Le hangeul (prononcé en coréen : ), aussi orthographié hangûl.. « Jamos hangûl », « Jamos hangûl complémentaires A », « Jamos hangûl complémentaires B », « Jamos hangûl de compatibilité » et « Syllabes hangûl », sur unicode.org. « Annexe I - Index » et « Chapitre 11 - Écritures de l’Extrême-Orient », sur hapax.qc.ca. ou hangul. en français, appelé josŏn'gŭlTranscrit selon la romanisation utilisée officiellement en Corée du Nord ; la romanisation révisée du coréen utilisée en Corée du Sud noterait Joseon(-)geul. en Corée du Nord, est l’alphabet officiel du coréen, à la fois en Corée du Nord et en Corée du Sud.. Le hangeul est fréquemment cité pour son histoire particulière : créé au par le roi Sejong le Grand., il est interdit à sa mort, mais perpétué entretemps par les romans féminins avant d'être réintroduit à la fin du sous l'occupation japonaise. .

Le terme hangeul date du . Il s'écrit en hangeul, mais il s'est notamment fait appeler eonmun (언문 en hangeul, en hanja). Le terme signifie, d'après les caractères hanja, « écriture ou langue () des proverbes () ». En coréen, on peut aussi l'interpréter comme signifiant « écriture ou langue (/) grandiose (/) ».

Pour des raisons politiques, la Corée du Nord a choisi le terme Josŏn'gŭl (en hangeul : , translittéré selon la romanisation révisée du coréen utilisée en Corée du Sud) en référence à la période Joseon qui représente la Corée historique, ce qui se traduirait mot à mot par « l'écriture/la langue Josŏn », mais aussi parce qu'en Corée du Nord la Corée est appelée Joseon (en hangeul : 조선). Une autre appellation existe également : , « nos caractères ».

Histoire vignette|190px Cette écriture construite est ordonnée vers 1443 par le roi Sejong le Grand pour les lettrés du Jipyeonjeon afin de favoriser l’alphabétisation du peuple et notamment des femmes., puis promulguée par ce même roi en 1446 en remplacement des hanja (caractères chinois utilisés jusque-là).

Cette écriture est interdite en 1504 par le successeur de Sejong le Grand, Yeonsangun, et enfin réhabilitée en 1894.. Son emploi se généralise après la Seconde Guerre mondiale et permet d’atteindre très rapidement des taux d’alphabétisation parmi les plus élevés du monde à cette époque, dans les deux Corées et ..

: contexte de création du hangeul La langue coréenne s’est développée oralement pendant des siècles, et ferait partie de la famille controversée des langues altaïques. Les similitudes avec les langues japonaises ont été étudiées.

À partir du , sous l’influence de la Chine et du bouddhisme, des systèmes de transcription du coréen en caractères chinois, appelés hanja en coréen, se sont développés : idu, kugyol et hyangch'al.

Quand Sejong le Grand, quatrième roi de la dynastie Yi, accède au trône, le territoire du royaume occupe la plus grande partie de la péninsule coréenne. Cependant, seules l’aristocratie et l’administration ont alors assez d’éducation pour apprendre à lire les hanja, en raison de la complexité de ce système d'écriture (plusieurs milliers de caractères). Sejong voit dans cette situation le nœud du problème de l’illettrisme du peupleIl n’est d’ailleurs pas le premier à vouloir réformer l’écriture coréenne, mais les précédentes tentatives (dont le système idu) se basaient toujours sur des caractères chinois, se contentant de simplifier légèrement la compréhension phonétique d’un mot..

Sejong, s’étant entouré de savants spécialistes de divers domaines scientifiques (une tradition confucéenne d’érudition des souverains), et ayant mené avec succès plusieurs réformes, élabore alors le hangeul, qu’il nomme hunmin jongum (/, les « sons corrects pour l’éducation du peuple »), qu’il dévoile et promulgue le dans un ouvrage portant le même nom, assez court et rédigé en chinois classique. La nouvelle écriture rencontre dès ses premiers jours une forte opposition des intellectuels qui considèrent les hanja comme la seule écriture légitime pour transcrire le coréen et la baptisent de plusieurs noms plus ou moins méprisants (comme onmun (), écriture vernaculaire). Plus tard, c’est au tour des gouvernements successifs d’être hostiles au hangeul, qui, du dire même de ses détracteurs, a posteriori, et risque de .

L’élaboration du hunmin jongum s’est probablement faite en secret et sans l’aide de l’académie de Sejong, contrairement à ce qui a longtemps été enseigné.. Les conseillers les plus conservateurs ont d’ailleurs fortement reproché au roi de l’avoir inventé secrètement, sans consulter aucun savant, peut-être par peur de l’opposition des classes cultivées ; .

La théorie du lien avec l'écriture tibétaine Étant établi que Sejong avait quelque connaissance des écritures tibétaine, mongole et japonaise, elles aussi remplaçant des caractères chinois, il est parfois suggéré qu’il se soit inspiré des deux premières. Cependant, pour la logique sous-jacente au tracé hangeul, son travail est, même à présent, novateur.

Une première association avec l'écriture tibétaine est proposée par l'orientaliste (sinologue, mongoliste, tibétologue et turcologue) français Jean-Pierre Abel-Rémusat. entre l'alphasyllabaire tibétain et le coréen. Il montre notamment la similitude entre le b (coréen ㅂ, tibétain བ), le p (coréen ᇁ, tibétain པ), le l (coréen ㄹ, tibétain ལ) et la fonction du ng (coréen ㅇ) ..

Le dessin des caractères est lié aux caractéristiques des sons qu'ils représentent et décrit la forme prise par les organes vocaux. Selon , cinq des de base (ㄱ, ㄷ, ㄹ, ㅂ, ㅈ) seraient dérivées de l'écriture phags-pa, dérivée du tibétain, qui avait été utilisée par les dirigeants mongols de la dynastie Yuan, régnant sur la Chine entre 1270 et 1360..

: interdiction En 1504, le roi Yeonsangun interdit l’usage et l’apprentissage du hangeul après avoir été ridiculisé et critiqué en hangeul. Il bannit les documents rédigés avec ce système d'écriture. En 1506, le roi Jungjong supprime le ministère de l’écriture vernaculaire. Le hangeul se perpétue ensuite grâce aux femmes et aux sujets non éduqués, qui n’ont pas accès aux études chinoises. À partir du , le hangeul fait naître la littérature romanesque féminine, mais reste méprisé dans les secteurs officiels du pays.

à nos jours : réhabilitation En 1894, les autorités japonaises imposent au royaume de Joseon la réforme administrative dite de l'an Kabo (1894 dans le calendrier chinois) qui prévoit l'abandon du système administratif à la chinoise ainsi que l'adoption du coréen moderne comme langue officielle en lieu et place du chinois écrit. Il est adopté dans les documents administratifs pour la première fois, peu avant que le Japon ne fasse de la Corée un protectorat, puis l’annexe. Le terme hangeul est utilisé pour la première fois en 1912 par Ju Si-gyeong (/) et signifie à la fois « la grande écriture » en coréen archaïque et « écriture de la Corée » en coréen moderne. Le hangeul est associé à la résistance contre l'envahisseur, et à la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Japon une fois vaincu, l’écriture prend son essor et permet d’alphabétiser rapidement l’ensemble de la population malgré la partition du pays. Elle s'impose définitivement lorsque les Coréens accèdent au lycée et à l'université, l'apprentissage par-cœur des caractères chinois se révélant trop chronophage. À partir de 1995, les journaux coréens cessent d'employer ces sinogrammes..

Le , jour de la commémoration de la promulgation du hangeul, est en Corée du Sud un jour de fête, appelé « journée du hangeul » (). En Corée du Nord, son équivalent, la « journée du chosŏn'gŭl » (), est célébré le .

Les hanja sont encore utilisés et enseignés aux écoliers coréens, mais la majorité des écrits coréens contemporains sont en hangeul. Les hanja peuvent être utilisés pour distinguer des homophones (également homographes en hangeul, puisque c'est une écriture phonétique), pour ajouter des nuances ou par parti pris.

En 2009, les autorités de la ville indonésienne de Baubau ont décidé d’adopter et d’adapter le hangeul pour écrire leur langue, le cia-cia., initiative qui a finalement été abandonnée au profit de l'alphabet latin, selon la loi indonésienne..

Clavier vignette|Dubeolsik Phonetic Il est possible de saisir du hangeul phonétiquement, comme avec un clavier QWERTY, grâce au clavier Dubeolsik Phonetic. Sur Android, il peut être installé via Heliboard, Florisboard ou FUTO Keyboard..

Description de l’écriture Le hangeul comprend , appelées jamos (, hanja : , les caractères mères).

Les jamos Les jamos sont divisés en plusieurs catégories : de base (/ / ) ; doubles (/ / ) ; de base (/ / ) ; composées (/ / ).

On distingue par ailleurs de consonnes (/ / ).

Le tableau suivant classe toutes ces lettres :

dans la première colonne figurent les jamos ; dans la deuxième colonne, les noms des jamos ; dans la troisième colonne, la romanisation révisée ; dans la quatrième colonne, la prononciation approximative des jamos ; dans la dernière colonne, la prononciation selon l’alphabet phonétique international.

+Hangeul jamo Lettres de baseConsonnesVoyellesJamoNomRom.Pron.APIJamoNomRom.Pron.API (giyeok)기윽 (Gieuk)ggu[g-] (a)aa[-a-]ㄴ니은 (nieun)nn[n-]/[-n]ㅑ야 (ya)yaya[-ja-]ㄷ디귿 (digeut)디읃 (Dieut)dd[d-]ㅓ어 (eo)eoo (o ouvert)[-ʌ-]ㄹ리을 (rieul)r (devant une voyelle),lr/l[ɾ-]/[-ʎ]ㅕ여 (yeo)yeoyo (o ouvert)[-jʌ-]ㅁ미음 (mieum)mm[m-]/[-m]ㅗ오 (o)oô[-o-]ㅂ비읍 (bieup)bb[b-]ㅛ요 (yo)yoyô[-jo-]ㅅ시옷 (siot)시읏 (Sieut)ss[s-]ㅜ우 (u)uou[-u-]ㅇ이응 (ieung)ngng[-ŋ]ㅠ유 (yu)yuyou[-ju-]ㅈ지읒 (jieut)jdj[tɕ-]ㅡ으 (eu)euû[-ɯ-]ㅊ치읓 (chieut)chtch[tɕʰ-]ㅣ이 (i)ii[-i-]ㅋ키읔 (kieuk)kkh[kʰ-]/[-k̚]ㅌ티읕 (tieut)tth[tʰ-]/[-t̚]ㅍ피읖 (pieup)pph[pʰ-]/[-p̚]ㅎ히읗 (hieut)hh[h-]Lettres composéesConsonnes doublesVoyelles composéesJamoNomRom.Pron.APIJamoNomRom.Pron.APIㄲ쌍기역 (ssanggiyeok)된기윽 (Doen'gieuk)kkk appuyé[kʼ-]/[-k̚]ㅐ애 (ae)aeè[-ɛ-]ㄸ쌍디귿 (ssangdigeut)된디읃 (Doendieut)ttt appuyé[tʼ-]/[-t̚]ㅒ얘 (yae)yaeyè[-jɛ-]ㅃ쌍비읍 (ssangbieup)된비읍 (Doenbieup)ppp appuyé[pʼ-]/[-p̚]ㅔ에 (e)eé[-e-]ㅆ쌍시옷 (ssangsiot)된시읏 (Doensieut)sss appuyé[sʼ-]/[-t̚]ㅖ예 (ye)yeyé[-je-]ㅉ쌍지읒 (ssangjieut)된지읒 (Doenjieut)jjtch appuyé[tɕʼ-]/[-t̚]ㅘ와 (wa)wawa[-wa-]Groupes de consonnesㅙ왜 (wae)waewè[-wɛ-]JamoNomRom.Pron.APIㅚ외 (oe)oewi[-wi-]ㄳ기역시옷 (giyeok siot)기윽시읏 (Gieuksieut)ksks[-k̚]/[-ks-]ㅝ워 (weo)weowo (o ouvert)[-wʌ-]ㄵ니은지읒 (nieun jieut)njndj[-n]/[-ntɕ-]ㅞ웨 (we)wewé[-we-]ㄶ니은히읗 (nieun hieut)nhnh[-n]/[-nx-]ㅟ위 (wi)wiwi[-wi-]ㄺ리을기역 (rieul giyeok)리을기윽 (Rieulgieuk)lglg[-ʎ]/[-ʎg-]ㅢ의 (ui)euiûi[-ɰi-]ㄻ리을미음 (rieul mieum)lmlm[-ʎ]/[-ʎm-]ㄼ리을비읍 (rieul bieup)lblb[-ʎ]/[-ʎb-]ㄽ리을시옷 (rieul siot)리을시읏 (Rieulsieut)lsls[-ʎ]/[-ʎs-]ㄾ리을티읕 (rieul tieut)ltlt[-ʎ]/[-ʎtʰ-]ㄿ리을피읖 (rieul pieup)lplph[-ʎ]/[-ʎpʰ-]ㅀ리을히읗 (rieul hieut)lhlh[-ʎ]/[-ʎx-]ㅄ비읍시옷 (bieup siot)비읍시읏 (Bieupsieut)bsps[-p̚]/[-ps-]

Certaines consonnes se prononcent différemment selon qu’elles se trouvent au début ou à la fin des syllabes qu’elles forment. Par exemple, se prononce « gu » dans (gi) et « k » dans (yeok). La syllabe « » ne se prononce pas si, mais shi (un peu comme le son chi en français). La transcription de cette syllabe par la romanisation révisée du coréen donne si alors que la méthode McCune-Reichauer écrit « shi ». Les groupes de consonnes sont toujours placés à la fin d’une syllabe. Si la syllabe est suivie par une consonne, seule la première consonne est prononcée. Si la syllabe est suivie d’une voyelle, les deux consonnes du groupe sont prononcées, la deuxième réalisant une liaison avec la voyelle qui suit.

Exemple : « » se lira eobda (le n’est pas prononcé) alors que « » se lira eopseo (le est prononcé).

Ordre alphabétique L’alphabet coréen ne mélange pas les consonnes et les voyelles. Comme aucun mot ne commence graphiquement par une voyelle, l’ordre des consonnes est le plus important, étant utilisé pour classer les mots dans un dictionnaire. L’ordre des voyelles vient ensuite pour classer les mots qui commencent par la même consonne.

vignette|Une page du Hunmin Jeongeum.

1446, Hunmin Jeongeum