Le prieuré Saint-Maurice du Bourget est un ancien monastère du , situé en France sur la commune du Bourget-du-Lac, dans le département de la Savoie en région Auvergne-Rhône-Alpes.

Histoire Origines Fondé au par Saint-Odilon, cinquième abbé de l'influent ordre de Cluny, sur la route entre Lemencum (Chambéry) et Yenne, le prieuré du lac de Bourget fut l'un des établissements monastiques les plus prospères de Savoie. La bienveillance de la Maison de Savoie, dont les ruines du château du comte Thomas II de Savoie se situent à moins de 15 minutes à pied du Bourget, concourut au succès de l'entreprise clunisienne. Bénéficiant de surcroît de nombreux privilèges et de possessions suffisamment étendues, la communauté put exprimer par un art de qualité sa réussite tant spirituelle que matérielle.

Le prieuré fut dédié à saint Maurice, saint patron de la maison de Savoie, lequel saint est particulièrement honoré dans la région, ayant en outre donné son nom à l'ordre de chevalerie de la Maison de Savoie.

Subsistent aujourd'hui du prieuré du Bourget la prieurale, devenue église paroissiale Saint-Laurent, le cloître ainsi que l'ancien potager transformé en jardin d'agrément au par la dernière propriétaire des lieux. L'ensemble monastique a depuis lors été racheté par la municipalité du Bourget.

Plusieurs propriétaires se sont succédé au prieuré depuis sa fondation. Occupé par six bénédictins de Cluny et leur prieur jusqu'en 1582, le prieuré connut ensuite la présence des jésuites jusqu'à l'interdiction de l'ordre de Saint-Ignace par les souverains de Savoie en 1773. Les biens furent alors confiés aux franciscains, la Révolution française mettant un terme à l'affectation monastique du lieu. Vendu comme bien national, il fut acheté par un notaire puis par un paysan, lesquels propriétaires accordèrent peu d'attention à ses spécificités artistiques, endommageant ainsi la loge comtale et convertissant l'église en une grange. thumb|left|Cour d'entrée du Prieuré du Bourget du Lac

En 1902 un notable chambérien, J. Barut, se qualifiant lui-même d'amateur d'art, racheta le prieuré, contribuant au classement d'une partie des bâtiments au titre des monuments historiques (le cloître, la galerie Montmayeur et l'escalier à vis de la tour des comtes). À sa mort, le prieuré fut acquis par Lucy Tate, épouse du duc de Choiseul-Praslin qui aménagea le tout en habitation sans pour autant modifier la structure générale de l'édifice, transformant par ailleurs les jardins dans un esprit classique. Au cours de la première guerre mondiale, les bâtiments furent réquisitionnés. En 1952, la commune s'en porta acquéreur, y organisant depuis spectacles, expositions, etc.

Les premiers temps du prieuré Une fondation légendaire Plusieurs légendes entourent la fondation du prieuré, l'une d'elles en faisant l'expression de gratitude du comte Humbert aux Blanches Mains remerciant Dieu de lui avoir donné plusieurs fils. Plus connue et généralement acceptée, une autre légende place la fondation en 1030, faisant d'Odilon, cinquième abbé de Cluny, l'instigateur de la fondation. Revenant d'Italie, il serait tombé malade près de l'actuel hameau de Metassine, rêvant à cette occasion d'Humbert de Savoie et de Saint-Maurice plantant une épée sur une colline proche. Ayant recouvré la santé au matin, il aurait interprété cette guérison comme un signe divin lui enjoignant de se rendre près du comte, qui résidait alors à Aix-les-Bains, lequel lui aurait remis une charte de fondation. Un monastère aurait été conséquemment fondé sur la colline Saint-Jean, transféré quelques années plus tard au bord de la Leysse à l'emplacement d'un ancien temple dédié à Mercure. thumb|Hugues de Semur

Cette légende semble attestée par une charte confirmant l'antiquité de la fondation du prieuré, l'étendue de ses privilèges, la sollicitude et la protection spéciale de la Maison de Savoie. Il s'agit sans doute là d'un faux de la fin du Moyen Âge, ce qu'a prouvé Duparc en 1968 en s'appuyant sur l'étude graphologique du document et déduisant une rédaction autrement récente.

La Chronique de Savoye (, de Jehan d'Orieville, dit Cabaret, historiographe du comte Amédée VIII, raconte que le comte Humbert III de Savoie, heureux d'avoir eu un fils après quatre mariages, fait édifier un prieuré

Par ailleurs, dans les bullaires de Cluny, le Bourget n'est pas cité en 1055 mais seulement en 1058. La fondation du prieuré pourrait avoir eu lieu entre ses deux dates, s'inscrivant plus logiquement dans l'histoire de l'ordre de Cluny. En effet, de 1049 à 1109, l'ordre connaît le long abbatiat d'Hugues de Semur, bénédictin jeune et dynamique, bénéficiant d'une grande influence, notamment auprès du saint-siège. Acteur essentiel de la réforme de l'Église, l'ordre est alors particulièrement soutenu et favorisé par la noblesse, procédant à de nombreuses fondations ou refondations, multipliant par douze le nombre de ses établissements, lequel dépasse les 800 vers 1100. Odilon, en revanche, a fondé très peu de monastères. Aussi paraît-il plus crédible de faire du prieuré du Bourget une fondation plus récente de Cluny dont les établissements de Saint-Victor de Genève, Domène et Vizille témoignent également du rayonnement dans la région.

La charte de 1025 de la fondation par le comte Amédée Ier est fausse (Duparc).. Le médiéviste Laurent Ripart donne quant à lui une période de fondation par ce même prince comprise entre 1042 et 1045..

Des vestiges architecturaux du Dès le départ, le prieuré eut vocation à être un petit monastère abritant sept moines, dont le prieur. L'essentiel du bâti actuel, de style gothique date du et fut rénové deux siècles plus tard. Subsiste cependant du la crypte Notre-Dame-la-basse sur laquelle prieurale est assise. Cette crypte, rare témoignage du premier art roman en Savoie, fut rénovée sous les Luyrieu au . On y accède par une porte située côté nord du chœur. De forme semi-circulaire, accostée par deux absidioles terminées par des voûtes en cul de four, elle présente trois nefs en berceau que séparent quatre colonnes. Les deux piles ouest, assez frustes, pourraient s'avérer être d'anciens couvercles de tombeaux.

C'est dans cette crypte que furent retrouvées diverses inscriptions dédicatoires au dieu Mercure : "Mercuro August Sacrum Titus Terentius Catullus V.S.L.M" et " Lucius Catius lucanos Mercuro V.V.S.L.M ".

Il est possible que la crypte ait eu pour fonction d'abriter un reliquaire aujourd'hui disparu. On pouvait sans doute y accéder par un escalier au sud de l'édifice qui dut être détruit lors des nombreux travaux entrepris au .

Une longue période de croissance du au Un lieu aimé et privilégié par les comtes de Savoie thumb|Le château de Thomas II. Le constitua un siècle de prospérité pour le prieuré, les moines procédant à la reconstruction quasi intégrale de leurs bâtiments. La bienveillante Maison de Savoie concéda par ailleurs de nombreux privilèges aux moines qui obtinrent ainsi d'Humbert II en 1097. une donation et en La date de 1202 qui était portée initialement est probablement fausse au vu des dates de règne des comtes de Savoie. le droit de basse justice sur leurs terres, privilège confirmé par Amédée III, Thomas et Amédée IV en 1248. Cette même année, le comte acquit des moines le terrain nécessaire à la construction d'un château pour son frère, le futur Thomas II, villégiature qui est de nos jours en ruines.

Outre ce nouveau lieu de résidence, les comtes pouvaient séjourner au prieuré, bénéficiant d'un appartement et d'une loge pour assister aux messes. Le château, proche du lac, contenait en outre un vivarium et permettait de s'adonner aux plaisirs de la chasse. Il fut fréquenté par la cour jusqu'à la fin du .

Bien qu'ils ne fussent plus propriétaires du terrain, les moines touchaient d'importants revenus de leur ancienne possession : dîme sur le vivier, impôt annuels, droit de protection. La Leysse leur fut également accordée en 1249 par Amédée IV. Les chartes concédant ces privilèges ou les renouvelant sont les rares documents conservés afférents au prieuré.

Un édifice marqué par le gothique primitif thumb|left|Galerie est du cloître du Prieuré du Bourget L'essentiel des structures de la prioriale datent du , les arcades plein-cintre originelles ayant été cependant modifiées au dans un style gothique fleuri. La nef primitive, sans doute du , devait revêtir un caractère roman, certaines chapelles adjacentes présentant encore des réminiscences de ce style. L'église du Bourget, simple nef de quatre travées, précédée d'une avant nef au , est accostée de cinq chapelles, la première moderne et les suivantes communiquant entre elles à la manière d'un collatéral. Contrairement à la plupart des églises, la prioriale du Bourget n'a donc pas un plan en croix latine et la multiplicité des chapelles était bien de nature à faciliter la célébration de la mémoire des défunts dont les bénédictins de Cluny s'étaient fait les spécialistes au Moyen Âge.

thumb|Armes des Montmayeur La première chapelle accueille les fonts baptismaux, suivi de la celle dédiée à Saint-Antoine de Padoue, éclairée par des fenêtres en plein cintre. La troisième chapelle a pour titulaire Saint Laurent, diacre romain martyr du qui fut condamné à mourir brûlé sur un grill pour avoir refusé de livrer le trésor terrestre de son église. Cette chapelle possède un plafond en cul de four typique de la période romane. La quatrième chapelle, parfois dite funéraire, a été profondément modifiée au , tout comme la cinquième chapelle, dédiée à la Vierge.

Dépourvue de collatéral sud en raison de la présence des bâtiments monastiques, la nef de la prioriale communique par deux portes avec l'espace claustral. Subsiste du cloître une seule galerie dotée d'un étage, Jacques de Montmayeur prieur au ayant commandité cette œuvre. Le second niveau de promenade affecte des fenêtres tréflées sur colonne trilobée. Les chapiteaux sont décorés de feuilles et de roses. On y retrouve les armes des Montmayeur (D'argent, à l'aigle éployée de gueules, becquée et membrée d'azur). Cette galerie originellement au rez-de-chaussée fut déplacée au second étage au .

Un chef-d'œuvre méconnu : le jubé de pierre Cependant, la principale œuvre d'art du prieuré se trouve dans le chœur de l'église, consistant dans les vestiges d'un jubé dont les sculptures polychromes d'inspiration bourguignonne ont pour thèmes des épisodes de la vie du Christ. Originellement d'un seul tenant, le jubé de la prioriale a été découpé en six blocs de tailles différentes disposés de 1824 et 1840 à l'aplomb des murs du chœur, eu égard à leur gabarit et sans respect chronologique de la révélation messianique. D'autres morceaux subsistent, ces différentes sculptures s'apparentant à des bandes de personnages d'environ 80 cm de haut en moyenne. L'ensemble a été classé au titre d'immeuble le .

La scène la plus au nord figure l'apparition du ressuscité à Marie-Madeleine. Inquiète de la disparition du corps du Christ, la sainte femme s'entend appelée par son prénom et reconnaît alors le Sauveur. Revêtu d'un manteau rouge, Jésus, par un geste de la main lui signifie son refus explicite d'être touché (noli me tangere). La seconde scène représente les disciples d'Emmaüs : après une longue marche depuis Jérusalem, ayant invité le Christ à partager leur repas, ils le reconnaissent au partage du pain. La troisième scène couple deux épisodes de la vie du Christ : la descente de croix à gauche et la découverte du tombeau du Christ vide par Marie Salomé, Marie-Madeleine, Marie (mère de Jacques) à droite. Les saintes femmes sont accueillies par un ange montrant le linceul de Jésus. Au premier plan on voit un soldat en habit du . La quatrième scène présente l'incrédulité de Thomas.