Giovanni Bellini dit Giambellino et, en vénitien, Zambellin (né à Venise, entre 1425 et 1433 - Venise, ), est un peintre italien de la Renaissance, citoyen de la république de Venise, considéré comme le précurseur de l'école vénitienne, dont l'œuvre marque la rupture définitive avec le style gothique, par son attachement à la rigueur géométrique, à travers des peintures qui effacent la différence entre monde sacré et profane.
Fils de Iacopo Bellini (1400-1470), Giovanni Bellini incarne avec un talent extraordinaire l’esprit de la Renaissance italienne, mais toujours d’une manière adaptée aux traditions et aux goûts du milieu local.
Il a travaillé sans interruption pendant soixante ans, toujours aux plus hauts niveaux, en transportant la peinture vénitienne, qui était pour lui un point de référence fondamental, à travers les expériences les plus diverses, de la tradition byzantine aux voies padouanes pénétrées par Andrea Mantegna, depuis les leçons de Piero della Francesca, Antonello de Messine et Albrecht Dürer, jusqu'au tonalisme de Giorgione. Dans ses œuvres, Bellini a su traiter tous ces stimuli en se renouvelant continuellement, mais sans jamais trahir le lien avec sa propre tradition, la valorisant même et en faisant un point fort .
Biographie Bien que déjà considéré comme une figure exceptionnelle par ses contemporains, Giovanni Bellini est rarement mentionné dans les documents et sources de l'époque, avec des périodes entières obscures dans sa biographie et de nombreuses œuvres, même capitales, qui échappent à un classement définitif en raison de la rareté des informations documentées qui nous sont parvenues .
Origines La date exacte de naissance de l'artiste n'est pas connue et a longtemps fait l'objet de controverses chez les historiens de l'art, les estimations variant entre 1425 et 1440. Il est le fils de l'artiste vénitien établi Iacopo Bellini, peut-être le deuxième ou le troisième. Giorgio Vasari dit qu'il est mort à quatre-vingt-dix ans en 1516 ; il serait donc né en 1426. Mais le grand historien florentin, loin d'être étranger à ce type d'erreur, surtout pour les artistes qui ne sont pas ses contemporains, est contredit par un document du testament de la mère de Bellini, Anna Rinversi des Marches, rédigé à l'occasion de la première naissance, qui est datée seulement en 1429. Les sources contemporaines de Giovanni Bellini sont incomplètes quant à l'identité du fils aîné de la famille : Gentile est plus âgé que Giovanni, mais l'aînée pourrait aussi être une fille, Nicolosia, qui épouse plus tard Andrea Mantegna, ou un quatrième frère Niccolò, redécouvert seulement en 1985 par Meyer Zu Capellen. La nouvelle interprétation d'un acte notarié daté de 1440 vient confirmer son hypothèse. Par conséquent, la date de naissance de Giovanni ne peut pas se situer dans les années 1420 et devrait probablement être placée vers 1430, voire plus tard.
La question de la légitimité ou non de Giovanni en tant que fils du couple se pose aussi. Il est généralement indiqué comme fils naturel, donc né du père hors mariage avec une autre femme, ou d'un mariage antérieur à celui avec Anna, sur la base du document testamentaire d'Anna Rinversi daté de , lorsque, déjà veuve de Jacopo, elle ordonne que ses biens soient envoyés à Niccolò, Gentile et Nicolosia. L'absence de mention de Giovanni a été expliquée par Fiocco (1909) comme une preuve de la naissance différente du quatrième enfant, qui n'est cependant pas étayée par d'autres preuves et que les critiques ultérieurs ont prise en compte avec beaucoup de prudence. Cependant, en 2013, Daniel W. Maze, en retournant aux sources, a avancé l'hypothèse que Giovanni était non pas le fils mais le demi-frère de Jacopo Bellini, fils de Nicolo Bellini, et donc oncle de Gentile. D'après lui, Giovanni serait ainsi né entre 1425 et 1428 et aurait été adopté par son demi-frère, Jacopo.
Jeunesse
Débuts artistiques vignette|redresse|Saint Jérôme dans le désert, v. 1455, tempera sur panneau, Barber Institute of Fine Arts, Birmingham. La période des débuts artistiques de Giovanni est incertaine et doit se situer dans les années 1445-1450, bien qu'aucune œuvre connue de l'artiste ne soit unanimement attribuée à cette période. Parmi celles les plus probables figurent un Saint Jérôme au Barber Institute de Birmingham et une Crucifixion au musée Poldi-Pezzoli que les critiques plus récents tendent plutôt à attribuer à la production vénitienne générique de la première moitié du .
Giovanni grandit dans la maison de Jacopo et apprend son métier de peintre dans son atelier. Il fait par la suite connaissance avec le milieu savant et novateur de Padoue, à travers l’art de son beau-frère Andrea Mantegna, qui épouse sa sœur Nicolosia Bellini en 1453, et qui devait le marquer profondément. Plus tard, le coloris de Giovanni est plus profond, plus homogène et joue déjà un grand rôle dans la représentation du relief. Il y a plus d’humanité dans les sentiments exprimés, tendresse, joie ou douleur. La nature est représentée, ce qui est nouveau : souvent les compositions se détachent sur un fond de paysage où l’on reconnaît la campagne ou les collines de Vénétie.
Les premiers essais du jeune Giovanni devaient avoir des caractères « asprigni » (« amers »), liés à l'exemple de l'atelier de son père et à celui des Vivarini, les deux « usines » picturales les plus importantes de Venise à l'époque. Pour trouver une première mention certaine de Giovanni, il faut remonter à un document daté du , lorsqu'en présence du notaire vénitien Giuseppe Moisis, il témoigne, étant noté comme résidant, seul, à San Lio.
Cela ne signifie pas que l'artiste travaillait déjà seul, du moins pour de grandes commandes, en effet un témoignage de Fra Valerio Polidoro de 1460 révèle la signature à trois mains, avec Jacopo et Gentile, du Retable de Gattamelata, en partie perdu, pour la basilique Saint-Antoine de Padoue, destinée à une chapelle dédiée aux saints Bernardin et François d'Assise. Il a toujours vécu et travaillé dans la relation fraternelle la plus étroite avec son frère aîné Gentile, plus apprécié que Giovanni de son vivant.
Ses peintures de la première période sont toutes exécutées selon l'ancienne méthode de la tempera : la scène est adoucie par un nouvel et bel effet de couleur romantique au lever du soleil, par exemple dans Saint Jérôme dans le désert.
Série des Vierges à l'Enfant Autour de 1460, Giovanni commence la série des Vierges à l'Enfant, thème caractéristique de toute sa carrière, dont celle de la Pinacothèque Malaspina des musées civiques de Pavie, celle de Philadelphie, la Madone Lehman de New York et la Madone grecque de la pinacothèque de Brera de Milan, une série d'images de petit et moyen format destinées à la dévotion privée, très fréquentes dans la production lagunaire du .
Des influences alors très vivantes à Venise, grâce à la diversité des activités marchandes de la cité, sont visibles dans ces œuvres, comme celles byzantine, avec la fixité iconique des divinités, et flamande, avec son souci analytique du détail. Giovanni est influencé par l'école toscane présente en Vénétie dans ces années-là à la suite de la résidence de Donatello à Padoue pendant dix ans (1443-1453) et par l'exemple d'Andrea Mantegna avec qui il établit une relation intense d'échanges interpersonnels et artistiques.
La première production de Bellini possède également ses propres caractéristiques, notamment « une tension particulière et très douce qui lie toujours la Mère et le Fils dans une relation de profond pathos ». Si les modèles de composition rappellent ceux des icônes byzantines et crétoises, repris dans certains cas avec une extrême fidélité, la réinvention de ces stéréotypes immobiles en figures vivantes et poétiques est radicale, capable d'établir une relation intime avec le spectateur.
Série des Pietà vignette|redresse|Pietá, 1465 pinacothèque de Brera. Le thème de la Pietà, qui groupe, selon un thème fréquent chez les Bellini, les figures de Marie de Nazareth, de saint Jean l’Évangéliste et du Christ au Tombeau, est l'autre thème qui s'est tissé dès les débuts de Giovanni alors qu’il n’a que et s'est poursuivi tout au long de sa carrière. Cette iconographie s'inspire également de modèles byzantins, les 'imago pietatis. Les prototypes de la série sont le Christ mort entouré de Marie et de Saint Jean l'Évangéliste conservée à l'Académie Carrara de Bergame et la Piéta du musée Poldi-Pezzoli, datable entre les années cinquante et soixante, suivies du Christ mort soutenu par deux anges du Musée Correr, aux influences mantegnesques, la célèbre Pietà de la pinacothèque de Brera (vers 1465-1470) et celle de Rimini, datable vers 1474. On peut dater de la même année la Transfiguration et le Christ au mont des Oliviers.
Il réalise des tableaux du Christ mort d'une manière différente de son frère Gentile et plus personnelle, avec moins de dureté des contours, un traitement plus large des formes et des draperies et moins de force du sentiment religieux..
Phase Mantegnesque Certaines œuvres de la jeunesse de l'artiste sont marquées par l'influence de son beau-frère Andrea Mantegna, avec des formes arrondies, une certaine rugosité du signe, qui s'adoucit progressivement, et une décomposition minutieuse des éléments. Les deux panneaux de la Crucifixion et de Transfiguration, tous deux conservés au Musée Correr, datables de 1455 à 1460, figurent parmi les premières œuvres qui présentent ces caractéristiques, dans lesquels les figures sont subtiles et grossièrement expressives, l'anatomie osseuse, le paysage large mais en accord avec la recherche de détails minutieux, avec des lignes sèches et « rocailleuses ».
La relation avec Mantegna est pleinement illustrée par la comparaison d’œuvres de composition similaire, voire parfois identique. C'est le cas, par exemple, de Prière dans le jardin de la National Gallery de Londres (vers 1459), semblable à une œuvre sur un sujet similaire de Mantegna dans le même musée (vers 1455), toutes deux dérivant d'un dessin de Iacopo Bellini dans l'un de ses albums aujourd'hui à Londres. Toutes deux ont une atmosphère livide et raréfiée, avec un paysage rocheux et aride, et un trait plutôt forcé, mais chez Bellini les couleurs sont moins sombres et vernissées, plus naturelles et moins « pierreuses », et les formes sont adoucies par des lignes courbes, comme le « coussin de pierre » lisse sur lequel Jésus s'agenouille.
La comparaison entre les deux Présentations au Temple (vers 1455-1460) est encore plus évidente, dont la version de Mantegna est généralement considérée comme la plus ancienne. La disposition est identique et les acteurs les mêmes, avec la Vierge à l'Enfant appuyée contre une étagère en marbre au premier plan, tandis qu'un vieux prêtre crochu, Siméon, tend la main pour le prendre et Joseph, au fond, regarde la scène de face, à moitié caché par les protagonistes. Dans le panneau de Mantegna, le cadre, support nécessaire aux expériences habituelles de « percée » spatiale vers le spectateur, entoure l'ensemble du tableau, avec deux figures latérales, peut-être son autoportrait et le portrait de son épouse Nicolosia, et avec une palette de couleurs réduite, qui rend les personnages austères et solides comme des sculptures rupestres. Le panneau de Bellini, en revanche, présente deux autres personnages, parmi lesquels se distingue l'autoportrait de droite, avec une disposition différente qui déplace le groupe comme une petite foule humaine ; le cadre a cédé la place à un rebord plus simple, qui isole moins les personnages du spectateur, et la couleur rend les tons chair et les autres surfaces avec plus de douceur et de naturalisme, en accord avec une alternance de tons, surtout blanc et rouge.
Maturité artistique