right|thumb|upright=1.2|La police municipale et la Garde républicaine escorte la Cavalcade du Bœuf Gras, rue Secrétan, le . Le Carnaval de Paris qui est jadis, entre autres la fête des femmes de Paris, la fête des enfants ou des artisans de Paris est aussi de facto la Fête de la police de Paris.
Le Lieutenant général de police puis le Préfet de police de Paris ont protégé le Carnaval.
Cet aspect peu connu de l'histoire de Paris est attesté au moins depuis le .
Au
Les sergents du Châtelet, police dépendant de la prévôté« Ces hommes, exécutants du prévôt et gardiens de l'ordre sur la voie publique, apparaissent étroitement mêlés à la vie quotidienne du petit peuple parisien. Cette connaissance étroite de la rue développe une sociabilité singulière où les sergents sont, tour à tour, sollicités d'intervenir pour restaurer la paix sociale et contestés pour exercer une autorité jugée brutale voire arbitraire par leurs administrés. L'institution encore mal stabilisée contrôle imparfaitement ces agents d'exécution aux mœurs quelquefois violentes, dont le pouvoir d'initiative reste grand. Les sergents qui paradent dans la capitale investis d'une force symbolisée par le bâton (ce sont “les sergents à verge” du Châtelet) sont à la charnière de la justice et du crime. » Valérie Toureille, Les sergents du Châtelet face à la criminalité parisienne à la fin du Moyen Age . défilent habituellement à Paris le Mardi grasIl serait intéressant de connaître la date exacte où cet usage s'est établi.. En 1558, le roi Henri II, durant la onzième année de son règne, supprime cette participation de la police parisienne à la liesse du Carnaval en reportant le défilé au lendemain de la Trinité. Pour mieux faire passer cette mesure qui éloigne la police du Carnaval, il y ajoute un banquet offert à l'issue du défilé à tous les gens du Châtelet« Les sergents du Châtelet défilent au Mardi Gras, et ils sont l'objet des quolibets des spectateurs. Henri II, en 1558, reporte au lendemain de la Trinité ce défilé, à seule fin de limiter les offenses à l'autorité. Le défilé s'achèvera par un banquet offert à tous les gens du Châtelet. » Jean Favier, PARIS – Deux mille ans d'histoire, Arthème Fayard éditeur, Paris 1997..
Au thumb|upright|En 1772, le Lieutenant général de police Antoine de Sartine finance les mascarades parisiennes. Au , le libraire parisien Siméon-Prosper Hardy tient son journal, intitulé Mes Loisirs, ou Journal d'événemens tels qu'ils parviennent à ma connoissance. Hardy n'aime ni le Carnaval de Paris, alors très grand, ni la police. Il écrit à la date du :
Le , Hardy écrit :
Et le :
La police, le Lieutenant général de police aiment et soutiennent le Carnaval. Il n'en est pas de même de la municipalité thumb|304px|L'interdiction du Carnaval de Paris en février 1790 rapportée par Les Révolutions de Paris, dédiées à la Nation. qui, l'année d'après, en 1790, va interdire le Carnaval. À l'époque, l'abbé Mulot, partisan de cette interdiction expliquera qu'une raison d'interdire cette fête et qu'à cette occasion la police de Paris en profite pour financer les mascarades afin de tromper le roi pour qu'il croie que le peuple est heureux !
En , la publication intitulée Les Révolutions de Paris, dédiées à la Nation invoque également ces arguments pour justifier l'interdiction de la fêteLes Révolutions de Paris, dédiées à la Nation, semaine du 6 au 13 février 1790, page 33. Voir le fac-similé de ce texte reproduit sur la base Commons. : Le département de la police a défendu les mascarades, d'après la demande de plusieurs districts, sur le territoire desquels les masques se portent ordinairement en foule. Il est même défendu d'étaler, de vendre et de louer des masques et habits de masques. La sureté publique exige, pour le moment, toutes ces précautions, qui doivent peu nous affliger. Un peuple libre doit avoir d'autres plaisirs qu'un peuple d'esclaves. C'était pour nous étourdir sur notre misère réelle et sur notre honteuse servitude que l'ancienne police payait tous les ans au carnaval cette foule de mouchards qui couraient les rues en mascarades, dont on ne manquait pas de faire le détail au monarque, pour lui prouver que le peuple était riche et content.
Au thumb|right|En 1805, un artiste : le Secrétaire général de la Préfecture de police Pierre-Antoine-Augustin de Piis restaure la promenade du Bœuf Gras(musée de la Révolution française). La Préfecture de police naît en 1800. Son premier Secrétaire Général de la fondation jusqu'en 1815 sera le poète, chansonnier, vaudevilliste Pierre-Antoine-Augustin de Piis. C'est un joyeux luron fondateur en 1792 avec son ami et collaborateur Pierre-Yon Barré du Théâtre du Vaudeville rue de Chartres-Saint Honoré. De Piis était chansonnierIl n'est pas le seul haut fonctionnaire de police français impliqué dans la chanson. On peut citer également le Préfet de police de Paris de 1831 à 1834 Henri Gisquet, membre de la Société du Caveau et, plus près de nous, le Préfet Louis Amade, qui fut parolier de Gilbert Bécaud et Édith Piaf.. Il venait chanter à la très célèbre goguette des dîners du Vaudeville fondée en 1796 par son ami Barré. Il fut également, en 1806, membre fondateur d'une autre célèbre société chantante : Le Caveau moderne. Dans celle-ci, une punition consistait à devoir boire en public un verre d'eau. Une vitrine est consacrée à de Piis au Musée de la Police, dans l'Hôtel de Police du arrondissement de Paris.
Après huit années d'interdiction régulièrement renouvelée, le Carnaval de Paris redémarre en trombe en 1798. Bals, mascarades sont au rendez-vous, mais le cortège carnavalesque parisien du Bœuf Gras reste absent.
En l'an XIII de la République, le 4 ventôse, soit le , deux jours avant qu'il ressorte pour la première fois depuis 1790, le Bœuf Gras est autorisé. Son cortège est décrit en détail par une Ordonnance de police signée par le baron Dubois, Préfet de Police. Cependant les historiens s'accordent pour attribuer en fait la paternité de cette Ordonnance au facétieux de Piis.
Le Bœuf Gras va prendre une ampleur gigantesque au , sortant plus de soixante-dix fois il deviendra de facto la Fête de Paris dans le cadre de l'alors très grand Carnaval de Paris.
Ses poèmes et pièces de théâtre aujourd'hui oubliés, la renaissance du Bœuf Gras aura été la plus durable et prestigieuse réalisation artistique du haut fonctionnaire de Police et poète De Piis.
Vingt-quatre ans après la renaissance du Bœuf Gras en 1805, une note manuscrite concernant le budget de la Préfecture de police pour l'année 1829Le Préfet de police est à l'époque Louis-Maurice Debelleyme. nous apprend que celle-ci a versé et « pour solde des frais du bœuf gras ».
Un commentaire accompagne cette note :
Un ouvrage paru en 1860Émile de Labedollière, Le Nouveau Paris, Gustave Barba Libraire Éditeur, Paris 1860, page 229. parlant de la promenade du Bœuf gras relève que :
Au début des années 1860, le Préfet de Police Boittelle bataille pour la défense de la subvention du Bœuf Gras. Il écrit, le à M.M. Les Membres du Conseil Municipal de la Ville de Paris :
Le crédit additionnel est voté dès le lendemain.
Le , le Préfet de police écrit au Ministère de l'Intérieur pour le prier d'approuver cette décision.
Une semaine plus tard, le , le Chef de la Division, Bureau (subdivision administrative qui est également mentionnée en haut des lettres signées à l'époque par le Préfet de Police), écrit une lettre :
Il précise que : « Cette homologation (du crédit pour le Bœuf gras par le Ministre) donnant lieu à un conflit d'attributions, et pouvant par conséquent se faire attendre quelque temps, Mr de Bullemont est prié de vouloir bien examiner si on ne pourrait pas payer de suite le boucher destinataire au moyen d'une avance de caisse. »
Un post-scriptum précise : « Le boucher destinataire est Mr. Flechelle rue Gaillon N.°18. »
Ce très riche boucher était célèbre à Paris à l'époque.
Le , le Préfet de police écrit à nouveau à « Messieurs les Membres du Conseil Municipal » :
Parallèlement est préparée une copie conforme de la même lettre, magnifiquement calligraphiée avec pour en-tête en gros caractères : « A Messieurs les Membres du Conseil Municipal de Paris ». Elle est destinée à la Comptabilité et ne porte pas encore de date précise : « Paris, le ».
Sur cette copie conforme signée par le Secrétaire général de la Préfecture de police, une main anonyme a ajouté en haut à gauche, au crayon : « rien à faire – Classer. »
Le , le Préfet de police écrit à « M. le Président, et Messieurs les Membres du Conseil municipal » :
Une semaine plus tard, le , la somme demandée est votée par le Conseil Municipal de la Ville de Paris.
Le mardi Gras , la troupe musicale et costumée des 64 étudiants espagnols de l'Estudiantina Espagnola triomphe dans Paris. Le préfet de police Albert GigotVoir la notice biographique d'Albert Gigot. sur le site de la Société française d'histoire de la police. les invite à la Préfecture de police pour les écouter, puis les envoie se produire dans le bâtiment voisin du Tribunal de commerce :
En 1882, la tradition carnavalesque de la police parisienne continue et le Bœuf Gras est toujours aussi apprécié par le Préfet de police. À l'époque, le cortège carnavalesque a disparu depuis 1870, soit douze années. Un article du journal Le Radical accuse le Préfet de Police Camescasse d'avoir fait, par des tracasseries administratives interdire le Bœuf Gras. thumb|right|En 1896, le Préfet de police Louis Lépine soutient le Bœuf Gras. Au Cabinet du Préfet, cet article, à la différence d'autres découpés dans la presse, a été soigneusement collé sur une feuille de papier. Une main a ajouté rageusement en marge, au crayon rouge : « Je n'ai jamais interdit le Bœuf gras »
La popularité du Carnaval de Paris dans la police est connue des journalistes. Le samedi , dans le Supplément illustré du Petit Journal, Simon Levral commence ainsi sa chronique hebdomadaire :
Cette même année est créée la Reine des Reines de Paris avec un cortège central pour la Mi-Carême. La Reine des Reines sera reçue solennellement chaque année et jusqu'en 1914 à l'Hôtel de Ville, l'Élysée et la Préfecture de police.
En 1893, les étudiants du Paris rejoignent le cortège de la Mi-Carême. L'année d'après, « M. le Commissaire de Police du Val-de-GrâceLe « Commissaire de Police du Val-de-Grâce » est à l'époque l'un des quatre Commissaires de Police que compte le arrondissement de Paris. L'organisation administrative de la police de Paris établie en 1860 place la police de chacun des 20 arrondissements sous le commandement d'un Officier de Paix ayant sous ses ordres quatre Commissaires de Police, un pour chaque quartier de l'arrondissement. À ces 20 Officiers de Paix et 80 Commissaires de Police s'ajoutent 2 Commissaires aux Délégations Spéciales et Judiciaires. (Émile de Labédollière, Le Nouveau Paris, Gustave Barba Libraire Éditeur, Paris 1860, page 329). » fait partie des principaux souscripteurs pour le financement de la cavalcade carnavalesque étudiante. Il verse 10 francsSource : État comparatif des comptes des deux premières Cavalcades (étudiantes), 1893 et 1894, document imprimé conservé dans les Dossiers Actualités Carnaval de la Bibliothèque historique de la ville de Paris..
En 1896, quand la Promenade du Bœuf Gras reparaît après vingt-cinq ans d'interruption, c'est au tour du célèbre Préfet de police Louis Lépine de souscrire de sa cassette personnelle de 200 francs pour le BœufSource : coupure de presse conservée dans les Dossiers Actualités Carnaval de la Bibliothèque historique de la ville de Paris..
Pour accueillir son cortège, le , le préfet de police se met en Carnaval.
L'Intransigeant écrit à ce proposD. Massoneau La Promenade du bœuf gras, A l'Hôtel de Ville, L'Intransigeant, 18 février 1896, page 2, . Voir l'article reproduit sur la base Commons et son début reproduit sur la base Commons. :