Le Kronprinz Wilhelm est un paquebot allemand construit pour la Norddeutscher Lloyd (aujourd'hui Hapag-Lloyd) par les chantiers navals Vulcan de Stettin, en 1901. Il tient son nom du Kronprinz Guillaume de Prusse, fils de l'empereur allemand Guillaume II, et est un sister-ship du Kaiser Wilhelm der Grosse, ainsi que du Kaiser Wilhelm II et du Kronprinzessin Cecilie.

Il connaît une carrière variée, étant d'abord l'un des plus grands paquebots au monde, puis devenant un croiseur auxiliaire de 1914 à 1915 pour la Kaiserliche Marine, faisant des raids sur les navires de commerce pendant un an, puis se retrouvant bloqué aux États-Unis, à court de combustible. Quand les États-Unis entrent en guerre, il est saisi et sert de transport de troupes pour l'US Navy puis est retiré du service et rendu au United States Shipping Board, où il reste en service jusqu'à sa démolition en 1923.

Caractéristiques Le vaisseau était équipé de vingt-six compartiments étanches, divisés par un traversant longitudinal et seize transversaux. Il y avait 52 portes étanches dont 24 pouvaient être fermées du pont.

Le navire pouvait accueillir 775 passagers en Premiere Classe, 343 en Deuxième, et 770 en Troisième. L'hébergement le plus somptueux se trouvait dans les deux suites « Impériales » dont chacune était équipée d'une salle à manger, d'un salon, d'un chambre à coucher et d'une salle de bains.

thumb|Le salon du Premier Type à bord le SS Kronprinz Wilhelm Comme ceux de ses jumeaux, les intérieurs du Kronprinz Wilhelm étaient conçus par Johann Poppe. Il se servait du style Baroque Allemand, sa signature, à travers le vaisseau. La salle à manger à trois étages était la plus sompteuse des salles publiques. Elle pouvait accueillir 554 convives. Il se trouvait aussi dans la Premiere Classe des salons d'écriture et de lecture, d'enfants, de dactylographie, un fumoir et deux cafés.

Histoire

1901-1914 : paquebot allemand thumb|left|upright|Une affiche publicitaire colorée pour les quatre paquebots de la Norddeutscher Lloyd. Le Kronprinz Wilhelm est lancé le et entame son voyage inaugural le de Bremerhaven à New York via Southampton et Cherbourg. Il sert sur cette route jusqu'en 1914.

C'est alors l'un des plus gros paquebots en service dans l'Atlantique Nord. En , sous le commandement d'Auguste Richter, il remporte le Ruban bleu pour la traversée la plus rapide de Cherbourg à New York en un temps record de 5 jours, 11 heures, 57 minutes, avec une vitesse moyenne de 23,09 nœuds.

Durant cette période, nombre de personnalités internationales voyagent sur le Kronprinz Wilhelm, parmi lesquelles le réalisateur et producteur de théâtre Charles Frohman (1904), le chef d'orchestre Alfred Herz (1909), la ballerine Adeline Genée (1908), l'auteur et producteur musical Oscar Hammerstein, l'inventeur et auteur John Jacob Astor (1906) mort en 1912 sur le Titanic et le multimillionnaire, politicien et avocat Samuel Untermyer (1910).

Visite officielle de 1902 thumb|upright|Le prince Henri de Prusse et le président Roosevelt à New York, en 1902. En 1902, le prince Henri de Prusse, frère du Kaiser Guillaume II, effectue une visite d'État de Bremerhaven à New York où il est reçu par le président Theodore Roosevelt. Expert en communication, il utilise pour ce voyage le nouveau et impressionnant Kronprinz Wilhelm, sur lequel un grand nombre de journalistes peuvent l'accompagner, et non le yacht impérial SMY Hohenzollern. En même temps, 300 passagers et 700 Zwischendecker (passagers de troisième classe) font la traversée vers les États-Unis. C'est au cours de ce voyage qu'un nouveau capitaine entre en service sur le Kronprinz Wilhelm : Auguste Richter. Il commande ce navire jusqu'en .

1914-1915 : croiseur auxiliaire allemand thumb|Plan pour les passagers de première et de seconde classe, en 1908 En 1914, lorsque l'Allemagne entre en guerre, le Kronprinz Wilhelm se trouve dans l'ouest de l'Atlantique. Il est réquisitionné par la Kaiserliche Marine, et doit rencontrer le SMS Karlsruhe pour embarquer deux canons de , 290 lots de munitions de , une mitrailleuse, et 36 fusils ainsi qu'un officier et deux officiers non commissionnés. Il est transformé en croiseur auxiliaire. Le kapitanleutnant Paul Thierfelder — anciennement officier de navigation du Karlsruhe — en devient le commandant, et Grahn son premier officier.

La proximité du croiseur britannique HMS Suffolk abrège la rencontre, forçant les deux navires allemands à se séparer et à foncer dans des directions différentes. Le Kronprinz Wilhelm erre vers les Açores, arrivant le , et retrouve le navire allemand SS Walhalla au large de São Miguel.

Approvisionnement et entraînement Le Walhalla et le Kronprinz Wilhelm se tournent vers le sud des Açores, transférant du charbon du Walhalla au Kronprinz Wilhelm. On y apprend de représentants allemands à Las Palmas dans les îles Canaries qu'il n'y a plus de charbon disponible dans le voisinage des Açores et des Canaries. En conséquence, son commandant décide de se diriger vers la côte brésilienne, espérant y trouver des sources de charbon plus amicales envers l'Allemagne ou au moins un plus grand nombre de ports neutres dans lesquels abriter le navire s'il était incapable de s'approvisionner avec les navires capturés.

thumb|Le Kronprinz Wilhelm avec son armement. Pendant le voyage vers les Açores puis à la côte d'Amérique du Sud, le Kronprinz Wilhelm doit éviter tout contact avec des navires puisqu'il n'est pas prêt à partir en mission contre les navires de commerce alliés. Les canons doivent être installés et une cible pour l'entraînement doit être construite. L'équipage, surtout composé de réservistes et de civils, reçoit une rapide formation sur sa mission et la discipline navale. Un « équipage pirate » est sélectionné et entraîné aux techniques d'abordage des navires, à l'inspection de la cargaison et des documents, et à l'utilisation de charges explosives pour couler des navires capturés. Enfin, tous les membres d'équipage sont vêtus d'uniformes de marins.

L'équipage travaille avec fièvre pour se préparer et, le , les préparatifs sont quasiment terminés. À le soir suivant, le croiseur auxiliaire rencontre une cible, le navire britannique SS Indian Prince. Le navire marchand s'arrête sans même un tir. La mer agitée, cependant, repousse l'abordage à peu après le matin suivant. Les « pirates » trouvent une cargaison surtout composée de matériel de contrebande, mais avant de couler le navire, le commandant Thierfelder désire récupérer tous les équipements et le carburant possible. Le temps repousse le chargement à l'après-midi du . L'équipage et les passagers de lIndian Prince sont embarqués sur le Kronprinz Wilhelm vers 14 heures, et les deux navires commencent à se déplacer l'un à côté de l'autre. Le transfert du charbon continue dans la nuit du 8 au . Le matin suivant, les Allemands déclenchent trois charges explosives qui coulent l’Indian Prince. Le Kronprinz Wilhelm part ensuite au sud pour rencontrer quelques navires de ravitaillement allemands.

Le charbon, plus que tout autre facteur, apparaît comme la clé du succès de la mission du Kronprinz Wilhelm. L'espoir de trouver cette ressource le conduit en effet au large de l'Amérique du Sud, et les ressources de ce secteur le font rester dans cette zone. Il rencontre sa prise suivante le , quand il attaque le navire anglais La Correntina au large des côtes brésiliennes à la même latitude que Rio de Janeiro. Le jour suivant, les allemands montent sur le navire capturé et s'emparent du charbon et la viande congelée, transportent leurs prises à leur bord avant de couler le navire britannique.

Pendant les cinq mois suivants, le Kronprinz Wilhelm croise au large du Brésil et de l'Argentine. Les journaux alliés mentionnent souvent son naufrage, mais entre le et le , il capture (et coule généralement) quinze navires — dix britanniques, quatre français, et un norvégien — au large de ces côtes. Treize d'entre eux coulent à cause du Kronprinz Wilhelm ; un autre est sévèrement éperonné, et coule probablement des suites de cette collision.

Méthodes de capture Les navires sont généralement capturés soit par le Kronprinz Wilhelm qui les surpasse par sa taille et sa vitesse et leur ordonne de s'arrêter, puis y envoie des hommes, soit en faisant semblant d'être un navire en détresse (ou d'une nationalité alliée), leurrant ainsi sa proie. Les cibles sont généralement prises par surprise (certaines ne savent même pas que la guerre a été déclarée), et leur capitaine doit prendre une décision dans l'urgence : se rendre, fuir ou se battre. Puisque ces navires ne sont pas de taille en vitesse et ont peu ou pas d'armes, la reddition est souvent le seul choix possible. Le Kronprinz Wilhelm envoie des hommes pour fouiller sa proie. S'il n'y a rien de valeur ou d'ordre militaire, elle est relâchée et poursuit sa route. Si elle transporte une cargaison de valeur (ou de contrebande), ou est un navire de guerre ou susceptible de le devenir, l'équipage du Kronprinz Wilhelm transfère systématiquement tout l'équipage, les passagers et leurs bagages et autres cargaisons de valeur du bâtiment capturé au leur, charbon compris. Ils coulent ensuite le navire. Durant toutes les opérations, aucune vie n'est perdueAlfred von Niezychowski, The Cruise of the « Kronprinz Wilhelm », 1928..

thumb|upright|Le lieutenant Alfred von Niezychowski, auteur de The Cruise of the « Kronprinz Wilhelm », ouvrage sur ces 251 jours de chasse Il s'empare ainsi des navires suivants :

SS Highland Brae, Royaume-Uni ; gchooner Wilfred M., Royaume-Uni ; quatre-mâts barque Semantha, Norvège ; trois-mâts barque Anne de Bretagne, France ; SS Guadeloupe, France ; SS Tamar, Royaume-Uni ; SS Coleby, Royaume-Uni ; Schooner Pittan, Russie (libéré) ; SS Chasehill, Royaume-Uni ; SS Indian Prince, Royaume-Uni ; SS La Correntina, Royaume-Uni ; quatre-mâts barque Union, France ; SS Bellevue, Royaume-Uni ; SS Mont Agel, France ; SS Hemisphere, Royaume-Uni ; SS Potaro, Royaume-Uni.

Un succès potentiel lui échappe le lorsqu'il s'approche du croiseur auxiliaire britannique RMS Carmania, déjà touché lors d'un combat contre le croiseur auxiliaire allemand SMS Cap Trafalgar, ce dernier coulant peu avant son arrivée.

À la fin du mois de , le croiseur auxiliaire se rend au Nord pour rencontrer un navire de ravitaillement allemand à l'équateur. Il arrive au point de rendez-vous le matin du et croise dans la zone toute la journée. Le soir venu, il aperçoit son contact en compagnie de deux navires britanniques à 20 milles. Les chances de rendez-vous s'en trouvent donc réduites.

1915-1917 Finalement, le manque de charbon et une épidémie forcent le Kronprinz Wilhelm à faire route vers le port neutre le plus proche. La cause de cette épidémie est visiblement la malnutrition due au régime de l'équipage, constitué de bœuf, de pain blanc, de patates bouillies, de légumes en conserve et de margarine. Les seuls légumes frais sont ceux saisis sur les navires capturés et sont réservés au mess des officiers.

Le Perrenon, chirurgien du bord, aurait dit : Ce sont les premiers symptômes du scorbut.

Tôt dans la matinée du , il s'arrête près de Cape Henry (Virginie), et embarque un pilote. À ce matin là, l'ancre est jetée au large de Newport News, et la mission s'arrête là, après milles parcourus et tonnes de navires alliés détruits. Il y retrouve le Prinz Eitel Friedrich qui y a également été interné quelques jours auparavant. Le navire et son équipage sont internés, le navire aux chantiers navals de Norfolk à Portsmouth, et son équipage dans un camp proche, à titre d'« invités ». Pendant leur internement, les équipages bâtissent un village typiquement allemand avec des matériaux de récupération, « Eitel Wilhelm », qui attire de nombreux visiteurs.

1917-1919 : USS Von Steuben thumb|L'USS Von Steuben, en peinture de camouflage, à quai à New York, 28 juin 1918