Le château médiéval de Pouancé est un château communal situé dans la commune française de Pouancé, dans le département de Maine-et-Loire, à la frontière occidentale de l’ancienne province de l'Anjou, face à la Bretagne. Avec l'enceinte urbaine de la ville, dont une partie est encore visible aujourd’hui, il couvre une superficie de trois hectares. On le surnomme parfois « second château de l'Anjou » en termes d'importance, juste après le château d’Angers. Il fait partie des Marches de Bretagne et est le pendant angevin du château de Châteaubriant.
Sur un site fortifié au moins dès le , le château fort actuel est construit du . Assiégé à plusieurs reprises pendant la guerre de Cent Ans, il devient une forteresse de premier plan à la fin du , lors du conflit entre le royaume de France et le duché de Bretagne.
Le château fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques depuis le . Il a subi de fouilles ponctuelles et de rénovations, notamment entre 1981 et 1996, avec l'appui des bénévoles de l'association Chantiers Histoire et Architecture Médiévales. Cependant, de nombreuses questions restent en suspens, le site n'ayant pas fait l'objet de recherches approfondies.
Historique Premiers temps de la forteresse Dès la fin du haut Moyen Âge, le site de Pouancé, situé aux confins des Marches de Bretagne et de l'Anjou, fut certainement fortifié afin de contrecarrer la place-forte bretonne de Châteaubriant. La première mention du château remonte à la période 1049-1060 dans le cartulaire de Carbay ; le comte d'Anjou y entretenait des hommes et un vicarius. Des fragments de sarcophages datables du haut Moyen Âge découverts dans les murs de l'église de Saint-Aubin semblent prouver l'existence de peuplements antérieurs à l'édification du château dans cette zonePeuplement, pouvoir et paysage sur la marche Anjou-Bretagne », Jean-Claude Meuret ; société d’archéologie et d’histoire de la Mayenne, 1993..
L'identité du propriétaire initial du château a été sujette à de nombreuses théories : selon Racineux, il aurait été construit par Manguinoë, « premier seigneur de Pouancé », entre 990 et 1037En réalité, Manguinoë est à l'époque seigneur de La Guerche de Bretagne, et les deux seigneuries ne seront liées que vers les années 1130. tandis que pour Jean-Louis Ormilières, il aurait pu être bâti par Foulque NerraJean-Louis Ormilières, Histoire de l'Anjou, PUF, coll. « Que sais-je ? »..
Après la mort de Landri, le vicarius du comte d'Anjou, Pouancé passe aux mains d'un proche de Landri, Hervé de Martigné, vassal du comte de Rennes, à qui le comte d'Anjou accorde sa confiance. Hervé contrôlait déjà l'« honor » de Lourzais, territoire proche de Pouancé. Cependant, dès 1066, le duc de Bretagne , assiège Pouancé et s'en empare, lors d'une campagne qui le mènera jusqu'à Château-Gontier. À la mort d'Hervé, vers 1084, Gautier Hay, son fils, lui succède. Emma, son héritière, épouse vers 1130 de La Guerche, liant ainsi la seigneurie de Martigné-Pouancé avec celle de La Guerche..
vignette|gauche|Vue en contre-plongée de la Grosse Tour () avec sa caponnière () à gauche, et la tour de la Dame Blanche (fin ) à droite.
Les seigneurs de Pouancé vont par la suite se retrouver en conflit avec les Plantagenêts : vers 1172, , petit-fils d'Emma et de Guillaume, prend part à la rébellion contre ., mais les seigneurs bretons rebelles sont défaits à Dol-de-Bretagne, leurs châteaux détruits, et Geoffroy se réfugie dans les forêts alentour. Son fils s'allie avec les seigneurs bretons en 1196 et participe à leur victoire à Carhaix contre l'armée du sénéchal d'Anjou.. Au début du , le château est au cœur d'une grande seigneurie à cheval sur l'Anjou et la Bretagne. Le château devient un centre politique, dont le pouvoir s'étend sur les seigneuries de Pouancé, Martigné, La Guerche et Segré. C'est à cette période conflictuelle que s'érige le château actuel, avec les premières tours et courtines. C'est également au début du que , seigneur de Pouancé, décide d'établir une digue sur la Verzée, mettant en place l'étang de Pouancé, protégeant ainsi la façade ouest de la forteresse, la plus exposée.. vignette|redresse=0.6|Sceau de de Pouancé. Le voit se produire le déclin de la famille seigneuriale de Pouancé.. Le fils de , , meurt vers 1244. Son fils, , meurt en 1263, laissant sa fille Jeanne seule héritière. Jeanne épouse alors Jean de Beaumont. Leur petit-fils, de Beaumont, après une union stérile avec Isabeau d'Harcourt, s'unit avec Marguerite de Poitiers. Leur fils Louis de Beaumont meurt en 1364, à la bataille de Cocherel.. C'est la petite-fille d'Isabeau, première épouse de de Beaumont, Marie Chamaillard qui récupère la seigneurie de Pouancé, l'ajoutant aux fiefs détenus par son mari, Pierre de Valois, proche de .
Les affres de la Guerre de Cent Ans
Entre 1371 et 1379, de Valois, propriétaire de la seigneurie, « fist faire ou castel de Pouencé une belle tour », probablement l'actuelle Grosse Tour. Il fit également poser des mâchicoulis.. C'est vers le que furent effectuées des reprises sur les tours du , notamment la tour Saint-Antoine, afin d'y inclure des escaliers à vis. Entre les , il est probable que furent construits le Grand logis ainsi que la glacière.
vignette|gauche|Reproduction du château de Pouancé tel qu'il aurait pu apparaître au .
Le château subit son second siège par l'armée bretonne de Jean IV de Bretagne en 1379, durant lequel la forteresse est peut-être prise par trahison.. Pierre de Valois, seigneur du lieu, échange avec Bertrand Du Guesclin les terres de Pouancé et de La Guerche contre des terres en Normandie. Pouancé est alors sous contrôle du duc qui rend la forteresse à Olivier du Guesclin en 1381. Celui-ci la lui vendra en 1390. À la suite du mariage entre d'Alençon et Marie de Bretagne, celle-ci reçoit en dot les seigneuries de Pouancé et La Guerche, qui appartiennent dès lors à la famille d'Alençon..
Après les déboires de d'Alençon, celui-ci décide de mettre la main sur Jean de Malestroit, évêque de Nantes et chancelier de Bretagne, et l'emprisonne à Pouancé, afin que le duc de Bretagne, , honore la part impayée de la dot de sa mère.. Refusant le chantage, se lance alors dans un long siège au début de l'année 1432. La forteresse de Pouancé doit subir pendant cinq semaines les assauts coordonnés des bretons et de leurs alliés anglais. Les troupes ennemies, fortes de plus de Arthur Le Moyne de la Borderie, cité par ., disposent de sept canons qui bombardent les défenses pouancéennes. Face à l'avancée des travaux de sapes, Jean d'Alençon préfère négocier, et le siège est levé vers le Revue de l'Anjou et de Maine et Loire, tome 2, 1853, ..
Onze ans plus tard, en 1443, une armée anglaise, menée par le duc de Somerset, vient assiéger la forteresse. Le connétable de Richemont rejoint le duc d'Alençon à Château-Gontier afin d'organiser une contre-attaque avec d'autres seigneurs, dont Louis du Bueil et André de Lohéac. Ceux-ci, avec Jean d'Alençon, décident de précipiter l'attaque sans attendre les renforts. Ils sont finalement surpris de nuit par les Anglais qui, ayant rassemblé , se précipitent sur leur campement. Les habitants de Pouancé résistent cependant avec succès. En revanche, les faubourgs et les industries de la ville sont dévastés. L'armée anglaise décide de lever le siège au bout de deux ou trois semaines et se dirige vers La Guerche..
Le conflit franco-breton vignette|Les forteresses des marches de Bretagne. vignette|gauche|redresse=1.2|Pouancé durant le .
En 1467, d'Alençon complote avec le duc de Bretagne contre le roi de France, . Les Bretons attaquent en ., le siège est mis au château de Pouancé, défendu par le « sieur de Villiers » pour le compte du roi de France, sans le consentement de . Après trois jours de siège, la forteresse tombe, et les Bretons cèdent au pillage et autres exactions, brûlant le château et la ville.. En , la contre-attaque française chasse les Bretons de Pouancé. Dès lors, la forteresse angevine devient une composante essentielle du système de défense et d'attaque des troupes françaises contre la Bretagne. En 1472, y séjourne avec plus de quand il apprend que des troupes bretonnes sont concentrées vers La Guerche.. En 1488, Louis de la Trémoille y rassemble avant de mettre le siège sur Châteaubriant, débutant ainsi une campagne militaire contre le duché de Bretagne qui aboutira à terme à son annexion au royaume de France.
C'est vraisemblablement dans cette dernière moitié du que le château subit toute une série de réaménagements défensifs, avec l'érection de la tour Heptagonale, la construction des moineaux et de la caponnière, la mise en place du bastion et de la tour à bec dans les basses-cours.. Cette frénésie de constructions défensives coïncide avec cette période de tensions franco-bretonne, qui voit naître une véritable militarisation des forteresses des Marches de Bretagne.Le Page et Nassiet, L'Union de la Bretagne et la France, ..
Ultime rôle militaire pendant les guerres de Religion En 1562, la seigneurie passe aux mains de la maison de Cossé-Brissac, notamment à . Fervent catholique, il entre en 1590 dans la Ligue catholique et s'oppose au roi . En 1592, madame de Brissac envoie un dénommé Chanjus, capitaine et commandant du château de Pouancé, prêter hommage au roi à Angers.. Malgré le désir de neutralité, la ville et le château sont occupés en 1593 par une cinquantaine de soldats du duc de Mayenne. Celui-ci se rallie au roi en 1596, mais le duc de Mercœur, gouverneur de Bretagne, continue le combat. En , le capitaine Chanjus rend le château à Mercœur. qui y installe sûrement une garnison. Celui-ci finira par se soumettre en , mettant fin à la huitième guerre de Religion.
L'abandon de la forteresse militaire vignette|gauche|redresse=1.5|Haute cour de la forteresse avant 1916. Des habitations et ateliers sont construits le long des remparts. À droite, la tour du Moulin avant son effondrement en 1916. À gauche, la tour Criminelle, effondrée en 1936.
Le château a depuis longtemps perdu son rôle de résidence seigneuriale. La maison de Cossé-Brissac ne s'y rend qu'en de rares occasions. Cependant, François de Cossé y meurt en 1651 et son corps y est un temps exposé.. Au cours des , plusieurs salles sont encore habitables, puisque plusieurs personnes y résident : un jardinier en 1620, un lieutenant de bailliage y meurt en 1671, un officier « garde-marteau » y réside également entre 1756 et 1767.. Une salle de perception est encore attestée dans la « salle basse » au début du .. Cependant, la plupart des hommes chargés de la gestion de la seigneurie logent hors de la ville, dans des manoirs, logis et gentilhommières.. Dès 1541, les anciennes murailles sont partiellement rompues et abandonnées. Au , les habitants ont désormais le droit de les abattre s'ils en deviennent propriétaires..