Létang de Vendres est un étang littoral (et non une dépression éolienne comme celui de Castelnau, son "annexe" nord) situé dans la commune de Vendres, dans le département français de l'Hérault sur la rive gauche de l'Aude et une petite partie sur la commune de Fleury département de l'Aude non loin de son embouchure dans la mer Méditerranée.
Intérêts vignette|Vue de Vendres (Hérault, France) par l'étang. Malgré des points communs, l'étang de Vendres présente un intérêt plus diversifié que les autres milieux humides de la "Basse plaine de l'Aude" par son étendue, son histoire géologique, son hydrographie et la gestion des eaux, la variété des habitats, sa faune et sa flore exceptionnelles riches en espèces déterminantes, ainsi que la présence sur son pourtour , de belles collines miocènes que recouvrent des garrigues, un plateau alluvial quaternaire édifié par l'Orb et les vestiges de nombreuses villas romaines dont le "temple de Vénus", en fait complexe thermal (M.Clavel-LévêqueClavel-Lévêque Monique, 2014 - Villa "Temple de Vénus" in "Les Chemins de Mémoire", Parc Culturel du Biterrois/La domitienne.).
Sa protection et sa mise en valeur sont assurées par les membres d'une association locale très dynamique : "Patrimoine et Nature".
Hydrographie Cet étang, d'une profondeur moyenne de 50 à et dont la superficie varie en cours d'année de 500 à , est au centre d'une zone humide de . Il communique avec la mer par le grau du Chichoulet et avec l'étang de Lespignan par le canal de la Matte. Le site comprend une roselière de plusieurs centaines d'hectares. On peut lui adjoindre une dépression humide voisine, en fait d'origine éolienne : l'"annexe" de Castelnau, dite "l'Étang rond" ou "Redon" (Fig.1). Il présente donc un intérêt géologique mais également, depuis peu, en archéologie (dépotoir antique à coquillages). Tout près de lui, le domaine de Castelnau, d'intérêt historique, est un « château neuf entre les deux étangs » (Fig.1). vignette|Panneau destiné à jalonner un futur parcours de mémoire IDANH .
Origine de l'étang L’avancée marine post-glaciaire a envahi une cuvette située entre le massif de Fontfroide, celui de la Clape et les collines du Sud Biterrois, y créant un golfe de .
Antiquité Le golfe se présentait comme une petite mer intérieure à nombreuses îles (dont la Clape) qui recevait les eaux de l’Aude (Atax) et les transmettait à la Méditerranée par d’étroites embouchures. Ce palus, terme le plus adéquat selon Clavel-Lévêque () ou « Lacus rubresus » de P. Mela (« Mare narbonesus », « rubrensis » de Pline, « narbonites » de Strabon) fut soumis à une sédimentation marine puis à un colmatage par les limons de l'Aude lui donnant une couleur rougeâtre, d'où son nom. Les cités de Narbonne (près du bras principal du fleuve) et Vendres (Portus veneris) étaient établies sur les bords du Palus transformé en lagune par son comblement progressif et la formation d'un cordon littoral. C'est ainsi que s'isola l'étang de Capestang, que Narbonne fut séparée de la mer () et de l'Aude, et que la partie la plus orientale du Palus (probablement désigné sous le qualificatif "Helice" par Avienus ) devint les étangs de la Matte (Lespignan) et Vendres comme en témoignent des marqueurs biologiques Elle fut presque entièrement fermée sur la mer par le cordon littoral qu'interrompaient seulement des graus.
À partir du À la suite d'une crue exceptionnelle en 1316, l'Aude abandonna son cours majeur via Narbonne. Elle s'orienta d'ouest en est, se déversa dans une lagune vive d'environ , dite étang de Pérignan et Vendres , communiquant avec la mer par le chenal du «grau de Vendres». Plusieurs auteurs notent que si la crue modifie le cours de l'Aude, c'est qu'elle endommage des endiguements en amont qui la forçaient à s'orienter vers les ports de Narbonne.
Milieux naturels L’étang sensu lato est un ensemble de milieux naturels d’une exceptionnelle richesse représentant un stade avancé dans l'évolution des écosystèmes lagunaires et espace naturel protégé (Natura 2000). Ces milieux, très différents et imbriqués en mosaïque complexe, abritent une flore et une faune exceptionnelles. Ils comportent une vingtaine d’ habitats d’intérêt communautaire, dont 5 prioritaires se rattachant à 6 grandes unités écologiques. alt=|vignette|Panneau destiné à jalonner un futur parcours de mémoire IDANH .
Le complexe lagunaire Ses lagunes méditerranéennes (surface: 30% de l'ensemble) sont largement occupées par les roselières, une végétation semi aquatique très dense (Phragmite ou roseau commun, Scirpes, Joncs) mais exposées aussi dans les zones découvertes ou "clairs". Les lagunes méditerranéennes sont des milieux typiques et peu répandus en Europe. Elles abritent de nombreuses espèces d’intérêts patrimonial et communautaire prioritaire.
Les prés salés Dominant dans le secteur nord-ouest de l'étang (surface : 35 %) et d'intérêt pastoral, ils sont surtout caractérisés par divers joncs et abritent aussi des espèces végétales rares.
Les sansouïres Ces étendues limoneuses salées (surface : 25 %) sont dominées par les Salicornes et permettent l'alimentation de l'avifaune lorsqu'elles sont submergées.
Les milieux dunaires Abritant une flore et une faune psammophiles qui leur sont propres, ils sont les plus exposés à la pression touristique.
Les fourrés de tamaris Ils ont une grande importance pour l'avifaune tout comme les ripisylves.
Les ripisylves Elles sont surtout installées le long du cours de l'Aude, y abritent une flore herbacée diversifiée et des lianes, dont la Scammonée de Montpellier, Cynanchum acutum ainsi qu'une entomofaune ayant inclus le Petit Monarque(lien externe).
Le pourtour de l'étang Il comporte les abords immédiats, les collines et le plateau de Vendres. Sur ce dernier, ont été découverts ou retrouvés par le botaniste biterrois Jean Gastesoleil (1939-2014) des taxons végétaux particulièrement rares et protégés : Physalis viscosa, Centaurea nicaensis et Centaurea acaulis, Anagallis monelli, Nassella trichotoma, Marsilea pubescens (Marsilée pubescente : Equisetopsida, Salviniales) et Damasonium polyspermum (Étoile d'eau à nombreuses graines: Equisetopsida, Alismatales) ces deux taxons dans une mare temporaire méditerranéenne du plateau. Les collines miocènes situées au nord-ouest de l'étang sur les communes de Lespignan et Vendres (Puech de l'Œuvre, Les Escaliers, Les Moulins, Puech Piquet, Puech Blanc, Tènement des Bains) présentent une garrigue languedocienne typique. Entre autres herbacées, on peut signaler Atractylis humilis petit "chardon" d une grande rareté, et Ephedra distachya, devenue ici saxicole (A.Lopez,2019), ainsi que la remarquable abondance de Ruta chalepensis cohabitant avec Ruta montana sur le petit puech de la Sav oie.
Faune L'étang de Vendres est surtout connu comme un haut-lieu ornithologique accueillant dans sa roselière à Phragmites (l'une des plus grandes du Midi de la France) de très nombreuses espèces d'oiseaux, tant en nidification qu'en migration ou qu'en hivernagehttps://www.vendres.com/Files/Fichiers_PDF/Livret_faune_flore.pdf. Il présente en fait une remarquable biodiversité dont des recherches locales en cours complètent l'inventaire. Ce dernier avait été déjà entrepris au par naturalistes de Béziers et Toulouse.
Invertébrés Mollusques
Gastéropodes terrestres Ils ont été déterminés près de Castelnau. Petit gris (Cryptomphalus aspersus, Helix aspersa), Mourgueta (Eobania vermiculata), Cornet étroit (Cochlicella acuta), Hélicette ponctuée (Xerotricha apicina)
Gastéropodes aquatiques Grande Limnée (Lymnaea stagnalis), Planorbe Anisus spirorbis, .Physa acuta
Lamellibranches Palourde d'eau douce ou asiatique (Corbicula fluminea), Anodonte ou Unio (?)
Arachnides Argiope lobée (Argiope lobata), vue sur sa toile avec stabilimentum dans la végétation herbacée (8/2017), Dysdère rouge (Dysdera erythrina) sous les pierres, Dolomedes fimbriatus (1993) araignée semi aquatique à ne pas confondre avec lArgyronète, non encore observée ici mais présente dans l'étang de Capestang.
Myriapodes Polydesmus gallicus, Iulus albolineatus, Glomeris marginata, Stigmatogaster gracilis, Geophilus flavus, G.ferrugineus, Lithobius pyrenaicus, et Scutigera coleoptrata ont été trouvés sous les pierres et dans les détritus d'inondation au pourtour de l'étang (in Bulletin Soc.Hist.nat.Toulouse, 1886)
Annélides Hediste diversicolor (Nereididae)
Crustacés Atyaephyra desmaresti. - Écrevisse de Louisiane (Procambarus clarkii) et Crabe bleu (Callinectes sapidus) tous deux non indigènes car originaires d' Amérique du nord et invasifs.
Insectes aquatiques
Odonates Anax empereur (Anax imperator) - Crocothemis erythraea - Sympetrum fonscolombei
Coléoptères Haliplidae Haliplus lineaticollis
Dytiscidae Hydroporinés: Coelambus parallelogrammus et Coelambus impressopunctatus -Noterinés: Noterus clavicornis - Laccophilinés: Laccophilus minutus et Laccophilus variegatus - Colymbetinés: Agabus bipustulatus, Colymbetes fuscus, Rhantus pulverosus, Agabus conspersus -Dytiscinés: Hydaticus leander, Cybister lateralimarginalis, la plus grande espèce de la famille - Agabinés : Platanbus maculatus
Hydrophilidae Ils vivent dans l'eau calme, riche en hydrophytes immergés.
Le Grand hydrophile (Hydrophilus piceus), "géant" du groupe et des Coléoptères aquatiques, Hydrobius fuscipes, Hydrochara caraboides et Hydrochara flavipes, Hydrobius fuscipes et Hydrobius convexus, Berosus signaticollis et Berosus affinis.
Helophoridae Helophorus aquaticus et Helophorus brevipalpis.
Gyrinidae Gyrinus substriatus
Hémiptères
Naucoridae Naucore (ilyocoris (Naucoris) maculata)
Corixidae Corises: Corixa affinis - Sigara falleni -
Pleidae Plea minutissima (P. leachi)
Nepidae Nèpe cendrée, Nepa cinerea.
Insectes "terrestres"
Orthoptères Criquet migrateur (Locusta migratoria), Oedipode émeraudine (Aiolopus thalassinus). Plusieurs exemplaires de la très rare "magicienne dentelée" (Saga pedo) ont été photographiés sur des câpriers par J.C.Crespo (Pat.Nat.,Vendres), au dessus de l'étang (versant occidental).
Lépidoptères La Diane Zerynthia polyxena, signalée en 2008 (Natura 2000 ?), est en fait un papillon de garrigue inféodé aux Aristoloches du secteur, peut être Aristolochia rotunda, abondante le long du canal de la Matte. Son intérêt est moindre que celui du Petit Monarque, Danaus chrysippus, étudié en 2003 dans la ripisylve, lié temporairement à la Scammonée de Montpellier (Cynanchum acutum) sur les bords de l'Aude, lors d'une migration caniculaire (A.Lopez,2003).
Vertébrés
Poissons Poissons d'eau douce typiques : l'Anguille toujours pêchée activement, le Joël ou Athérine (Atherina boyeri) qui se retrouve en eau salée, la Perche arc-en-ciel Lepomis gibbosus, la Carpe commune Cyprinus carpio, la Tanche Tinca tinca, la Brème commune, Abramis brama, le Brochet Esox lucius, le Sandre Sander lucioperca, les Silures,l'Épinoche.... L'absence de collaboration du pêcheur professionnel d'Anguilles n'a pas permis de compléter cette liste....
Batraciens Les Anoures. Le Pélobate cultripède Pelobates cultripes (CEN 2005) (Pelobatidae), crapaud très rare vivant dans les mares littorales des milieux dunaires et la Grenouille de Pérez Pelophylax perezi (CEN 2008) (Ranidae) sont deux espèces déterminantes.
Reptiles La Cistude d' Europe aurait été présente au siècle dernier (tout comme la tortue d'Hermann dans la Clape voisine) mais elle semble avoir disparu aujourd'hui...
Sur le pourtour de l'étang, le Lézard ocellé Timon lepidus CEN 2002 et deux Psammodromes, l'algire (Psammodromus algirus), espèce remarquable, et celui d'Edwards (Psammodromus hispanicus), taxon déterminant.
Oiseaux