thumb|right|upright=1.2|Paysage de l'Hadramaout. L'Arabie préislamique désigne la péninsule Arabique avant le , soit avant l'apparition de l'Islam. Dans l'Antiquité, à l'époque de l'Empire romain, les auteurs gréco-latins divisent l'Arabie en trois régions distinctes : l', au Sud, qui correspond au Yémen actuel ; l'Arabie centrale, peuplée de nomades et de sédentaires et qui vivent dans l'orbite de l'Arabie heureuse ; et l'Arabie pétrée, sous influence des Empires byzantin et perse.
Le Coran fait référence à cette période sous le nom de , signifiant , et les traditions présentent cette époque comme marquée par le paganisme et l'ignorance de la (ce qui n'empêchait pas d'en vanter certaines qualités comme le courage, la générosité ou l'hospitalité)Dominique et Janine Sourdel, in Dictionnaire historique de l'islam, Paris, PUF, 1996, p. 90.. Cette construction mémorielle de l'Arabie préislamique comme période obscure — construction contredite par les recherches actuelles — avait une visée apologétique : il s'agissait de valoriser, par contraste, l’avènement de l'islam dans la région.
On trouvait par ailleurs différentes religions dans cette zone, parmi lesquelles le christianisme, le zoroastrisme, le judaïsme et les cultes polythéistes.
vignette|Qataban (Statue, Yémen préislamique).|alt=
Préhistoire
vignette|droite|Pétroglyphe, , province de Najran. À l'époque paléolithique, l'Arabie était habitée par des chasseurs utilisant la pierre taillée. Dans l'Hadramaout, des outils paléolithiques ont été trouvés alors que dans le désert du Rub al-Khali, la découverte d'outillage néolithique semble indiquer un lien avec l'Afrique. On ne sait s'il s'agit de populations parlant une langue sémite ancêtre de l'arabe. À la fin du , des populations d'origine sédentaire du Croissant fertile semblent s'être installées en adoptant le nomadisme fondé sur l'élevage du dromadaire, domestiqué à cette époque.
De très nombreuses chambres funéraires, sous des tumuli, souvent entourées de murs circulaires ont été inventoriées dans certaines régions (oasis d'Al Khardj, Bahreïn), les plus anciennes pourraient dater du début du Maxime Rodinson, « Arabie », Encyclopædia Universalis, consulté le 13 septembre 2013, .
Des fouilles danoises et françaises récentes ont mis au jour, sur le golfe Persique, des vestiges impressionnants qui s'apparentent étroitement à la culture de l'Indus du milieu du et début du millénaire avant notre ère. Si l'on se réfère aux écrits sumériens et akkadiens, il pourrait s'agir des régions de Dilmoun (Qatar, Bahreïn) et de Magan (Oman ?), importantes voies commerciales entre la Mésopotamie et l'Inde.
(Haïl (province))
Al Naslaa (pétroglyphes)
Tombes de la culture Dilmun (Bahreïn)
Histoire ancienne vignette|droite| Empire néo-babylonien (626–539 )
vignette|droite|Principaux repères commerciaux de la péninsule arabique vers 40, selon le Périple de la mer Érythrée. vignette|droite| Géographie de Ptolémée, vers 150 : reconstitution de la planche d'Asie
Le terme d'Arabes désigne (avant 600) une ethnie du Proche-Orient ancien, répartie non seulement dans la péninsule arabique (Al Jazira, l'Île) mais aussi, concurremment avec d'autres populations, en Mésopotamie, plaine de Mésopotamie et Haute Mésopotamie (Djézireh, Al Jazira), et au Levant.
La région du Hedjaz est occupée à l'époque néo-babylonienne par le roi Nabonide qui y réside même pendant 10 ans entre -553 et -543..
, satrapie d'Arabāya
Royaumes du Nord et du centre vignette|droite|Regroupements de tribus dans la péninsule arabique vers 400-600 , sites archéologiques en Arabie saoudite Al-Magar (néolithique) Franges nord : Édom, Royaume de Moab, Ammonites (Amman), Aram-Damas Araméens (Antiquité), Royaumes néo-hittites, Empire néo-assyrien Pays de Madian (?) Tribus d'Arabie Royaume de Qédar (de -850 à -150, Nord-Arabie et Sud-Syrie et Palestine), capitale : Dumat Al-Djandal Kindah (vers 450-550, Nejd) : Qaryat al-Faw Tayma Rijal Almaa
Royaumes de l'Est Parmi les cultures anciennes : Dilmun (de -3200 à -538), Île de Tarout, Île de Failaka, Qal'at al-Bahreïn, (vers Khobar).
Hors péninsule Arabique, au Nord du golfe Persique ou plutôt golfe d'Oman, se développe un pays nommé Makran/Mékran (dans l'actuel Baloutchistan, d'Iran et du Pakistan, ). L'Empire achéménide (559-330 AP) en fait la satrapie de Gédrosie, qui devient Gédrosie après l'expédition d'Alexandre le Grand). Deux autres satrapies achéménides sont proches par le détroit d'Ormuz, celle de Perside, et celle (ancienne civilisation de Jiroft), à l'emplacement des actuelles provinces iraniennes de Kerman et d'Hormozgan). Des relations antérieures, au moins exploratoires (navigation dans l'Antiquité) et commerciales, ont pu avoir lieu avec l'Omanais : ou Sulayb / Sleb / Sulluba, peut-être .
Magan, Histoire d'Oman (sud), Magan,
Royaumes du Sud Histoire du Yémen (sud), Sites archéologiques au Yémen, Mission archéologique française de Shabwa Qataban (sud, de -750 à -110) (capitale Timna ou Tamna') Hadramaout (sud, capitale: Chabwa ou Shabwa) Ma'în (sud, capitale Qarnawu, moderne Ma'în) (de -1200 à -100 environ, Al Jawf (Yémen)) . Royaume de Saba (sud, Shéba, de -1200 à -275), capitales : Marîb et Sirwah) Nabatéens (nord-ouest, de -1000 à +106), Pétra, , , , Art nabatéen 'Awsân (sud, capitale: Hagar Yahirr) (de -750 à -650) Nashshân (sud-ouest, , as-Sawdâ'). Diadoques, roi d'Asie (aux marges nord du monde arabe), Antigone le Borgne (de -382 à -301) Himyar (de -110 à +525, sud), Liste des rois de Saba et Himyar Langues sudarabiques anciennes (langues sémitiques du Sud), alphabet sudarabique. Judaïsme : Histoire des Juifs en terre d'islam, Dhu Nuwas (vers 470-vers 530), Juifs arabes, Juifs Mizrahim, Exode des Juifs des pays arabes et musulmans
Côte Ouest Le Périple de la mer Érythrée (vers 150-250) dresse un inventaire des ports, et donc des relations commerciales principalement en mer Rouge : liste de ports antiques en mer Rouge.
Le royaume éthiopien de Damot (750-550 AP) semble avoir reçu l'influence de populations venues de la péninsule arabique.
D'après le (vers 200-270), le royaume d'Aksoum (de -150~ à +950~) entretient, avec son port d'Adulis, d'étroites relations avec le sud de la péninsule arabique. En résulte le royaume d'Himyar (de -110 à +525/575, capitale Zafar, puis Sanaa), domine le Yémen (et une bonne partie de la péninsule) de 275 à 570/575.
Antiquité tardive : émergence d'une identité arabe
vignette|droite|Carte du diocèse d'Orient vers 400
La présence romaine dans la région (nord-ouest de la péninsule arabique et ports en mer Rouge) est ancienne, en partie due aux échanges commerciaux entre la Rome antique et l'Inde et la Chine (route de la soie, route de l'encens, histoire de Gaza antique, liste des ports antiques en mer Rouge) et à l'Égypte romaine (de -30 à +641) : les provinces romaines de Judée (+6) et la province romaine d'Arabie pétrée (106), dès avant l'annexion du royaume nabatéen (vers 330-106), assurent un contrôle des routes commerciales, terrestres et maritimes, même en dehors de la Mare nostrum.
(de -30 à au moins +300) Bataille de Carrhes (53 avant l'ère commune, Harran, Osroène), Adiabène Arabie (province romaine) (106-630, Arabie pétrée, Bosra)., Arabie déserte (nord-est), Arabie heureuse (sud, Yémen) Diocèse d'Antioche (Diocèse d'Orient, 330-640), Diocèse d'Égypte (380-539) Forces militaires romaines basées à Pétra (six cohortes Ulpia Petraeorum : I, II, III, IV, V et VI), Legio III Cyrenaica (transférée à Bosra) Limes Arabicus, Strata Diocletiana Lucius Aelius Gallus, Guerres perso-romaines (à partir de -100) Alphabet arabe, histoire de l'alphabet arabe, inscription trilingue de Zabad (512, grec ancien, syriaque, arabe ancien) Christianisme : Église de l'Orient, nestorianisme : Najran, Sanaa, Hira, Bassora Ancienne église d'Aqaba, (Al-Jubayl, Arabie saoudite) (Najran, Arabie saoudite), martyrs de Najran (523), Livre des Himyarites Nuʿman (roi de Al-Hira de 582 à 602)., (abbé nestorien, mort en 680), Ibad, groupe arabe chrétien d'Al-Hira , catholicos de l'Église apostolique assyrienne de l'Orient de 650 à 660, confronté au schisme des Églises de la province du Fars (Iran/Perse), donc du golfe Persique et d'Inde, puis de celles des cinq évêchés de Bahreïn ou du Qatar (Beth Qaṭrāyé en syriaque), puis de celles d'Oman (Mazun) Royaume de Hatra (vers 150-241), royaume-tampon arabe Royaume d'Osroène (de -132 à +216) Royaume d'Émèse (de -64 à +300), Élagabal (divinité) Périple de la mer Érythrée (vers 90-250) Tanukhides (196-1100) Ghassanides (220-638) Empire de Palmyre (260-273), Odénat (220-267), Zénobie (vers 240-275), Wahballat (vers 259-273) Lakhmides (300-602) Salihides ou Zokomides (vers 350-550) Révoltes samaritaines (484-572)
Un royaume principal au Sud : Himyar Divisée en royaumes rivaux, l'Arabie est réunie à la fin du .
Le royaume de Himyar contrôle celui de Saba à partir de 275, envahit le Hadramaout vers 300. On considère que, entre 350 et 560, la majeure partie de la péninsule arabique est sous la domination de ce royaume.. Ce royaume se confronte aux Perses peu après 300, lorsque ces derniers mènent un raid vers Nagran (?). Ce raid inaugure une période de confrontation entre Sassanides, Byzantins et Himyariens pour le contrôle de l'Arabie désertique.
À partir de 500 environ, le roi du royaume de Himyar est nommé par le négus d'Axoum. En réaction à une révolte du roi Joseph en 522, suivi du massacre de Najran en 523, le négus tue le roi et nomme le roi suivant. Le roi placé est alors un roi chrétien mais rapidement, le chef de l'armée en Arabie, Abraha, se révolte contre le roi et prend le pouvoir. Le royaume chrétien s'allie alors officiellement aux Byzantins.. Abraha règne entre 535 et 565 et soumet une grande partie de l'Arabie, en particulier la région de Médine. Le pouvoir des Abrahides s'effondre vers 570-575 et les Perses prennent le pouvoir dans la Péninsule.
Entre le et le , un déclin de peuplement, une transformation de la société et des voies commerciales peuvent s'observer en Arabie. . C'est donc une évolution du monde antique qui caractérise la fin de l'Antiquité préislamiqueSchiettecatte J., « À la veille de l'islam: effondrement ou transformation du monde antique ? », dans Ch. Robin & J. Schiettecatte (éd.), Les préludes de l'islam. Ruptures et continuités des civilisations du Proche-Orient, de l'Afrique orientale, de l'Arabie et de l'Inde à la veille de l'Islam, 2013, De Boccard, p. 9-36.. Cette « crise » est contemporaine de celle qui touche le monde méditerranéen..
Si le terme « arabe » existe depuis le avant J.C., l'existence d'une identité propre semble apparaitre à partir du de notre ère, date à laquelle des arabes se qualifient ainsi eux-mêmes. Cette identité se fonde alors sur une langue et non sur une ethnicité.. Cela évolue pendant la période islamique..
Royaumes du Nord : Lakhmides, Ghassanides Une ancienne tribu arabe, les Lakhmides, qui serait d'origine yéménite, a été à l'origine d'une dynastie qui a gouverné une partie de ce qui est maintenant l’Irak et la Syrie pendant trois siècles (royaume de Hîra, 300-602). Des inscriptions proto-arabiques dans le sud de la Syrie datant de 328 parlent du roi Lakhmide (le deuxième de la dynastie) comme "Roi de tous les Arabes"http://www.iranicaonline.org/articles/lakhmids - Lammens et Shahid; Nikita Elisséeff, page 945.. Le royaume de Lakhmides, alors mi-nestorien, mi-zoroastrien, était vassal de l'empire Sassanide depuis 602, mais peu après, battus à la bataille de Hira par le musulman Khalid ibn al-Walid, les Lakhmides ont facilité la conquête musulmane de la Perse et la chute des Sassanides en acceptant d'aider en tant qu'espions les nouveaux conquérants Michael G. Morony, Iraq After the Muslim Conquest, ..