Jean-Jacques Bouchard (, Paris - , Rome) est un érudit et écrivain français proche de la Cour. On publia à la fin du ses Mémoires, dans lesquelles on découvrit une vie de libertinage inconnue auparavant Lucien Febvre, « Aux origines de l'esprit moderne : libertinisme, naturalisme, mécanisme », in Mélanges d'histoire sociale, N° 6, 1944, p. 9-25. DOI : 10.3406/ahess.1944.3124..

Biographie Jeunesse et études Né à Paris, il est le fils, très érudit et très savant, de Jean Bouchard, qui fut peut être apothicaire (selon Tallemant des Réaux) et sûrement secrétaire du Roi, et de Claude Merceron, parente de Ménage, d'une famille de magistrats récemment anoblisEmanuele Kanceff, « Introduction » au Journal de Bouchard, Turin, Giappichelli, 1976, p. IX..

Il fait ses classes au collège de Calvy ou Petite Sorbonne, sur Saint-Jacques, jusqu'à l'âge de dix-huit ans. Il est ensuite reçu docteur en droit civil et en droit canon, ce qui atteste des études suivies jusqu'à leur achèvement complet.

A Paris, il se lie d'amitié avec Gassendi, La Mothe Le Vayer, les frères Dupuis, François Luillier, Gabriel Naudé, tous lettrés de haut vol et libertins. Jusqu'à sa mort, il entretiendra une relation épistolaire suivie avec Grotius, Campanella, Mersenne, Galilée, Gassendi, Peiresc.

Rome Il part de Paris pour Rome en 1630, muni de lettres de recommandation de Dupuis et de Gassendi. Il s'arrête à Aix et à Belgentier où il est hébergé par le grand érudit provençal Peiresc. Il arrive à Rome au début de l'année 1631. Dans la ville papale, il bénéficie de la faveur du cardinal Barberini, savant et mécène : ce dernier lui confie le soin d'éditer les auteurs grecs , il lui accorde la « part » dans sa Maison, et l'autorise à porter la soutane : c'est là le signe de son affiliation à la Casa di Barberini. Signe d'une faveur particulière : Bouchard est employé par le cardinal-patron comme « secrétaire pour les lettres latines ». En , il est élu clerc du Sacré Consistoire. Francesco Barberini lui ouvre sa bibliothèque et, privilège plus rare, la Vaticane, s'offre à le présenter en personne au Saint-Père, enfin l'introduit dans l'Académie des Humoristes.

Mort Un soir, en sortant du palais Barberini, il est attaqué et blessé grièvement (le commanditaire de l'attaque est le maréchal d'Estrées, ambassadeur de France auprès du pape). Bouchard meurt quelques mois plus tard des conséquences de cette agression. Tallemant de Réaux, dans ses Historiettes, écrit que

Publications On doit à Bouchard une très intéressante relation de voyage de Rome à Naples en 1632. Ce texte contient de multiples détails sur l'état du royaume de Naples alors sous domination espagnole. Bouchard, esprit libre, observe le pays et les hommes et s'intéresse au passé comme au présent. Il voit tout, note tout ; il décrit les campagnes ravagées par la fièvre et la mauvaise administration, les villages habités par les serpents, les routes mal entretenues où l'on ne voyage qu'en troupe par crainte des voleurs ; les villes où l'on entre qu'avec des billets de santé de peur de la peste.

Humaniste, archéologue, naturaliste, et avant tout curieux, Bouchard chemine avec Strabon et Pline, copie les inscriptions et mesure les monuments ; il assiste à Naples à la procession des mystères de la Passion, et à Rome à une représentation du saint Alexis dont il a laissé le programme imprimé.

La seule œuvre publiée de son vivant fut la traduction en français de la Conjuration de Fiesque, de Mascardi (publiée à Paris en 1639).

Bouchard libertin Il y a un envers à cette vie érudite et savante : comme l'écrit René Pintard, dans sa grande étude sur les libertins de la première moitié du :

Itinéraire de France à Rome De cette « seconde vie », secrète, de libre pensée et de libertinage (de mœurs comme d'idées), Jean-Jacques Bouchard a laissé un court et passionnant récit, Itinéraire de France à Rome, considéré comme un Ce texte de vingt-six feuillets rédigé en 1631-1632, laissé à sa mort à Cassiano dal Pozzo., fut redécouvert en 1850 par Paulin Paris et publié par l'éditeur de livres érotiques Alcide Bonneau en 1881 sous le titre de Confessions.

Le héros, Oreste, âgé de vingt-trois ans (il s'agit bien évidemment de Bouchard lui-même), est frappé d'impuissance. Pour tenter de se guérir, il essaie de séduire une jeune servante, Isabelle, sur laquelle il procédera à certaines expériences, notamment sur ses menstrues, Dans ce texte, il utilise l'alphabet grec pour tous les noms propres et les passages lestes. Ce texte, qui emploie le paradigme théâtral pour donner une forme à l’expérience sexuelle, a été rapproché des Mémoires de l’abbé de Choisy.

René Pintard écrit que dans les pages

Œuvres La Conjuration du comte de Fiesque, traduite de l'italien du Sgr Mascardi par le Sr de Fontenay Sainte-Geneviève et dédiée à Monseigneur l'Éminentissime Cardinal Duc de Richelieu, Paris, 1639 La Storia del Mangio-sassi, Paris, 1641 Les Confessions de Jean-Jacques Bouchard Parisien, suivies de son Voyage de Paris à Rome en 1630, publiées pour la première fois sur les Manuscrit de l'Auteur, Paris, Isidore Liseux, éditeur, rue Bonaparte, n°2, 1881. In 8, 260 pages Journal I Les confessions ; Voyage de Paris à Rome ; Le carnaval à Rome, œuvres de Jean-Jacques Bouchard par Emanuele Kanceff, Turin, Giappichelli, 1976 Journal II Voyage dans le royaume de Naples ; Voyage dans la campagne de Rome, œuvres de Jean-Jacques Bouchard par Emanuele Kanceff, Turin, Giappichelli, 1977 Confessions, précédé de « Avez-vous lu Bouchard ? », par Patrick Mauriès, vignettes et portrait imaginaire de Pierre Skira, Paris, le Promeneur, 2003

Notes et références

Voir aussi Bibliographie . René Pintard, Le Libertinage érudit dans la première moitié du , Paris, Boivin, 1943, rééd. Slatkine, 2000. Bruno Roche, « La mise en scène ironique de la science dans les Confessions de Jean-Jacques Bouchard », Libertinage et philosophie au , n° 10, numéro spécial « Science et Littérature à l'âge classique », éd. Laurence Rauline, Bruno Roche, Olivier Roux, Publications de l'université de Saint-Étienne, 2008. Jean-Pierre Cavaillé, « Jean-Jacques Bouchard, ou les tribulations d'un parisien à Rome (1631-1641) », dans Marc Bayard (dir.), Rome-Paris, 1640. Transferts culturels et renaissance d'un centre artistique, actes du colloque de Rome, Villa Médicis, 17-19 avril 2008, Paris/Rome, Somogy/Académie de France à Rome, 2010, p. 199-228.

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