Un esprit (d'une personne vivante) est un , un , l', une ou l'.
Un esprit (temps du rêve) aurait donc une forme d'existence et une forme de pensée, il existerait sans pour autant être couramment visible ; souvent, les traditions populaires le dotent de pouvoirs merveilleux et d'influences plus ou moins occultes sur le monde physique.
Vision par culture Grèce antique Hésiode, au , dans sa Théogonie, distingue cinq catégories de puissances : les démons supérieurs ou dieux (race d'or), les démons inférieurs (race d'argent), les morts de l'Hadès (race de bronze), les héros sans promotion posthume, enfin les hommes du passé (race de fer).
Pythagore voit des âmes ou esprits partout, elles sont des parcelles détachées de l'éther :
Pythagore distingue quatre types d'entités spirituelles : dieux, héros, démons, humains. Les dieux sont des âmes immortelles, les humains des âmes mortelles. Les dieux habitent les astres, les héros glorieux l'éther, les démons la terre. Les héros sont des demi-dieux.
Platon, dans le Timée, un peu comme Hésiode, énumère dieux, démons, habitants de l'Hadès, héros et hommes du passé.
Rome antique Les Romains admettent dieux, déesses, mânes (âmes des morts), lares (esprits tutélaires protégeant maisons, etc.), génies (esprits présidant à la destinée d'un lieu, d'un groupe, d'un individu), lémures (spectres de morts)…
Les théologiens portent leur réflexion sur les anges à partir du , avec Origène, les Cappadociens (Grégoire de Nazianze, Grégoire de Nysse, Basile de Césarée).
Saint Justin (), le premier, voit dans les dieux du paganisme des envoyés du démon (Apologies, I, 5, 25-27). Il sera suivi par quantité de théologiens, dont Tertullien (De spectaculis), Lactance ().
Le néoplatonicien Porphyre de Tyr (vers 260) se demande avec prudence comment distinguer les êtres divins de haut rang (dieux, archanges, anges, démons, héros, archontes du cosmos ou de la matière) de simples âmes, sans parler des esprits malins (antitheoi).
Les anges et archanges païens sont perses d'origine.
Saint Augustin assimile les anges à la lumière incréée, issue du Verbe, il pense que les démons ont un corps aérien, il tient les faunes pour des enfants monstrueux entre femmes et diables.
Martianus Capella décrit au un monde peuplé d'esprits, satyres, etc. :
Dans son Commentaire sur le Timée (439), Proclus admet neuf niveaux de réalité : Un, être, vie, esprit, raison, animaux, plantes, êtres animés, matière première. Il pose une hiérarchie des dieux en neuf degrés : 1) l'Un, premier dieu ; 2) les hénades ; 3) les dieux intelligibles ; 4) les dieux intelligibles-intellectifs ; 5) les dieux intellectifs ; 6) les dieux hypercosmiques ; 7) les dieux encosmiques ; 8) les âmes universelles ; 9) les anges, démons, héros (selon Pierre Hadot).
Le pseudo-Denys l'Aréopagite, vers 490, influencé par Proclos et saint Paul, fait une classification des esprits célestes en trois triades constituant ainsi les neuf chœurs célestes (du haut vers le bas) : Séraphins, Chérubins, Trônes, Seigneuries, Puissances, Dominations, Principautés, Archanges et Anges.
Europe Moyen Âge Les théologiens chrétiens regardent les esprits comme des démons, des anges déchus. Ainsi, saint Augustin assimile les démons du paganisme gréco-romain aux anges déchus, rebellés contre l'autorité divine, qui veulent entraîner l'homme vers le malSaint Augustin, La Genèse au sens littéral ; La cité divine (410-427), livres VIII et IX..
Michel Psellos, grand savant byzantin du , énumère six catégories de démons dans un célèbre traité utilisé par Ronsard : Traité par dialogue de l'énergie ou opération des diables (trad. 1511). Il admet : esprits ignés, esprits aériens, esprits terrestres, esprits aquatiques, esprits souterrains, esprits ténébreux.
Honoré d'Autun (Honorius Augustodunensis) (1075-1157), dans son Elucidarium (traduit en français en 1954), admet comme esprits : anges, démons, âmes désincarnées. Il soutient que « les anges ont un corps d'éther, les démons d'air, les hommes de terre ».
Dans son roman en prose Merlin (-), Robert de Boron présente son héros comme fils d'une vierge et d'un diable, qui est donc un incube, un démon sexuel.
Le roman de Huon de Bordeaux (début du ) mêle deux catégories d'esprits : les esprits dont parlent les théologiens (anges, démons…), les esprits dont parlent les conteurs (nains, géants, ogres, animaux maléfiques…).
La faculté de théologie de Paris, en 1398, 1241, 1270, 1277, condamne la thèse selon laquelle, outre Dieu, existeraient d'autres entités éternellesChartularium Universitatis Parisiensis, édi. H. Denifle et A. Chatelain, 1891-1899, t. I, p. 171, 487, 548..
Renaissance ParacelseParacelse, La grande astronomie. Astronomia magna (1537), trad., Dervy, 2000, ; Le livre des nymphes, des sylphes, des pygmées, des salamandres et de tous les autres esprits (Liber de Nymphis, sylphis, pygmaeis et salamandris et de caeteris spiritibus) (1535), trad. de l'all., Nîmes, Lacour, 1998, 308 p. compte sept races de créatures sans âme : les génies à forme humaine mais sans âme ni esprit (inanimata) des Éléments, les géants et les nains, les nains sur la terre.
Il croit aux génies des quatre Éléments. La Terre, par génération spontanée, produit des nains qui gardent les trésors sous la montagne ; l'Eau produit les ondines ; le Feu, les salamandres ; l'Air, les elfes. Ensuite viennent les géants et les nains issus de l'air, mais qui vivent sur la terre. Le livre s'appelle « Le livre des nymphes, des sylphes, des pygmées, des salamandres et de tous les autres esprits » (Liber de Nymphis, sylphis, pygmaeis et salamandris et de caeteris spiritibus)Paracelse, Liber de Nymphis, sylphis, pygmaeis et salamandris et de caeteris spiritibus), 1535, trad. de l'all., Nîmes, Lacour, 1998, 308 p.
Les Germains développent une : géants primordiaux (qui ont personnifié ), les nains (qui ), les elfes (alfes), les trölls (), les landvaettir (), les disir, la fylgja (), hamr (), hamingja (forme appliquée à la famille entière), hugr ()Régis Boyer, dans Frédéric Lenoir et Jean-Philippe de Tonnac, La mort et l'immortalité, Bayard, 2004, ..
Jean Wier est un spécialiste de sorcellerie, avec son De praestigiis daemonorum ac incantationibus (1563). Il range les démons selon leur nature élémentaire (de feu, d'eau, d'air, de terre, souterrains), selon leur habitat (démons des quatre points cardinaux, démons diurnes, nocturnes, sylvestres, montagnards, champêtres, domestiques).
Au , les esprits comprennent : anges, démons et âmes désincarnées. Dom Calmet, un spécialiste du sujet, déclare écrire . Le dictionnaire Lalande emboîte le pas : .
L'abbé Henri de Montfaucon de Villars, dans son roman, Le comte de Gabalis ou Entretiens sur les sciences occultes (1670), met en correspondances démons et Éléments, et il simplifie Psellus, poursuit Paracelse. Les sylphes sont d'air, les ondins d'eau, les gnomes de terre, les salamandres de feu.
CréatureÉlémentselon ParacelseÉlémentselon l'Abbé de Villars Ondine Eau Eau Gnome Terre Terre Salamandre Feu Feu Phénix Feu Elfe Air Sylphe Air Nymphe Eau
et suivants
Descartes, rationaliste, entend par « esprits animaux » un terme de physiologie, des corpuscules composés des parties « les plus vives et les plus subtiles » du sang, et qui, en circulant du cerveau au muscle, meuvent le corps (Discours de la méthode, V) (1637). Ce ne sont donc pas des entités, c'est l'influx nerveux.
Dans le spiritisme codifié par Allan Kardec, le mot désigne les âmes des défunts, avec lesquelles un médium peut entrer en communication. Le premier livre de Kardec a pour titre : Le livre des Esprits contenant les principes de la doctrine spirite sur l'immortalité de l'âme, la nature des esprits et leurs rapports avec les hommes ; les lois morales, la vie présente, la vie future et l'avenir de l'humanité. Selon l'enseignement donné par les Esprits supérieurs à l’aide de divers médiums recueillis et mis en ordre par Allan Kardec (1857). Il y affirme ceci :
Edward Tylor, un des fondateurs de l'anthropologie, a avancé, en 1871, la notion d'animisme pour donner, selon lui, , et il pose comme :
Le positivisme d'Auguste Comte, selon sa loi des trois états, fait entrer la croyance aux esprits dans l'époque ou la conception les plus reculées, celle de l'état théologique, plus précisément dans sa deuxième phase, le polythéisme, où "la vie est enfin retirée aux objets matériels, pour être mystérieusement transportée à divers êtres fictifs, habituellement invisibles, dont l'active intervention continue devient désormais la source de tous les phénomènes extérieurs, et même ensuite des phénomènes humains"Auguste Comte, Discours sur l'esprit positif (1844), Vrin, 1995, p. 47..
Afrique subsaharienne Selon Pierre Alexandre, en Afrique subsaharienne,
Pour Ernst Dammann, aux esprits de la nature, qui comprennent , il faut ajouter (par exemple les esprits rattachés aux girafes chez les Nuers), (), certains héros civilisateursErnst Dammann, Les religions de l'Afrique (1963), trad. de l'all., Payot, 1964, ..
Amérindiens Concernant les Amérindiens, selon A. Métraux :
En principe les mêmes représentations se retrouvent en Amérique du Nord, bien qu'elles n'y dominent pas la religion au même degré que dans les jungles tropicales de l'Amérique du Sud... La croyance en un génie tutélaire personnel, dont on peut hériter ou que l'on peut acquérir par une vision et qui dans certains cas s'achète ou se cède, existe dans les deux AmériquesAke Hultkrantz, "Les religions des Indiens d'Amérique", apud Henri-Charles Puech (dir.), Histoire des religions, vol. III, Gallimard, coll. "La Pléiade", 1976, ..
En Mésoamérique, le nahual, à la fois humain et animal (ou divin) est un esprit tutélaire. Esquimaux d' Alaska, filets à pêcher les esprits.
Chez les Lakotas, la pratique de la quête de vision permet d'entrer en communication avec les esprits.
Bouddhisme Dans le Bouddhisme theravāda, le bouddhisme originel, celui du Bouddha historique et de la tradition des Anciens, theravâda (Sri Lanka, Cambodge, Laos, Birmanie, Thaïlande), admet jusqu'à 31 plans d'existence avec, du plus bas vers le plus haut : les êtres des enfers, les esprits faméliques (petâ), les demi-dieux (asurâ), les divinités (devâ) dont les brahmâ (aux plans 12-14). S'ajoutent des divinités terrestres mineures comme les génies (yakkhâ et yakkhinî), les serpents (Nâgâ), ce sont les esprits associés à la nature, ou les esprits d'ancêtres ou les dieux indiens, les dieux locaux et les héros mythologiques ou historiquesDidier Treutenaere, 100 questions sur le bouddhisme theravâda, Paris, Soukha, 2017, p. 121-127..
Haïti En Haïti (cas du vaudou) :
Islam Dans l'Islam, le Coran a un verset évoquant la science de l'esprit comme une science réservée exclusivement à Dieu :
Japon Au Japon : les kami.
Mésopotamie En Mésopotamie, les Assyro-Babyloniens admettent dieux (ilum), génies des planètes, dieux des ancêtres (ilû abbêni), dieux personnels (ilîni), esprits des morts (etemmû), quantité de démons (utukkû)Jean Bottéro, La religion babylonienne, PUF, 1952 ; (avec Samuel N. Kramer, Lorsque les dieux faisaient l'homme, Gallimard, 1989. Histoire des religions, t. I, Gallimard, coll. "La Pléiade", 1970, p. 154-249..
Mongolie En Mongolie (cas des Bouriates) : les spécialistes du chamanisme mongol ont proposé Roberte Hamayon, « Marchandage d'âmes entre vivants et morts », Systèmes de pensée en Afrique noire, 1978, ; Marie-Dominique Even, « Chants de chamanes mongols », Études mongoles et sibériennes, Labethno, 1992, ..