Le musée archéologique Saint-Pierre, labellisé Musée de France, est un musée lapidaire français localisé dans l’ancienne église Saint-Pierre de Vienne (Isère), dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, près de Lyon. Il est un des cinq musées ou site de la ville de Vienne avec le musée des Beaux-Arts et d'Archéologie, le Musée de l'industrie textile, le Théâtre antique de Vienne et le cloître Saint-André-le-Bas.
Cette ancienne église, classée monument historique en 1862, est l'une des plus anciennes de France et l'un des rares monuments européens de l'Antiquité tardive encore en élévation. : elle est fondée à la fin du . Dédiée aux apôtres Pierre et Paul, c’est l’une des rares basiliques de l’Antiquité tardive en élévation. Son plan basilical et son abside avec remplois. de deux fûts de colonnes romaines gardent l’esprit de la construction originelle. centré|vignette|Église Saint-Pierre. Le musée est fermé pour rénovation depuis le 31 octobre 2022 et au moins jusqu'à fin 2027..
Histoire du musée
Origine du site vignette|gauche|Discobole, mosaïque des « athlètes vainqueurs ». L’ancien monastère Saint-Pierre est installé sur l’emplacement d’un ancien quartier antique situé dans l’angle sud-ouest de l’enceinte urbaine augustéenne.
Les fouilles menées, en 1966, place Saint-Pierre ont mis au jour des vestiges de plusieurs maisons romaines avec une architecture mixte de terre et de bois ainsi que des mosaïques datées entre le milieu du et le La mosaïque des « athlètes vainqueurs » exposée au musée de Saint-Roman-en-Gal y est trouvée.
Au , les maisons gallo-romaines abandonnées laissent place à une nécropole dans ce quartier.
De l'oratoire paléochrétien au musée archéologique Saint-Pierre La basilique funéraire des Saints-Apôtres, premier nom de l’église Saint-Pierre est édifiée au .
Elle regroupe un important groupe d’édifices religieux à vocation funéraire. Elle est transformée pour partie en monastère dès le et pour une autre partie en église paroissiale avant le avec l’église Saint-Georges.
Fondée au par l’évêque Mamert, l’église Saint-Pierre devient une abbaye au . Elle est utilisée comme basilique funéraire jusqu’au et a ensuite été, jusqu’à l’épiscopat de Léger, le lieu privilégié de sépulture des évêques de Vienne. gauche|vignette|Nef de l'église La nef est divisée en trois vaisseaux par de grandes arcades et un clocher-porche est édifié à l’entrée ouest ainsi qu'un portail au sud qui menait au cloître, aujourd’hui disparu. Le portail sud est orné de sculptures, d'une statue de Saint-Pierre et de deux chapiteaux allégoriques.
Le chevet reçoit un habillage polygonal. Le mobilier liturgique de l’époque carolingienne est abandonné et, en partie, remployé tel le chancel. Démonté, il a été remployé pour l’édification du clocher-porche.
Aux , la chapelle Notre-Dame, au plan en croix grecque, est remaniée : il reste des traces de peinture sur la voûte. Plusieurs chapelles, aujourd’hui disparues, sont aménagées. En 1780, l’ensemble de l’édifice est recouvert d’un décor de stuc et, cette même année, l’abbaye fusionne avec celle de Saint-Chef. En 1791, le culte est interdit et les chanoines dispersés.
vignette|upright|left|Lithographie de Schneyder par Jean-Marie Fugère.
La ville entre en possession de l’église en 1806 et y installe le premier musée municipal en 1809, grâce à la générosité de Pierre Schneyder, qui donne l’ensemble de sa collection archéologique à la ville de Vienne.
Vers 1860, une campagne de restauration est menée et le décor de stuc néo-classique est supprimé. Quelques années plus tard, des campagnes de fouilles archéologiques dans la nef, sous la direction d’Auguste Allmer, permettent la découverte de 124 sarcophages et de vestiges des aménagements liturgiques.
Les travaux durent, mais le lieu est utilisé comme dépôt lapidaire, avec des collections de sculptures, d’inscriptions auxquels s’ajoutent, plus tard, des mosaïques.
En 1862, l’ancienne église Saint-Pierre reçoit le titre de monument historique. Dix ans plus tard, la ville inaugure son Musée lapidaire.
Musée départemental d’histoire de Vienne Le musée archéologique, qui deviendra départemental, va être rénové et sa surface portée à , en regroupant les anciennes églises Saint-Pierre et Saint-Georges ainsi que la maison Boullu. À la suite du concours d'architectes organisé par le département, l'atelier Novembre de Paris a été choisi au printemps 2023, sur une proposition de structures contemporaines agencées autour des bâtiments anciens, avec des grandes verrières.
Un premier diagnostic archéologique préalable a été effectué par l'Inrap en 2022-2023 sur une zone très réduite et a mis en évidence de nombreuses sépultures du premier Moyen Âge. Un second de plus grande ampleur doit être réalisée de juin à septembre 2025, et peut-être déboucher sur des fouilles approfondies. C'est seulement après ces études que le chantier pourra démarrer.
Les collections
C’est à Pierre Schneyder que l’on doit la conservation du patrimoine viennois. Cet Alsacien, en route pour l’Italie, s’installe finalement à Vienne en 1761 et devient professeur de l’école royale de dessin. Il rassemble peu à peu une collection d’antiques et permet l’ouverture l'ouverture du musée en 1809, dans l’ancienne église Saint-Pierre, désaffectée par la Révolution française.
vignette|Le Temple d'Auguste et de Livie. gauche|vignette|Entrée du musée En 1822, le musée est transféré dans l’ancienne église Notre-Dame-de-Vie (l'actuel Temple d'Auguste et de Livie) avec la bibliothèque. Les collections s’enrichissent des destructions consécutives à la Révolution française. Un grand nombre de vestiges antiques provenant du palais archiépiscopal, des enceintes et du cloître de la cathédrale entrent dans les collections. La restauration de l’ancienne église Saint-Pierre, dans les années 1860, qui fait suite à celle du temple d’Auguste et Livie, permet l’installation définitive des collections lapidaires et leur présentation au public dès 1872. L'essentiel de la muséographie actuelle a été mise en place à cette occasion : les collections sont amoncelées de façon à renforcer l'architecture du lieu, sans souci de cohérence historique entre elles. Elles rythment l'espace de manière solennelle. Rebaptisé depuis musée archéologique Saint-Pierre, il présente des œuvres sculptées en pierre (calcaire et marbre) de l'Antiquité et du Moyen Âge.
Les collections lapidaires du musée archéologique Saint-Pierre sont présentées dans la nef et dans la chapelle Notre-Dame (sud-est) ; à l’extérieur sous le clocher-porche et aux abords de l’église Saint-Pierre. Elles présentent quatre types d’œuvres : les sculptures, des fragments sculptés d’architecture, des mosaïques et des inscriptions lapidaires.
Les sculptures antiques
Les portraits Dans la chapelle Notre-Dame une vitrine est consacrée aux portraits. Le visiteur pourra y découvrir, entre autres, le portrait de l’empereur Auguste, notable par sa perfection et la délicatesse de son modelé. La tête d'Auguste, provenant d'un haut relief, est l'un des meilleurs exemples de représentation du fondateur de l'empire conservé à l'heure actuelle. Un autre portrait de type impérial figure dans les collections : il s'agit de la seule représentation connue de l'usurpateur Magnence (en dehors des effigies monétaires) et elle est présentée dans l’abside.Deux autres portraits peuvent être rapprochés de figures impériales : l’un, à dimension colossale, rappelle les traits officiels de Septime Sévère et l’autre, un fragment trouvé lors des fouilles de l’Odéon, permet une identification à Néron grâce à la comparaison avec des monnaies à l’effigie de cet empereur.
Les dieux La statuaire du musée Saint-Pierre s’inspire d’œuvres classiques du monde gréco-romain et provient soit d’édifices publics soit de décor domestique (de domus et de jardins).La tête colossale de Junon accueille immédiatement le visiteur. Découverte en 1976 sur la colline Saint-Blandine, cette tête appartenait à une statue de près de cinq mètres de haut. Cette statue colossale coiffée de la stephané était probablement située dans la cella d’un temple. À la fois sœur et épouse de Jupiter, Junon symbolise le mariage et la fécondité.
La Tutela ou Fortuna (« celle qui veille sur la ville ») ou encore Tyché (en grec) de Vienne, déesse protectrice de la ville, est une copie de grande qualité d'un original hellénistique. Trouvée sur le site des thermes romains également appelés Palais du Miroir), et aujourd’hui situé à Saint-Romain-en-Gal, cette statue a été acquise par la ville de Vienne en 1954.
Apollon, appelé aussi Phœbus « le brillant », est le dieu grec de la clarté, de la raison, de la poésie, du chant et de la musique, capable de divination. L'Apollon archer du musée a été découvert en plusieurs fragments au fond d’un puits romain et appartenait probablement à la décoration du jardin d’une domus, la Maison de l’Atrium dans le quartier des Nymphéas. Le dieu est représenté sous les traits d’un jeune éphèbe aux cheveux longs, couronne de laurier sur la tête et esquissant un mouvement du bras droit pour saisir une flèche dans son carquois. Un serpent ondule à ses pieds évoquant sa victoire contre Python.
Apollon n’est pas très loin de sa sœur jumelle Diane. La statue, fragmentaire, représente Diane, déesse de la chasse et de la lune, dans une course rapide vers sa droite, course qui imprime un mouvement à la draperie de ses vêtements. Elle porte un chiton à manches, un péplos et une dépouille animale, certainement celle d’un cervidé. Elle fut trouvée en 1848, avec d’autres fragments qui laissent supposer la présence d’une maison à péristyle.
Dans la chapelle Notre-Dame, deux Vénus sont présentées : une copie en plâtre d’une Vénus accroupieVénus accroupie, dite de « Sainte Colombe », copie romaine du 1er ou 2nd siècle ap JC d’après un original du , marbre, H : 96 cm, Musée du Louvre, département des AGER , n° usuel inv.Ma.2240 dont l’original est au Louvre ainsi qu’un buste en marbre (Vénus pudica ?) du que l’on rapproche de l’Aphrodite Médicis et selon une autre hypothèse d’une Vénus anadyomène.
Autres statues vignette|300x300px|"Faune de Vienne" au musée du Louvre. Toujours dans l’abside, d'autres portraits de personnages de la mythologie sont également présentés, comme un faune dit « Faune de Vienne ». Trouvé dans la vallée de Gère en 1820, il est déposé au musée en 1821. Louis XVIII le réclame pour le déposer au Louvre ainsi qu'un Silène (satyre, père adoptif et précepteur de Dionysos). La statue d’un enfant à l’hydrie qui ornait probablement une fontaine, s’inspire d’un satyre tardo-hellénistique et appartient au cycle dionysiaque.
Les fragments sculptés vignette|Fragments à l'extérieur du musée Les fragments sculptés sont présentés en quantité et le musée regorge de nombreux vestiges de décors monumentaux urbains.
Dès l’entrée, le visiteur est accueilli par des fragments de grands reliefs ornés de griffons, appartenant probablement à des frises d’armes d’une porte.
Le relief aux cygnes, dont cinq éléments appartiennent à un même ensemble monumental, découverts à Vienne sur la colline Pipet sont à rapprocher du théâtre de Fiesole (Italie) où des cygnes aux ailes déployées en arrière tiennent dans leur bec des rubans retenant une guirlande. Les cygnes appartenant à la symbolique apollinienne ainsi qu'à celle du Principat, ils permettent l’hypothèse soit d’un temple dédié à ce dieu soit d’un édifice public. L’aigle, les cygnes, la corne d’abondance et les lauriers servaient l’iconographie impériale et de nombreux fragments sculptés présentés au musée portent ces motifs, dévoilant un syncrétisme religieux où une tête barbue Jupiter, dieu romain, fusionne à celle d'Amon, dieu égyptien.