LAmoco Cadiz est un pétrolier supertanker de classe VLCC libérien lancé en 1974 pour la société américaine de transports pétroliers et chimiques Amoco afin de transporter du pétrole depuis le golfe Persique vers l'Europe. Son naufrage le 16 en bordure des côtes bretonnes, à Portsall (Finistère), provoque une marée noire, considérée aujourd'hui encore, comme l'une des pires catastrophes écologiques de l'histoire et s'inscrit comme le point culminant de la série des marées noires des années 1970 en Bretagne.
Construction et caractéristiques L’Amoco Cadiz est construit par le chantier naval Astilleros Españoles SA situé à Cadix, en Espagne, et lancé en 1974. Ce navire fait partie d'une commande de quatre bateaux identiques, passée par l'AmocoLe procès de l’Amoco-Cadiz : présent et voies du futur, p. 763., une filiale de la Standard Oil.
Immatriculé au Liberia et affrété par la compagnie Amoco, il est long de pour de port en lourd. Il est conçu pour transporter du pétrole brut entre le golfe Persique et l'Europe, ce qu'il fait à plusieurs reprises jusqu'en 1978.
Dernier voyage et naufrage Le , le supertanker charge de pétrole brut à Ras Tanura, en Arabie saoudite, puis complète sa cargaison avec de pétrole brut sur l'île de Kharg, en Iran. Cette cargaison représente 22 millions de dollars en 1970, soit 108 millions en 2025. Pour ce voyage, lAmoco Cadiz, armé d'un équipage de 44 personnes, quitte le golfe Persique le à destination de Rotterdam, via la baie de Lyme en Angleterre, escale classique pour alléger les pétroliers avant leur passage vers la mer du Nord.
Le , le navire passe le cap de Bonne-Espérance et fait une escale à Las Palmas, le , pour se ravitailler en carburant. Trois jours plus tard, lAmoco Cadiz rencontre des conditions météo difficiles ; ces conditions se maintiennent jusqu'après le , date à laquelle il entre dans la Manche, en vue de faire escale le lendemain en baie de Lyme.. Le super-tanker n'atteindra jamais la baie de Lyme.
Le , en panne de gouvernail depuis de nombreuses heures dans la Manche dans de mauvaises conditions météorologiques, l’Amoco Cadiz s'échoue en bordure des côtes bretonnes, sur les récifs de Men Goulven, en face du village de Portsall (faisant, aujourd'hui, partie de la commune de Ploudalmézeau, nord-ouest du Finistère), libérant de pétrole brut..
L'épave du navire est aujourd'hui située à la position , à 0,7 mille ENE du phare de Corn Carhai..
Chronologie du naufrage
300px
(Les heures indiquées ici sont des heures UTC. Il faut rajouter une heure pour avoir l'heure locale — heure française.)
Le à , lAmoco Cadiz, parti du golfe Persique pour Rotterdam, passe au large de l'île d'Ouessant. Il fait route à la vitesse de .
: alors que la mer est particulièrement agitée, avec un vent d'ouest force 8, des rafales à 9-10 et que la mer est formée avec des creux de , le pétrolier tombe en avarie de gouvernail à d'Ouessant : le safran du gouvernail, qui fonctionne normalement grâce à de puissantes pompes hydrauliques est hors de contrôle à la suite d'une rupture de l'alimentation d'huile que les mécaniciens tentent sans succès de réparer en pataugeant dans l'huile, avant que le système soit jugé irréparable par l'équipage. En effet, le système se retrouve à court d'huile, si bien que le safran n'est bientôt plus retenu et vient heurter violemment ses butées, les brisant en projetant du métal dans le compartiment et détruisant ce qui reste des conduits hydrauliquesSous la pression des vagues, cinq des six goujons fixant la collerette et le tuyau d'huile au distributeur hydraulique de l'appareil à gouverner sont cassés (rupture facilitée par un défaut d'entretien récurrent de la gouverne, dont le circuit hydraulique s'est grippé, la formation de poches altérant les mécanismes de blocage des parties mobiles de cet appareil). Cette avarie provoque une perte de liquide hydraulique. Le pétrolier ne disposant que d'un seul système de gouverne, il est devenu non maître de sa manœuvre et a dérivé au vent et à la houle..
La direction est donc bloquée et fait virer le pétrolier sur bâbord. Un premier message radio de sécurité TTT est envoyé sur , stipulant la non-manœuvrabilité du bateau et demandant aux autres bâtiments de se tenir à l'écart. Mais le pétrolier n'envoie pas de signal de détresse, si bien que ni Radio-Conquet ni les sémaphores n'alertent le CROSS ou la Marine Nationale. : le capitaine Pasquale Bardari https://www.ouest-france.fr/mer/amoco-cadiz/amoco-cadiz-au-lendemain-du-drame-l-enquete-demarre-brest-5618531 de lAmoco Cadiz prend contact avec la station Le Conquet radio et s'enquiert de la station de remorquage la plus proche. Il lui demande plusieurs communications téléphoniques avec les armateurs et les affréteurs afin que ceux-ci négocient le contrat d’assistance. Ne pouvant contacter ses armateurs à Chicago à cause du décalage horaire, le capitaine essaie de prévenir des représentants de la compagnie Amoco basés à Gênes et Milan. : le capitaine Pasquale Bardari demande l'assistance d'un remorqueur car l'avarie ne peut être réparée. Un appel d'urgence XXX est envoyé sur . Le pétrolier est alors à au nord d'Ouessant. La compagnie maritime allemande , qui est quasiment la seule à proposer des services de remorquage en haute mer sur la côte finistérienne, dispose de deux remorqueurs, le Pacific et le Simson, pouvant se dérouter. Le premier, moins puissantSa puissance est de ., est à de là, à proximité de Portsall, et peut intervenir rapidement, alors que le second est situé au large de Cherbourg. : prise de contact directe entre l’Amoco Cadiz et le Pacific. Ce dernier fait demi-tour et contacte son armateur, la société Bugsier. L’Amoco Cadiz tente de joindre son assureur à Chicago car le Pacific propose un contrat fondé sur le Lloyd's open form, qui est censé éviter les négociations avant les opérations d'assistanceIl s'agit d'un contrat d'assurance très courant dans la marine. Ce contrat comporte entre autres la clause qui évite au bénéficiaire de payer pour un sauvetage qui n'aurait pas réussi. Si le sauvetage réussit, (cf .. Bugsier contacte un autre de ses remorqueurs, le Simson, plus puissant (), mais situé alors au large de Cherbourg (soit à près de 10 heures de navigation de l'Amoco Cadiz), pour qu'il se déroute. : le Pacific est à du pétrolier. Aucune certitude quant à l'accord sur l'assurance. Le Pacific se rapproche encore car le pétrolier a déjà dérivé de sous l'effet du vent et est à la limite sud du rail d'Ouessant. : première tentative de passage de la remorque alors que l’Amoco Cadiz refuse la nouvelle offre d'assistance. Le commandant du Pacific, Hartmut WeinertPoursuivi pour l'échec des tentatives de remorquage, Hartmut Weinert est interpellé et menotté devant la presse. Il est finalement blanchi par la justice après quinze ans de procédure mais reste hanté par ce drame personnel. Décédé le 9 novembre 2013, son souhait de reposer dans la mer d'Iroise qu'il a sillonnée à la barre du Pacific, du Wotan ou de l’Heros est réalisé par sa fille, Christina Minnemann, et son ex-compagne, Elga Gruber-Dierks : le , à bord de la vedette SNSM Notre Dame de Rocamadour, elles font disperser ses cendres du côté de la chaussée des Pierres-Noires, au large du Conquet. Cf , fait envoyer une touline pour hisser la remorque, sur le pétrolier. Cette remorque est constituée d'un gros câble d'acier et d'une chaîne. L'ensemble pèse . : la remorque est tournée sur l’Amoco Cadiz. : le remorqueur commence à tirer lentement. : le Pacific a laissé filer de remorque et porte ses moteurs à 80 % de ses capacités (250 tr/min). Malgré cela, les deux bateaux dérivent vers l'est. : l’Amoco Cadiz refuse une nouvelle fois la proposition de contrat sur la base du Lloyd's open form. : le contrat est finalement accepté et signé entre Chicago et Hambourg (siège de Bugsier). Le Simson prévoit d'arriver vers . : la chaîne de remorque casse. À ce moment, le pétrolier s'est évité et se trouve orienté vers le sud. Le capitaine du pétrolier décide de mettre les machines en arrière pour s'éloigner de la côte, malgré son avarie de gouvernail. : les de remorque sont ramenés à bord du Pacific. À cause de la houle, deux matelots sont blessés, mais le remorqueur se prépare à repasser la remorque. : nouvelles tentatives de remorquage, par l'arrière du pétrolier. Les deux bateaux se sont éloignés l'un de l'autre. : le Pacific se dirige vers le pétrolier. : les officiers des deux bateaux ne sont pas d'accord sur la manœuvre : le capitaine de l’Amoco Cadiz préférerait être remorqué par la proue. : la touline est lancée, mais n'a pas pu être récupérée. : après deux autres échecs, la quatrième tentative sera fructueuse. L'équipage ramène la touline mais celle-ci casse et la remorque retombe à l'eau. : le courant est plus fort, à présent, et les deux bateaux continuent à dériver. : l’Amoco Cadiz se prépare à jeter l'ancre pour limiter la dérive. : l'ancre est mouillée. : le Pacific a renvoyé l'amarre qui est tournée sur le treuil du pétrolier. : le Simson est à . La prise de la remorque se poursuit. À ce moment, le risque d'échouement est très important et il devient urgent de remorquer le pétrolier. : le guindeau, treuil de relevage de l'ancre, se casse et est arraché. : le câble de remorquage est finalement tourné sur une paire de bittes d'amarrage. : le remorqueur laisse filer et commence à tirer. Le pétrolier est toujours mouillé et espère pouvoir tourner. thumb|L'Amoco Cadiz vu depuis Portsall : le pétrolier talonne (touche le fond) pour la première fois. Il roule sous les vagues et ses machines sont noyées. : l’Amoco Cadiz est privé d'éclairage et de radio. : le pétrolier talonne une seconde fois. : le pétrolier lance des fusées de détresse, la marée noire commence. : un appel de détresse SOS est envoyé sur . Le capitaine Weinert du Pacific fait demander un hélicoptère pour évacuer l'équipage de l’Amoco Cadiz. Il met les machines au maximum pour tenter de déséchouer le pétrolier. : la remorque casse et est récupérée sur le Pacific. : le Simson arrive sur les lieux. : l'équipage de l’Amoco Cadiz est hélitreuillé par les équipages des hélicoptères Super Frelon de la de la Marine nationale basée à Lanvéoc-Poulmic. Seuls le capitaine et un officier restent à bord. : sur 44 sont évacuées. Les deux derniers, le capitaine Bardari et un officier, doivent attendre jusqu'à avant de pouvoir quitter le navire.
Le au matin, les habitants de la pointe bretonne sont réveillés par une odeur de mazout et croient alors à une panne de chaudière dans leur maison, avant de découvrir la coque brisée du pétrolier au niveau du château arrière..
Contexte particulier Il s'est avéré que la Marine nationale était absente sur cet événement, car elle n'a pris conscience que très tardivement du problème, à 20 h 40 lorsque le veilleur du sémaphore de la pointe Saint Mathieu est averti de la présence du pétrolier à proximité de Portsall et transmet l'information au centre de commandement de la marine. Or, la Marine n'aurait de toute manière pas eu les moyens d'agir : sur les trois remorqueurs de haute mer affectés à la zone où a eu lieu le naufrage, seul le Malabar était disponibleVoir Rapport de la commission d'enquête du Sénat, page 71. mais à une dizaine d'heures de route du lieu de l'accident. Le deuxième remorqueur était en maintenance et l'autre était en mission au large de Terre-Neuve. D'autre part, les remorqueurs de haute mer de la marine sont destinés à porter assistance aux sous-marins nucléaires qui ne déplacent que . Ils sont donc moins puissants ( pour le Malabar).