La période française de l'histoire de Belgique s'étend de l'occupation des Pays-Bas autrichiensLes Pays-Bas sont appelés « autrichiens » car ils sont dans le Saint-Empire une possession directe de la Maison d'Autriche, héritière de la maison de Bourgogne. et de la principauté de Liège en 1792 suivie de l'annexion de ces territoires par la France en 1795 puis à leur cession officielle à perpétuité à la France par l'empereur du Saint-Empire, ancienne puissance souveraineJules Delhaize, La domination française en Belgique, Bruxelles, 1909, tome III, : «Les articles 3 et 4 du traité de Campo-Formio consacrèrent enfin, au point de vue international, la réunion de la Belgique à la France. Voici ces articles. Art. 3 - Sa Majesté l'Empereur, Roi de Hongrie et de Bohême, renonce pour elle et ses successeurs en faveur de la République française, à tous ses droits et titres sur les ci-devant provinces belgiques, connues sous le nom de Pays-Bas autrichiens. La République française possédera ces pays à perpétuité, en toute souveraineté et propriété, et avec tous les biens territoriaux qui en dépendent»., lors du traité de Campo-Formio du , jusqu'à la chute de l'Empire en 1814.
La période française que connurent les territoires qui forment actuellement la Belgique est une époque charnière dans l’histoire de ce pays.
Chronologie 1789-1790 : les Pays-Bas autrichiens et la principauté de Liège se soulèvent contre leurs souverains respectifs ; 1790 : Période des États belgiques unis ; 1790-1792 : première Restauration impériale ; 1792-1793 : occupation française et première tentative d'annexion ; 1793-1794 : seconde Restauration impériale ; 1794-1795 : réoccupation française ; 1795-1799 : Directoire ; 1795 : annexion à la France des « neuf départements réunis » ; 1797 : l'empereur du Saint-Empire reconnait la cession de ces territoires à la France lors du traité de Campo-Formio et les cède à la République française qui possédera ces pays à perpétuité, en toute souveraineté et propriété, et avec tous les biens territoriaux qui en dépendentJules Delhaize, La domination française en Belgique, Bruxelles, 1909, tome III, : « Les articles 3 et 4 du traité de Campo-Formio consacrèrent enfin, au point de vue international, la réunion de la Belgique à la France. Voici ces articles. Art. 3 - Sa Majesté l'Empereur, Roi de Hongrie et de Bohême, renonce pour elle et ses successeurs en faveur de la République française, à tous ses droits et titres sur les ci-devant provinces belgiques, connues sous le nom de Pays-Bas autrichiens. La République française possédera ces pays à perpétuité, en toute souveraineté et propriété, et avec tous les biens territoriaux qui en dépendent». ; 1799-1805 : Consulat ; 1805-1814 : Premier Empire ; Janvier 1814 : occupation de la France par les Coalisés qui proclament « l'indépendance de la Belgique » et mettent en place un « Gouvernement provisoire de la Belgique » sous la tutelle de la Coalition ; Mars 1815 : lors du congrès de Vienne, les territoires des anciens Pays-Bas autrichiens et de l'ancienne principauté de Liège sont unis aux territoires de l'ancienne république des Provinces-Unies pour former un nouvel État européen le royaume des Pays-Bas (Regnum Belgicum).
Prémices
À partir de , les États belgiques unis et la république liégeoise s’effondrent devant les armées impériales.
La contre-révolution brabançonne avait été dominée par les courants les plus réactionnaires et cléricaux du pays ; dans l’espoir de leur plaire, Joseph II sacrifia, dans un esprit d’apaisement, la plupart de ses réformes progressistes à la restauration de l’ordre intérieur, sans toutefois parvenir à endiguer la contestation.
Dans la principauté de Liège, au contraire, le prince-évêque Constantin-François de Hoensbroeck poursuit une politique revancharde et réprime durement les Liégeois en promulguant un Édit fondamental () qui pousse les démocrates liégeois à rechercher un changement auprès de la France révolutionnaire.
Après l’échec de leurs révolutions, les restaurations, tant dans les Pays-Bas du sud que dans la principauté de Liège, furent de courte durée. En effet, depuis le printemps de 1792, la France est en guerre contre toute l’Europe conservatrice et les armées trouvent leur premier terrain de bataille dans les Pays-Bas méridionaux.
Les exilés liégeois et belges se rassemblent à Paris où ils constituent un Comité des Belges et Liégeois unis. Les Liégeois soutiennent la réunion de la principauté à la France, tandis que les Belges espèrent mettre en place une seconde tentative d'indépendance après l'infructueux essai de 1790.
Pour ce faire, ils bénéficient d'appui en France afin d'entretenir des troupes belges et liégeoises : l'Assemblée législative vote un crédit de livres dans ce but ; le général Dumouriez, ministre français des affaires étrangères et général en chef de l'Armée du Nord est favorable à une République belge indépendante ; le Liégeois Pierre Lebrun, membre du Comité, succède à Dumouriez au poste de ministre français des Affaires étrangères. L’Assemblée législative assure que :
La volonté affichée par la France à ce moment est « celle de la guerre de propagande et non d'annexion ». Robespierre écrit, le , dans le premier numéro du Défenseur de la Constitution :
Dans cette guerre proclamée défensive, libératrice et non-conquérante prendront place deux Légions belges et liégeoises.
La Première occupation et tentative d'annexion par la France (novembre 1792 - mars 1793)
Le , après le vote des députés de la Convention française, la guerre est déclarée au roi de Bohême et de Hongrie, François I.
L'armée française conduite par le général Dumouriez franchit la frontière des Pays-Bas autrichiens et met en fuite l'armée impériale, le lors de la bataille de Jemappes. Les Français entrent à Bruxelles le et poursuivent les Impériaux dans leur retraite, sur Louvain, Tirlemont, Liège et jusqu'à la Roer.
Le , même si la Constituante française avait déclaré dans un décret que la nation française renonce à entreprendre aucune guerre dans le but de faire des conquêtes, les troupes françaises occupent alors tous les États de Belgique.
Le général Dumouriez s'oppose aux commissaires de la République envoyés par la Convention en Belgique, dont Danton et Delacroix tous deux partisans d'une annexion pure et simple des territoires belges à la France
Cependant, l'annexion de la Belgique est réclamée par Danton le dans une déclaration à la Convention où il exprime la doctrine des frontières naturelles de la France : Les limites de la France sont marquées par la nature, nous les atteindrons des quatre coins de l’horizon, du côté du Rhin, du côté de l’Océan, du côté des Alpes. Là doivent finir les bornes de notre République.
Et à partir de , la République française intègre progressivement, via des décrets de la Convention, dans son territoire les provinces, villes, faubourgs et communes de l'État belgique, et cela toujours conformément au souhait du peuple souverain
En , l'armée française est vaincue à Neerwinden : les Impériaux réoccupent, avec l'assentiment du peuple belge, les « États belgiques » et replacent le prince-évêque de Liège sur son trône.
La seconde restauration impériale des Pays-Bas autrichiens commence...
La seconde occupation française (1794-1795)
vignette|La bataille de Fleurus.
À la suite de leur victoire à Fleurus, le , les troupes de la République française repoussent les troupes alliées (Saint-Empire, Royaume-Uni et Province-Unies) hors des Pays belgiques à l’issue de la bataille de Sprimont.
La réunion à la France (1795-1814)
En , Robespierre est renversé et la Terreur prend fin. La France, à la suite d’un vote de la Convention le 9 vendémiaire an IV (), annexe les Pays-Bas autrichiens, les principautés de Liège et de Stavelot et le duché de Bouillon le 4 brumaire an IV (). Le Comité de salut public avait approuvé une nouvelle division territoriale en neuf départements. Pour la première fois, une unification politique de l’espace belge était, à quelques exceptions près réalisée :
Entre 1796 et 1797, la guerre entre la France et le Saint-Empire se poursuit en Italie, l'armée française commandée par le jeune Bonaparte repousse les Impériaux, à la suite notamment des Batailles du Pont d'Arcole et de Rivoli. Le Saint-Empire signe le traité de Campo-Formio qui met fin à la guerre franco-impériale et où elle cède à la France les Pays-Bas méridionaux.
Réorganisation territoriale
Les principautés belges sont réorganisées en neuf départements correspondant à peu près aux anciens États des Pays-Bas autrichiens et de la principauté de Liège, même si certains furent créés ex nihilo (comme ceux de la Meuse-Inférieure et de l'Ourthe, conséquences du démembrement de l'ancienne principauté de Liège). Cette division administrative est conservée jusqu'à aujourd'hui.
Réorganisations des institutions et libertés fondamentales vignette|gauche|Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen. La Belgique connaît à ce moment l'ensemble des institutions de la Révolution française : administration, Code Napoléon, imposition, justice reformée…
Elle bénéficie également de la reconnaissance des « libertés fondamentales » inscrites dans la déclaration des droits de l’homme et du citoyen : « la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression » ; la liberté religieuse, la liberté de la presse, l’égalité de tous les citoyens devant la loi et dans l’accessibilité aux emplois publics, l’émancipation des juifs et des femmes (l’un des acquis renforça les droits nouveaux reconnus à la femme : l’égalité successorale se substitua aux coutumes les plus variées, au droit d’aînesse et à l’exclusion fréquente des filles) etc.
L’annexion à la France signifia aussi la suppression définitive de l’Ancien Régime et son système social fondé sur la division en ordres juridiques, qui « avantageait outrancièrement les gens de bonne naissance ».
À la différence de la plupart des régions d’Europe conquises par la République et l’Empire, ces droits ne seront jamais remis en question en Belgique après le départ des Français en 1815.
Laïcisation de la société
En 1797, l'Université de Louvain, comme les autres universités de la République, fut supprimée pour faire place à un nouveau système d'enseignement, des églises furent pillées, les ordres religieux, dont certains l'avaient déjà été sous l'Ancien Régime par l'empereur Joseph II, furent supprimés et les prêtres réfractaires persécutés jusqu'au Concordat en 1801.
Mais la liberté de religion, reconnue par la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, accéléra la séparation de l'Église et de l'État.
Les neuf départements réunis bénéficièrent de la laïcisation des services publics (notamment des hôpitaux), des lois sur la sécularisation du mariage, de la légalisation du divorce et de la création de l’état civil.
Développement économique vignette|Lancement du Friedland le à Anvers, en présence de Napoléon.
Jusqu'à l'instauration du consulat en 1799, la période française fut pour les Pays-Bas méridionaux un désastre économique : le port d'Anvers, par exemple, connut une paralysie notable et la pression fiscale s'accrut.
Ensuite, le bassin houiller wallon fait sa révolution industrielle et devient une des régions les plus prospères d'Europe : l'industrie belge et liégeoise souffrait jusqu'à l'annexion française du protectionnisme des Provinces-Unies, de l'Angleterre et de la France ; mais aussi des multiples barrières douanières entre les petites principautés belges. L'intégration à la France fait disparaître ces frontières intérieures et ouvre la production wallonne à l'énorme marché intérieur français. L'éradication, sur le continent européen, des produits britanniques provoque également un fort enrichissement des industries wallonnes.