Maurice Duverger, né le à Angoulême et mort le Bertrand Le Gendre, « Maurice Duverger, professeur de droit et de sciences politiques, journaliste et éditeur », Le Monde, 22 décembre 2014 . à Paris, est un universitaire et juriste français. Professeur agrégé de droit, il fut spécialiste de droit constitutionnel et de sociologie du droit.

Biographie Maurice Duverger naît le à Angoulême.

Dès l'âge de seize ans, il est militant dans des groupes d'extrême droite bordelais et adhérent à l'Union Populaire Républicaine, organisation du futur ministre de Vichy et collaborationniste Philippe Henriot. En 1937, il est responsable à Bordeaux de l'Union populaire de la jeunesse française, organisation de jeunesse du Parti populaire français (PPF) décrite comme populiste et antiparlementaire, et accueillant un discours antisémite ; il participe à ce titre à différents congrès des jeunesses doriotistes, étant membre de ce parti. Il quitte le PPF en 1938. En 1977, dans son livre L'autre côté des choses, Duverger décrit ces expériences comme idéalistes et irréalistes. Durant l'Occupation, il accepte d'enseigner à l'Institut d'études corporatives et sociales, fondé sous l'égide du maréchal Pétain pour y former les cadres de la Révolution nationale.

Étudiant en droit à Bordeaux, Maurice Duverger est reçu, en , à l'agrégation de droit public après avoir soutenu sa thèse de doctorat sur l'Affectation des immeubles domaniaux aux services publics. Il est successivement professeur à la Faculté de droit de Poitiers en , à celle de Bordeaux en et enfin à celle de Paris (faculté de droit et des sciences économiques) de à . Il est l'un des fondateurs du département de science politique de la Sorbonne (Paris I), en 1969.

Maurice Duverger écrivit dans les numéros de juin et de la Revue du droit public un article intitulé La situation des fonctionnaires depuis la révolution de 1940. Il lui a été reproché, notamment en 1987 dans le magazine Actuel, d'avoir par cette étude légitimé le statut des juifs, ce qui vaut au magazine un procès en diffamation. L'accusation est soutenue par l'historien Pascal Ory et les recherches du juriste et historien Michel Bergès révélant sa participation au journal collaborationniste Le Progrès mais le magazine est condamné. Le doyen Georges Vedel témoigne à l'occasion de ce procès que .

La Revue du droit public s'inscrit clairement dans l’« effort de restauration nationale » souhaité par le régime de Vichy. Un article titré « A nos lecteurs » et signé par Roger Bonnard, directeur de la revue, ouvre le numéro de . Il se félicite de la reparution de celle-ci après « autorisation des autorités occupantes ». Roger Bonnard salue en Pétain « un guide d’une sagesse et d’une maîtrise de pensée incomparable et quasi surhumaine. ».

En , Duverger fait partie de l' « Équipe » de rédaction de l'hebdomadaire Le Progrès, fondé par le député-maire de Bordeaux Adrien Marquet, ministre de l'intérieur du Maréchal Pétain en 1940 et partisan de la collaboration. Le journal « exprime (...) un collaborationnisme sans faille, un anti-sémitisme sans fard, l'éloge du parti unique et de ses "nouveaux Templiers" (), etc. Aux côtés des officiels de Vichy, les personnalités allemandes y sont interviewées sans complaisance. ». Maurice Duverger, sous le nom de Philippe Orgène, signe des articles culturels, politiques et sociaux. L'hebdomadaire cesse de paraître début 1943.

Duverger se défend de cette accusation, évoquant un « pseudonyme collectif » et une collaboration éphémère qui se serait limitée à quelques articles culturels.

Après s'être rapproché de la Résistance, il était aussi devenu — après la Libération jusqu'aux années 1980 — un éditorialiste écouté au journal Le Monde, dont il fut un des conseillers politiques. Ses articles sont alors aussi publiés dans El País, le Corriere della Sera, Sud-Ouest, l'Express et le Nouvel Observateur.

À la suite du rapport secret de Khrouchtchev dévoilé en 1956, il est critiqué par Raymond Aron pour avoir écrit que et défendu que où . En 1964, ses faveurs vont à Gaston Defferre pour la présidentielle de 1965. De 1989 à 1994, il siège au Parlement européen comme élu indépendant de la liste du Parti communiste italien.

Maurice Duverger est l'un des fondateurs de l'Association française de science politique et de la Revue française de science politique. Il a ainsi participé à la prise d'autonomie de la science politique proprement dite par rapport au droit public dans les années 1970.

En 1987, il est candidat malheureux à l'Académie françaisehttps://calames.abes.fr/pub/#details?id=Calames-2026012710141571..

Maurice Duverger a été plusieurs fois consulté par les autorités politiques et les présidents de nombreux pays, en premier lieu ceux des nouveaux États indépendants d'Afrique noire issus de la décolonisation, aux fins de conseils juridiques et de rédactions constitutionnelles..

Maurice Duverger meurt dans la nuit du au à Paris, à l'âge de ..

Ses doctrines de droit public Il est l’auteur de très nombreux ouvrages de droit constitutionnel et de science politique.

Les partis politiques Dans un livre devenu classique, Les Partis politiques, il a démontré qu'un mode de scrutin majoritaire à un tour (de type britannique ou américain) tendait vers le bipartisme, tandis qu'un mode de scrutin proportionnel (de type italien ou Quatrième République) tendait vers le multipartisme. Ces deux dernières thèses sont respectivement connues sous les noms de Loi de Duverger et Hypothèse de Duverger.

Il travaille sur la distinction entre les partis de cadres et les partis de masses.

Duverger est également l'auteur de l'expression quadrille bipolaireMaurice Duverger, Le système politique français, , Presses Universitaires de France, collection Thémis, 1996, ., qui a caractérisé l'essentiel de la Cinquième République : les fonctions exécutives étaient partagées par quatre partis réunis en deux pôles : le PS et le PCF d'une part, le RPR et l'UDF d'autre part.

La nouvelle séparation des pouvoirs

Selon Duverger, « la séparation des pouvoirs revêt deux formes principales dans les démocraties occidentales, suivant les modes de relations entre le Parlement et le gouvernement : le régime parlementaire et le régime présidentiel […]. Mais ces dénominations se fondent trop exclusivement sur les rapports juridiques entre Parlement et gouvernement : elles ignorent trop les réalités politiques et notamment le rôle des partis. »

Ainsi, quand la majorité du parlement sera la même que celle du gouvernement, le parlement pourra être un simple instrument de la politique du gouvernement ; parler de la séparation des pouvoirs entre parlement et gouvernement dans ce contexte devient absurde.

Selon lui, la véritable séparation, ou articulation, se fait entre la majorité et la minorité (qu'elles soient issues de coalitions ou non).

Ainsi, à l'intérieur de chaque institution (nationales comme le gouvernement ou le parlement, ou locales, comme un conseil municipal), le parti politique (ou la coalition de partis) qui a la majorité fait passer ses décisions, tandis que la minorité tente de les bloquer. Les partis politiques ont une action transcendante ou verticale, c'est-à-dire qu'ils appliquent une même politique à tous les échelons.

La théorie du régime semi-présidentiel

Maurice Duverger est aussi à l'origine du concept de régime semi-présidentiel regroupant les régimes mixtes empruntant certaines caractéristiques aux régimes parlementaires et aux régimes présidentiels. Les régimes semi-présidentiels seraient alors ceux de l'Allemagne de Weimar de 1919 à 1933, de la Finlande, de la France ( République), de l'Islande, de l'Irlande, de l'Autriche, du Portugal et de la plupart des pays européens sortis du communisme dans les années 1990. La pertinence de cette notion regroupant des pays aux pratiques politiques parfois contradictoires fut alors critiquée par d'autres constitutionnalistes comme Jean Gicquel, Jean-Louis Quermonne ou encore Olivier Duhamel.

L'avènement obligatoire du socialisme démocratique Dans son ouvrage Introduction à la politique, Duverger formule une hypothèse. : l'avènement du socialisme démocratique. Au moment où il écrit, le monde se trouve dans un contexte de guerre froide ; il y a alors les deux systèmes opposés, celui de l'Est, communiste autoritaire, et celui de l'Ouest, démocratique et libéral. Duverger prédit que les deux systèmes vont se rejoindre, celui de l'Ouest en se socialisant, et celui de l'Est en se libéralisant. Les deux seraient alors, après une évolution sans doute longue, en passe d'être marqués par le socialisme démocratique. Cela ne se ferait pas sans heurts, ni sans obstacles, ni sans régressions temporaires, sans doute. Mais fatalement, du fait des mouvements populaires, ce système adviendra. Il admet que des divergences pourront demeurer entre les deux blocs ; mais il y aura, selon lui, un rapprochement. Il soutient que le Tiers-monde, après les deux blocs, ira dans le même mouvement vers ce système, socialiste et démocratique. Il suppose qu'en optant pour le communisme, les pays du Tiers-monde auront plus tôt fait d'arriver au socialisme démocratique qu'en optant d'abord pour le capitalisme. Il pense que l'on ne pourra pas arriver au socialisme démocratique sans passer préalablement par une de ces voies : communisme ou capitalisme. Il juge que, par son efficacité, le socialisme se démarque des deux autres systèmes ; il permet une planification globale bien plus enviable que l'économie de marché, marquée par « l'absence d'organisation » et du fait que le capitalisme est marqué par « l'impossibilité de construire une véritable communauté humaine [avec ce système anti-social] » ; et la démocratisation du communisme est irrémédiable du fait de « l'évolution économique et technique ». Il pense, d'ailleurs, que si le capitalisme reste en place encore un temps, ce n'est pas parce qu'on considère qu'il est légitime, mais parce que le système communiste observé, stalinien, est pire encore que lui. Si un jour l'Est est marqué par le socialisme démocratique, il n'y aura plus aucun attachement au capitalisme à l'Ouest. Duverger envisage aussi que le socialisme démocratique puisse advenir à l'Ouest avant de le faire à l'Est.

Distinctions Membre de l'Académie américaine des arts et des sciences ; Membre de l'Académie finlandaise des sciences ; Membre depuis 1981, en tant que « membre étranger », de l'Académie serbe des sciences et des arts ; De à : vice-président de l'Association internationale de science politique (AISP).

Décorations 50x50px|Legion Honneur GO ribbon Grand-officier de la Légion d'honneur. ; 50x50px|Ordre national du Merite Commandeur ribbon Commandeur de l'ordre national du Mérite ; 50x50px|Ordre de l'Etoile Noire Chevalier ribbon Chevalier de l'Étoile noire ; 50x50px Médaille de l'ordre de la Francisque ; 50x50px Commandeur de l'ordre du Phénix (Grèce) ; 50x50px|MEX Order of the Aztec Eagle 1Class BAR Grand-officier de l'ordre de l'Aigle aztèque (Mexique).

Docteur Maurice Duverger est docteur de plusieurs universités, dont : l'université de Sienne ; l'université de Genève ; l'université Rutgers de l'État du New Jersey ; l'université de Milan ; l'université autonome de Barcelone ; l'université de Varsovie ; l'université Saint-Clément-d'Ohrid de Sofia ; l'université Charles de Prague ; l'université d'Athènes.

Publications principales La situation des fonctionnaires depuis la Révolution de 1940, Paris, LGDJ, 1941. Les partis politiques, Paris, Armand Colin, 1951. La participation des femmes à la vie politique, Paris, UNESCO, 1955. Demain La République, Paris, René Julliard, 1958. Méthodes de la science politique, Paris, PUF, 1959. La République et le régime présidentiel, Paris, Fayard, 1961. Les institutions françaises, Paris, PUF, 1962. Constitutions et documents politiques, Paris, PUF, 1964, . Introduction à la politique (1964) Sociologie politique, Paris, PUF, 1966,