Les relations sino-américaines sont les liens, à la fois de concurrence et de coopération, tissés entre les États-Unis d'Amérique et la république populaire de Chine. La plupart des analystes constatent que ces relations sont complexes et à multiples facettes : les deux pays ne sont ni alliés ni ennemis, mais sont néanmoins deux grandes puissances aux économies liées. L'exécutif américain ne considère pas la république populaire de Chine comme un adversaire, mais un concurrent dans certains domaines et un partenaire dans d'autres.

Jusqu'à nos jours, les relations ont été globalement stables mais il y eut quelques périodes plus tendues, notamment après la chute de l'Union soviétique, qui supprima un ennemi commun et fit des États-Unis la seule superpuissance mondiale. Ces derniers sont cependant préoccupés par les droits de l'Homme en Chine et le statut politique de Taïwan ainsi que par la situation au Tibet. Jusque dans les années 1970, les États-Unis reconnurent la république de Chine à Taïwan comme le gouvernement légitime de la Chine continentale et n'entretenaient pas de relations diplomatiques avec le régime communiste de la république populaire de Chine. Au cours de la guerre froide, la rupture sino-soviétique fournit une occasion aux États-Unis pour établir des liens avec la Chine continentale et en faire un contrepoids à l'Union soviétique.

Alors que quelques tensions persistent entre les deux surpuissances au , il y a plusieurs facteurs de stabilité. La République populaire et les États-Unis sont des partenaires commerciaux importants et partagent des intérêts en ce qui concerne le contre-terrorisme et la prolifération nucléaire. De plus, la Chine est le plus grand créancier étranger des États-Unis Top Trading Partners - Total Trade, Exports, Imports, for month of March 2012, US Census Bureau. Les questions sur lesquelles doit progresser la Chine sont principalement des questions intérieures, et son gouvernement a envie de maintenir des relations stables avec les États-Unis. Les relations bilatérales sino-américaines sont marquées à la fois par une dénonciation de l' et une interdépendance économique croissanteFrancois Godement (sous la direction de), Chine États-Unis. Entre méfiance et pragmatisme, La Documentation française, 2001.

Les deux parties reconnaissent que leurs relations sont de la plus haute importance, au vu de leur statut de super-puissances économiquesDepuis 2011, les États-Unis a l'économie la plus grande du monde, et la Chine la deuxième. De grands dirigeants politiques et des universitaires ont défini les relations sino-américaines comme le rapport bilatéral le plus important du . , a déclaré le président américain Barack Obama en ouvrant le à Washington D.C., un sommet destiné à convaincre Pékin d'accroître leur coopération.. À l'échelle planétaire, il est également reconnu qu'une entente américaino-chinoise est nécessaire pour pouvoir établir un traité climatique efficace.

Historique Commerce ancien thumb|right|300px|Treize factoreries, la zone de Canton où le commerce étranger est permis au .

Autrefois, le commerce de produits fabriqués en Amérique et vendus en Chine consistait en une exportation considérable de pièces de monnaie, de ginseng (panacée) et de fourrures vers la Chine, et un flux inverse beaucoup plus important de thé, coton, soie, et laques. Les marchands, qui jouaient le rôle d'intermédiaires entre les consommateurs chinois et américains, devinrent incroyablement riches grâce à ce commerce, donnant naissance à la première génération de milliardaires américains. De plus, de nombreux artisans chinois jouant sur le désir américain pour des marchandises exotiques ajustèrent leurs prix, et fabriquèrent des produits spécialement destinés à ce marché. Ces produits d'exportation arboraient souvent des motifs occidentaux.

Guerre de l'opium

La fin de la première guerre de l'opium en 1842 mena au traité sino-britannique de Nankin qui contraignit plusieurs ports chinois à s'ouvrir au commerce étranger. Ce nouveau pacte entre la Grande-Bretagne et la Chine représenta une menace grave pour les avances commerciales américaines dans la région. Grâce au traité de Wangxia (1844), l'administration du président John Tyler assura une égalité entre le commerce américain et britannique, tout en garantissant l'extraterritorialité aux citoyens américains. En effet, ce traité donna aux États-Unis autant de privilèges que les autres puissances étrangères.

Après la défaite chinoise lors de la seconde guerre de l'opium, l'empereur Xianfeng fuit Pékin. Son frère Yixin, le prince Gong, ratifia le traité de Tianjin à la convention de Pékin le . Ce traité énonça, parmi d'autres termes, que les États-Unis (en plus de la Grande-Bretagne, la France et la Russie) jouiraient du droit d'ouvrir des missions à Pékin, une ville fermée à cette époque. Onze nouveaux ports francs sont intégrés au commerce occidental.

Traité de Burlingame et loi d'exclusion des Chinois vignette|gauche|La première page de la Loi d'exclusion des Chinois.

En 1868, le gouvernement de Qing nomma Anson Burlingame son envoyé aux États-Unis. Burlingame visita le pays pour rallier du soutien pour une attitude plus équitable envers la Chine et ses émigrés. Le traité de Burlingame de 1868 incorpora ces principes. En 1871, la mission éducative chinoise amena le premier de deux groupes de 120 jeunes étudiants chinois aux États-Unis, menés par Yung Wing, le premier licencié chinois d'une université américaine.

Lors de la ruée vers l'or en Californie et la construction du chemin de fer transcontinental, un grand nombre de Chinois émigra aux États-Unis, suscitant l'amertume des citoyens américains. Après avoir été chassés des mines, la plupart des Chinois s'installèrent dans les quartiers chinois des villes comme San Francisco, occupant des métiers bas de gamme, tels que la restauration ou la blanchisserie. Durant les années 1870, dans un climat économique post-guerre de Sécession déprimé, les sentiments contre les Chinois se sont politisés, notamment à cause de Denis Kearney et de son parti travailliste et du gouverneur californien John Bigler. Les deux rejetèrent la responsabilité des salaires réduits sur la main d'œuvre chinoise.

Marquant la première restriction concernant l'immigration libre au cours de l'histoire américaine, le Congrès adopta la loi d'exclusion des Chinois le à la suite de révisions apportées en 1880 au traité de Burlingame. Ces révisions permirent aux États-Unis de suspendre l'immigration, et le Congrès n'hésita pas à prendre des mesures pour tarir l'immigration chinoise et refuser aux travailleurs des mines le droit d'entrer au pays pour une période de dix ans, sous peine d'emprisonnement ou arrêt d'expulsion. En pratique, à cause de plusieurs renouvellements, l'interdit dura une soixantaine d'années.

Révolte des Boxers En 1899, un groupe de Chinois appelé les Poings de la justice et de la concorde amorça une révolte violente en Chine, connue par les Occidentaux sous le nom de la révolte des Boxers, contre l'influence étrangère dans le commerce, les affaires publiques, la religion et la technique. Leurs campagnes se déroulèrent entre et le , pendant les dernières années des Mandchous en Chine sous la dynastie Qing.

vignette|L'impératrice douairière Cixi. Le soulèvement débuta comme un mouvement citoyen contre l'étranger et l'empereur dans le nord chinois. Les émeutiers attaquèrent les étrangers en train de construire des chemins de fer et usines, considérés à l'encontre des principes du feng shui, et les chrétiens, considérés comme responsables de l'emprise étrangère sur la Chine. En , les boxers envahirent Pékin, tuant 230 envoyés et étrangers en plus de milliers de chrétiens chinois, principalement dans les provinces de Shandong et Shanxi. Le , l'impératrice douairière Cixi déclara la guerre à tout pouvoir occidental. Le siège des légations étrangères de Pékin mit en danger des diplomates, étrangers, citoyens et chrétiens chinois pendant 55 jours. L'alliance, dites des Huit NationsL'Autriche-Hongrie, la France, l'Allemagne, l'Italie, le Japon, la Russie, le Royaume-Uni, les États-Unis, envoya 20 000 soldats à leur rescousse. Les Occidentaux furent battus par une armée musulmane chinoise à la bataille de Langfang, mais leur seconde tentative réussit grâce aux rivalités entre chinois.

À la suite de la victoire occidentale, le gouvernement chinois se trouva obligé de dédommager les victimes et de faire de nouvelles concessions. La mise en place de réformes après la révolte contribua à la fin de la dynastie Qing et à l'établissement de la république chinoise moderne. Les États-Unis jouèrent un rôle secondaire mais important dans la répression de la révolte des Boxers, principalement dû à la présence de ses navires et troupes aux Philippines.

Politique des portes ouvertes thumb|L'ancienne résidence de l'envoyé Wu Tingfang et le Bureau du légation Qing aux États-Unis, situé dans le quartier du Dupont Circle à Washington D.C..

Vers la fin du , les grandes puissances mondiales (la France, le Royaume-Uni, l'Allemagne, l'Italie, le Japon et la Russie) se mirent à dépecer la Chine en zones d'influence, alors sous la dynastie Qing. Les États-Unis, manquant d'une telle influence, aspiraient à la fin de cette pratique. En 1899, le secrétaire d'État américain John Hay envoya des lettres diplomatiques à ces nations, leur demandant de garantir l'intégrité territoriale et administrative de la Chine et de ne pas gêner la libre utilisation des ports de traité au sein des zones d'influences respectives. Les puissances majeures évitèrent de s'engager sans l'accord d'autres puissances. Hay considéra cette attitude un consentement à sa proposition, qui serait dite des portes ouvertes.

Bien que généralement respectée internationalement, la politique des portes ouvertes fut ponctuée d'échecs. L'empiétement russe dans la Mandchourie à la fin des années 1890 représenta le premier contretemps. Les États-Unis protestèrent contre ces actes, menant à une guerre entre la Russie et le Japon en 1904. Une fois de plus, le Japon sapa la politique des portes ouvertes avec ses Vingt et Unes Demandes imposées à la république de Chine d'alors. En plus, le Japon conclut des traités clandestins avec les Alliés, leur promettant les territoires allemands en Chine. L'échec le plus important survint en 1931, lors de l'invasion et l'occupation par les Japonais de la Mandchourie, établissant l'État fantoche du Manchukuo. Les États-Unis, en plus d'autres pays, condamnèrent vivement l'acte mais ne firent rien à ce moment-là pour l'arrêter.

Seconde Guerre mondiale Le déclenchement de la seconde guerre chinoise-japonaise en 1937 fut accompagné d'un flot d'aide vers la république de Chine de Tchang Kaï-chekQuelquefois transcrit par Tchiang. depuis les États-Unis sous la présidence de Franklin D. Roosevelt. Une suite d'actes de neutralité venait d'être votée, grâce au soutien des isolationnistes, qui interdiraient l'aide américaine aux pays en guerre. Cependant, Roosevelt nia qu'un état de guerre existait en Chine, puisque cette guerre n'avait jamais été déclarée, et se mit à y envoyer de l'aide.

Les romanciers, tels que Pearl Buck, et les rapports sur le massacre de Nankin (南京大屠杀) suscitèrent la compassion américaine pour les Chinois. Les relations américaines-japonaises empirèrent encore à la suite de l'incident du Panay lors du bombardement de Nankin. Roosevelt exigea des excuses de la part des Japonais, qu'il recevrait, mais les rapports entre les deux pays ne cessèrent pas de se dégrader. Le livre d'Edgar Snow, Étoile rouge sur la Chine (1935), rapporta que le parti communiste chinois de Mao Zedong fut capable d'entreprendre des réformes et de combattre les Japonais. Lors de l'éclatement de la guerre pendant l'été de 1937, les États-Unis offrirent du soutien moral, sans en effet agir.