Le comté de Gruyère (prononcé ou ) est un ancien comté de Suisse, situé pour sa plus grande partie dans le sud de l'actuel canton de Fribourg.
Attesté à partir du milieu du , il fait suite au comté d'Ogoz, pays du Saint-Empire romain germanique. Il relève du Royaume d'Arles, dit Deux-Bourgognes, tout en possédant une certaine autonomie, avant de passer sous le contrôle de la maison de Savoie (1244-1536). À la suite de difficultés financières, le comté fut racheté en 1555 par le canton de Fribourg et le canton de Berne, ses créanciers directs.
Histoire Le comté de Gruyère est occupé dès le paléolithique, comme l'attestent quelques vestiges. De l'âge du bronze restent des objets plus nombreux, notamment en altitude. L'époque romaine a aussi laissé des traces d'occupation humaine, toujours visibles notamment à Marsens et Vuippens.
Au avec la mort de Charles III le Gros, dernier successeur de Charlemagne, l'ancien royaume de Bourgogne donne naissance à deux royaumes : la Bourgogne-Provence et la Bourgogne-Transjurane<ref name ="GRUYERE1">Histoire du comté de Gruyère, volume 10</ref>.
Le comté d'Ogoz (Ogo) Les anciens pagus gallo-romains ayant pris le nom de Gau, un des premiers officiers de cette subdivision territoriale, gouvernée par Rodolphe Ier de Bourgogne, est Turimbert, nommé comte d'Ogo ou Hochgau (traduit par : Haut-Pays, Gau était un terme vieux francique désignant une division politico-géographique d'une nation, l'équivalent d'un district). Ogo est l'ancien nom du comté de Gruyère occupant la totalité de la haute vallée de la Sarine dont le chef-lieu est le Château-d'Œx dans le Canton de Vaud, où le comte exercera le droit de justice pour les eaux et la forêt, cet office est désigné sous le nom de Gruerie, avec le temps il deviendra le nom propre de la famille de Gruyère qui portera le titre de comte dès le comme le prouve la charte de fondation du prieuré de Rougemont. À cette époque il était courant qu'un grand officier, nommé "forestarii", soit investi de cette charge pour assurer l'inspection et la conservation des forêts. Avec l'affaiblissement du pouvoir royal les Grands-Gruyers, ou comtes-forestiers, rendront leurs titres héréditaires et s'érigeront en seigneurs.
Les châteaux de Gruyère thumb|150px|Armoiries : Une grue d'argent sur fond de gueules
Dès le on voit le comté de Gruyère établi dans ses châteaux. La place centrale du comté était le Château-d'Œx, nommé alors simplement Osgo, pour "castrum in Ogo", dans une charte de 1040, ce château n'est à l'origine qu'une tour de défense bâtie sur un éperon nommé "la Motte" dominant la "vallée d'Œx", ou "val d'Ogo", et abritant la première église de cette contrée et quelques habitations. Plus tard les comtes de Gruyère transféreront leur siège au château de Gruyères. Un acte de 1438 raconte l'origine de la fortification d'OgoHistoire du comté de Gruyère précédé d'une introduction et suivi d'un cartulaire :
Petit à petit l'influence des seigneurs de Gruyère va s'étendre dans les vallons arrosés par la Sarine depuis sa source au col du Sanetsch jusqu'au château de Simmeneck et du territoire d'Arconciel jusqu'à Romont, plus tard les seigneuries de Corbières, Charmey et Bellegarde formeront une extension de ce comté qui comprendra alors cinq "bannières", ou mandements militaires, désignés sous le nom de « Patria » : Montsalvens : son château, propriété d'une branche de la maison de Gruyère, commandait le chemin de Charmey et était le siège d'une châtellenie comptant plusieurs villages dont celui de Broc existant depuis 998. Broc abritait une "maison-forte", nommée dans les chartes « château de Broch », habitée par des nobles de ce nom. Dans l'acte de fondation du prieuré de Rougemont figurait un Turincus de Broye, un Hugo de Broc et son frère Vilermus vivaient vers l'an 1160, un Willermus de Broc vers 1290 et un « nobilis vir Rodolphus de Broc » vers 1328. Par la suite cette « maison-forte » devait relever des seigneurs de Montsalvens avant de passer aux comtes de Gruyère. Corbières : propriété d'une maison noble, cette seigneurie ne rejoindra celle de Gruyère qu'au lors du mariage de Pierre IV de Gruyère, seigneur du Vanel, avec Marguerite de Corbières. Ce mandement comprenait Corbières, le Val et Pays du Charmey, qui possédait son propre château, et Bellegarde. Château-d'Œx : cette châtellenie comptait plusieurs villages et hameaux, le château devait être démantelé en même temps que celui du Vanel, il ne devait en rester que la grande tour, qui servit de clocher à l'église Saint-Donat, et l'empreinte de son enceinte convertie en cimetière. le Vanel : son château, qui s'établissait aux confins du "Pays Roman" et se dressait sur un rocher dominant deux torrents, non loin de Rougemont, gardait le passage étroit de la vallée ; il devait être détruit en 1350 ou 1406 ; ce mandement était divisé en deux châtellenies : Rougemont et Gessenay. Gruyère : le château de Gruyères était le chef-lieu de la châtellenie de Gruyère proprement dite et comprenait la commune d'Estavannens ; ce mandement comptait aussi la châtellenie de La Tour-de-Trême, dite aussi "le manoir des comtes de Gruyère", qui avec la Maison de Broch fermaient l'entrée de la basse-Gruyère du côté de Bulle et de Corbières et servaient d'avant-postes.
Le Vanel et Montsalvens
Au , aux domaines du comte de Gruyère, nom qu'ils avaient pris depuis Rodolphe en remplacement de celui d'Ogo, s'ajoutent les châtellenies de Montsalvens et Du Vanel. Ces deux dernières terres se partagent entre la maison de Gruyère et la famille de Corbières, c'est Rodolphe IV de Gruyère qui affranchit les habitants en 1388. Après la mort du dernier représentant de la famille de Montsalvens la seigneurie sera reprise par Rodolphe Ier de Gruyère et deviendra l'apanage de l'héritier des Gruyère avant qu'il n'accède au titre de comte.
Seigneurs de Montsalvens
Guillaume Montsalvens, (? - 1162), dit aussi "Guillaume de Gruyère", seigneur de Montsalvens. Il épouse Julianne, fille de Pierre de Glâne et sœur de Guillaume dernier de ce nom, de qui il a : Pierre qui suit, Agnès. Pierre de Montsalvens, (? - 1180/81), seigneur de Montsalvens. Il épouse Pétronille d'Estavayer de qui il a Guillaume, (? - 1183/1227). À sa mort sans descendance la seigneurie de Montsalvens revient à Rodolphe Ier de Gruyère. Pierre de Gruyère, (avant 1267 - 3/5 septembre 1283), dit « Pierre le Jeune », il est le fils de Pierre II de Gruyère et d'Ambrosie. Il épouse Guillemette, (? - 13 septembre/24 octobre 1319), fille de Pierre de Grandson et d'Agnès de Neuchâtel, de qui il a : Rodolphe qui suit, Pierre III de Gruyère, comte de Gruyère, Agnès, dame d'Illens et Arconciel, elle épouse Nicolas d'Englisberg, (? - 03 août 1317). Rodolphe de Gruyère, (? - avant 1307), seigneur de Montsalvens et du Vanel, il épouse Contesson/Contessète de qui il a : Pierre IV de Gruyère, comte de Gruyère, Jean qui suit, Mermette, elle épouse Henri de Strätlingen. Jean de Gruyère, (1307 - 16 janvier ou 12 février 1369/71), dit Johannod, seigneur de Montsalvens et co-comte de Gruyère, il épouse en premières noces Isabelle d'Aarberg, (? - 1351), fille de Jean de Neuchâtel-Valangin et de Jordane d'Oron, puis en secondes noces le 22 août 1359 Marguerite fille de Pierre de Billens, en troisièmes noces vers 1363 Marguerite, dame de Blonay, fille de Rodolphe d'Oron et d'Isabelle de Lucinge et en quatrièmes noces vers 1368 Philippa, fille d'André de Renoyrie. Sans enfants il institue comme héritiers ses neveux Rodolphe IV et Jean. Rodolphe de Gruyère, (vers 1356 - 1400/01), co-seigneur d'Oron, seigneur de Montsalvens, d'Aubonne et de Vaugrenant, bailli du Valais et gouverneur des châteaux de Sion. Il est le fils de Rodolphe IV de Gruyère et de Marguerite Alleman/Alamandi. Il se distingue sur les champs de bataille du roi d'Angleterre y ayant suivi Amédée VI de Savoie, en 1380 le général du Comte de Buckingham en parle ainsi : "Adonc fut appelé du comte de Buckingham un moult gentil écuyer de la comté de Savoie, qui autrefois avoit été requis de prendre l'ordre de chevalerie devant Ardre et devant Saint-Omer, et tout sur ce voyage, et s'appeloit Raoul de Gruyères, fils au comte de Gruyères; et lui dit le comte de Buckingham ainsi : Raoul, nous arons (aurons) huy, s'il plait à Dieu et à Saint-Georges, convenant (rencontre) d'armes ; si vueil (je veux) que vous soyez chevalier", Rodolphe refusait cet hommage en laissant la décision au comte de Savoie, ce qui sera fait en 1392 par Amédée VII de Savoie. Il épouse Antoinette, (? - après 1436), fille d'Ansel de Salins-la-Tour et de Jeanne de Montferrand, de qui il a : Antoine de Gruyère, comte de Gruyère, il succède à son grand-père Rodolphe IV de Gruyère, Catherine, (? - 1426), elle épouse le avril 1414 Pierre de Vergy, Jeanne, (? - vers 1468), elle épouse en premières noces Imbert de Grolée puis en secondes noces Antoine d'Orchamps, Guillemette, elle épouse Louis II de Poitiers-Valentinois, (1354 - 1419).
Illens et Arconciel
thumb|150px|Le château d'Illens
À l'origine Illens, Arconciel, Farvagny et Sales (aujourd'hui Épendes) faisaient partie du comté de Thyr et appartenait à Conon comte d'Oltingen. La seigneurie d'Arconciel-Illens devait entrer dans la maison de Neuchâtel lors du mariage d'Emma de Glâne, héritière de son frère Guillaume (lui-même l'avait reçu de Guillaume II de Bourgogne petit-fils de Conon d'Oltingen) avec Rodolphe Ier de Neuchâtel. Au Arconciel-Illens était vendu à Nicolas d'Englisberg, époux d'Agnès de Gruyère (fille de Pierre de Gruyère-Montsalvens et de Guillemette de Grandson et petite fille de Pierre II de Gruyère). Le fief devait revenir dans la famille de Neuchâtel en la personne de Pierre de Neuchâtel-Aarberg qui épousera Luquette fille de Pierre IV de Gruyère. Celle-ci la vendra à Antoine de La Tour-Châtillon en 1377.
Les Ormonts et Oron
Les Ormonts, anciennement dépendant de l'abbaye de Saint-Maurice, était sous la domination de vassaux de la Maison de Savoie. Dans le courant du les sires de Pontverre et ceux de Gruyères se disputaient la possession des terres, nommées Les Mosses, situées entre la vallée des Ormonts et Château-d'Œx. Un accord était trouvé entre les deux parties et chacune se partageraient le territoire.
Le dernier seigneur d'Oron, François, fils de Rodolphe d'Oron, qui avait épousé Marie de Gruyère, nommait comme héritier de ses biens le père de celle-ci : Rodolphe IV de Gruyère. Ce dernier, à sa mort, faisait héritiers, à part égal, de la terre d'Oron ses fils Rodolphe et François.
Aubonne et Coppet Les seigneuries d'Aubonne et de Coppet appartenaient au début du à Guillaume Alamandi par son mariage avec Agnès de Thoire et Villars. Ils partagent Aubonne avec Jean II d'Aubonne. Après la mort de Guillaume Alamandi en 1332 l'héritage revint à son fils aîné Humbert qui devait partager ses terres en trois lots entre ses trois filles. C'est pourquoi Aubonne et Coppet étaient sous la souveraineté de Rodolphe IV de Gruyère, François de Pontverre et Othon III de Grandson.