La (, lit. La défense) est une organisation paramilitaire sioniste en Palestine mandataire entre 1920 et 1948, qualifiée officiellement par les Britanniques et les Américains de force armée illégale ayant commis des actes de terrorisme, lorsqu'elle est devenue le noyau de l'armée israélienne Tsahal.
Formé à partir de milices antérieures, son objectif initial était de protéger les colonies juives durant les affrontements avec les arabes autochtones, lors des émeutes de 1920, 1921, 1929 et pendant la révolte arabe de 1936-1939 en Palestine mandataire.. Elle était sous le contrôle de l'Agence juive, l'organisme gouvernemental officiel chargé de la communauté juive de Palestine pendant le mandat britannique. Au printemps 1939, la Haganah comptait près de 21 000 hommes.. Jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale, les activités de la Haganah étaient modérées, conformément à la politique de havlagah (« auto-modération »), qui provoqua la scission de l'Irgoun et du Léhi, plus radicaux.. Le groupe a reçu un soutien militaire clandestin de la Pologne. La Haganah cherchait à coopérer avec les Britanniques en cas d'invasion de la Palestine mandataire par l'Axe à travers l'Afrique du Nord, ce qui conduisit à la création de la force opérationnelle Palmach en 1941.. La Haganah se met également au service de la sécurité britannique pour traquer les militants du Lehi et de l’Irgoun..
Avec la fin de la Seconde Guerre mondiale et le refus britannique d'annuler les restrictions du Livre blanc de 1939 sur l'immigration juive (l'alya), la Haganah s'est tournée vers des activités de sabotage contre les autorités britanniques, notamment en posant des bombes sur des ponts, des voies ferrées et des navires utilisés pour transporter les juifs immigrés illégaux, ainsi qu’en aidant à amener des Juifs en Palestine mandataire au mépris de la politique britannique.. Après que les Nations unies ont adopté un plan de partition de la Palestine mandataire en 1947, la Haganah est devenue la plus grande force combattante parmi les Juifs palestiniens, battant avec succès les forces arabes pendant la guerre civile. Peu de temps après la déclaration d'indépendance d'Israël et le début de la guerre israélo-arabe de 1948, la Haganah fut dissoute et devint l'armée officielle de l'État.
vignette|Symbole de la Haganah
Origines Autodéfense juive en Russie tsariste La Russie tsariste a connu plusieurs vagues de pogroms (émeutes violentes) anti-juives. Les deux plus importantes sont celles de 1880-1881 et de 1903-1906. À la suite de ces violences, dès 1902, des organisations d’autodéfense juives commencent à apparaître, dans le but de protéger les communautés juives (notamment Hashomer Hatzaïr). Certains des créateurs de la Haganah sont des anciens de l’autodéfense juive de Russie. Vladimir Jabotinsky participera ainsi après 1903 à la création de tels groupes dans l’empire russe, avant d’être impliqué dans la création de la Haganah à Jérusalem, en 1920.
L'organisation sioniste Haganah (en hébreu הגנה, signifiant défense) a été fondée en 1921 dans la ville de Jérusalem. C'est un bloc militaire sous mandat britannique sur la Palestine dans la période précédant la déclaration de l'État d'Israël. Sa création avait pour but de défendre les vies et les biens des colonies juives en Palestine en dehors du champ d'application du mandat britannique. L'organisation a atteint un degré d'organisation qui l'a qualifiée de pierre angulaire de l'armée israélienne actuelle.
Hachomer Dans la tradition des groupes d’autodéfense juive de Russie, un petit groupe de militants du Poale Zion créent en Palestine alors ottomane l'Hachomer (« la garde ») en 1909, premier groupe clandestin d’autodéfense juive.
Légion juive
Pendant la Première Guerre mondiale, Vladimir Jabotinsky et Joseph Trumpeldor, deux leaders sionistes, parviennent à obtenir des Britanniques la création d’unités militaires juives, restées dans l’histoire sous le nom de légion juive. Après guerre, les organisations sionistes de gauche et de droite essayeront d’obtenir des Britanniques le maintien de ces unités en Palestine pour défendre la communauté juive. L’afflux d'immigrants juifs crée en effet de vives tensions avec les nationalistes palestiniens arabes. La dissolution de la légion juive en 1919 sera donc mal vécue. La création de la Haganah répond en partie à cette dissolution.
Création et années 1920 La Haganah organise des gardes et des patrouilles autour des localités juives, des kibboutz et des moshav du Yishouv.
La Haganah disposait de son propre service de renseignements, le Shai, dès les années 1920..
Scission avec la Haganah nationale (1929-1937)
Unité L’Agence juive supervise la Haganah, constitué à parts égales de six membres politiques : trois représentant la « gauche » (dont Eliyahou Golomb et Dov Hoz) et trois représentant la « droite » (dont Saadya Shoshani et Yissaschar Sidkov).
La direction de la gauche socialiste, qui tenait la Histadrout fusionne au sein du Mapaï, en 1930. Le Mapaï a alors pris la direction de l’Agence juive et de l’Organisation sioniste mondiale, en alliance avec les centristes libéraux (sionistes généraux).
David Ben Gourion a dirigé la Histadrout de 1921 à 1935 (et donc la Haganah jusqu’en 1931). C’est lui qui prend la direction de l’Agence Juive de 1935 à 1948 (et donc de nouveau de la Haganah).
Division thumb|Avraham Tehomi. La Haganah avait développé une doctrine d’utilisation de la force armée, baptisée la « Havlagah » (retenue), pour la défense lors des attaques arabes.
Bien souvent, les attaquants ne pouvaient être identifiés, et un courant est apparu au sein de l’organisation, prônant des représailles contre les populations soutenant les attaquants, c’est-à-dire potentiellement contre tout civil arabe palestinien.
En 1931, ce courant quitte la Haganah, emmené par le chef de celle-ci, Avraham TehomiTehomi était l'assassin de Jacob Israël de Haan, un intellectuel, écrivain et avocat de renommée néerlandais et juif. En Palestine, il s'est retourné contre le sionisme. Tehomi a été interviewé pour la télévision israélienne par Nakdimon et a dit ouvertement: « J'ai fait ce que la Haganah a décidé de ce qui devait être fait. Et rien n'a été fait sans l'ordre de Yitzhak Ben-Zvi (qui devint plus tard le second président d'Israël 1952-1963)… Je n'ai pas de regret car il (de Haan) voulait détruire notre idée entière du sionisme. »..
La nouvelle organisation prend le nom de Haganah Beth (Haganah « B »), avant de se renommer « Haganah Nationale ». Assez rapidement, un autre nom commence à être utilisé « Irgoun Zvaï Leumi » (organisation militaire nationale), et deviendra exclusif en 1937.
Grande révolte arabe et renforcement de la Haganah (1936-1939) vignette|Une patrouille des membres de la Haganah avec des résidents volontaires aux alentours de Kfar Saba vignette|Jeunes combattants de la Haganah près d'Afula en 1939
Renforcement militaire de la Haganah thumb|Orde Charles Wingate. La Haganah se montre assez efficace pour bloquer les attaques arabes, sécuriser les points isolés, et lancer des raids de représailles contre les militants nationalistes arabes. Elle attire donc des nouveaux membres, et compte bientôt des dizaines de milliers de membres (dont seulement une minorité sont des combattants ). Elle coopère également de façon quasi ouverte avec les Britanniques, qui s’appuient largement sur elle et sur ses réseaux de renseignements dans la répression du nationalisme arabe palestinien. C’est l’époque des , une unité juive officielle dirigée par le major britannique Orde Charles Wingate, un sympathisant sioniste. Officiellement, les membres des n’étaient pas membres de la Haganah, mais en pratique beaucoup l’étaient.
Wingate leur transmet les techniques d’embuscades et de représailles qu’il a mis au point au SoudanIllan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : Fayard, 2008. . Version électronique, 32-33..
Il n’y a pas à cette époque de combattants « permanents » de la Haganah, à part l’état-major. Les officiers et les combattants ont une activité professionnelle (souvent dans la police auxiliaire juive, « Notrim », ou les kibboutz), mais sont mobilisables à tout moment en cas de besoin.
Scission de la Haganah nationale Devant la montée en puissance de la Haganah, même « limitée » par la Havlaga, une partie de la Haganah nationale décide de rallier la Haganah pour offrir un front commun aux attaques arabes. À partir de 1936, Avraham Tehomi engage des négociations en ce sens. Il est convoqué à Paris par Vladimir Jabotinsky, qui exige de lui un ralliement officiel au révisionnisme et à son autorité politique. Tehomi accepte, mais passe finalement à la Haganah en 1937 avec une bonne partie de ses troupes. La Haganah est renforcée, tant politiquement qu’en nombre de combattants.
Seconde Guerre mondiale vignette|Combattants avec l'uniforme britannique En 1939, la grande révolte arabe est vaincue. Mais les Britanniques décident de chercher un terrain d’entente avec le nationalisme arabe. 1939 est l’année du « livre blanc », par lequel les Britanniques imposent des limitations à l'immigration juive.
David Ben Gourion déclare peu après le début de la guerre .
La Haganah crée un département d’immigration clandestine, chargé de faire entrer clandestinement des Juifs dans le pays : le . L’organisation fille de la Haganah fera entrer des dizaines de milliers de juifs entre 1939 et 1948 (avec une quasi-interruption entre 1942 et 1945 du fait de la guerre). Mais cette action est entachée par l'attentat organisé contre le Patria, qui coule le dans le port d'Haïfa ce paquebot en partance pour l'île Maurice avec des centaines de réfugiés juifs à son bord, plutôt que de seulement empêcher son voyageDeaths of 260 in 1940 ship explosion commemorated.. 267 gens meurentvoir aussi Patria disaster..
Parallèlement, l’Agence juive et la Haganah coopèrent à l’effort de guerre britannique contre le nazisme. Des dizaines de milliers de Juifs s’engagent dans les forces britanniques. Ils seront organisés au sein d’une unité spécifique, la « brigade juive », en 1944:en:Jewish Brigade.. La Haganah profitera à plein de cet entraînement militaire, favorisant l’engagement de ses militants.
La Haganah utilisera encore le soutien britannique pour se créer une force d’élite, mais cette fois sous son commandement propre. Abréviation de (« groupes d’assaut »), le Palmach a été créé par la Haganah à la demande du Royaume-Uni, le . Les Britanniques craignaient en effet une invasion de la Palestine par les troupes du Maréchal Erwin Rommel, et tentait de mobiliser un maximum de forces. Le Palmach sera l’unité d’élite de la Haganah, largement recrutée au sein de l’extrême gauche des kibboutzim. Elle comptera dans ses rangs des personnes comme Ygal Allon (futur ministre), Moshe Dayan (futur chef d’état-major et futur ministre), Rehavam Ze’evi (futur ministre et dirigeant du parti d’extrême droite Moledet) ou Yitzhak Rabin (futur chef d’état-major et premier ministre).
Grâce au Palmach et à la Brigade juive, la Haganah est au sortir de la guerre dans une position bien plus forte encore qu’en 1939.
« Saison » (1944-1945) thumb|Un lieu d’internement secret de la Haganah, pendant « la saison ». En , l’Irgoun, dont Menahem Begin a pris la direction en 1943, décide de rompre le cessez-le-feu qu’elle respectait avec les Britanniques depuis 1940. Pour l’Irgoun, la guerre est gagnée par les alliés. La question qui se pose maintenant est celle de la création d’un État juif, à laquelle les Britanniques s’opposent formellement depuis 1939.