Le Surréalisme contre la révolution est un essai de Roger Vailland paru en 1948 dans une période de réflexion où il écrit aussi d'autres essais comme Réflexion sur la singularité d'être Français.
Historique À propos de cet ouvrage, certains auteurs ont parlé d'essai, d'autres de pamphlet voir Les Lettres Françaises du décembre 2007, la présentation de l'édition Delga qui parle de pamphlet contre André Breton. Quoi qu'il en soit, c'est une page que Roger Vailland veut tourner et après, pour lui, il ne sera plus question de surréalisme. À peine dans Le Regard froid évoque-t-il le nom d'André Breton en faisant allusion à son passé. Max Chaleil écrira dans un article intitulé La transparence et le masque : C'est sa façon de tourner la page. Après son éviction du groupe surréaliste lors de la séance du , ce qu'on a parfois appelé 'l'affaire du bar du château', et son éloignement du 'Grand jeu', Vailland décide bon gré mal gré de tourner la page, écrivant à Jean Beaufret : Lettre à Jean Beaufret publiée dans les Écrits intimes
Comme le note Olivier Todd dans la préface, il y a une incompréhension fondamentale entre surréalisme et révolution, soulignée par les surréalistes eux-mêmes :
L'ouvrage est structuré de la façon suivante : - Prélude I et II; - Le temps du dérisoire; - L'activité surréaliste; - La tentation du communisme; - Le monde de la bombe atomique n'est pas dérisoire; - Les découvertes surréalistes; - Le maréchal et le surréalisme.
L'opposition entre Roger Vailland et André Breton est patente, au moins sur deux plans essentiels : La notion de désir déplaît à Vailland, heurte son caractère rationnel ; Le style de Breton, touffu, lyrique et parfois abscons, est à l'opposé du style classique de Vailland, clair et concis.
Résumé
Selon Vailland, le surréalisme, radical et contestataire dans les années trente, conspuant les Institutions, s'est embourgeoisé au point que Breton a accepté d'être publié dans le Figaro sans que personne chez ses amis n'y trouve à redire. Il pose cette fausse question : La relation avec Breton tourne à la polémique quand il écrit :
La thèse de Vailland est que l'évolution de la bourgeoisie, Les artistes ont tendance à 's'ostraciser', refusant les honneurs : c'est le temps du dérisoire. Le fossé se creuse entre les artistes officiels attachés au pouvoir et les véritables artistes qui sont rejetés, nouveaux parias, intouchables tels que les impressionnistes ou Dada.
Vailland analyse l'évolution de la société française depuis la Révolution, le rôle et la place de l'artiste dans cette société. Le surréalisme écrit-il Il pose les termes de deux révolutions, surréaliste et communiste, inconciliables, avec d'un côté les fils de la petite bourgeoisie qui et de l'autre côté Deux mondes irréconciliables.
Derrière cette analyse, c'est bien le jeune Vailland qui se profile, soit directement soit indirectement quand il fait allusion au journaliste tâcheron qui se force à écrire pour gagner sa vie. En littérature, au-delà du jeu de la vérité ou de l'humour noir, le surréalisme n'a produit aucune œuvre majeure et même sa référence, Ubu roi est antérieure au mouvement. Pas d'œuvres maîtresses à mettre à l'actif du surréalisme car
Dans cette société qu'ils rejettent, les surréalistes sont attirés par la dialectique marxiste. Dans les grèves et les manifestations, la pugnacité des communistes ne pouvait que séduire les fils de la petite bourgeoisie. Cette tentation du communisme a toujours été ancrée dans l'histoire du surréalisme. Sa revue a même troqué son nom d'origine par ce titre Le Surréalisme au service de la Révolution. Mais le communisme est bien autre chose pour l'homme : défier la nécessité, transformer sa condition. Les surréalistes eux, vivaient en marge des conflits sociaux.
Avec la guerre, il a fallu choisir : plus question d'être en marge, de rester neutre. Le dérisoire cher aux surréalistes n'était plus possible. Avec la guerre, les fils de la petite bourgeoisie ont connu eux aussi le monde dur des ouvriers et des paysans. Mais la plupart des nouveaux surréalistes sont restés en marge, comme André Breton, 'émigré' aux États-Unis pendant la guerre, ou étaient trop jeunes pour avoir subi cette épreuve.
Breton semblait vouloir rejoindre le réel, l'enjeu de la lutte n'était plus dérisoire, y compris contre la bombe atomique, mais selon Vailland, c'est la révolution qui n'a plus besoin du surréalisme. À un moment donné, il a été indispensable, par l'application de l'esprit scientifique à la remise en cause, par son goût de la poésie et de l'onirisme, sa volonté de privilégier la raison sur le sacré. Mais le scientifique est nécessairement un progressiste et, contrairement aux surréalistes, pas un homme en marge qui Car pense-t-il,
Vailland déplore que, même malgré lui, Breton fasse le jeu d'une bourgeoisie qui ne s'y trompe pas puisqu'elle lui ouvre les portes du Figaro, même s'il est en bas de page, sous un article consacré au maréchal Foch. C'est pourquoi il en conclut que Breton et le surréalisme étant contre le Parti communiste, incarnation de la révolution, ils sont nécessairement contre la révolution.
Notes et références
Annexes
Sources primaires Le Surréalisme contre la révolution, Éditions Sociales, collection Problèmes 1948 Réédité par les Éditions Complexe, avec une préface D'Olivier Todd, collection Le regard littéraire, Bruxelles, 1988 Réédité par les Éditions Delga avec une préface de Franck Delorieux, Paris, 2007 La Rupture avec Surréalisme et Grand jeu, Alain et Odette Virmaux, revue Europe, 1988
Bibliographie critique Article de Antoine Vincent Le 'Grand jeu' et le surréalisme Vailland Du révolté au révolutionnaire par Marie-Thérèse Siméon
Articles connexes
Le Surréalisme et l'après-guerre.
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