La grotte de Lascaux, située dans la commune de Montignac-Lascaux dans le département français de la Dordogne en région Nouvelle-Aquitaine, dans la vallée de la Vézère, est l'une des plus importantes grottes ornées du Paléolithique supérieur par le nombre et la qualité esthétique de ses peintures et gravures, principalement des représentations d'animaux. Elle est parfois surnommée « la chapelle Sixtine de l'art pariétal », selon une expression attribuée à Henri BreuilB. et G. Delluc, Dictionnaire de Lascaux, 2008, Éditions Sud Ouest, 349 p.Henri Breuil reprend l'expression « Chapelle Sixtine de l'art quaternaire » qu'utilise Joseph Déchelette dans son Manuel d'archéologie préhistorique celtique et gallo-romaine en 1908 pour désigner les grottes d'Altamira. Voir Lascaux « chapelle Sixtine » de la préhistoire est également le titre du livre du photographe Fernand Windels, publié en 1948 avec l'appui d'Henri Breuil., qui la nomme également « Versailles de la Préhistoire » ou « Altamira française »Pales, L. (1962) - « L'abbé Breuil (1877-1961) », Journal des africanistes, vol. 32, , ..

La datation des matériaux de la grotte est sujette à débat et il n'est pas encore possible d'attribuer à une seule et même culture la réalisation des œuvres. La plupart des préhistoriens les attribuent néanmoins à la période du Magdalénien ancien, autour de cal AP.

Redécouverte en 1940 et ouverte au public en 1948, la grotte de Lascaux a subi un certain nombre de dégradations, en particulier l'apparition de champignons due au changement des conditions climatiques régnant à l'intérieur. La grotte est fermée en 1963, seuls les scientifiques pouvant désormais y pénétrer. De nombreuses études, publications, et reproductions des œuvres, ainsi que la réalisation de fac-similés grandeur nature accueillant plus de cent mille visiteurs par an, font de Lascaux un des sites emblématiques de l'art préhistorique.

Géographie et contexte géologique La grotte est située dans le Périgord noir dans la vallée de la Vézère plus précisément dans la commune de Montignac-Lascaux (Dordogne), à une quarantaine de kilomètres au sud-est de Périgueux et à de Sarlat-la-Canéda.

Elle s'ouvre sur la rive gauche de la Vézère, dans une colline calcaire au sein de l'étage coniacien (Crétacé supérieur). Contrairement à de nombreuses autres grottes de la région, la grotte de Lascaux est relativement « sèche ». En effet, une couche de marne imperméable l’isole de toute infiltration d’eau, empêchant toute nouvelle formation de concrétion de calcite.

Historique Voir notamment les ouvrages d'Henri BreuilBreuil, H. (1952), Quatre cents siècles d’art pariétal, Centre d'Études et de Documentation préhistoriques., de Norbert AujoulatNorbert Aujoulat (6 mai 2004), Lascaux. Le geste, l'espace et le temps, Paris, « Arts rupestres », Seuil, 6 mai 2004 ., et le Dictionnaire de Lascaux de Brigitte et Gilles Delluc.

Lascaux avant la découverte de la grotte Avant la découverte de la grotte, Lascaux (ou « Las Coutz », « La Coux », nom féminin dérivé de l’occitan cous ou cos, qui désigne un endroit pierreux) était le nom d'une seigneurie dont la présence est attestée au début du . Ce petit domaine noble comprenait un logis seigneurial, une métairie, un moulin, un colombier, des terres en labour, des vignes et la colline qui renfermait la grotte. Une description du domaine datée de 1667 indique le couvert paysager de la colline, constitué de vignes, de taillis, de châtaigniers, de genévriers et de bruyères. Le domaine noble changea de mains au fil des siècles, passant de la famille de Lascaux à celle du Cheylard, puis aux de Reilhac, aux Labrousse de Lascaux, puis finalement aux La Rochefoucauld-Montbel, propriétaires du domaine au moment de la découverte de la grotteLascaux avant Lascaux : De l’origine d’un domaine noble à "l'invention" d’un site préhistorique majeur. En 1972, les La Rochefoucauld cèdent la grotte à l'État.

Découverte Différentes versions de l’invention de la grotte de Lascaux ont été rapportées. Elles sont parfois contradictoires et souvent relatées de façon fantaisiste : découverte fortuite par un chien ou en jouant au ballon, exploration volontaire de la cavité déjà connue. Celle-ci a été effectuée en deux temps, les 8 et .

Selon la version la plus fréquemment racontée, le , Marcel RavidatNé en 1923 et décédé le , Marcel Ravidat est alors âgé de 18 ans (Il avait découvert la grotte de Lascaux : Marcel Ravidat est mort (archive), Dominique Leglu, Libération, 30 mars 1995). Il fut, comme son ami Jacques Marsal, guide à Lascaux jusqu'à la fermeture de la grotte en 1963. découvre l'entrée de la cavité lors d'une promenade sur la commune de Montignac en Dordogne. Au cours de cette promenade, son chien Robòt poursuit un lapin qui se réfugie dans un trou. situé à l'endroit où un arbre avait été déraciné : un orifice d'environ de diamètre s'ouvre au fond de ce trou, impossible à explorer sans un travail de désobstructionVoir la lettre où Marcel Ravidat raconte la découverte : Reproduction du manuscrit de Marcel Ravidat sur le site La France en Pièces . En jetant des pierres pour essayer de faire sortir le lapin, Marcel Ravidat constate que le trou communique avec une vaste cavité. Comme cela se situe à du château de Lascaux, il pense qu'il s'agit de la sortie d'un souterrain« Le trésor de Lascaux découvert il y a 70 ans », Ouest-France, , 12 septembre 2010, (interview de Georges Agniel)..

Quatre jours plus tard, le , Marcel Ravidat, muni d'un matériel de fortune (lampe à huile, coutelas) pour s'éclairer et élargir l'orifice découvert précédemment, revient sur les lieux accompagné cette fois de Georges AgnielGeorges Agniel est né le à Paris et mort le à Bry-sur-Marne. Il est décoré de l'ordre national du Mérite par Roland Dumas lors du cinquantième anniversaire de la découverte de Lascaux, puis en 2011 il est fait officier des Arts et des Lettres par le ministre Frédéric Mitterrand. Cf .., Simon CoencasAdolescent juif réfugié à Montignac. Cf. Juliette Demey, « Il a découvert Lascaux », lejdd.fr, 13 avril 2014., Jacques MarsalRavidat et Marsal deviendront par la suite les deux premiers guides de la grotte. Cf. . Les jeunes gens pénètrent ainsi une première fois dans la grotte et y découvrent les premières peintures. Après des visites quotidiennes et une première exploration du Puits, Jacques Marsal dévoile leur découverte à ses parents, qui s'étonnent de le voir revenir couvert de poussière. Ils avertissent Léon Laval, leur ancien instituteur à la retraite, le qui pense à une plaisanterie et préfère ne pas s'aventurer dans le trou mal dégagé. Léon Laval ne croit pas au départ à cette découverte mais il va dépêcher un de ses anciens élèves, George Estreguil qui lui va faire des dessins de la grotte.. C’est à la vue de ces dessins que Léon Laval se dit : « Ils ne me racontent pas d’histoires ». Maurice Thaon qui réside dans un hôtel à Montignac entend parler de cette découverte, descend alors dans la cavité où il prend quelques croquis d'animaux. Il part en Corrèze (à Brive Arlette Leroi-Gourhan, « A la recherche de Lascaux inconnu », , dans Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, , , 1990, consulté le 21 novembre 2018. ou Cublac« Maurice Thaon, le poulain de l’abbé Breuil », sur hominides.com, consulté le 21 novembre 2018.) rencontrer le préhistorien et abbé Henri Breuil, réfugié dans la région pour fuir l'occupant, pour lui relater la découverte et lui présenter les croquis « La Grotte de Lascaux », Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, , sixième livraison, , Périgueux, novembre-décembre 1940, consulté le 21 novembre 2018.. L'abbé Breuil est alors le premier spécialiste à visiter Lascaux, le , en compagnie du chanoine Jean Bouyssonie et du docteur André Cheynier, bientôt suivis des préhistoriens Denis Peyrony et Henri BegouënLéon Laval et Henri Breuil à Lascaux sur hominides.com..

Études et relevés Henri Breuil est le premier à authentifier la grotte et à la décrire sommairementBreuil, H. (1940) « Découverte d'une remarquable grotte ornée, au domaine de Lascaux, Montignac (Dordogne) », dans C.R. de l'Acad. des Inscr. et Belles-Lettres, séance du 11 oct. 1940, .. Il entreprend quelques relevés dès la fin de l'année 1940 et passe plusieurs semaines sur place pour étudier les œuvres qu’il attribue au Périgordien (voir Datation).

Après plusieurs années passées en Espagne, au Portugal et en Afrique du Sud, il revient en 1949 et entreprend une rapide fouille avec Séverin Blanc et Maurice Bourgon au pied de la scène du puits où il espère trouver une sépulture. Il y met au jour des pointes de sagaies décorées en bois de renne.

De 1952 à 1963, à la demande de Breuil, les relevés des gravures sont réalisés sur de calques par André Glory qui comptabilise représentations (aujourd’hui, sont répertoriées).

Par la suite, les représentations pariétales et leur environnement sont également étudiées par Annette Laming-Emperaire, André Leroi-Gourhan (et toute son équipe pluridisciplinaire, dont Brigitte et Gilles Delluc et Denis Vialou) et Norbert Aujoulat.

Protections La grotte est classée au titre des monuments historiques l'année même de sa découverte, par arrêté du . Les parcelles de terrain où se trouve la grotte ou voisines de celle-ci sont classées au titres des monuments historiques par trois arrêtés successifs du , puis du et du , consultée le 20 juillet 2011..

En , elle est inscrite par l'Unesco au patrimoine mondial de l'humanité parmi différents sites préhistoriques et grottes ornées de la vallée de la Vézère.

Exploitation touristique et problèmes de conservation Lors de la découverte, Henri Breuil demande aux jeunes découvreurs de garder la grotte jour et nuit pour y éviter toute dégradation. Ils installent à cet effet un campement de toile près de l'entrée mais cela ne les empêche pas de faire payer l'entrée de la grotte deux francs. Les premiers visiteurs n'hésitent pas à gratter la peinture ou graver leurs initiales sur les parois. Le propriétaire de la grotte, le comte de La Rochefoucauld-Montbel, fait poser une porte dès la fin de l'hiver puis entreprend en 1947 de lourds travaux d’aménagement destinés à la rendre accessible au public : l’entrée de la cavité entièrement obstruée fait l’objet d’importants terrassements qui modifient le niveau et la nature des sols. Les travaux dans la zone du porche détruisent le cône d’éboulis protecteur qui jouait le rôle de tampon thermique et hygrothermique ; une porte monumentale en bronze fermant un sas maçonné ainsi que des escaliers en pierre pour descendre dans la Salle des Taureaux sont installés ; le niveau des sols est abaissé pour dessiner un cheminement de visite et un éclairage électrique installé pour accompagner le parcours. Les travaux sont confiés à Yves-Marie Froidevaux, architecte en chef des monuments historiques. Le site est ouvert au public le Documentaire de Perrine Kervran et Anne Fleury, « Lascaux, une caverne ouverte puis refermée... », sur France Culture, 18 juin 2013.

L'instituteur Léon Laval, devenu délégué des monuments historiques, est le premier conservateur de la grotte de Lascaux jusqu'en 1948..

L'engouement du public est tel qu'un million de personnes visitent la grotte entre 1948 et 1963..

Malgré l'installation de cette porte pour limiter le danger de déséquilibre atmosphérique et la présence d'appareils de climatisation, le problème du conditionnement de l'air n'a pu être résolu.

Acidification des parois, « maladie verte » et « maladie blanche »