L’allégorie de la Victoire (en latin Victoria) est l’équivalent romain de la Nikê grecque et personnifie la victoire.

Elle est le plus souvent représentée par une déesse ailée, vêtue d’une longue robe romaine et nu-tête, portant des signes de pouvoir et de gloire capables de guider les héros pendant leurs exploits. Elle tend généralement une couronne de laurier, emblème de victoire qu’elle est censée offrir au vainqueur. Elle peut aussi tenir une palme, insigne du gagnant dans les compétitions sportives et les jeux du cirque. On la représente aussi élevant des trophées, ou gravant sur un bouclier les exploits des guerriers.

Les Romains en firent des statues pour décorer leurs monuments et commémorer leurs victoires, et aussi des statuettes. Ce style de figuration de la Victoire fut repris par des sculpteurs ou des peintres à partir du , à l’imitation du modèle antique.

Le culte de la Victoire dans la République romaine

Le culte de la Victoire à Rome remonte aux religions italiques : la Vacuna des Sabins, encore populaire au début de l'Empire, interprétée par les Romains tantôt comme une déesse mère et protectrice des champs (Cérès), tantôt comme une divinité chasseresse et protectrice des bois (Diane), tantôt comme une déesse guerrière (Minerve, Bellone), était considérée comme une Victoire indigène, protectrice d'un sol et d'un peuple. Dès la fin de la République, le plus grand théologien de l'époque de César, Varron, identifie Vacuna à Victoria ; des autels de Vacuna portent comme motifs d'ornementation la palme et la couronne, attributs ordinaires de Victoria ; enfin Denys d'Halicarnasse, sans nommer Vacuna, déclare que la Victoire était fort honorée en Sabine et cite comme l'un des principaux sanctuaires de la déesse une île du lac sacré de Cotiliae ; la Vica Pota des Latins, qui possédait encore un temple dans la Rome impériale, passait de même pour être une Victoire : Aedes Vicae Potae, dans Tite Live, aedes Victoriae, chez un grammairien du temps de Néron, désignent le même temple, situé au pied de la Velia. Selon la tendance de la religion romaine à qualifier la divinité par chacun de ses actes, Vica Pota aurait signifié à la fois la victoire et la puissance qui résulte de la victoire (vincere-potiri) ; telle est du moins l'étymologie que Cicéron donne de ce vocable ; une autre antique déesse du Latium, Vitula ou Vitellia, aurait symbolisé les réjouissances qui suivent la victoire (vitulari).

Theodor Mommsen considère que la Victoria des Romains vient de la fusion de ces divinités italiques. Les Romains eux-mêmes considéraient Victoria comme une des plus anciennes divinités de leur religion nationale. Une légende montre Romulus, après la défaite des Camériens, faisant placer dans le temple de Vulcain un quadrige de bronze et sa propre statue, que couronne la Victoire. D'après une tradition que rapporte Denys d'Halicarnasse, Évandre avait lui-même consacré un autel à Victoria sur le Palatin ; on y offrait encore chaque année, au temps de Denys, le sacrifice institué par ce roi fabuleux.

C'est seulement en 294 qu'apparaît pour la première fois dans l'histoire un culte officiel de Victoria. Cette année-là, le consul L. Postumius Megellus, avant de quitter Rome pour aller combattre les Samnites, dédia un temple à la déesse. Il en avait fait entreprendre la construction pendant l'année de son édilité curule, avec le produit des amendes. Tite Live, qui n'indique pas à quelle occasion ce temple fut fondé, n'en précise pas non plus l'emplacement, mais il s'agit sans doute de l’aedes Victoriae in Palatio, où fut provisoirement déposée, en 204 , la pierre noire de la Mère des Dieux Idéenne et qui donna son nom au Clivus Victoriae. Dès cette époque, l’influence de la Nikê hellénique est très vraisemblable : déjà s'élevait au Forum une statue de la Victoire, comme on en voyait dans les villes grecques (parmi les prodiges survenus avant la bataille de Sentinum en 295 , on signale qu'elle tomba de son piédestal). D'autre part certaines monnaies, dites romano-campaniennes, qui portent au revers une Victoire ailée, avec l'inscription « ROMANO », datent de la période comprise entre les années 342 et 286 : elles ont été frappées par les généraux de Rome qui dirigeaient la guerre contre les Samnites.

Vers le milieu du , l'influence grecque devient encore plus manifeste. La Victoire couronnant un trophée donne son nom à une éphémère catégorie de monnaies romaines d'argent imitées de la drachme, le victoriat, dont elle orne le reversZehnacker Hubert. Aperçus de numismatique romaine (I). In: Vita Latina, N°127, 1992. p. 4, note 3 . En 217 , après la bataille de Trasimène et en signe d'heureux présage, le roi de Syracuse envoyait à Rome une Victoire d'or, du poids de 220 livres : le Sénat la fit dédier sur le Capitole dans le temple de Jupiter Optimus Maximus. Une statue de la Victoire surmontait le fronton du temple de la Concorde, dédié en 216 ; d'autres Victoires étaient disposées en antéfixes. En 195 , le consul Caton l'Ancien, sans doute pendant son expédition d'Espagne, fit vœu d'élever une chapelle à la Victoire Vierge : il dédia l'édicule deux ans après, sur le Palatin, dans le voisinage même du temple de la Victoire. Aussi bien les deux cultes palatins de Victoria et de Victoria Virgo furent-ils naturellement associés : on célébrait le même jour, qui était le  août, les deux anniversaires de leur fondation. Le petit-fils et l'arrière-petit-fils de Caton l'Ancien eurent à cœur de rappeler sur leurs monnaies ce pieux souvenir : ils y ont fait figurer, associée à la figure de Rome, une Victoire assise tenant une palme et tendant une patèreLe type des Victoires assises est très rare : c'est celui de Térina-Nikè. Si donc l'effigie numismatique reproduit la statue de culte, cette Victoria Virgo ne dériverait-elle pas des Nikès de l'Italie du Sud, identifiées aux déesses Poliades qui sont les Nymphes éponymes, plutôt que de la Vierge guerrière et victorieuse des Grecs, Athèna Partiténos Nikè? La légende « ROMA VICTRIX » semble confirmer cette hypothèse. En même temps qu'à Rome, le culte de Victoria se développait dans l'Italie centrale ; deux dédicaces, dans le pays des Marses, remontent à la fin du ou au début du  siècle..

Au dernier siècle de la République, les relations de Rome avec l'Orient grec ont exercé sur le culte de Victoria une influence décisive. Déjà en 197 , le conquérant de la Macédoine, T. Quinctius Flamininus, avait fait frapper un statère d'or à son effigie et à celle de la Victoire stéphanéphore, imité d'un type monétaire d'Alexandre et des rois macédoniens, dont il se prétendait le successeur. Adoptant une tradition des rois d'Orient qu'ils ont vaincus, Sylla et Pompée se font représenter couronnés par la Victoire. Metellus, revêtu de la robe triomphale, se fait couronner par des Victoires que meuvent des machines. Quand César érige au Capitole une statue de Marius, il l'entoure de Victoires portant des trophées, comme on avait fait pour Sylla, de même que l'Asie hellénistique associait les images des rois vainqueurs et de Nikè tropéophore. En 46 , pendant une procession précédant des jeux, on promène côte à côte la statue de la Victoire et celle du futur dictateur. Rome et l'Italie suivaient l'exemple des villes d'Asie, qui dressaient les statues des imperatores romains dans leurs temples de Nikê.

Les jeux en l’honneur de la Victoire sont fondés à Rome à l’instar des Nikaia et des Nikephoria : les Ludi Victoriae Sullanae : Sylla les institue en 82 pour commémorer sa victoire de la Porte Colline. Inaugurés dès l'année suivante par le préteur Sextius Nonius, neveu du dictateur, et célébrés encore avec éclat sous Auguste, ils duraient sept jours, du 26 octobre au  novembre. Ils n'existaient plus au , et sans doute depuis longtemps. les Ludi Victoriae Caesaris : en 46 , César crée de nouveaux Jeux de la Victoire. Il les avait promis à Venus Genetrix avant la bataille de Pharsale. Confiés d'abord aux soins d'un collège gentilice, pris ensuite à charge par l'État et célébrés par les consuls eux-mêmes, ces Jeux duraient onze jours, du 20 au 30 juillet ; ils ne survécurent guère, ce semble, à la dynastie julio-claudienne.

Les dénominations de Victoria Sullana, Victoria Caesaris, n'étaient pas seulement destinées à établir des distinctions nécessaires ; elles correspondent à une idée religieuse que les Romains empruntèrent également aux traditions des royaumes hellénistiques A la personnalité de l'imperator, comme à celle du roi désormais allié ou ennemi de Rome, reste attachée une Victoire qui lui est propre et qui représente sa puissance victorieuse. Il y a donc les Victoires personnelles de Sylla, de Marius, de Pompée, de Jules César, de Cassius, d'Octave, comme il y avait celles d'un Antiochus, d'un Mithridate ou du roi des Parthes. Elles manifestent la présence de leur divinité par l'heureux succès des batailles et au besoin par des prodiges, dont la fréquence même atteste l'importance nouvelle que prend le culte de Victoria. Chacune d'elles est plus spécialement symbolisée par une petite Victoire en or (Victoriola aurea), qui accompagne le général aux armées et qu'il fait porter auprès de lui par un soldat dans toutes les pompes et cérémonies. Cette Victoire fétiche reproduit le type des figurines d'or qui sont posées sur la main des divinités nicéphores. « Si les dieux nous tendent ainsi la Victoire, c'est pour nous l'offrir », disait plaisamment Denys de Syracuse, et il s'emparait des statuettes. À vrai dire, chaque fois qu'il s'appropriait la Victoire tenue par un dieu, il croyait augmenter sa force de vaincre. Quant aux rois d'Asie, qui s'intitulent « Dieu Nicéphore Épiphane », Nikê est un de leurs attributs divins. Les généraux de la République, même lorsqu'ils acceptent des temples en Orient, ne peuvent être considérés que comme des favoris des dieux. Sylla prétend être sous la protection spéciale de Jupiter, de Bellone et de Vénus, divinités qui détiennent et donnent la victoire. Jules César identifie sa propre Victoire à celle de Vénus, divine ancêtre de la gens Julia ; sur ses monnaies, la Victoire reste entre les mains de Vénus Victrix. Mais déjà les monnaies d'Auguste montrent le prince, assis sur la chaise curule, avec le geste et l'attribut d'un dieu nicéphore. Un relief sans doute célèbre, que reproduit un vase d'argent du trésor de Boscoreale, sert de transition : Auguste y reçoit des mains de Vénus, accompagnée de la déesse Rome et du Génie du Peuple Romain, l'hommage d'une statuette de la Victoire.

Le culte de la Victoire dans l’Empire romain La victoire, déesse tutélaire de l’Empire