Day' , China.org.cn, 19-01-2009..

Cette journée, en 2009, doit marquer le commencement de réforme démocratique de la « structure sociale, théocratique et féodale tibétaine » le , sous la direction du Président Mao Zedong China to mark defeat of Tibetan uprising of 1959, 12 janvier 2009 : .. Pang Boyong, secrétaire général du Comité permanent du Congrès régional tibétain, a déclaré que cette date vise à « rappeler à tous les Chinois, y compris les Tibétains, l'importante réforme démocratique inaugurée il y a 50 ans » Saibal Dasgupta, [http://timesofindia.indiatimes.com/World/Holiday_in_China_over_Dalai_Lama_exit/rssarticleshow/3964463.cms China to celebrate Dalai Lama's exit from Tibet with a public holiday], TimesofInda.com, 11-01-2009..

Réactions Le gouvernement tibétain en exil considère le comme l'anniversaire d'une « tragédie » : Tibétains sont décédés, selon eux, lors de la rébellion de 1959Pascale Nivelle, «L’émancipation des serfs tibétains» fêtée Libération, 22 janvier 2009 .

La décision de faire du la Journée d'émancipation des serfs a été prise en 2009, dans un contexte qui voit Pékin augmenter ses attaques contre le dalaï-lama, ce qui, pour le journaliste d'Asia Times Kent Ewing, « aigrira probablement davantage les Tibétains » Kent Ewing, China closes the door on Tibet, Asia Times online, 26-02-2009 : .. La date est aussi proche du cinquantenaire du soulèvement tibétain de 1959 Miranda Leitsinger, Date for Tibetan 'Serfs Emancipation Day' set, CNN, 20-01-09..

Tsering Shakya, pour sa part, voit dans la « Journée d'émancipation des serfs » comme un rite orchestré par le gouvernement chinois en réponse aux « manifestations étendues qui ont paralysé le plateau tibétain en mars- » et « une illustration classique de la nature du pouvoir chinois sur les Tibétains » Tsering Shakya on "Serf Emancipation Day", Shadow Tibet, Jamyang Norbu's Blog, 22 mars 2009..

Pour Warren W. Smith Jr, le gouvernement a choisi le à la place comme « contre-propagande » aux troubles au Tibet en mars 2008 : ..

Le , le Parlement européen dans une recherche des conditions permettant de favoriser le dialogue entre le dalaï-lama et le gouvernement chinoisRésolution du Parlement européen sur le du soulèvement tibétain et le dialogue entre le Dalaï-Lama et le gouvernement chinois., « en appelle au président chinois Hu Jintao afin qu'il démontre qu'il tient à honorer sa déclaration du selon laquelle "la stabilité du Tibet concerne la stabilité du pays de même que la sécurité du Tibet concerne la sécurité du pays" et demande avec insistance que les dirigeants chinois garantissent le bien-être des Tibétains et préservent l'harmonie et la stabilité sociales, en invitant la commission permanente du Congrès du peuple de la Région autonome du Tibet à annuler sa décision de commémorer le comme "Journée d'émancipation des serfs" ». À l'adoption de cette résolution, proposée par Charles Tannock, Thomas Mann et , le gouvernement chinois réplique, dans un article reproduit dans divers médias officielsL'ancien Tibet n'était pas « Shangri-La », Le Quotidien du Peuple en ligne, 21-04-2009., que « [...] lorsque Monsieur Thomas Mann, président de l'intergroupe Tibet du Parlement européen, indique que l'instauration de la "Journée de l'émancipation du million de serfs tibétains" est "un grand affront et outrage aux Tibétains", on ne peut s'empêcher de se demander : Qui sont-ils au juste les "Tibétains" dont parle ce monsieur ? Il est certain que les "Tibétains" de ce monsieur ne comprennent pas le million d'anciens serfs et esclaves qui représentaient plus de 90 % de la population globale tibétaine ».

Robert Barnett fit remarquer que l'astuce chinoise est d'utiliser les mots « serf » et « féodal » et de faire penser à la brutalité Emma Graham-Harrison, Tibet serf debate shadows China's "emancipation day", Reuters, 27 mai 2009.

Commémorations

2009

Le , devant le palais du Potala à Lhassa, s'est tenue la toute première cérémonie de commémoration de l'émancipation des serfs au Tibet 50 ans plus tôt. Présidée par Qiangba Puncog, président du gouvernement de la Région autonome du Tibet, la cérémonie a rassemblé personnes, la plupart en habit traditionnel tibétainLa Chine marque sa journée de "l'émancipation des serfs" au Tibet, article AFP, 28-03-2009..

À cette occasion, le secrétaire du parti communiste chinois de la région autonome du Tibet, Zhang Qingli, a déclaré : « La lutte qui nous oppose à la clique du dalaï lama n'a pas trait à l'éthique, la religion ou les droits de l'Homme (..), elle concerne la souveraineté nationale et l'intégrité du territoire. Nous devons rester vigilants et fermement réprimer toutes les activités séparatistes » La région du Tibet doit rouvrir ses portes aux touristes étrangers, sur le site Radio86, 30 mars 2009..

D'autres manifestations se sont déroulées dans le pays. Ainsi à Pékin le jeune Gyancain Norbu, le panchen-lama reconnu par le gouvernement chinois en 1995, assistait à la cérémonieLa Chine marque sa journée de "l'émancipation des serfs" au Tibet, La Dépêche du Midi, 28 mars 2009.. Toujours à Pékin, une exposition intitulée Cinquante ans de réforme démocratique au Tibet a été organiséeBruno Philip, "Au Tibet, c'est le paradis !", Le Monde, 3 avril 2009, .

Pour les Tibétains en exil, cette célébration est perçue comme une insulte et une provocation. Le est aussi l'anniversaire de la destitution du gouvernement du dalaï-lama par Pékin. À Dharamsala, manifestants ont protesté contre la et les Pour le 50e anniversaire de la rébellion du Tibet, Pékin instaure une célébration de « la fin du servage ».

Manifestations connexes En rapport avec cette commémoration, diverses manifestations ont eu lieu en Chine et à l'étranger, dont : la création d'un insigne de la Journée d'émancipation, associant le drapeau national chinois à cinq étoiles, un soleil et une montagne enneigéeInsigne de la « Journée d'émancipation d'un million de serfs tibétains », Site Les droits de l'homme du Tibet (fr.328tibet.cn), 27-03-2009.; à New York, une exposition de photos sur les changements intervenus au Tibet depuis cinquante ans, organisée par des associations de Chinois expatriésNew York : exposition de photos sur le Tibet, site Les droits de l'homme du Tibet (328tibet.cn), 07-04-2009..

2012 Le , la fête de l'émancipation des serfs du Tibet a été marquée par un symposium qui s'est tenu à l'université du Tibet. Selon son vice-recteur, Yang Ning, le but de ce symposium était de faire connaître à la jeune génération ce qu'était la condition des serfs sous l'ancien régime Symposium held to remark Serfs Emancipation Day, ChinaTibetNews, 2012-Mar-30 : . Sangeetha Seshagiri, Tibet Celebrates Serfs Emancipation Day, International Business Times, March 29, 2012..

Notes et références

Notes

Références

Voir aussi Sha Yuan, Le système de servage féodal au Tibet, China Intercontinental Press, 1996, 44 p.

Articles connexes Esclavage en Chine Nongnu Intervention militaire chinoise au Tibet (1950-1951) Débat sur la souveraineté du Tibet Servage et esclavage au Tibet Sinisation du Tibet Journée du soulèvement tibétain