The Slider est le septième album du groupe T. Rex, paru en 1972. Produit par Tony Visconti, c'est le deuxième disque du groupe à sonner glam rock, par opposition au style folk de leurs premières productions.

Paru au sommet de la popularité du groupe, The Slider est salué par la critique et atteint la du classement des albums au Royaume-Uni, ainsi que la aux États-Unis. Les deux singles et sont également des ventes au Royaume-Uni.

Contexte Au début de 1972, T. Rex connaît un immense succès, porté par quatre singles consécutifs classés dans le top 3, dont deux numéros un, ainsi que par les huit semaines passées en tête des charts britanniques par Electric Warrior, devenu l'album le plus vendu au Royaume-Uni en 1971. L'hystérie des fans lors des concerts est surnommée « T. Rextasy » par la presse, tandis que Get It On atteint la dixième place aux États-Unis.

Bolan vient de quitter son ancien label, Fly Records, et fonde T. Rex Wax Co., distribué par EMI, pour publier ses disques. Le premier single sorti sous ce label, Telegram Sam, devient le troisième numéro un du groupe lors de sa parution, le 21 janvier 1972. C'est dans ce contexte particulièrement favorable que sont écrites et enregistrées les chansons qui composeront The Slider.

Chansons et enregistrement La plupart des chansons de The Slider sont écrites et enregistrées sous forme de maquettes à l'automne et durant l'hiver 1971, alors que le groupe est en tournée au Royaume-Uni. Les premières sessions de l'album se déroulent du 1er au 3 novembre 1971 aux Rosenberg Studios de Copenhague, sous la direction de Visconti. Telegram Sam et ses faces B Baby Strange — qui figurera également sur l'album —, Cadillac et Thunderwing y sont enregistrés, ainsi qu'une première version de Spaceball Ricochet. Le 15 novembre, les ajouts et le mixage ont lieu aux Trident Studios, où la plupart des premiers albums de Bolan ont été enregistrés.

Sur les conseils d'Elton John, l'essentiel de The Slider est enregistré au château d'Hérouville en France, afin d'éviter la fiscalité britannique. Selon Visconti, la pression pour créer un nouveau disque à succès est alors énorme. La production y commence le 3 février 1972 avec l'enregistrement de Ballrooms of Mars et les ajouts de Thunderwing.

Après une courte tournée aux États-Unis, les sessions reprennent au château du 8 au 12 mars. Les pistes instrumentales de The Slider, Rock On, Metal Guru, Mystic Lady, Spaceball Ricochet (nouvelle version), Rabbit Fighter et Main Man y sont enregistrées, ainsi que les faces B Lady et Sunken Rags. Un morceau écarté, intitulé plus tard Buick MacKane and the Babe Shadow dans des publications d'archives, est également enregistré à cette occasion.

Visconti se souvient que Bolan commence alors à boire et à consommer de la cocaïne, ce qui affecte son comportement durant les sessions. Malgré cela, les enregistrements avancent rapidement et efficacement, contrairement aux mois consacrés à Electric Warrior. Visconti décrit comme les moments les plus heureux de la réalisation du disque les fêtes nocturnes en studio, lorsque « le vin français commençait à faire son effet et que nous écoutions les morceaux enregistrés dans la journée. Nous courions dans le bâtiment, nous nous amusions comme des fous. C'était la partie amusante. Tout ce stress en valait la peine quand nous entendions que ces morceaux étaient… éblouissants ».

D'autres enregistrements ont lieu du 31 mars au 2 avril, de retour aux Rosenberg Studios. Ces sessions donnent naissance à Buick MacKane, Baby Boomerang et Chariot Choogle, ainsi qu'à une répétition de douze minutes d'une nouvelle chanson, Children of the Revolution. Une mention « For Ringo » (« Pour Ringo ») figure sur la fiche de la boîte de bande, le morceau devant être utilisé dans le film de concert de T. Rex Born to Boogie, réalisé par Ringo Starr au printemps de la même année.

Enfin, les chœurs de Flo & Eddie sont enregistrés aux studios Elektra Sound Recorders de Los Angeles, avec d'autres ajouts et le mixage final, au début du mois d'avril.

Pochette de l'album Les notes de l'album attribuent à Ringo Starr les photographies de la pochette avant et arrière. Elles sont prises le jour où Starr tourne le documentaire consacré à T. Rex, Born to Boogie, dans la propriété de John Lennon, Tittenhurst Park.

Le producteur Tony Visconti conteste toutefois que Starr soit l'auteur des photographies. Il déclare : « Marc [Bolan] m'a tendu son Nikon motorisé et m'a demandé de prendre deux rouleaux de pellicule noir et blanc pendant que nous étions sur le tournage de Born to Boogie. Ringo, le réalisateur du film, était occupé toute la journée à préparer les plans. Mais Marc a apparemment vu une occasion de lui attribuer les photos et a donné le crédit à Ringo. »

Le grain particulier et l'aspect singulier de la photographie en noir et blanc sont le résultat involontaire d'une mauvaise manipulation des produits chimiques utilisés pour développer l'image, effectuée par un technicien de laboratoire impatient de voir les clichés.

Bien que Guns N' Roses ait repris par la suite Buick MacKane, la pochette de The Slider n'a pas influencé le haut-de-forme porté par Slash, le guitariste du groupe. « Les gens me posent toujours cette question à cause de la pochette de The Slider, remarque-t-il. Mais non, cela n'a rien à voir. ».

Sortie Deux singles sont publiés pour promouvoir The Slider. Le premier, Telegram Sam, sort en janvier 1972. Il reste douze semaines dans les classements britanniques et atteint la première place. Le titre se classe également aux États-Unis, où il atteint la 67e place du classement Pop Singles.

Le second single, Metal Guru, sort en mai 1972. Il reste quatorze semaines dans les classements britanniques et offre au groupe son quatrième numéro un. Il ne se classe toutefois pas aux États-Unis.

The Slider sort le 21 juillet 1972, sur le label EMI au Royaume-Uni et Reprise aux États-Unis. La « T. Rextasy » atteint alors son paroxysme en Grande-Bretagne, où l'album se serait vendu à 100 000 exemplaires au cours de ses quatre premiers jours.

Entré dans le classement britannique des albums le 5 août 1972, The Slider n'atteint cependant que la quatrième place et y reste dix-huit semaines, contre quarante-quatre semaines pour Electric Warrior, qui avait atteint la première place. Cette différence pourrait notamment s'expliquer par la surexposition du groupe dans son pays d'origine. Au cours des quatre mois précédant la sortie de The Slider, le marché britannique est en effet inondé de rééditions et de produits consacrés à Bolan, dont la compilation Bolan Boogie et un double album regroupant les deux premiers albums de Tyrannosaurus Rex. Ces deux disques atteignent successivement la première place au printemps, ce qui a probablement contribué à détourner une partie des ventes de The Slider.

Aux États-Unis, l'album est promu dès sa sortie par un spot télévisé montrant le groupe mimant « Chariot Choogle ». Il atteint la 17e place du classement Billboard 200, devenant ainsi l'album de T. Rex le mieux classé dans ce pays.

Rééditions The Slider est réédité au Royaume-Uni en 1985 sur le label Marc On Wax. Tous les titres hors album publiés en 1972 sont inclus sur un disque bonus, ou parmi les pistes bonus dans la version CD. Une édition japonaise en CD, publiée en 1986 par SMS Records, reprend la même liste de titres, mais avec un mastering différent. Les éditions CD ultérieures chez Teldec et Relativity ne contiennent pas les titres bonus.

En 1994, Edsel Records remastérise à nouveau l'album pour le CD dans le cadre de son importante campagne de réédition du catalogue de T. Rex, en y ajoutant plusieurs titres bonus différents. Une publication complémentaire, intitulée Rabbit Fighter (The Alternate Slider), sort en 1995. Elle contient des versions alternatives et des sessions radiophoniques de l'album principal, ainsi que des titres bonus. Un digipak réunissant ces deux publications sort en 2002.

La même année, d'autres enregistrements issus des sessions de The Slider sont publiés par Thunderwing Productions Limited (TPL), propriétaire de plusieurs bandes maîtresses originales de Marc Bolan et T. Rex, aux formats ¼, 1 et 2 pouces. Ces morceaux paraissent sous le titre The Slider Recordings. En 2010, The Slider est remastérisé et réédité par Fat Possum Records. Le remastering est réalisé par Chicago Mastering.

En 2012 paraît une réédition pour le 40e anniversaire, avec un nouveau remaster réalisé par le producteur Tony Visconti. Elle comprend les faces B, des prises alternatives et une maquette inédite de la chanson-titre, provenant de la collection personnelle de Visconti. Le coffret contient deux CD ainsi qu'un pressage vinyle 180 grammes de l'album nouvellement remastérisé. Les trois singles bénéficient également d'éditions vinyles. Un DVD est inclus, avec un entretien de 105 minutes avec Visconti, accompagné d'extraits d'interviews d'archives et de séquences télévisées.

Réception À sa sortie, The Slider reçoit des critiques partagées au Royaume-Uni comme aux États-Unis. Plusieurs critiques saluent l'efficacité des chansons, leur potentiel radiophonique et le charme particulier de Bolan, tout en reprochant parfois à l'album sa répétitivité, la simplicité de ses paroles ou une section rythmique jugée trop ordinaire. Richard Williams du Times souligne notamment le caractère immédiatement reconnaissable de la musique de T. Rex et la qualité de la production de Tony Visconti, tandis que d'autres critiques considèrent Spaceball Ricochet comme l'un des points forts de l'album. Aux États-Unis, l'accueil est également contrasté, certains jugeant que les singles Telegram Sam et Metal Guru dominent largement le reste du disque.

Avec le temps, The Slider est beaucoup plus largement considéré comme un classique du glam rock. Steve Huey d'AllMusic estime que, malgré ses similitudes avec Electric Warrior, l'album est aussi réussi que son prédécesseur. Andy Beta de Pitchfork, qui lui attribue 9,5/10, considère qu'il capture Marc Bolan au sommet de sa période glam. D'autres critiques rétrospectives soulignent également son atmosphère singulière et son importance dans l'histoire du glam rockClayton, Chuck. "T. Rex, Baby".. Laweekly.com. 15 February 2006. Retrieved 2 April 2021..

Postérité Johnny Marr, du groupe The Smiths, cite The Slider parmi ses albums préférés. Il déclare : « The Slider est sorti avec Metal Guru. C'est une chanson qui a changé ma vie, car je n'avais jamais rien entendu d'aussi beau et d'aussi étrange, tout en étant aussi accrocheur. Telegram Sam figurait également sur l'album, et l'ensemble avait quelque chose d'inhabituellement inquiétant et une atmosphère étrange, surtout pour un disque classé numéro un interprété par un groupe essentiellement destiné aux adolescents. »

Gary Numan compte également l'album parmi ses favoris : « Chanson après chanson après chanson… et la chanson-titre ; ce n'est pas une chanson-titre d'album typique. Habituellement, on choisirait l'un des grands singles, mais The Slider possède ce groove très lent et nonchalant. C'est tout simplement génial. C'est le morceau le plus sensuel. »

Ballrooms of Mars apparaît dans la comédie Rock Academy en 2003 et sert de générique d'ouverture à la série télévisée espagnole Punta Escarlata. Le morceau figure également dans le film Dallas Buyers Club en 2013. Les paroles de Baby Boomerang constituent par ailleurs un élément de l'intrigue d'un épisode de 1973 de la série Cannon.

En 1993, Guns N' Roses enregistre une reprise de Buick MacKane sur son album de reprises The Spaghetti Incident?, dans un medley avec Big Dumb Sex de Soundgarden. Le guitariste Gilby Clarke porte également un T-shirt de T. Rex dans le clip de Estranged.

Le 4 mai 2022, The Black Crowes publient une version studio de The Slider sur leur album 1972.

Analyse artistique