Alexandre Papadiamándis (grec moderne : ), né le à Skiathos, et mort dans son île natale le , est un écrivain majeur du en Grèce.
Il est l'auteur de nombreuses nouvelles et de romans qui ont marqué profondément la littérature grecque, comme en témoignent les éloges prononcés par de nombreux écrivains, entre autres Constantin Cavafis, Odysséas Elýtis, et à l'étranger, Milan Kundera. . Grand lecteur des classiques, il estimait par-dessus tout Shakespeare.
Biographie
Enfance et scolarité
Papadiamantis est né en 1851 à Skiathos, île dont on retrouve la trace dans plusieurs de ses textes. Son père, Emmanuel Papa-Adamandios, était un pauvre prêtre orthodoxe sans toutefois en être réduit à « tirer le diable par la queue », et sa mère, Angélique, était née Moraïtidis. Alexandre était l'aîné de neuf enfants, deux garçons et trois filles, et trois autres qui moururent très jeunes. Il apprend à lire comme interne au monastère de l'Annonciation sur son île natale ; de 1856 à 1860, il fréquente l'école primaire de Skiathos, en compagnie de son cousin, Alexandre Moraïtidis (1850-1929), qui va suivre lui aussi une carrière littéraire. Durant toutes ces années, il accompagne son père à la messeDans le bourg de Skiathos, au , être Papas (« prêtre ») signifiait entretenir toutes les chapelles, presque aussi nombreuses que les habitants de l'île : , écrit Lakis Proguidis (La Conquête du roman, - V. Bibliographie). Après avoir blanchi la chapelle à la chaux avec l'aide de quelques villageoises, le Papas officiait et psalmodiait ; puis il fallait allumer le feu, et s'organiser pour manger sur place, dans la nature. Ce rituel aurait laissé son empreinte nostalgique sur la sensibilité de Papadiamantis., baignant dans l'atmosphère religieuse des chapelles ; dans la courte autobiographie qu'il a lui-même rédigéeΑ. Παπαδιαμάντης, Αυτοβιογραφούμενος, Νέα Ελληνική Βιβλιοθήκη, Ερμής, 1974, σελ. λα'., il dit : « Tout jeune, je dessinais des saints. » Le , il obtient son certificat d'études primaires avec la mention « passable. »
La même année, il entre à l'école de Skiathos où il reste deux ans, avant de terminer ce cycle d'études à l'école de Skopelos, en , avec la mention « très bien. » À la rentrée scolaire de 1867, il est inscrit au lycée de Chalkis : « J'écrivais des vers et j'essayais de composer des comédies », dit-il. Au cours de l'année 1868, après une querelle avec son professeur, il retourne à Skiathos. Cette année-là, dit-il, « j'ai entrepris d'écrire un roman. » Il poursuit ses études secondaires de manière irrégulière au Pirée, en raison de difficultés économiques, et fin , il est à nouveau de retour à Skiathos : « J'ai interrompu mes études, dit-il, et je suis resté dans ma patrie. »
Études En fait, remarque P. Moullas,
En , il accomplit un pèlerinage au Mont Athos en compagnie de son ami Nicolas Dianelos, devenu moine sous le nom de Niphon. Il songe alors à entrer dans un couvent, et passe sept mois sur la Sainte-Montagne, visitant tous les monastères. Mais , il renonce à la vocation religieuse, et de retour chez lui, annonce à sa mère : « Moi, je me ferai moine dans le monde ». vignette|Skiathos vers 1920. L'année suivante, il reprend ses études secondaires au lycée Varvakeion d'Athènes, et c'est seulement à l'âge de vingt-trois ans, en , qu'il obtient son diplôme de fin d'études secondaires. Après quoi, en octobre, il s'inscrit à la faculté de philosophie de l'université d'Athènes, mais il n'y suit que quelques cours qui l'intéressent, et ne sera jamais diplômé : « Je choisissais de suivre certains cours de littérature, mais en privé, je m'intéressais aux langues étrangères. » En , il s'inscrit en deuxième année de littérature, mais ne termine pas ses études, . Qu'il n'ait pas obtenu son diplôme fut une source de grande tristesse pour sa famille et notamment pour son père qui espérait le voir revenir professeur, afin d'aider financièrement toute la famille.
Écrivain et traducteur Il étudie, en autodidacte, le français et l'anglais. Cependant, en 1881, il ne réussit pas les examens de professeur de français. Dans ces conditions, à trente ans, il est toujours sans le sou, et doit demander une aide financière à son père. Prétextant poursuivre ses études, il ne retourne pas à Skiathos, et vit pauvrement à Athènes, subsistant grâce à des traductions pour divers journaux et périodiques. Il exercera ce travail de traducteur de 1882 à 1905.
Alexandre Papadiamandis commence à écrire et publie trois romans, mais sous pseudonyme. Le premier, L'Émigrante, est publié en 1879, suivi par Trafiquants des Peuples en 1882 et La Fille des Bohémiens en 1884 (Trafiquants... paraît en feuilleton dans une revue satirique), et trois ans plus tard, en 1887, paraît sa première nouvelle. En 1905, il n'écrit plus que des nouvelles, à l'exception de traductions d'ouvrages historiques en anglais, pour son ami Y. Vlachoyannis. vignette|Alexandre Papadiamándis en 1908. En bas à droite, sa signature.S'il connaît une certaine réussite littéraire, toute sa vie, il restera dans la pauvreté et les difficultés financières, accrues à partir de 1895, après la mort de son père, par la prise en charge d'un de ses frères (atteint de folie, il mourra en 1905) et de ses sœurs. Il s'enfonce dans la misère, ne parvient pas à s'adapter à la vie à Athènes, devient bientôt alcoolique. Mais en même temps, ce grand croyant observe le petit peuple dans les cafés populaires, et fréquente assidûment les petites églises , passant parfois nuits à psalmodier dans une chapelle.
Entre 1902, il quitte Athènes pour Skiathos, où il vit auprès de sa famille, et retourne dans la capitale en 1904. En 1908, la Princesse Marie Bonaparte (l'épouse du Prince Georges de Grèce) organise une cérémonie pour célébrer les vingt-cinq de vie littéraire de Papadiamandis. Mais il refuse de se rendre à la soirée, et redistribue à des amis dans le besoin une partie de l'argent collecté à cette occasion et qu'on lui a apporté.
En , Papadiamándis retourne à Skiathos — réalisant ainsi un rêve qu'il caressait depuis longtemps à Athènes. Il y meurt après trois ans passées dans la pauvreté, à l'âge de soixante ans, le , sans doute des suites d'une pleurésie.
La religion orthodoxe Alexandre Papadiamándis était profondément croyant, et très marqué l'Église orthodoxe. À une époque où la Grèce s'ouvre à l'Europe, où s'impose le démotique (la langue populaire), il reste fidèle à la tradition de son Église, opposé à l'innovation et résolument tourné vers Byzance. Il affirme clairement son attachement, dans Chantre pascal :
Pour Olivier Clément,
Œuvre Alexandre Papadiamándis est à la fois un romancier et un conteur, mais aussi un traducteur. Octave Merlier estime que ce travail de traduction représente quelque pages, dues à une centaine d'auteurs: traductions de nombreux livres On mentionnera, à titre d'échantillon, Paul Bourget, Dumas, Daudet, Zola, Maupassant, Camille Flammarion, Anatole France; et du côté anglais, Kipling, Stevenson, Henry Stanley... Papadiamandis donnera aussi des traductions (à partir du français [Tonnet, 2012, p. 332]) de Dostoïevski et Tourgueniev. (Merlier, 1965, p. 9), souvent publiés en feuilleton, ainsi que de plus de quatre-vingt nouvelles et articles. Il a en fait traduit une centaine d'auteurs étrangers, et il a aussi écrit un certain nombre de poèmes, ainsi que plusieurs articles et études (en particulier sur la musique byzantine et sur les Ménées« Livres du mois ». Ensemble de douze livres contenant les parties variables des offices des fêtes à date fixe de l'année liturgique. (Source: « Le cycle des fêtes fixes : Les Ménées du rite byzantin » sur pagesorthodoxes.net ). Il est cependant difficile de répertorier tous ces textes, car Papadiamandis n'a de loin pas toujours signé ses articles.
Outre trois romans (que la critique considère relevant du genre historique), il écrira surtout des nouvelles (un peu moins de deux cents), publiées dans des journaux et des revues, mais qui, du vivant de leur auteur, ne seront jamais réunies en volume. Douze de ces œuvres sont relativement longues (de 40 à 150 pages)Il s'agit de Christos Milionis (1885); Autour de la Lagune (1892); A l'Église du Christ, au Castro (1892); Le Moine {1892); Les Trouble-Village (1892); Chantre Pascal (1893); Gardien à la Quarantaine {1893); Les Visionnaires (1893); La Nostalgique (1894); La Chance d'Amérique (1901); La Tueuse (1903); Les Rivages Roses (1907). Source: Merlier, 1965, p. 10.; à côté d'elles, on a recensé 175 plus courtes, comptant de trois à quinze pages — trente d'entre elles se déroulant dans des quartiers populaires d'Athènes, les autres dans les Sporades, et notamment Skiathos. Un très grand nombre de ces nouvelles sont, pour Octave Merlier . De son côté, P. Moullas voit dans ces textes de Papadiamandis moins des nouvelles que des reportages et des souvenirs de son île, habités par une poésie qui en fait l'essentiel de leur charme.
Son chef-d'œuvre est son roman de 1903 est , titre traduit par L'infanticide ou La tueuse ou encore Les petites filles et la mortRespectivement par Octave Merlier, 1934, et par Michel Saulnier, 1976; 1995 (v. « Trad. en français »), qui conte l'histoire d'une femme marquée par un mysticisme dévoyée qui tue des enfants.
Romans et nouvelles
En grec Tα Άπαντα του Α. Παπαδιαμάντη, (« Les œuvres complètes de A. Papadiamantis »), φιλολογική επιμέλεια Γ. Βαλέτα, Αθήνα, 5 vol , 1955. Αλέξανδρος Παπαδιαμάντης, Άπαντα (« Œuvres complètes »). Κριτική έκδοση Ν.Δ. Τριανταφυλλόπουλος, Αθήνα, Εκδόσεις Δόμος, 5 vol., 1981-1988 Άπαντα Παπαδιαμάντη, Αθήνα (« Œuvres complètes »), Το Βήμα βιβλιοθήκη, Εκδόσεις Δόμος και Δημοσιογραφικός Οργανισμός Λαμπράκη, 15 vol., 2011 Α. Παπαδιαμάντη Γράμματα (« Lettres de A. Papadiamantis »), introduction par Octave Merlier en français et en grec, Athènes, 1934. Α. Παπαδιαμάντης Αυτοβιογραφούμενος (« Autobiographie »), Ερμής, 1974.
Traductions en français Un rêve sur les flots, suivi de L'Amour dans les neiges. Contes néo-grecs, trad. par Jean Dargos, précédé d'un étude du traducteur sur A. Pappadiamandi (sic), Paris - Athènes, Éd. du Monde Hellénique, 1908, xxiv, p. [
Autour de la lagune et autres nouvelles, trad. du grec par Octave Merlier, Athènes, Centre d'études d'Asie mineure, 1965, 250 p. Les Petites Filles et la Mort (récit), trad. par Michel Saulnier, Paris, François Maspero éditeur, 1976 ; réédition, Arles, éditions Actes Sud, , 1995, 189 p. La Désensorceleuse, suivie de Les Sorcières (nouvelles), trad. par Roselyne Majesté-Larrouy, Saint-Nazaire, Arcane 17, 1983, rééd. 2014, 37 p. L'Amour dans la neige (nouvelles), trad. par René Bouchet, Paris, Hatier, , 1993, 217 p. La Fille de Bohême (roman), trad. par Karin Coressis, Arles, éditions Actes Sud, 1996, 410 p.
L'Île d'Ouranitsa (nouvelles), trad. par René Bouchet, Paris, Cambourakis, , 2013, 176 p. Rêverie du quinze-août (nouvelles), trad. par René Bouchet, Paris, Cambourakis, , 2014, 144 p. Une femme à la mer et autres nouvelles, trad. par René Bouchet, Athènes, Aiora Press, 2015, 120 p. Gardien au lazaret ; Les Rivages couleur de rose (nouvelles), traduit du grec par René Bouchet, Dijon, Éd. universitaires de Dijon, 2013, 161 p. ; réédition sous le titre Gardien au lazaret, Paris, Cambourakis, 2025, 160 p. Les Rivages roses, trad. par René Bouchet, Paris, Cambourakis, , 2026, 120 p.
Adaptation cinématographique La Meurtrière (), film réalisé par Costas Ferris en 1974. Œuvre primée au Festival du cinéma grec de Thessalonique 1974.
Notes et références Notes
Références
Voir aussi
Bibliographie
En français
En grec Γ. Βαλέτας, Α. Παπαδιαμάντης, Μυτιλήνη, δεύτερη έκδοση, 1955. K.Θ. Δημαράς, Ιστορία της Νεοελληνικής λογοτεχνίας, Εκτη έκδοση, Ίκαρος, Athènes, 1975. Γιώργος Κατσίμπαλης, Αλέξανδρος Παπαδιαμάντης, Βιβλιογραφία, Athènes, 1938. Κ. Παπαχρίστος, Ο Άγνωστος Παπαδιαμάντης, Athènes, 1947. Μ.Μ. Παπαιωάννου, Η Θρησκευτικότητα του Παπαδιαμάντη, Athènes, 1948.